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Serigne Mboup, président du « Cap Think-Tank », expert en hydrocarbures : « Toutes les forces vives doivent répondre à l’appel aux concertations sur le pétrole et le gaz »

08 Jui 2018
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Serigne Mboup, président du Cadre de prospective et d’analyses (Cap Think-Tank) salue l’appel à des concertations sur le pétrole et le gaz lancé par le chef de l’Etat. Le maire de Pire dit espérer voir toutes les forces vives accepter à « réfléchir pour le Sénégal de tous, le Sénégal pour tous ». Car l’ancien directeur de Pétrosen et actuel directeur général de la Société africaine de raffinage (Sar) estime que ces ressources offrent d’importantes opportunités au Sénégal.

Quelle appréciation faites-vous de l’appel aux concertations sur le pétrole et le gaz lancé par le chef de l’Etat ?
J’en fais une appréciation positive. C’est dans la lignée de la démarche de son excellence le président de la République de concertation chaque fois que l’intérêt le nécessite. Mais aussi dans sa démarche d’inclusion qui fait que les forces vives de la Nation, quand c’est nécessaire, doivent tous s’aligner autour d’un objectif qui est le consensus sur les questions fondamentales. C’est un appel qui vient à son heure sur un sujet éminemment important qui est le pétrole. Cet appel s’adresse aux forces vives qui vont répondre, dans ses composantes les plus diverses, les plus variées pour qu’ensemble, avec ses équipes, nous puissions réfléchir pour le Sénégal de tous, le Sénégal pour tous. Ce Sénégal dont parle le président de la République demande que chacun, au niveau où il est, avec les compétences qu’il a, soit debout pour que les politiques publiques fassent l’objet d’un consensus le plus large possible.

Qu’entendez-vous par forces vives ?
Ce sont les intellectuels. Les forces vives, ce sont aussi les forces sociales d’une manière globale. C’est l’ensemble des secteurs économiques. Ce sont les universitaires, les chercheurs, la classe politique notamment les éléments qui ont des compétences dans le secteur et ceux qui ont une ambition qui transcende les intérêts partisans. C’est la jeunesse. Ce sont les forces de défense et de sécurité qui ont aussi leur mot à dire. Ce sont tous les partenaires du Sénégal qui doivent se retrouver dans cet appel et qui devraient répondre, pas dans un populisme béant, mais dans un sens contributif qui permet d’améliorer et de relever le niveau des débats qui auront lieu pour que les décisions qui seront arrêtées couvrent le plus largement possible les intérêts de notre pays, aujourd’hui et demain pour les générations futures.

Des forces de l’opposition rejettent cet appel…
Elles ont tort. Si vraiment elles sont mues par l’intérêt du pays, il serait souhaitable qu’elles répondent à cet appel. Quand la première institution du pays vous invite à un dialogue, allez-y. Apportez vos idées, acceptez la contradiction et contribuez à élaborer ce qui pourrait être demain les politiques que vous-mêmes,quand vous arrivez au pouvoir,que devez appliquer. Cet appel ne s’adresse pas aux intérêts politiques particuliers du président et de sa mouvance. Il a pour objet de discuter sur comment faire pour que le Sénégal profite mieux à cette bénédiction et à cette opportunité formidable que les ressources pétrolières et gazières offrent. Elles devront répondre. Si elles ne répondent pas, elles rateront encore le train de l’histoire. Les vraies forces vives de ce pays répondront à cet appel. Elles l’ont déjà fait dans le code pétrolier. Il y a quelques semaines, s’est tenue une rencontre élargie aux Ong et à toutes les forces vives de ce pays. Elles ont passé en revu le projet de révision du code pétrolier. Elles ont donné sur place leurs contributions. Et cela sera pris en compte pour qu’on ait un code consensuel.

