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Remi Depoix, président de Céréalis : « Le marché sénégalais a un fort potentiel de développement »

06 Jan 2016
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Créée seulement en 1996, Cerealis s'est hissé à la première place des exportateurs de céréales vers l'Afrique. En visite au Sénégal pour rencontrer ses clients, Remi Depoix, président de ce groupe familial créé il y a une vingtaine d’années, envisage de financer des plateformes logistiques sur le continent afin d’apporter des supports adaptés à la demande de blé sans cesse croissante. Le groupe a franchi la barre du million de tonnes de céréales exportées vers l’Afrique dont plus de 90% de blé, pour un chiffre d’affaires de plus de 200 millions d’euros.

Quel est l’objet de votre visite au Sénégal ?
Nous sommes au Sénégal pour voir un certain nombre de nos clients.  Nous sommes un des leaders mondiaux de la fourniture de blé en Afrique de l’ouest.

Comment expliquez-vous votre leadership dans un domaine assez concurrentiel en vingt ans d’existence ?
Nous faisons partie des premiers à s’intéresser au marché africain, à l’émergence et au développement industriel de la minoterie en Afrique. Nous nous intéressons au continent africain parce que la consommation du pain est très forte. Dans les années 80 à 90, il y avait encore des importations de farine. Certains pays comme le Sénégal  se sont équipés de minoteries assez rapidement par l’intermédiaire du groupe Mimran. Il y a également d’autres pays qui étaient de gros  importateurs de farine. Dans les années 90, à la création de Cerealis, on a rencontré ces nouveaux industriels qui créent leurs propres moulins et qui allaient devenir importateurs de blé. Nous avons grandi avec ces industriels. Au départ, nous sommes partis de pas grand-chose en vendant de la farine. Aujourd’hui,  nous avons un volume qui  atteint le million de tonnes de blé pour un chiffre d’affaires d’environ 200 millions d’euros. Cela est considérable. Nous représentons 30 à 40 % des exportations de blé vers l’Afrique. Aujourd’hui, il y a de plus en plus d’industries meunières même boulangères très importantes. Et nous sommes sur toute cette filière de livraison de blé de haute qualité pour satisfaire la demande des pays.    

Comment comptez-vous vous y prendre pour maintenir votre position sur le marché africain ?
Nous constatons une consommation de pains qui augmente de façon considérable dans beaucoup de pays d’Afrique. Cela s’explique par la population africaine qui grandit. En 2030, on estime que les Africains seraient 1,5 milliard,  2 milliards en 2050. Il y a un développement très importante de la population en Afrique. Il y a ensuite, un pouvoir d’achat en général sur le continent africain qui a tendance à augmenter. Cela se traduit par un plus grand accès à la consommation du pain dans certains pays. Il y a également une meilleure distribution du produit avec de plus en plus de réseaux de distributions sous l’impulsion d’industries boulangères. Cela fait qu’on trouve du pain dans les villages parfois très reculés. Cette tendance va augmenter la consommation de la farine ; donc de blé. La demande de blé a doublé ces dix dernières années sur le continent africain. C’est le cas au Sénégal, au Cameroun, etc.

Quelle est la politique développée par Cerealis pour satisfaire cette forte demande ?
Nous essayons de nous adapter à la demande du marché. Nous vendons principalement à des industriels qui disposent de moulins.  Nous avons vu, ici, au Sénégal, par exemple, la création de plusieurs moulins en l’espace de quelques années.  FKS, un groupe turc s’est installé, Nma a augmenté ses capacités, il y a eu un autre groupe libanais [NDLR: Parmi les entreprises du secteur, on trouve aussi Sedima et Olam]. Cela montre qu’il y a une grosse demande en farine.  Nous essayons de nous adapter en mettant les moyens logistiques à la disposition de nos clients pour leur apporter le meilleur service. S’il le faut, nous importons du blé de la France, de l’Allemagne, du Canada voire de l'Argentine, aux meilleures conditions possibles.  L’objectif, c’est de trouver le meilleur produit au meilleur moment.

Que représente le marché sénégalais pour votre société ?
Aujourd’hui, le marché est très concurrentiel.  Auparavant, c’était un marché de monopole. Plusieurs groupes sont installés au Sénégal. Notre objectif,  c’est d’apporter à tous ces acheteurs  des moyens logistiques pour un approvisionnement correct du marché. Il s’agit de mettre à disposition quasiment  chaque mois un bateau de 15 à 30 milles  tonnes qui puisse accoster à Dakar, pour satisfaire la forte demande. Ce même bateau pourra, par la suite, se rendre au Cap Vert et en Côte d’Ivoire.

