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Guest éditorial : Des victimes et des responsables

18 Mai 2018
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«De Dieu, nous venons ; et vers lui, nous retournons» !

Fallou Sène a été enterré à Touba pour retourner vers le Créateur unique. Que ce retour suive la voie de la Grâce divine, qu’il soit accompagné de la Clémence divine et aboutisse dans le très convoité Paradis divin réservé aux privilégiés de l’au-delà.

Que Dieu accorde à ses proches la force de surmonter cette dure épreuve.

Tragique destin que celui de ce jeune homme !

Douloureux moment pour sa famille et ses proches !

Honte à nous autres, responsables de cette tragédie par la banalisation de la violence anormale et intolérable !

Indignité pour ceux qui, insensibles à la douleur d’une famille éplorée, sont dans des manœuvres et manipulations visant à capitaliser un sinistre effet d’aubaine pour mettre en difficulté des adversaires !

Car il est fondamentalement question de tout cela.

La mise à l’index d’un gendarme auteur d’une bavure meurtrière règle éventuellement la question de l'auteur du tir mortel, mais laisse intacte la problématique de la responsabilité qui, dans cette affaire, a produit aussi bien le bourreau que la victime.

Occulter cette responsabilité, c’est continuer à entretenir le germe favorisant l’éternel retour du mal.

Fallou Sène est le dernier d’une liste macabre, déjà trop longue dans une République démocratique, où l’on retrouve dans la page des années 2000, les étudiants Balla Gaye, Mamadou Diop et Bassirou Faye, ainsi que Malick Bâ de Bambilor et Sina Sidibé de Kédougou.

Toutes ces personnes ont en commun d’avoir été tuées par les services de sécurité publique dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre. En vérité, elles sont toutes victimes de la philosophie de la violence comme moyen d’expression politique et sociale susceptible de provoquer une réaction des représentants légitimes de la collectivité. Elles ont toutes été envoyées à la mort par cette culture, étrangère au contrat social et au pacte républicain auxquels nous avons souscrit bannissant le recours à la violence dans nos rapports avec les autres.

A un degré nettement moindre, les fonctionnaires des services de sécurité publique par la main de qui l’irréparable se produit à chaque fois sont aussi victimes de la même réalité. Le gendarme qui a tiré sur Fallou Sène doit être particulièrement malheureux en ce moment. On ne sort jamais indemne d’un meurtre, quelles que soient les circonstances. Et quand, en plus, c’est le fait de quelqu’un qui avait décidé de dédier sa vie au service de la loi, cela prend les contours d’une authentique faillite humaine, indépendamment de la sanction judiciaire qui pourrait le frapper.

Comment en est-on arrivé là ?

En 1993, un juge électoral a été exécuté de manière spectaculaire dans ce pays. L’on a choisi de tomber dans des compromis politiques assurant l’impunité à ceux qui avaient pensé cet assassinat, avaient décidé de le mettre en œuvre, avaient recruté et armé des tueurs pour exécution. On venait d’accorder une prime à la violence la plus radicale dans le champ politique, et donné un mauvais exemple.

Quelques mois plus tard, le même univers d’où a été décidé l’assassinat du juge planifie encore une opération funeste dans le champ politique, qui a abouti à l’assassinat de plusieurs agents et cadres de la police nationale envoyés pour maintenir l’ordre, d’autres, un peu plus chanceux, ayant survécu mais avec des blessures dont certaines sont handicapantes pour toujours. Ces policiers auraient pu peut-être sauver leur vie et leur intégrité physique, si, se sentant acculés et menacés, ils avaient fait usage de leur armement meurtrier. Mais dans ce cas, ils se seraient retrouvés sur la sellette comme le sont aujourd’hui les gendarmes impliqués dans la mort de Fallou Sène. Et probablement, la justice aurait été beaucoup moins clémente avec ces représentants de la force publique non adossés à un quelconque lobby politique, qu’elle l’a été avec les sbires de politiciens coupables de meurtres en masse sur des policiers, d’atteintes à l’intégrité physique d’autres policiers, et tout l’arsenal de faits criminels découlant de ces actes. Réputées républicaines, les forces de sécurité publique ont vécu sans murmurer la parodie judiciaire qui a sanctionné cette horreur, et qui n’a, une fois de plus, condamné que quelques sous-fifres, des pions insignifiants dans le dispositif de production de ces violences meurtrières.

Notre laxisme parachevait ainsi le sacrement de l’usage de la violence extrême dans la contestation et la revendication de masse, et peut-être venions-nous aussi de favoriser l’émergence d’une nouvelle psychologie du maintien de l’ordre dans certaines situations : tuer ou se faire tuer.

Certes, parmi les cas de bavure sécuritaire répertoriés, il est difficile de distinguer ceux dans lesquels la situation s’est présentée de manière aussi tragiquement contraignante aux représentants de la sécurité publique.

Il demeure en tous les cas que la violence ne peut accoucher que de la violence. Et toutes les morts sont ressenties douloureusement par ceux qui se sentent réellement concernés, qu’elles touchent des étudiants, des policiers, des gendarmes ou d’autres personnes.

Encourager une catégorie de citoyens à prendre l’initiative de porter la violence en direction d’une autre catégorie qui pourrait être amenée à se défendre, c’est construire un contexte de confrontation pouvant mal aboutir, cela relève d’un diabolisme indécent.

Se réjouir de la mort d’une personne et de la douleur que cela provoque chez les vivants en pensant au bénéfice politique qu’on pourrait en tirer, c’est simplement abominable.

Si la tragédie survenue le 15 mai à l’UGB devait impliquer la responsabilité d’autorités politiques, combien seraient-ils, qui, les mains ensanglantées, devraient au préalable rendre comptes de leur passé récent, parmi ceux qui demandent aujourd’hui des comptes ?

A côté de cette agitation estampillée « POLITIQUEMENT INTERESSÉE », il serait utile que des voix lucides s’élèvent pour insister sur un des régulateurs fondamentaux de la vie communautaire : bannir la violence comme moyen de résolution des problèmes, quelle que soit leur nature.

Par Alioune FALL

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