Vous parlez de bénédiction. Que peuvent représenter ces ressources au Sénégal ?
Ces ressources sont une opportunité extraordinaire d’accélération de l’ambition du chef de l’Etat de tirer le Sénégal vers l’émergence à l’horizon 2035. Vous avez vu les formidables efforts qui sont faits en matière d’infrastructures, d’éducation, de santé et de formation professionnelle avec l’ambitieux projet des Isep et de lycées professionnels. Vous avez vu cette volonté d’autosuffisance alimentaire avec l’horticulture qui a fait des résultats extraordinaires, mais aussi avec le riz pour lequel nous avons fait des avancées significatives. Des moyens accrus pour augmenter les capacités productives ont été déployés. Je ne parle pas des Pme qui, dans la sous-traitance, vont se bonifier en termes de compétences et réaliser des marchés importants. A travers cette question, je voudrais saluer la naissance du club des investisseurs du Sénégal qui regroupe de véritables forces vives qui conduisent des affaires prospères. Ces forces ont compris la nécessité de s’unir pour bâtir des synergies fortes afin que ces opportunités que ce pétrole et le gaz permettent aux hommes d’affaires de jouer pleinement leur partition. Le pétrole conduit à d’autres industries. Il conduit à des projets de développement. Ces projets vont concerner des budgets de plusieurs milliards de dollars. La plupart des projets sera sous-traitée par des Pme et des Pmi sénégalaises. Cela va accélérer le processus d’émergence de notre pays. On peut aussi parler du fonds souverain. Dans la réflexion du président, une bonne partie va aller aux capacités productives et aux infrastructures. Une bonne partie va aussi concerner les générations futures. Si vous y ajoutez le fait que la Société africaine de raffinage (Sar) prépare une mutation pour être en mesure de raffiner le brut sénégalais, vous comprendrez aisément que ce sont des centaines de milliards de FCfa qui allaient être injectés dans les produits importés qui vont rester dans le pays.

Est-ce que le secteur privé local pourra être boosté ?
Des plateformes seront construites. Des milliers de kilomètres de pipes seront posés. Des travaux concernant la chaudronnerie et l’électricité seront réalisés. Les services de transports sophistiqués comme les hélicoptères peuvent se développer pour l’approvisionnement des équipes qui sont dans les plateformes. Le secteur privé national qui a des capacités d’investissements aura des opportunités extraordinaires.

Combien d’emplois pourraient être créés ?
C’est difficile à dire. Je ne voudrais pas m’aventurer à cet exercice, mais je ne doute pas de la capacité de nos hommes d’affaires à capter toutes ces opportunités. Il y aura des emplois fixes qui seront dans les plateformes. Il y a aura des emplois qui seront dans certaines infrastructures. Des emplois fixes seront aussi créés par les entreprises qui vont ouvrir des bureaux dans le pays. Il y aura beaucoup d’emplois directs et indirects. On aura une meilleure inclusion de nos populations et un meilleur partage des ressources.

Quelle sera la part des générations futures ?
L’idée est de renforcer le Fonds souverain d’investissement stratégies (Fonsis). Je dois d’ailleurs, avec beaucoup de nos compatriotes, saluer cette idée très audacieuse qu’a eue le président de la République de créer, dès 2012, le Fonsis qui, en cinq ans d’existence, a mis la main à la patte à travers une prise de participation dans un certain nombre d’infrastructures. Il a bâti des compétences, un savoir-faire et une réputation de crédibilité sur la place de Dakar. Le Fonsis va faire un bon usage des parts qui seront réservés aux générations futures à travers des investissements appropriés. A terme, il pourra devenir, comme le fonds Koweitien ou les fonds qui sont dans les autres pays du Golfe.

Est-ce que le pays ne risque pasde délaisser ou de négliger les autres secteurs ?
Cette clairvoyance politique fait que le Sénégal ne sera pas un pays qui se basera seulement sur ses ressources pétrolières. Nous avons prouvé, depuis l’indépendance, que sans ressources majeures, nous étions capables de construire un pays stable qui se développe. Nous sommes la deuxième économie de l’Uemoa. Un pays qui est reconnu dans le concert des grandes nations par sa diplomatie, sa stabilité et par la qualité de ses ressources humaines. Avec la vision qu’a le président de la République, les ressources tirées du pétrole ne seront que des ressources additionnelles. Les autres secteurs ne seront pas délaissés. Ces ressources seront utilisées pour asseoir, par une diversification appropriée, d’autres secteurs comme l’agriculture, le tourisme, etc. Ces ressources vont être utilisées pour bâtir une croissance plus durable, plus inclusive et plus pérenne. Avec la forte volonté politique du chef de l’Etat, le pétro-dépendance ne sera pas connu au Sénégal.

