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Hugo sada, conseiller spécial du forum de Dakar : «S’ouvrir davantage aux Africains anglophones et lusophones»

17 Mai 2018
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Rencontré à Rabat lors de la 2ème édition du sommet des Think tanks africains, Hugo Sada,  de la Compagnie européenne d’intelligence stratégique (Ceis), prépare activement la cinquième édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, prévue en novembre prochain. Une rencontre qui veut davantage s’ouvrir à l’Afrique anglophone et lusophone. La prochaine édition sera axée sur la sécurité et le développement selon Hugo Sada, qui annonce aussi, dans cette interview, plus de coopération avec les autres rencontres du genre en Afrique.  

Le Forum international de Dakar sur la Paix et Sécurité en Afrique est à sa cinquième édition aujourd’hui. Avec le chemin parcouru, que faut-il retenir de cet événement ?
Il y a du chemin qui  a été fait, surtout que c’était un pari qui n’était pas évident au départ, parce qu’il n’y avait pas, sur le continent africain, beaucoup de rendez- vous informels où tous les acteurs de la sécurité pouvaient se retrouver. La première édition a été la plus difficile à faire. C’est toujours comme ça. Le premier forum a été réussi et cela a bien marché. Maintenant le forum a une telle notoriété qui fait qu’il rassemble de gens de très haut niveau. L’année dernière, il y avait mille participants et des débats très intéressants. Les participants ont pu échanger en marge du programme officiel. C’est un succès et le forum est devenu un grand rendez-vous sur les problèmes de sécurité dans le continent africain. Le Sénégal a relevé le défi. Nous préparons la cinquième édition. Le défi maintenant, c’est de faire en sorte que la formule ne soit  victime de l’usure. Il faut rénover, développer, innover. C’est cela que nous sommes en train de faire avec les partenaires sénégalais. Pour la cinquième édition, il y aura une ouverture vers la participation plus importante des anglophones et lusophones surtout qu’il y a eu beaucoup de changements politiques en Afrique, cette année, comme en Angola et dans des pays de l’Afrique de l’ouest, la Gambie, le Libéria, la Sierra Leone. Il y a donc le défi de l’ouverture à l’ensemble du continent africain. Pour la prochaine édition, le thème sera axé sur la sécurité et le développement. Le constant aujourd’hui, est que face à ces menaces, les réponses sécuritaires sont nécessaires mais pas suffisantes. Les réponses sécuritaires sont pour le court terme, mais il faut, dans le long terme, des réponses en termes de développement pour résoudre les causes qui favorisent ces menaces nouvelles.   
 
Depuis la première édition, il est noté une baisse de la présence des chefs de l’Etat au Forum de Dakar. Cela ne va-t-il pas altérer la crédibilité du Forum ?
On dit tout le temps qu’il n’y a pas beaucoup de chefs d’Etat mais c’est un forum informel. L’objectif n’est pas d’en faire un sommet de chefs d’Etat parce qu’il y’en a beaucoup en Afrique avec les sommets de la Cedeao, de l’Union africaine, etc. Ce que l’on veut, c’est que cette année, qu’il y ait une présence restreinte de chefs d’Etat qui sont emblématiques de l’actualité. Par exemple, l’année dernière, il y avait le président rwandais Paul Kagamé qui allait prendre la présidence de l’Union africaine et le nouveau président de la commission de l’Union africaine, le tchadien Moussa Faki. Chaque année, nous essayons de renouveler avec un nombre restreint de chefs d’Etat. C’est bien que les chefs d’Etat soient là mais il ne faudrait pas que cela devienne un sommet institutionnel. Ce ne sera pas la même chose alors. Pour le prochain forum, il n’y a pas encore de confirmation de chefs d’Etat. Ils confirment tout le temps à la dernière minute.
 
L’Afrique de l’ouest est devenue l’épicentre des nouvelles menaces sécuritaires sur le continent. Est-ce que le Forum de Dakar a eu un apport sur l’offre de solutions ?
Oui bien sûr. C’est pour cela que le forum a été créé. C’est parce que tout le monde a pris conscience qu’il y avait des menaces nouvelles, le terrorisme, la criminalité organisée, la radicalisation,  la sécurité maritime. Tout cela, ce sont de nouvelles menaces qui ne concernent pas uniquement l’Afrique comme pendant la guerre froide, la période de décolonisation. Ce sont des menaces qui concernent tout le monde, l’Europe, la Chine. Ce sont des menaces qui handicapent le développement du continent africain à un moment où son potentiel prend forme.  C’était pour répondre à cela avec des visions,  réponses et réflexions communes que le forum a été créé. C’est un forum international.
   
Il est reproché au Forum de Dakar d’être sous tutelle française alors bas sont africaines…
C’est encore un mythe. Le forum est né autour de la table du sommet  de l’Elysée en 2013 ou il y avait  la présence de 45 chefs d’Etat africains. Ce sont eux qui ont dit qu’ils nous manquent un rendez-vous informel où nous pourrons discuter et réfléchir librement sur des problèmes de sécurité comme le forum de Munich en Europe, le Shangri-La Dialogue  en Asie. Il se trouve que c’est le Président Macky Sall qui a proposé de tenir ce forum à Dakar. C’est une décision africaine. C’est vrai que la France coopère, participe. Mais elle n’est pas le seul pays. Les Japonais participent et financent. De même que l’Union européenne. Il y a d’autres bailleurs qui financent le forum.
 
Vous êtes à Rabat sur invitation de l’Ocp Policy center. On sent une dynamique de coopération aussi avec le forum de Tana en Ethiopie. Il n’y a donc pas de concurrence entre vos événements ?
 C’est vraiment la volonté des organisateurs du forum de Tana, de l’Ocp Policy Center. Nous sommes en train de resserrer les liens parce que nous avons les mêmes préoccupations et les objectifs sont les mêmes. Il y a convergence, coopération et renforcement des liens. C’est très positif et gagnant-gagnant pour tout le monde. Il n’y a pas de concurrence entre le forum de Dakar et celui de Tana. Ce sont deux forums différents et qui ont chacun sa personnalité. L’un se tient en milieu d’année en Ethiopie et en fin d’année, il y’a le forum de Dakar. Nous nous invitons, participons ensemble aux débats et s’aidons mutuellement. Il n’y a pas de concurrence et il y a une vraie volonté politique de ne pas tomber dans la rivalité.

Propos recueillis à Rabat par Oumar NDIAYE

 

Last modified on jeudi, 17 mai 2018 09:49
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