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Elzo Jamdong, rappeur : « Freengdom », un album à la force des poignets

28 Mai 2016
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Le premier album du rappeur Elzo Jamdong est dans les bacs. Un opus surnommé « Freengdoom » composé de 16 titres. Dans cet album, l’artiste, de son vrai nom El Hadj Diallo, étale sa différence d’approche tout en cherchant à s’imposer avec un style tout particulier. Découverte d’un rappeur licencié en Langues étrangères appliquées et titulaire d’un Master en Commerce international.

Rassurant et sage comme un « grand-frère ». Tête bien faite dans un corps sain, malgré une obsession nutritive inquiétante dans ses textes, Elzo Jamdong dégage l’incarnation d’un autre type de rappeur. Il sait rester élégant dans les échanges. L’homme parle calmement, de manière posée, sur un ton naturel. Point de « jump ». C’est bien en jean, tee-shirt et casquette au style Che Guevara qu’il nous accueille. Il se trouve, en cette après-midi de mercredi, dans ce qu’on pourrait appeler les « loges ». Un bureau lui sert, en effet, de salle d’attente, le temps que ses fans finissent d’envahir la salle, où doit se tenir, d’un moment à l’autre, la conférence de presse, en prélude de la sortie du premier album de l’artiste. Un opus nommé « Freengdoom », composé de 16 titres.

Pour une première sortie, l’artiste a placé la barre très haut. L’album est disponible sur des bracelets sous forme de clé Usb avec 4Go de mémoire contenant les 16 morceaux. « Ton album est dans les bacs ? Le mien est sur les poignets », se targue le rappeur sur sa page Facebook. Elzo veut évoluer dans son art.

Le bonhomme est parti d’un rap qui respecte scrupuleusement les règles pour aboutir à un style qui se rapproche de plus en plus de la variété. Cela ne le dénature en rien. Il a su innover et proposer quelque chose de différent. Il est prêt à redorer le blason d’un rap devenu souvent trop commercial, tout en maniant les mots avec la manière et ce, pour le plus grand bien de cet art.

Elzo« J’aime prendre des risques dans le sens positif du terme. Cette donne m’amène à souvent explorer de nouvelles approches musicales », note-t-il. Avant de rapper, Elzo Jamdong a suivi un cursus scolaire on ne peut plus honorable. Natif du centre-ville de Dakar en 1987, Elzo fréquente le collège Cathédrale de Dakar où il passe tout son parcours scolaire, jusqu’à l’obtention de son baccalauréat, avant d’aller poursuivre ses études en France. Là, il obtient sa licence en Langues étrangères appliquées, ce qui lui permet de parler à l’aise autant l’anglais que l’espagnol. Puis, il passe son Master en Commerce international. Une fois le cursus universitaire bouclé, le jeune homme s’essaie à la bureaucratie.

« J’ai, six mois durant, travaillé dans une entreprise. Mais, le bureau, ça ne me dit pas trop. J’ai donc vite fait de retourner à mes premières amours, pousser la chansonnette ». Des goûts et des couleurs, on discute peu… D’autant que le jeune homme a déjà rempli sa part du marché. En effet, côté famille, on lui avait bien intimé l’ordre de boucler d’abord ses études, avant de choisir librement sa voie.

Côté tronche, Elzo est donc sexy à l'anglaise. Craquant ? C’est, en tout cas, ce que laisse présager les nombreuses jeunes demoiselles qui ont fait le déplacement à l’occasion du lancement de son premier album. Preuve que la nouvelle génération est en train de l’adopter ; il est même courant qu’on fasse appel à lui dans les lycées, collèges et autres pour des spectacles et Lives.

Côté rap, il ne s’aligne pas forcement dans les rangs des cadors de sa génération. Il adore jouer aux paroles « conscientes ». Sa voix le rend crédible. Pourtant, dans le milieu du rap, quand on est gentil et qu'on fait de la variété, on est considéré comme une « sous-merde ». Le renoi est un « beatboy » sans complexe. Aux antipodes des convenances, il impose en finesse son rap, laissant vibrer à l'infini.  

Rap business
Clair de teint, mais également d'esprit, les sourcils froncés, il bannit la mélancolique attitude. Enragé et engagé si nécessaire, « son rap vient de ses entrailles », mais Elzo refuse de se faire médiatiser juste parce qu’il a « clashé »  untel ou un autre. Il préfère mériter son succès, en déclamant des kilomètres « de phrases intelligentes ». C'est bien aussi. « A l’heure actuelle, je ne vois pas un rappeur qui vaille la peine que je consacre des heures à écrire un texte sur lui, puis aller poser ma voix dessus, dans le seul but de le "clasher". Mes priorités sont ailleurs », fait-il savoir.

