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Moundiaye Cissé, coordonnateur de l’Ong 3d : « Il y a plus un problème de confiance entre les acteurs politiques que de fiabilité du système électoral »

05 Juil 2018
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Le système électoral sénégalais est fiable. Nul ne peut le contester. Seulement, le problème est qu’il y a un manque de confiance des acteurs à ce système, selon Moundiaye Cissé, coordonnateur de l’Ong 3D. Dans cet entretien, M. Cissé revient sur diverses questions liées notamment à la participation de la société civile aux cadres de concertation sur le processus électoral, à la main tendue du chef de l’Etat pour que la société civile prenne part aux concertations sur le Pétrole et le gaz (Cos Pétro-gaz) ainsi que sur plusieurs autres questions.

En tant que membre de la société civile, quel est le bilan que vous faites de votre participation aux concertations sur le processus électoral ?
D’abord, il y avait le cadre de concertations sur le processus électoral. Nous avons participé à toutes les étapes de ce processus. Nous avons participé, en tant qu’observateurs, dans ce cadre de concertation présidé par le doyen Saïdou Nourou Bâ. Nous avons pu discuter, malgré l’absence de l’opposition radicale, il y avait les non-alignés, l’opposition dite non radicale et il y avait la majorité. Parce que c’est une tradition dans ce pays qu’on discute pour arriver à des règles du jeu électoral consensuelles.  Cela date depuis le code Kéba Mbaye. En tant que observateurs, nous pouvons dire que nous sommes satisfaits. A chaque fois que de besoin, nous avons apporté notre contribution à l’évolution de notre système démocratique. Mais nous pouvions avoir plus d’acquis parce qu’il y a eu certes des points de convergence, mais il y avait des divergences. En ce qui concerne le bulletin unique, on n’a pas pu l’instituer alors que c’était une demande forte pour ce qui est de l’audit du processus électoral et non l’audit du fichier. Cela n’a pas été fait. La question de la rationalisation des partis n’a malheureusement pas eu de consensus parce que finalement, c’est le parrainage qui a été proposé et il a abouti à des germes de contestation pré et post-électorales. Il y avait aussi la question de la caution, mais on va réduire cette caution de 60 millions de FCfa à 30 millions de FCfa.

Notre participation nous a permis de peser de notre poids pour qu’on arrive à consolider notre démocratie. Il y a avait la question d’une autorité indépendante pour diriger et coordonner les élections, on n’a pas eu de satisfaction. Fondamentalement, ce sont les trois points de non satisfaction que je note. Le fait d’avoir participer à ces concertations a été une bonne chose. Nous ne sommes pas pour la politique de la chaise vide. Et je ne suis pas d’accord avec l’opposition par rapport à sa posture depuis la première revue portant sur les législatives. Je pense que quand on n’est pas d’accord, il faut venir et dire qu’on n’est pas d’accord. La politique de la chaise vide n’a jamais été payante. Cela risque de nous causer énormément de problèmes pour ces élections. Je crois que l’opposition doit faire plus d’efforts pour répondre aux appels au dialogue du président de la République. C’est mieux que de rester dehors et de critiquer. On peut critiquer dans le cadre et sortir critiquer, mais on ne peut jamais être absent et critiquer là où les décisions se prennent. Maintenant, c’est à l’Etat aussi de revoir le format ou le canal qu’il utilise pour faire ces appels au dialogue.

Ne pensez-vous pas que le fait de choisir Saïdou Nourou Bâ pour présider ce comité est une preuve de la volonté du président Macky Sall de laisser la classe politique dialoguer et arrêter elle-même des recommandations ?
Oui. Au début, il était prévu de faire présider ce cadre par la Cena, mais l’opposition avait récusé le président de la Cena et on avait fait une proposition d’une personnalité neutre et finalement le choix a été porté sur l’ambassadeur Saïdou Nourou Bâ qui lui aussi a été récusé par une partie de l’opposition. C’est dire qu’il est toujours difficile de trouver une personnalité qui fait l’unanimité, mais je crois que la revendication essentielle de l’opposition était le fait que pour la revue précédente, il y avait des décisions qui avaient été retenues que le président de la République n’a pas respectées. Par exemple, il y avait un consensus sur la question du nombre de député de la diaspora, mais le président a augmenté le nombre. C’est ce qui avait poussé l’opposition à bouder systématiquement les cadres de concertation que le président de la République mettait en place pour dire qu’elle n’avait pas confiance. Je pense que ce n’était pas une raison. Cela a été une erreur stratégique de bouder tous les cadres de concertation. Je pense que l’opposition aurait gagné beaucoup en intégrant ces cadres de concertation et en manifestant son désaccord par rapport à ces questions.

