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Modou Diagne Fada, président «les démocrates réformateurs» (ldr/yeesal) : «Nous n’excluons de soutenir aucun candidat libéral, y compris Macky Sall»

01 Jui 2018
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Après avoir obtenu un siège de député aux législatives de 2017, quelques mois après la création du Parti les démocrates réformateurs (Ldr/Yeesal), Modou Diagne Fada tire un bilan satisfaisant de la présence de sa formation politique dans le pays. Son parti entend jouer pleinement son rôle à la présidentielle. C’est pourquoi, le président du Conseil départemental de Kébémer dit qu’il n’exclut de soutenir aucun candidat d’obédience libérale, y compris Macky Sall. Dans cet entretien, il aborde d’autres sujets, dont la crise universitaire, les luttes de l’opposition.

Vous êtes le leader du Ldr Yessal, comment se porte votre parti ?
Le parti Les démocrates réformateurs (Ldr/Yessal) se porte bien. C’est un parti qui fonctionne bien à travers ses instances : le comité directeur, qui est l’instance d’exécution et d’orientation, mais aussi à travers son bureau politique, qui est l’instance de décision entre deux congrès, et qui comprend les 45 départements du Sénégal, les organismes internes et les organisations de la Diaspora. C’est un parti qui se porte aussi bien à travers le fonctionnement de ses organismes internes : ses jeunes, ses femmes, ses cadres, sa commission féminine etc. Toutes les structures internes fonctionnent et déroulent leurs programmes d’activités et prennent des initiatives. Le 06 mai dernier, nous avons tenu notre bureau politique, qui a rassemblé plus de quatre cents personnes, pour discuter de l’appel lancé à nous par le président de la République, Macky Sall. C’est vous dire que nous avons un parti qui fonctionne et qui est présent aussi sur toute l’étendue du territoire national et dans la Diaspora, un parti qui participe à la vie politique nationale. Nous sommes, aujourd’hui, membre de la coalition Disso qui regroupe plusieurs partis. Il nous arrive de nous prononcer sur la vie politique nationale, sur l’actualité.

Vous êtes issus d’un parti qui se réclame du libéralisme, et vous vous définissez en réformateur…
Nous sommes des libéraux réformateurs. La réforme est différente de la révolution. Cette dernière est assez prétentieuse. Pour nous, la réforme est qu’il y a des choses qui sont bien faites, il y a d’autres qui le sont moins. Nous travaillons à améliorer ce qui n’a pas été bien fait. Ou alors, il y a des choses qui sont démodés et nous devons travailler à les moderniser. En fait, la réforme est dynamique. Elle nous permet de contractualiser notre situation, nos points de vue, nos arguments, nos propositions, notre vision du pays en tenant compte de la nouvelle donne, du contexte, de l’évolution par rapport à certains sujets. C’est la raison pour laquelle, nous pensons que la doctrine réformiste colle bien à l’idéologie libérale.

Bien entendu, tout ça a une histoire récente. Nous avions réclamé, en son temps, la réforme des textes du Parti démocratique sénégalais, de son programme et de ses instances. Nous n’avions pas été entendus et quand nous avions été exclus, nous avions voulu maintenir le concept de la réforme. Aujourd’hui, c’est chose faite : c’est ce que nous appelons Ldr. Nous sommes d’obédience libérale. Nous prônons un libéralisme panafricain. L’occident à sa conception du libéralisme. Nous sommes des Africains, des Sénégalais. Nous avons aussi notre conception du libéralisme. Il faut bien comprendre que libéralismes s’écrit avec un s à la fin,  parce qu’il y a plusieurs libéralismes, sans pour autant sortir maintenant des fondamentaux du libéralisme. Nous croyons à une économie de marché, à la concurrence, à la compétition, à la préservation des libertés individuelles et collectives, la liberté de la presse et la liberté d’opinion, entre autres, qui sont les fondamentaux du libéralisme. Il y a des choses qui sont valables en Europe et qui ne le sont pas au Sénégal. Ce sont des valeurs défendues par des libéraux européens que nous ne défendons pas.

