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Me Abdoulaye Tine, leader du l’Usl, candidat à la présidentielle : « Surmonter l’obstacle du parrainage »

27 Jui 2018
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Au lendemain de l’adoption de la loi sur le parrainage, les ambitions présidentielles de beaucoup de personnalités s’amenuisent. Avocat au barreau de Paris et leader de l’Union sociale libérale, Me Abdoulaye Tine, 43 ans, refuse de faire partie des candidats qui abdiquent. Tout en attaquant la loi sur le parrainage devant la Cour de justice de la Cedeao, il s’est lancé à la quête de signatures à travers son parti qu’il dit implanté dans les 14 régions du Sénégal et dans la Diaspora pour surmonter la barrière administrative afin de proposer aux citoyens un autre projet de société.

Vous avez créé l’Union sociale libérale en 2014. Qu’est-ce qui fait la spécificité de votre formation politique ?
C’est un parti qui est en croissance. Nous l’avons fondé le 12 mai 2014. Nous avons attendu jusqu’à l’obtention du récépissé qui a été signé par le ministre de l’Intérieur, le 24 septembre 2016, pour fixer la date de lancement qui a eu lieu le 27 février 2017. Depuis lors, le parti a continué sa stratégie d’implantation à travers les 14 régions du Sénégal. Aujourd’hui, sur les 557 communes, le parti est dans 357 communes. Des 101 pays de la Diaspora où les Sénégalais ont des consulats, nous sommes présents dans plus de 54 pays. Nous avons créé un laboratoire d’idées pour penser notre programme. Nous en avons lancé un à Dakar en février. Deux autres seront lancés à Paris et aux Etats-Unis. Cela vise à permettre à la Diaspora sénégalaise de participer à la coproduction du projet présidentielle que nous voulons proposer aux Sénégalais. Le parti est constitué de citoyens de la société civile ou de citoyens qui n’étaient pas dans les appareils politiques. Nous avons aussi beaucoup de personnes qui sont dans les appareils politiques et qui ont décidé de rejoindre notre parti. Plusieurs personnalités locales ont rejoint le parti à Pikine. Nous avons des citoyens de tous bords qui ont décidé de dépasser les clivages partisans. Ce qui importe pour eux, c’est de se mettre autour d’un projet pour servir l’intérêt national.

Les grands leaders politiques détiennent des bases affectives. Est-ce le cas pour vous ?
J’ai une base affective. La salle où nous avons tenu notre rencontre à Pikine a été remplie de monde. Je suis un enfant de Pikine. Je suis né dans cette ville. J’ai fait l’école primaire à l’Ecole 10 et le cycle moyen au Cem Fallilou Diop. J’ai obtenu mon Bac au lycée Limamoulaye. C’est après la maîtrise en Droit public que je suis parti à Paris. J’ai fait plusieurs institutions dont les Nations-Unies, le service international du barreau de Paris, mais je n’ai jamais coupé le lien avec cette localité. Même si ma famille n’y vit plus, il n’en demeure pas moins que lorsque j’arrive à Pikine, je me sens totalement chez moi. J’ai aussi une base affective aux Parcelles assainies où ma famille avait déménagé. Ma base affective oscille entre les deux localités, mais il y a une dominante pikinoise