Le rap est-il composé d’une bande de mecs coincés ? D'un côté, les rappeurs sont animés par l'obsession de la « rue-crédibilité ». Ils veulent à tout prix inspirer crainte et respect. De l'autre, il y a ceux qui ont un avis sur le rap, qui y voit une bande de poètes ou d'essayistes. Et si, en plus d'admirables, de minables, de détestables et de respectables, les rappeurs étaient aussi adorables ? « Je suis contre toute sorte de violence. Je prône la liberté des individus et le respect du choix de l’autre. Toutefois, j’ai horreur de la médiocrité. Chacun est libre de rapper comme il le sent, mais faisons en sorte que ce soit du lourd », note Elzo.

Se contenter de faire du rap serait-il surfait ? Depuis quelques années déjà, les rappeurs outre-Atlantique ne se limitent plus à pousser la chansonnette, mais brillent également dans le monde de l’entreprise. Patrons de labels, créateurs de marques de vêtements ou d’accessoires en tous genres, actionnaires dans des marques de boisson, ces chanteurs, pour la plupart issus de classes sociales défavorisées, sont devenus les symboles d’une réussite. Si le modèle de leur ascension contamine petit à petit les rappeurs français, il se fait en revanche plus discret en Afrique.

Heureusement, d'autres rappeurs n'entrent pas dans cette catégorie. « L’artiste, quel que soit son registre, doit être en mesure de vivre de son art. Nous mettrons toutes les chances de notre côté pour pouvoir licitement gagner des revenus, tout en nous adonnant à ce que nous aimons », souligne Elzo… vivre de sa passion en d’autres termes. Il s’y est déjà mis. Monsieur El Hadj Diallo dispose de son propre label. Il confectionne des tee-shirts, casquettes et autres. Force est de constater que pour la grande majorité des gens, le rap n’est pas un art, mais une musique chantée et produite par des « racailles ».

Le rap est, pour beaucoup, sans intérêt et réservé aux pauvres d’esprit, sous-entendu les jeunes délinquants. En effet, il n’est pas rare d’entendre que le rap incite à la violence, à la haine…etc. ! « Ceux qui tiennent de tels propos ont tout faux. Ils feraient mieux d’essayer de comprendre ce que nous faisons, avant de verser dans des jugements sans fondements », plaide le rappeur Elzo.

Certes, il y a ce rap commercial dans lequel il n’y a aucune complexité, aucune beauté, aucune consistance dans les paroles, si ce n’est l’art de choquer l’auditeur. Ces chanteurs-là dénaturent le rap et, par conséquent, lui donnent une mauvaise image puisqu’ils chantent dans l’unique objectif de gagner des « biftons » (billets). Seulement, derrière cette mauvaise image dont est victime le rap, se cache une bien plus belle réalité. En effet, certains rappeurs ont fait de leur style musical un véritable art. Ces poètes urbains n’hésitent pas à briser des tabous et à taper où ça fait mal avec un style à la fois percutant et recherché. Elzo est bien décidé à arrondir les rangs de ces types de rappeurs qui se font parfois désirer.  L’artiste s’est donné la liberté d’explorer tous les genres musicaux qui le tiennent à cœur. A travers le titre « Capitale de la capitale », il essaie de rendre hommage à son quartier de naissance, qui l’a également vu grandir, Plateau.  

Une vision autre du rap
Dans le titre « Kom man », Elzo essaie de faire sa présentation, il y met sa particularité et sa vision du hip hop. « Chacun d’entre nous renferme en lui quelque chose qui lui est intrinsèque. Voilà ce que j’essaie de mettre en avant dans ce morceau », souligne-t-il. Le rappeur évoque également l’amour dans un titre nommé « Yawla ». « Assiko flow », un titre qui fait appel à des instruments de percussion « assikos », confère à l’album une sonorité venue d’ailleurs. Voilà d’ailleurs ce qu’il cherche, s’imposer à travers un style qui lui est propre. Un son inspiré des riches sonorités dont dispose le Sénégal. Ce morceau est, de surcroît, composé en wolof, ce qui, aux yeux de l’artiste, démontre que la langue ne  constitue pas une barrière.

Bien que réclamant sa différence d’approche et sa façon parfois distincte de composer ses sons, Elzo ne veut pas pour autant s’instaurer en donneur de leçons. Pour la promotion de l’album, une tournée est en vue au niveau national. L’artiste se rendra ensuite à Paris, Lilles et Marseille ou un public de « Mélominds », comme il appelle ses fans, l’attend. Une caravane de présentation de l’album est également en gestation à travers la ville de Dakar et sa banlieue.

« Nous refusons de nous enfermer. L’objectif est de faire en sorte que cette musique soit localement consommée. Nous nous ouvrirons ensuite au monde entier », dit-il. Tout le monde doit se retrouver dans cet album. En tant qu’artiste, Elzo tient à sa liberté. « L’artiste est, par essence, libre. Je me refuse des lors de m’enfermer dans quelque style que ce soit ». Dans son premier album, Elzo s’est juste contenté de faire deux « featurings ». Il a chanté en compagnie de Dip Doundou Guiss de Grand Yoff et d’un autre artiste américain. Dans ce précédent opus, il évoque les réalités des banlieues du monde. Selon lui, « les galères sont partout pareilles. Quel que soit le pays, les jeunes sont souvent confrontés aux mêmes problèmes ».

Par Oumar BA

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