Quels sont les avantages du marché sénégalais ?
Aujourd’hui,  ce marché a un fort  potentiel de développent. Pour des sociétés françaises comme les nôtres, nous mettons en œuvre une politique permettant d’assurer un approvisionnement du marché en blé de qualité et en quantité suffisante qui puisse satisfaire la fabrication de pain. Notre savoir-faire en la matière est prouvé. Le marché est totalement adapté à une société comme la nôtre.

Quelles sont les perspectives du marché ouest-africain ?
Les perspectives sont très importantes, avec notamment un fort potentiel de développement. Par exemple au Mali, le développement de la consommation de pain est de plus en plus important.  Le système de distribution est également de plus en plus amélioré. Il en est de même pour le Burkina Faso, le Niger,  la Mauritanie où  le marché de la fabrication de farine connait un développement exponentiel ces dernières années.

Comment se portent les cours mondiaux des céréales ?
Ces cours évoluent en fonction de l’offre et de la demande. Il y a des périodes où c’est très pénalisant pour les acheteurs. C’était le cas dans les années 2008. A l’époque, le pétrole était très cher, le riz également. Le pouvoir d’achat des Sénégalais ou des Camerounais ou encore des Burkinabés n’est pas élastique. Si l’on considère les grande ou moyenne familles au pouvoir d’achat limité, les 60 à 70 % de leurs revenus sont consacrés à la nourriture. Et quand tout d’un coup les prix des matières premières doublent ou triplent, cela crée des émeutes parce que les gens ne s’en sortent pas. Nous l’avons déjà vécu avec les émeutes qui ont démarré en Tunisie avec la révolution du pain. Cela montre le rôle éminemment stratégique de l’industrie meunière dans certains pays.  Les stocks de blé et de farine sont importants. C’est dans ces moments que l’on voit véritablement notre rôle parce que nous prenons toujours le soin d’informer à l’avance nos clients sur une possible montée des cours mondiaux. En 2015, nous sommes à des niveaux bas.

Peut-on s’attendre à ce que le prix du blé baisse davantage ?
Je ne pense pas.  On a déjà atteint des prix vraiment bas. Il sera difficile de tomber plus bas même si l’on n’est pas à l’abri de difficultés. Cette année, on a beaucoup de blé dans le monde avec une offre similaire de l’Europe, de la Russie, de l’Ukraine, du Canada, d’Argentine ou d’Australie. Cela fait qu’il y a beaucoup de blé dans le monde. Les stocks mondiaux sont très importants.  

Est-ce que vous limitez à vendre du blé à votre clientèle ?
Nous conseillons nos clients pour qu’ils rationalisent leurs achats dans l’année. Il est essentiel de leur apporter de bons conseils dans un marché compliqué.  Cela est très important. Nous les aidons aussi à se professionnaliser en leur apportant des technicités sur les marchés dans certains domaines. Au Sénégal, les meuniers se sont beaucoup professionnalisés avec la création de laboratoires dans les moulins. Ils font dans le marketing,  proposent une diversité de farines. Les pains proposés sont également de plus en plus variés. Nous avons un rôle de conseils qui vise à optimiser les achats de nos clients. Nous voulons leur proposer un meilleur produit, avec un prix raisonnable.  C’est un secteur éminemment stratégique pour les pays qui ne sont pas producteurs de blé.
Nous envisageons de financer des plateformes logistiques dans les prochaines années afin d’apporter des supports adaptés à la demande.  

Etes-vous disposés à investir dans la culture du blé au Sénégal et dans la sous région ?
Si, cela se fait au Mali où l’on cultive du blé. Je serais également très intéressé de coopérer avec des pays pour une filière de culture de blé. Toutefois, il faut voir l’aspect rationnel des choses. Est-ce que mobiliser des énergies pour produire du blé a un sens par rapport au marché international ? Pas nécessairement. Dans certains pays, il vaut mieux faire du maïs ou des produits qui ont une valeur ajoutée plus importante.

Propos recueillis par Mamadou GUEYE
et Oumar BA


Last modified on mardi, 12 janvier 2016 08:33
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