On voit souvent les responsables qui étaient dans le Pds dire qu’ils sont wadistes. En faites-vous partie ?
Oui.  Wade reste mon mentor en politique. C’est ma source d’inspiration. C’est l’homme politique que je respecte le plus au monde. Maintenant, est-ce que le wadisme existe ? Ça, c’est un autre problème ! Wade s’est toujours défini comme un libéral social, comme étant un travailliste, quelqu’un qui croit à la doctrine du mourisdisme. Si c’est ça le wadisme, ce sont bien des valeurs que nous partageons.

Avec le recul, pensez-vous avoir raison sur vos frères libéraux ?
Eux-mêmes me le disent en sourdine. Certains me disent : «Franchement, vous avez eu raison sur nous». Parce que la réorganisation du parti à laquelle j’avais appelée s’imposait. Le renouvellement des instances du parti auquel nous avions appelé devait aussi être réalisé. Si nous avions un plan B, éventuellement, en l’absence de Karim Wade, je crois qu’aujourd’hui, nous n’en serions pas là. Tous les militants du Pds honnêtes me disent que j’ai eu raison.

Est-il aujourd’hui trop tard pour discuter d’un plan B ?
Ça ne nous concerne plus, parce que nous ne sommes plus du Pds. Nous sommes dans d’autres perspectives en direction de la présidentielle. C’est trop tard. Le temps est trop juste, aujourd’hui, pour avoir un plan B au sein du Pds. Ou s’il y a un plan B, le porteur risque d’être seul dans cette dynamique. Je crois que le Pds est allé trop loin sur la candidature de Karim Wade pour revenir en arrière.

Vous avez participé aux législatives sous votre propre bannière, est-ce que ces élections vous ont permis de savoir ce que Modou Diagne Fada pèse réellement ?
Peut être non, parce que les élections étaient mal organisées. Il y avait une pléthore de listes et nous venions à peine d’avoir notre récépissé. Nous n’avions pas eu le temps de savoir ce que nous pesons à travers ces dernières élections législatives. Par contre, ce qui a été une source de motivation, une source de satisfaction, c’est que sur l’échiquier politique national, nous sommes septième.
Sur les quarante-sept listes qui étaient en lice, notre parti occupait le cinquième rang. Toutes les entités qui nous ont dépassées étaient des coalitions composées de plusieurs partis. Ce sont les coalitions Bennoo Bokk Yaakaar avec une centaine de partis, Wattu avec une vingtaine de partis, Manko Taxawou Sénégal avec une dizaine de partis. Le seul parti qui nous a devancé et qui était vraiment parti seul, c’est le Parti de l’unité et du rassemblement (Pur). Et tout le monde sait que le Pur est un parti politique assez particulier. C’est un parti qu’on ne peut pas comparer avec les partis traditionnels que nous sommes. Sinon, nous avons été devant tous les autres partis qui étaient partis seuls. Après avoir analysé, de très près, cette position et le nombre de voix que nous avons engrangées, nous nous sommes dit que notre parti, malgré sa jeunesse, s’est déjà implanté sur le territoire national. Figurez-vous qu’en termes de performances électorales, à part le département de Kébémer qui est mon département d’origine, le deuxième département qui vient c’est Saraya suivi de Goudomp, Kolda, Tambacounda. Cela montre que le parti est présent un peu partout à travers le Sénégal. Et en termes de voix, après le département de Kébémer, c’est le département de Pikine qui arrive en deuxième position et celui de Mbour en troisième position, avant les départements de Dakar et de Kolda. C’est vous dire que c’est un parti qui a une implantation nationale et cela nous a rendu assez célèbres après les législatives. Mais, je suis persuadé que Ldr/Yessal pèse plus que ça, qu’aux prochaines élections nous allons faire de meilleurs résultats.