Est-ce que la non-participation de l’opposition entache la fiabilité du processus ?
Moundiaye Cisse 3D 2Au Sénégal, on n’a pas de problème de fiabilité du système électoral parce que le système qui a élu le président Abdoulaye Wade a permis l’élection du président Macky Sall. Ce système est encore là. C’est un système bâti depuis 1991 à travers le code Kéba Mbaye. C’est avec ce système qu’on exige l’utilisation de l’isoloir et l’encre indélébile de la représentation des partis et des candidats. Ce système est encore là. C’est donc moins un problème de fiabilité du système que de confiance des acteurs au système. Je suis d’avis qu’on a un bon système électoral. Avoir un système avec quelques éléments qui ne suscitent pas la confiance des acteurs est une autre chose. Par exemple, on a un bon système en ce qui concerne les opérations, mais en ce qui concerne le parrainage, il y a des doutes. Mais cela ne veut pas dire que le parrainage n’est pas bon. Nous avons toujours soutenu que le parrainage n’est pas une mauvaise chose car cela peut rationaliser les candidatures. Nous n’avons jamais été contre le parrainage et nous l’avons toujours assumé. Parce que du point de vue de la pratique électorale dans la sous-région et un peu partout dans le monde, il y a le système de parrainage. Il permet d’éviter les candidatures fantaisistes et la prolifération des candidatures. Seulement, le contexte a amené certains acteurs politiques à douter du bien-fondé du parrainage et à penser que c’est une façon de recaler les candidatures gênantes, mais le parrainage en soit n’est pas mauvais.

Est-ce qu’aujourd’hui, avec cette frénésie de création de partis politiques au Sénégal, il ne fallait pas rationaliser bien avant…
Justement, nous pensons que le parrainage aurait dû être fait depuis le référendum. On l’aurait proposé au référendum, ce serait une excellente chose. Personne n’aurait vu derrière le parrainage des calculs politiques ou politiciens. On l’aurait appliqué aux élections législatives et quand on l’applique à la présidentielle, cela ne causerait aucun problème. C’est parce qu’on ne l’a pas institué pendant le référendum et les législatives, les gens pensent que c’est un calcul que le président fait. C’est cela qui est regrettable. Par contre, quand on institue le parrainage, on aurait du même supprimer la caution. Nous pensons que c’est un double filtre qu’on applique par rapport aux candidatures aux élections. Dès lors qu’on a le parrainage, on n’a plus besoin de la caution. Quand on a rencontré le président, on lui a même dit cela. Parce que le parrainage permet de tâter la popularité et la légitimité des potentiels candidats, donc on n’avait plus besoin de la caution. C’est pourquoi on salue le fait que la caution soit réduite de plus de la moitié.

Malgré cela, l’opposition envisage d’organiser une marche pour dénoncer le processus électoral…
L’opposition est toujours dans son rôle quand elle n’est pas satisfaite, quand elle a des doutes. Aujourd’hui, il y a des préoccupations légitimes de l’opposition. Aujourd’hui, il y a une crise de confiance vis-à-vis de la Cena et vis-à-vis du ministère de l’Intérieur. Je crois que si ces deux questions avaient été réglées, cela aurait atténué l’ardeur de l’opposition par rapport aux contestations pré-électorales. Figurez-vous depuis 2000, on a organisé des élections avec la satisfaction de l’opposition sur la problématique d’avoir une autorité indépendante pour organiser les élections. Abdou Diouf l’avait accepté avec le général Cissé; Wade aussi avec Cheikh Guèye comme ministre en charge des élections. Le Président Macky Sall pouvait accéder à cette demande légitime de l’opposition ; cela n’aurait fait qu’accroître le crédit qui sera accordé à l’organe organisateur des élections. Pour ce qui est de la Cena, elle joue un rôle prépondérant dans le processus électoral. Parce qu’elle a toujours été présente dans toutes les étapes du processus et a toujours joué un rôle déterminant dans la supervision des élections. Seulement, pendant le référendum et les législatives, la Cena a été moins pro-active, parce qu’il y a eu beaucoup de dérives que la Cena pouvait relever et régulariser. Mais elle n’a pas utilisé la plénitude de ses pouvoirs alors qu’elle a tous les pouvoirs pour superviser et corriger, au besoin. Même quand il y a eu la prolifération des listes, il a fallu que la société civile organise une simulation sur le vote pour que la Cena prenne des initiatives en convoquant des gens. Alors que le code électoral lui donne droit de  faire toute proposition allant dans le sens d’améliorer le processus électoral, elle est restée amorphe, ces deux dernières élections. Il faut soit renouveler ses hommes, soit créer un nouvel organe chargé de superviser les élections afin de renforcer la confiance des acteurs du processus électoral.