En quoi les ressources peuvent-elles accélérer la mise en œuvre du Pse ?
L’Etat aura beaucoup plus de capacités d’investissement. Les ressources publiques qui sont aujourd’hui investies dans le pays sont importantes, mais il reste beaucoup à faire. Si l’Etat faisait 50 km d’autoroute par an, on pourra en faire beaucoup plus en un an. On pourra renforcer le chemin de fer, construire d’autres autoroutes, des universités. Il faut mécaniser davantage notre agriculture, atteindre l’autosuffisance alimentaire. Des efforts extraordinaires ont été faits pour augmenter la capacité de production. Ces efforts seront renforcés avec les ressources naturelles. L’impact de ces investissements fera que l’inclusion sera plus forte. La croissance plus forte et plus durable. C’est cela qui va accélérer notre route vers l’émergence.

Pourtant une voix s’est élevée pour dire que le Pse n’est pas un Plan prospectif…
C’est une mauvaise querelle. J’ai entendu, pendant le week-end, quelques idées contre le Pse. Le Sénégal a vécu des plans triennaux. On n’a jamais eu des ambitions qui dépassent les mandats de ceux qui nous dirigeaient. On a eu une politique d’ajustement structurel, des classes à double flux. Nous ne sommes plus dans ces plans. Le Pse nous projette à 20 ans avec une vision bien tracée. Le Pse est un programme de développement économique et social qui est séquencé avec des mesures dynamiques pour que les choses aillent au mieux. Les résultats obtenus sont là pour démonter les arguments de tous ceux qui s’attaquent au Pse.

Que pensez-vous de l’adoption, par l’Assemblée nationale, de l’accord gazier entre le Sénégal et la Mauritanie ?
Je rends un hommage appuyé à nos députés qui ont compris, à l’instar de nos deux chefs d’Etat, l’intérêt de nos deux populations. Nous avons deux peuples liés par une histoire millénaire.

C’est seulement ensemble qu’on peut bâtir des nations fortes et prospères. Les deux gouvernements ont décidé, en toute lucidité et avec beaucoup de sérénité, de les partager. C’est comme cela que ça se passe dans le monde. C’est apparu entre l’Angleterre et la Norvège, entre le Nigéria et le Cameroun. Entre le Sénégal et la Mauritanie, nous avons le fleuve et la pêche. Nous avons nos peuples qui sont les mêmes. C’est ce sentiment d’appartenance à un même peuple que l’histoire a séparé que les deux chefs d’Etat ont concrétisée. Notre Assemblée nationale a donné à notre président les pouvoirs pour ratifier cet accord. Il faut savoir que c’est un accord réaliste. Il y a des découvertes qui sont faites à la frontière, mais personne ne peut dire exactement si n’est que par des estimations la part d’hydrocarbure qui est dans tel ou tel territoire. C’est dans la production que l’on aura des éléments beaucoup plus fiables pour mesurer les accumulations de part et d’autre des frontières. C’est la raison pour laquelle il est prévu que les deux parties se retrouvent tous les cinq ans, compte tenu de cette historique de production et de beaucoup de données extrêmement complexes, parce qu’il faut des formules mathématiques compliquées pour s’accorder sur quel volume a été tiré de tel ou tel territoire et de s’accorder. C’est sur la base de cela qu’on pourra repartir, la science aidant à des niveaux qu’elle ne peut pas faire aujourd’hui,la part de X% et celle de Y% là-bas. Les deux pays ont fait preuve d’une sagesse extraordinaire. Le partage n’a rien à voir avec les effets démographiques. Les pays qui sont les premiers producteurs au monde ne sont pas les pays les plus peuplés. Quand on partage une ressource entre les peuples, on ne la partage pas au prorata des populations. On ne la partage qu’au prorata de la quantité qui se trouve de part et d’autre. Nous devons tous être sereins et faire confiance.

Propos recueillis par Babacar DIONE

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