Votre base affective c’est Darou Mousty, en dépit des assauts de l’Apr et ceux d’autres forces politiques, vous parvenez quand même à résister. Quels sont vos secrets ?
Notre secret c’est d’être présent sur le terrain aux côtés des populations. Quand nous étions aux affaires, les populations de Darou Mousty ont vu que nous les avons aidées. Nous avons beaucoup de réalisations là-bas, nous avons amené le gouvernement à faire beaucoup de réalisations là-bas. Nous avons créé beaucoup d’emplois et d’infrastructures. Les populations de Darou Mousty étant reconnaissantes, votent majoritairement pour nous à chaque élection. Aux législatives de 2000, nous avions gagné la Commune. Au référendum de 2016, le «Non» avait gagné. Nous avons aussi gagné les locales de 2014. Non seulement nous avons gagné la commune de Darou Mousty, mais la victoire était tellement éclatante qu’elle nous avait permis de gagner le département de Kébémer parce que Darou Mousty, c’est la principale localité du département en termes d’électorat. Cette victoire m’avait permis d’avoir un écart de quatre mille voix. Ainsi, aucune formation politique ne pouvait nous rattraper. Lors des dernières législatives de 2017 aussi, nous avons gagné la commune de Darou Mousty assez considérablement, même si le score a baissé compte tenu des difficultés que les populations avaient rencontrées pour voter, et la rétention des cartes d’électeurs des primo-inscrits à Darou Mousty.

En compagnie d’autres formations politiques, vous avez mis sur pied une coalition. Quels sont ses contour ?
La coalition pour une alternative démocratique «Disso» regroupe le parti Les démocrates réformateurs (Ldr) Yessal, l’Union centriste du Sénégal (Ucs) de Abdoulaye Baldé, Visa de Déthié Diouf, Pcds de Samba Bathily, Deuk bou Weur de Modou Fall et récemment la Grap de Djibril Ndiaye et un mouvement qui vient de Louga. D’autres partis sont attendus. A notre prochaine rencontre attendue le 04 juin prochain, d’autres vont adhérer. C’est une coalition qui s’agrandit de jour en jour, de semaine en semaine. La principale orientation sur laquelle nous sommes d’accord, est d’avoir le même candidat en 2019. Un candidat qui peut être choisi à l’intérieur de la coalition ou en dehors la coalition. Voilà un peu les principes autour desquels on s’est accordés.

Est-ce que ce candidat pourrait être choisi à l’intérieur de la coalition ?
On verra. Il faudrait qu’on en discute. Si ce n’est pas possible à l’intérieur, nous pourrons sortir de la coalition pour trouver un candidat. Mais en ce qui concerne notre parti, c’est le bureau politique qui l’a systématisé. Il nous a demandé, si nous ne sommes pas candidat, de soutenir un candidat d’obédience libérale. D’ailleurs, le bureau politique nous a demandé d’ouvrir des discussions avec tout candidat libéral qui solliciterait le soutien de notre parti. C’est dans ce cadre que des discussions sont engagées avec des candidats d’obédience libérale que j’ai fini de rencontrer. Dans les jours à venir, nous allons rencontrer d’autres candidats d’obédience libérale.

Vous avez une idée sur les profils ?
Ce qui nous intéresse, c’est l’intérêt supérieur du Sénégal. Ce n’est pas un problème d’homme, mais c’est un problème de programme, de système. Ce qui nous intéresse, c’est de pouvoir exécuter notre propre programme ou alors faire exécuter notre programme par un candidat qui serait soutenu par notre parti. Et les discussions vont tourner autour de cela.