Pourquoi êtes- vous candidat à la présidentielle ?
Je suis candidat à la présidentielle de 2019 pour plusieurs raisons. La première est qu’aujourd’hui, avant de lancer un parti politique, nous nous sommes investis en tant qu’acteur de la société civile pour qu’en 2012, nous puissions avoir un changement. Lorsque le pouvoir s’est installé, dès les premières années, notre analyse était que ce qui est en train d’être fait n’était pas conforme à notre engagement. C’est à partir de ce moment que nous avons commencé à réfléchir pour trouver des modalités alternatives. Avant de déposer les statuts du parti, nous avons commencé à écouter les citoyens sénégalais. Beaucoup de citoyens ont été interrogés. Et nous sommes arrivés à deux conclusions. La première est que les intellectuels ne sont plus dans les partis politiques, contrairement aux premières années de l’indépendance où on a eu Léopold Sédar Senghor, Galandou Diouf et tous les autres qui ont créé cette jeune nation. Quand on demande aux intellectuels pourquoi ils ne sont plus dans le jeu politique, ils répondent que la politique est souvent caractérisée par des complots, des règlements de compte, des scandales. La deuxième raison est que le parti majoritaire au Sénégal est celui des sans parti. Des gens qui vivent et qui ne sont affiliés à aucun parti politique. Ce manquement d’engagement ne s’explique pas par un manque d’amour pour le pays. Tous ces citoyens auscultent la marche de la Nation, mais ne s’engagent pas parce qu’ils ne se retrouvent pas dans le champ politique. Ils estiment que les politiciens les prennent pour des enfants et c’est pendant les élections qu’ils vont vers eux. Après les élections, ils disparaissent. C’est pourquoi nous avons décidé de créer un cadre qui va permettre à toutes ces personnes de se réconcilier avec la politique et de s’engager. Quand nous avons tenté de réussir ce double tour de force, notre analyse nous a conduit à marquer les clivages qui ont construit jusque-là l’espace politique sénégalais à savoir les socialistes et les libéraux. La Russie organise avec une logique capitaliste la Coupe du monde. Si Staline se réveille aujourd’hui, il ne reconnaîtrait pas l’ex-Urss. Quand Wade est arrivé au pouvoir, il a fait beaucoup de social même s’il se réclame du libéralisme. C’est sous les socialistes que la santé a été privatisée. L’Etat s’est désengagé dans plusieurs secteurs stratégiques. Nous avons estimé que la vérité se trouve entre les deux idéologies. Les Sénégalais sont à la recherche d’une doctrine capable d’identifier les problèmes, d’apporter des solutions et de bâtir un système de développement qui sera spécifique.

Quel plus comptez-vous apporter à la scène politique ?
Nous sommes convaincus qu’il y a une dynamique d’amorce lourde qui est en train de se faufiler. L’aboutissement de cette tendance sera forcément l’implosion du système politique sénégalais tel que nous l’avons connu. Quand on écoute les Sénégalais de la Diaspora ou d’ici, le discours est le même. Nous avons eu une première alternance et nous avons été trompés. Nous avons eu une seconde alternance et nous avons vu ce que cela a donné. Le régime actuel avait fait campagne autour du «Yonou Yokouté». Après la victoire, il nous a promis l’émergence en 2035. D’ici à 2035 qu’est-ce qu’on va faire ? Est-ce que nous pourrons continuer à nous soigner, à manger à notre faim ? Il faut qu’on continue à vivre. C’est pourquoi notre cible électorale est le parti des sans parti. Nous avons entrepris de constituer un appareil politique pour construire un nouvel électorat et une nouvelle génération d’acteurs pour réaliser les changements que les Sénégalais jugent indispensables.

Comment comptez-vous franchir l’obstacle du parrainage ?
Quand nous avons créé le parti, nous avons anticipé sur cette hypothèse. Ce n’est pas pour rien que nous avons décidé d’implanter le parti dans les 14 régions du Sénégal. Ce qui nous a permis de créer un mouvement des élèves et étudiants sociaux-libéraux. Nos étudiants peuvent nous amener une bonne partie des signatures. Mais nous ne sommes pas pour le parrainage. Il y a un argument officiel, mais il y a des motifs cachés. On a réussi à exiler certains et à mettre d’autres en prison. Pour ceux qui restent, le pouvoir a décidé de mettre un obstacle administratif quasi insurmontable. C’est pourquoi, j’ai attaqué cette loi devant la Cour de justice de la Cedeao. Je n’ai pas de doute que la Cour va trancher au nom de la légalité. Dès la semaine prochaine, nous allons ressaisir la Cour pour que l’affaire soit jugée en procédure d’urgence, parce que le gouvernement a changé la donne en retirant son projet de loi initial en mettant un autre pour donner un coup d’accélérateur à la procédure. Nous irons jusqu’au bout. Nous avons vu l’arrêt qui a été rendu au Burkina Faso concernant les membres du parti de Blaise Compaoré. Nous sommes convaincus que la Cour va nous donner raison. Comme elle l’a fait le 24 mai dernier dans l’affaire Nino Vieira. Après trois ans de procédure, nous avons fait condamner la Guinée-Bissau pour avoir manqué au droit à la vie et de n’avoir pas donné l’accès à la justice à ses héritiers.

