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Momar Samb, Rta-S/Pencoo Reew : « La traque des biens mal acquis doit se poursuivre inexorablement »

07 Juil 2016
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Dans cet entretien, le secrétaire général du Rta-S/Péncoo Réew, Momar Samb, se prononce sur la libération de Karim Wade, la nouvelle composition du Conseil constitutionnel, etc. Selon Momar Samb, la traque des biens mal acquis doit se poursuivre inexorablement.

Monsieur le secrétaire général du Rta-S/Péncoo Réew, Quel commentaire faites-vous de la libération de Karim Wade?
« Je voudrais faire quatre observations : la première est que cette libération intervient dans un contexte où la traque des biens mal acquis semble au ralenti ou à l’arrêt, dès lors qu’on ne voit plus rien bouger du côté de la Crei, depuis près de quatre ans. De la liste de 25 personnes dont on nous avait parlé, seules deux (Karim Wade et Cie et Tahibou Ndiaye) ont, à notre connaissance, fait l’objet d’un traitement ayant abouti à des condamnations. Toujours dans le contexte, il y a eu l’initiative heureuse du président de la République d’appeler à un dialogue national auquel toute l’opposition significative a répondu. Dans un tel contexte bruissant de rumeurs, la libération de Karim Wade, et dans les circonstances particulières qui l’ont accompagnée, ne peut manquer de jeter le trouble dans l’esprit de certains Sénégalais qui y voient un complot. La deuxième observation réside dans le fait que la mesure de grâce est une prérogative présidentielle tout à fait légale et conforme à la Constitution, se situant en dehors du processus judiciaire qui est allé jusqu’au bout. Cela signifie, pour nous, qu’elle ne concerne que la partie « privation de liberté » que comporte l’arrêt condamnant Karim Wade. Autrement dit, Karim Wade est tenu de payer une amende de l’ordre de 138 milliards 239 millions 086 mille 396 FCfa, des dommages et intérêt de 10 milliards ; il s’y ajoute que l’État doit mettre la main sur les avoirs relevant de sa propriété.

Au total donc, il faut considérer que la grâce présidentielle n’efface pas les faits punis par la loi ni ne soustrait le condamné à restituer les deniers illicitement subtilisés des ressources publiques, propriété de la nation tout entière.

Au demeurant, et c’est le troisième élément, il est important de considérer que l’arrêt de Karim Wade, son inculpation et sa condamnation ferme confirmée par la Cour suprême constituent un exemple d’un symbolisme très fort qui restera dans l’histoire politique de notre pays. Il n’y a pas de précédent au Sénégal et même en Afrique, à ma connaissance, que le fils d’un président de la République, ancien ministre, ait connu un tel sort en ayant été forcé à rendre compte devant la justice et de subir la sanction de celle-ci. Rappelez-vous, beaucoup de nos compatriotes en ont douté à chaque étape du processus. Les sceptiques ont toujours parlé de « deal » qui ne donnerait rien. Mais les autorités publiques, malgré les pressions incessantes de toute nature, ont persisté avec courage dans la saisine de la justice et celle-ci, en toute indépendance, malgré les pressions continues, a tranché au nom du droit et des intérêts supérieurs de la nation. Cela mérite d’être salué. C’est un pas concret, un acquis considérable dans le cadre de la traque des biens mal acquis au Sénégal.
La dernière considération est relative à l’exercice du droit de grâce, au regard de notre identité politique, en tant que force de Gauche adossée aux conclusions des Assises nationales et dont l’option fondamentale est de procéder sur nombre de questions majeures à la limitation des pouvoirs du président de la République.

Que dites-vous de la sortie des partis de la Gauche et autres organisations de la société civile qui demandent que la traque des biens mal acquis se poursuive?
Nous sommes de la Gauche et avons, en tant que parti, participé à l’initiation des Assises nationales et de toutes les batailles (élections locales de 2009, M23, Présidentielle 2012, etc.) qui ont eu lieu dans le cadre de la lutte contre les monstruosités du régime d’Abdoulaye Wade. Dans ce cadre, la traque des biens mal acquis constitue une demande forte, faisant partie, comme le nettoyage des écuries de Wade, des douze travaux d’Hercule, des actes de refondation de notre nation. Elle doit donc se poursuivre inexorablement, quelle que soit la situation et en dépit des pressions, nationales et internationales, qui ne manqueront pas de peser de tout leur poids. C’est aussi cela construire un État de droit, un État où tout citoyen, quel que soit son rang, reste un justiciable qui doit répondre de ses actes devant la justice quand celle-ci l’interpelle. Dans cette perspective, si les autorités politiques, sous la direction suprême du président de la République, restent conformes à cette exigence de bonne gouvernance et de reddition des comptes, aucun dossier, fût-il de la Crei, de la Cour des comptes ou de l’Ofnac, ne doit rester en souffrance. Du reste, on le sait, l’Ofnac a le pouvoir de saisir directement la justice et l’a, me semble-t-il, déjà fait. Ici, c’est à la justice de faire son travail, en toute indépendance, dans la rigueur des missions qui lui sont confiées et dans le respect de la défense des intérêts du peuple sénégalais devant lequel elle a prêté serment de le servir au nom du droit.