Nous nous sommes dit qu’il est plus facile d’arriver à des convergences programmatiques avec un candidat libéral qu’avec un candidat socialiste par exemple. Je crois que, d’ailleurs, la classe politique doit se réorganiser à travers les idées, les programmes pour permettre à l’électeur d’avoir une plus grande lisibilité. C’est la raison pour laquelle nous pensons que le débat idéologique n’est pas terminé. Le débat idéologique n’a pas commencé au Sénégal et le moment est venu pour qu’il commence, pour que les socialistes se mettent de côté, les libéraux d’un autre côté, les communistes d’un côté, pour que les Sénégalais puissent choisir les meilleurs profils, les meilleurs programmes, les meilleurs propositions pour le développement du pays. On voit que le problème n’est pas un problème de personne, quelle que soit la valeur intellectuelle, la valeur morale, les compétences d’un individu, à la tête du Sénégal, un an après, il sera critiqué.

Votre candidat pourrait-il être Macky Sall ?
Ce candidat peut être tout candidat d’obédience libérale. Macky Sall est libéral. Ce candidat peut être Macky Sall. Ce candidat peut également être quelqu’un d’autre du monde libéral.  Nous n’excluons, encore une fois, aucun candidat d’obédience libérale, y compris Macky Sall, pour bénéficier de notre soutien.

Est-ce qu’on peut voir Modou Diagne Fada derrière un candidat inconnu du terrain politique ?
Il y a beaucoup de candidats déclarés. Comme je l’ai dit à l’un d’entre eux : «J’espère que vous êtes seulement un candidat déclaré, mais vous n’allez pas vous présenter». C’est le moment des déclarations de candidature. C’est le temps de la surenchère et des discussions. C’est important que chacun affiche ses ambitions. Mais, avec les nouvelles conditions qui sont posées et la réalité du terrain, beaucoup de candidats déclarés vont revoir leurs ambitions en baisse et essayer de négocier avec d’autres candidats.Ldr/yessal considère que le pouvoir est incarné par quelqu’un qui est libéral, les principales forces de l’opposition sont incarnées par des candidats libéraux. Après avoir discuté avec les candidats d’obédience libérale qui ont sollicité le soutien de Ldr/yeesal, j’ai mandat pour décider.

Est-ce que Macky Sall a sollicité votre soutien ?
Il l’a sollicité publiquement. Quand il est venu présenter ses condoléances à la suite du rappel à Dieu de mon père, il a sollicité notre soutien. D’autres candidats d’obédience libérale ont aussi sollicité le soutien de notre parti. Nous avons beaucoup de candidats d’obédience libérale. On peut citer Macky Sall, Idrissa Seck, Pape Diop, Habib Sy, Samuel Sarr. Nous avons l’embarras du choix, mais nous n’allons taper à la porte de personne. Nous attendons d’être sollicités. Nous avons rencontré des candidats qui nous ont sollicités. Nous n’excluons pas de rencontrer le président Macky Sall pour échanger avec lui sur les aspects programmatiques qui doivent conduire le prochain mandat.

Mais, vu le chemin qu’il s’est défini, pensez-vous qu’il sera possible de trouver des points de convergence avec Macky Sall ?
Il est entouré par beaucoup de socialistes et de socio-démocrates, mais je crois que sa philosophie est libérale. Nous discuterons et nous verrons ce qui est possible d’être fait. Nous discuterons avec tous les candidats d’obédience libérale. Si nous devons parler avec un candidat, ce sera au su et au vu de tout le monde. Par contre, ce qui est clair et précis, est que Modou Diagne Fada ne vas pas transhumer. Je ne vais pas quitter l’opposition ou mon parti pour aller dans un autre parti. Nous n’allons pas quitter l’opposition pour prendre une fonction gouvernementale avant 2019. Je n’ai pas élu le président, Macky Sall. Il a été élu par d’autres personnes de 2012 à 2019, il n’a qu’à gouverner avec ceux qui l’ont élu. Maintenant, au moment de choisir un candidat, si nous sommes d’accord, nous n’excluons pas de le soutenir à l’élection présidentielle de 2019. Tout comme nous n’excluons pas de soutenir un autre candidat d’obédience libérale.