La nécessité d’éviter les candidatures fantaisistes a été invoquée pour justifier le parrainage ? Avez-vous l’impression d’être parmi les personnes visées ?
Loin de là. Nous n’avons pas cette impression. Depuis la création du parti, je suis convaincu d’une chose : en politique, il y a deux temps. Il y a le temps de la mobilisation sur le terrain. Il y a le temps de la mobilisation par le discours à travers les médias. Nous n’avons pas créé un parti pour faire du bruit pour que les gens nous entendent afin que nous puissions entrer dans les coalitions. Nous avons un parti porteur d’un projet alternatif. C’est la raison pour laquelle nous travaillons sur le terrain. L’élection présidentielle est une élection majoritaire. Vous n’êtes pas obligés d’aller dans tout le Sénégal. Nous avons fait tous les départements. Cela nous permet de régler le problème du parrainage.

Pourquoi vous attaquez-vous à la loi sur le parrainage?
Quand il est arrivé au pouvoir, Abdou Diouf a trouvé une loi qui limitait le pluralisme qui disait qu’on ne peut pas avoir plus de quatre courants. Il a estimé que cette loi était anticonstitutionnelle. Il a changé cela en 1983 en adoptant le pluralisme intégral. La loi sur le parrainage remet en cause cette ouverture. Aujourd’hui, nous avons près de 300 partis politiques sénégalais. Avec le parrainage, il est demandé au candidat d’avoir au moins 52.000 électeurs. Cela veut dire que sur tous les partis politiques qui existent, moins de 100 partis auront le nombre demandé. L’idée consistant à dire que c’est pour parer les candidatures fantaisistes n’est pas recevable. Le maximum de candidats qu’on a eu à une élection présidentielle est de 15. Le verrou existe déjà. Les 65 millions de FCfa qui représentent la caution sont énormes. C’est beaucoup d’argent. Le parrainage est un double verrou. Mettre sur le même pied le parti politique et l’indépendant consiste à vider de sa substance les valeurs qui guident la création d’un parti politique. Si la collectivité est mise à la même enseigne que tout le monde, la création d’un parti n’aura plus d’intérêt. Quand on dit que le parrainage permet de mesurer la représentativité, cela veut dire que le fait de parrainer est un engagement de vote. Si ce n’est pas un engagement de vote, il ne peut pas permettre de mesurer la représentativité de quelqu’un. Le gouvernement demande des signatures alors que nous avons une population majoritairement analphabète.
Beaucoup ne savent pas signer. Comment les signatures seront authentifiées ?

Cela est pris en charge par la Loi électorale…
Le Conseil constitutionnel ne peut pas faire le contrôle dans un délai d’un mois. Certains invoquent les nouvelles technologies pour expliquer la possibilité de contrôler. Je défie quiconque. Je connais le nombre de juges que compte le Conseil constitutionnel. Je sais qu’il n’a pas la capacité de faire le contrôle. C’est pourquoi nous combattrons le parrainage par toutes les ressources de l’Etat de droit. Même promulguée, la loi sera attaquée pour exception d’inconstitutionnalité. Et le Conseil constitutionnel ne pourra pas dire qu’il n’est pas compétent. On va lui demander d’apprécier au vu de la hiérarchie des normes la validité de cette loi par rapport aux pratiques constitutionnelles.

Propos recueillis par Babacar DIONE

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