Dernièrement, le président de la République a invité la société civile à prendre part aux concertations sur le pétrole et le gaz (Cos Pétro-gaz). Comment avez-vous perçu cet appel ?
C’est une bonne initiative et une bonne décision. Mais quand on demande à des acteurs de venir participer, il ne faut pas leur dire de porter des œillères. C’est juste cette erreur de communication que le président avait faite dans sa communication. C’est une excellente chose de dire à la société civile d’intégrer le Cos Pétro-gaz, c’est à saluer. Si la société civile participe à ce cadre de concertation en ayant à l’esprit que c’est une participation avec des contraintes, des barrières, cela peut saper la crédibilité des acteurs qui vont participer. Il faut aussi que les acteurs qui y participent soient des profils de qualité.

On vous a laissé le choix de proposer des personnes ou bien ?
On n’a pas encore défini les modalités. Je crois que c’est un appel, mais je pense que le moment venu, il va falloir définir les modalités de participation de la société civile à ce cadre pour que ce soit une participation de qualité qui profite à tous les Sénégalais.

La société civile sénégalaise est certes dynamique, mais on lui a toujours reproché le manque d’alternance à la tête de des principales structures ?
Au contraire, je crois qu’entre 2012 à maintenant, il y a une nouvelle génération de société civile qui a émergé. En 2012, il y avait des individualités qui se manifestaient. Je pense à des doyens comme Alioune Tine, Abdou Latif Coulibaly, Magid Ndiaye, Mouhamadou Mbodj, etc. ces acteurs ont pris du recul pour laisser la place à de nouveaux venus. Il y a même des jeunes comme moi et d’autres plus méritants que moi qui ont émergé entre temps. Ceux qui parlent aujourd’hui, ne le faisaient pas en 2012. A cette période, il y avait des acteurs du Mouvement M23 avec des leaders charismatiques. Aujourd’hui, la nouvelle classe de la société civile mérite le respect des Sénégalais, parce qu’elle fait beaucoup de sacrifices. C’est un engagement militant qu’on essaie de faire de la façon la plus militante et équidistante, neutre et impartiale possible.

Est-ce qu’on remarque cette même présence et ce même dynamisme dans les pays africains à l’heure actuelle ?
La société civile au Sénégal est réputée à la fois militante, experte et équidistante. Dans certains pays de la sous-région, on retrouve certes des organisations de société civile, mais souvent ce sont des organisations qui s’identifient à des partis soit à l’opposition ou au pouvoir, tel n’est pas le cas de la société civile sénégalaise. Ici, c’est la constance dans la neutralité et dans l’impartialité. Mais de plus en plus dans les pays de la sous-région comme le Burkina Faso par exemple, on a vu le balai citoyen qui a fait un excellent travail, mais qui reste encore un mouvement qui a besoin de plus d’espace. En Côte d’ivoire, la société civile tarde à se réaliser ; en Guinée, il n’y a pas encore de société civile.

L’inscription de Karim Wade sur les listes électorales vient d’être invalidée, quelle est votre réaction ?
L’administration évoque l’article L31 du Code électoral, qui concerne les personnes qui encourent des peines et c’est stratifié. Il y a aussi une nouvelle disposition du code électoral qui impose que le candidat soit d’abord électeur. C’est cela qui fait que Karim Wade était allé s’inscrire sur les listes électorales. Maintenant une demande peut ne pas être validée et c’est ce que l’administration semble dire. Mais toujours est-il qu’il a le droit de faire recours au tribunal d’instance ou en ce qui le concerne à sa représentation diplomatique. Ce qu’il faut dire, en se fiant aux sorties des proches du pouvoir, on ne pouvait pas être surpris de la décision. Je crois que, dans la conscience des Sénégalais, de façon générale, le cas de Karim Wade et de Khalifa Sall sont des cas politico-judiciaires. C’est la première fois, au Sénégal, qu’on voit deux potentiels candidats qui ne parviendront à se présenter C’est regrettable parce que quand on parcourt l’article L31, on ne voit pas le délit d’enrichissement illicite. Pour le cas de Khalifa Sall, la Cedeao a jugé « arbitraire » son emprisonnement. Qui a tort, qui n’a pas tort, ce n’est pas cela le problème. Mais ce que l’opinon retiendra, c’est qu’il y a deux Sénégalais qui ne pourront pas se présenter, parce qu’ils ont maille à pâtir avec la justice sous le magistère du président Macky Sall. Je pense qu’on pouvait éviter une telle situation.


Propos recueillis par Maguette NDONG

 

Last modified on jeudi, 05 juillet 2018 10:36
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