Que pensez-vous du tollé suscité par la sortie de l’ancien Premier ministre, Idriss Seck sur la Mecque ?
Pour être bref, le président Idrissa Seck a commis une erreur de communication. Par contre, je ne pense pas que cette erreur mérite tout le lynchage médiatique auquel on a eu droit ces dernières semaines. C’est ce lynchage qui a amené certains à penser qu’il y a eu peut-être de la politique derrière. Bien entendu, à sa place, je parlerai différemment du sujet. C’est une question sensible. Et il faut faire extrêmement attention avec la religion.

Le Chef de l’Etat a appelé à des concertations sur le pétrole et le gaz. Votre parti est partant ?
Si nous sommes invités, nous y serons. Nous sommes contre la politique de la chaise vide. Si nous sommes invités, nous allons poser le débat au sein du Comité directeur de notre parti qui décidera. Il y a de fortes chances que le parti comme il a l’habitude de le faire, décide d’y prendre part. Nous devons participer, donner nos points de vue. Dire les points sur lesquels nous sommes d’accord, dire aussi les choses sur lesquelles nous ne sommes pas d’accord et assumer nos positions.

Pour vous, ces discussions doivent tourner autour de quoi ?
Peut-être que le Président Macky Sall enverra les termes de référence. Il faut d’abord que les termes de référence soient publiés pour connaître les sujets autour desquels nous devons échanger.

Vous aviez participé aux concertations sur le processus électoral, alors qu’une frange importante de l’opposition avait boycotté. Pourquoi ce choix ?
Nous sommes autonomes. Ldr/Yeesal est indépendant. Nous ne sommes plus à la remorque de qui que ce soit ou de quelque parti que ce soit. Une situation se présente, nous l’analysons et nous prenons nos décisions. Quand nous avons reçu la lettre d’invitation du ministre de l’Intérieur, nous avons dit : «Nous y allons». Nous avons été à l’ouverture officielle. Nous avons ensuite désigné des plénipotentiaires à travers le cadre de l’opposition pour la régularité et la transparence des élections. Nos plénipotentiaires ont pris part aux travaux. Il y a des points sur lesquels nous avons marqué notre accord. Il y a aussi des points sur lesquels nous avons exprimé notre désaccord, notamment le parrainage. Nous n’avons jamais été pour le parrainage. Nous l’avons dit lors des concertations. Nous avons défendu la même position à l’Assemblée nationale. Nous avons voté contre le projet de loi relatif au parrainage.
 

D’aucuns parlent d’opposition radicale et d’opposition modérée. Dans quel camp vous vous situez ?
Je ne sais pas. Tout ce que je sais c’est que nous n’insultons pas. Nous ne faisons pas de l’opposition crypto-personnelle. Nous ne faisons pas de l’opposition parce que nous avons une dent contre Macky Sall. Nous nous opposons aux programmes, aux idées, aux propositions. Si nous sentons qu’une idée est bonne, nous n’hésiterons pas à la défendre, même si elle vient du pouvoir.

Par contre, si l’idée n’est pas pertinente,  même si elle vient de l’opposition radicale, nous n’allons pas la porter. Nous avons une ligne de conduite. Nous sommes des libéraux centristes et nous essayons d’être objectifs dans nos prises de position, nos analyses, dans notre forme d’opposition. L’ambition que nous avons est non seulement de réformer la gouvernance, mais de réformer la façon de s’opposer dans ce pays.  J’ai fait de l’opposition ultra radicale quand j’étais plus jeune. C’était en 1988 et en 1993. Trente ans après, je ne peux plus me permettre  d’avoir la même méthode d’opposition. Parce qu’en 1988, il n’y avait pas de journaux privés, il n’y avait pas de télévisions et de radios privées. Il était très difficile de se faire entendre. Il était très difficile de se battre. Il fallait poser des actes spectaculaires, parfois même dramatiques pour que les radios Rfi ou Africa N°1 soient là pour vous couvrir. Ce n’est plus le cas. Nous avons maintenant des moyens de communication qui nous permettent de nous battre autrement. C’est la raison pour laquelle, nous devons réviser les formes de lutte archaïques portées par une certaine opposition. Je veux me moderniser, mais je ne suis pas dans cette opposition qui reste dans les tablettes de 1988 ou de 1993.