Vous êtes membre de « Bennoo bokk Yaakaar ». Ne craignez-vous pas une fronde si certains dossiers sont rangés aux tiroirs ?
C’est possible. Il est évident que si, dans cette dynamique de construction de la bonne gouvernance, il arrivait que des dossiers soient occultés, que des déviances soient avérées et que l’on assiste à des dérives consistant à protéger des inculpés, la fronde peut se faire jour pour faire face à une telle dérive qui va à l’encontre des principes qui constituent un élément fondamental du socle sur lequel est bâti « Bennoo ». Mais, j’ai bon espoir que cela n’arrivera pas, car ni le président de la République Macky Sall ni ses alliés n’y ont intérêt. Ce serait, comme dirait l’autre, scier la branche sur laquelle on est assis.

Cependant, les militants de l’Apr, les alliés dans Bby comme les démocrates et patriotes de ce pays, tous doivent comprendre que ce combat pour la bonne gouvernance, la reddition des comptes, la lutte contre la corruption, doivent être les leurs. Il nous faut, pour tous ceux qui sont convaincus de la nécessité d’une telle lutte, dresser une mobilisation populaire à la dimension des enjeux que porte un tel défi. Comprendre que ce n’est pas le combat exclusif de Macky Sall et de quelques uns de ses compagnons de partis ou alliés, mais celui de tout un peuple, d’une masse critique de patriotes et de démocrates qui, partout, dans tous les domaines, dans tous les secteurs, participent à déconstruire la mentalité de détournement, de corruption, de passe-droit, de « nguuru », de « téranga ». Cette mobilisation de tous est d’autant plus nécessaire que les réseaux construits depuis des décennies dans ce pays autour des ces contre-valeurs n’abdiqueront jamais. Ils continueront à s’organiser pour faire pression, de quelque manière qu’elle puisse s’exercer, user de toutes sortes de relations d’ordre religieux, confrérique, ethnique, régionaliste, amical ou familial, pour affaiblir ce combat, trouver ses points faibles et pénétrer ses rangs pour renverser la tendance. Le combat, le véritable combat se situe là, pas à la Présidence. Tous les patriotes et démocrates, du pouvoir comme en dehors de celui-ci, doivent se pénétrer de cet enjeu et prendre leur part du combat à mener pour l’intérêt exclusif de la nation sénégalaise. Cela signifie ne jamais abdiquer devant tel ou tel manquement, telle ou telle faiblesse, mais garder le cap, les principes en bandoulière, renforcer les acquis, tous les actes légaux et concrets posés, et faire corps pour avancer vers les rives de la gouvernance démocratique et populaire pour rendre celle-ci irréversible. Laisser Macky Sall seul dans ce combat, c’est abdiquer devant ses devoirs et participer à créer les conditions de la défaite dans ce domaine.

Que pensez-vous de la nouvelle composition du Conseil constitutionnel qui passe de 5 à 7 membres ?
Pas grand-chose en vérité. Car sur cette question, la question du nombre importe peu par rapport à l’esprit d’indépendance, le président étant élu par ses pairs, et la diversification de l’origine des magistrats le constituant (des professeurs d’université, d’avocats provenant du Conseil de l’Ordre des avocats). C’est là encore une recommandation forte des Assises et une disposition de l’avant-projet de constitution de la Cnri (cf. art.108) auxquelles nous demeurons attachés. Certes, il y a un léger frémissement dans le fait que le président de l’Assemblée nationale, en tant qu’institution, propose deux magistrats. Cela est indiqué par l’avant-projet de Constitution dans l’article cité en référence plus haut.
Mais c’est encore trop léger. Il faut oser aller plus loin, dans une prochaine étape.

Propos recueillis par El hadji Abdoulaye THIAM

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