Vous êtes un ancien leader du mouvement étudiant. Quel regard portez-vous sur la crise qui secoue l’université ?
Il faut d’abord présenter à nouveau nos condoléances à la famille de Mouhamadou Fallilou Sène. Ensuite condamner la mort de cet étudiant, regretter toutes les destructions de biens à l’université Gaston Berger de Saint-Louis.
En un mot, dire que ces évènements auraient pu être évités, parce que manger sans ticket ou «nguentee toubab», nous sommes tous passés par là. Et à y regarder de plus près, ce qui a été détruit comme bien coûte plus cher qu’un repas d’étudiant. Je crois que  les autorités universitaires, rectorales ou sociales qui ont réquisitionné les forces de l’ordre à l’intérieur de l’université ont fauté. On aurait dû leur laisser  faire leur «nguentee toubab», parce qu’un étudiant qui ne perçoit pas sa bourse, n’a plus de ressources pour manger. S’il n’a plus de ressources, il ne va pas mourir de faim. Comme les repas qui sont servis sont principalement supportés par l’Etat et que c’est l’Etat qui est responsable des bourses, ce n’était pas la peine de demander aux forces de l’ordre d’intervenir.

Il faut maintenant travailler à ce que de tels évènements ne se reproduisent plus. Il faut auditer la filière des bourses de bout en bout pour combattre les goulots d’étranglement. Tant qu’on ne les  retrouve pas de tels évènements peuvent se reproduire à l’avenir. Il faut d’abord un audit complet de la filière des bourses. Il faudrait aussi que ceux qui ont fauté soient sanctionnés. Les fonctionnaires qui ont fauté doivent être sanctionnés. De même, il faut mener une enquête sérieuse, rigoureuse pour situer les responsabilités.

Le maintien de l’ordre est une nécessité surtout dans un pays où la marche est dans le système déclaratif. Dans un pays où l’on peut marcher, on doit repenser le système de maintien de l’ordre. Ceux qui vont encadrer ces marches ou empêcher des troubles à l’ordre public ne doivent plus être armés. Ils peuvent avoir des grenades pour disperser, mais pas vraiment être armés.
Nous devons aussi travailler à réétudier la loi sur les franchises universitaires. J’ai fait six ans à l’université Cheikh Anta Diop. J’y suis entré par une année blanche. J’en suis sorti par une année invalidée. Ce qui veut dire que c’était un moment extrêmement instable, mais on n’a jamais tué d’étudiants et l’on a toujours fait des «nguentee toubab». Nous avons souvent occupé le Rectorat, les bureaux des Doyens.

Est-ce que vous usiez de la violence comme le fait la génération actuelle ?
Nous manifestions, mais ce sont les franchises universitaires qui nous protégeaient. Les forces de  l’ordre n’avaient pas le droit d’entrer dans le campus pédagogique, le campus social n’en parlons pas. Il faut réétudier cette loi sur les franchises.

Que pensez-vous de l’implication du président de la République ?
La crise est en train d’être gérée par le Chef de l’Etat qui reçoit les étudiants. C’est bien. Quand il y a mort d’homme, c’est un problème sérieux. Le président doit prendre ses responsabilités et se mettre en face des étudiants. Mais, il peut y avoir un retour de bâton. Demain,  à la moindre crise, les étudiants peuvent dire : «Si nous ne sommes pas reçus par le président de la République, nous n’allons pas lever le mot d’ordre». Il faudra, à un moment donné, que le dossier soit retransmis aux autorités académiques, sociales ou ministérielles pour que les négociations se poursuivent. Avec la division notée au sein du mouvement étudiant, il va toujours être difficile, pour un président de la République, de recevoir tout le monde.


Propos recueillis par Babacar DIONE, Photos : Pape SEYDI

 

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