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Bassin arachidier : Les champs-écoles boostent la culture du riz

10 Oct 2017
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Pendant deux jours (jeudi 5 et vendredi 6 octobre), le Comité conjoint de coordination du Projet d’appui à la production durable du riz pluvial dans le bassin arachidier (Prip) a sillonné les régions de Kaffrine, Kaolack et Fatick afin de constater de visu les activités réalisées sur le terrain. Il s’agit notamment des parcelles de démonstration dont la mise à l’échelle devrait installer la culture du riz dans les mœurs agricoles de la zone où l’arachide est encore roi.

Au bout d’une piste de campagne bordée de hautes herbes dominées, par endroits, par des arbres géants, une petite exploitation rizicole d’une superficie de 3578 m2 (0,35 ha) s’épanouit à côté des champs de mil, de sorgho, de maïs et surtout d’arachide. De la variété Nerica 4, les épis d’un jaune doré sont à l’état de maturation dans cette écologie de plateau située dans le village de Diery Kao, commune de Médina Sabakh, département de Nioro, région de Kaolack. Son propriétaire, Mamoud Touré, la quarantaine, a même commencé la récolte. Une partie de la moisson est exposée fièrement sur une natte. Une manière pour ce producteur au discours plein de référents religieux de montrer aux membres du Comité conjoint de coordination du Projet d’appui à la production durable du riz pluvial dans le bassin arachidier (Jica-Prip) que la formation qu’il a reçue, au mois de mai dernier, a été bien assimilé.

Mamoud Touré fait partie, en effet, du lot de 180 cultivateurs identifiés comme « producteurs-clés » formés sur les bonnes pratiques agricoles. Certains parmi eux ont été ensuite choisis par le Prip pour expérimenter les acquis théoriques dans des parcelles de démonstration. Ces champs-écoles, au nombre de 92, sont disséminées dans les régions de Kaffrine, de Kaolack et de Fatick. Portés par ces producteurs-clés, ils servent de support de formation pour les autres producteurs ordinaires sur les techniques de production de riz, de semences, d’aménagement secondaire dans les vallées. A terme, l’objectif, c’est de « constituer un « pool » de hauts techniciens formés sur les techniques de production et capables de prendre en charge les besoins de la vulgarisation en production de riz dans le bassin arachidier », souligne Salif Diack, expert de la Jica, chargé de la formation et de la vulgarisation.

Pendant deux jours, le Comité conjoint de coordination a fait le tour de certaines de ces parcelles de démonstration afin de constater, de visu, la matérialité de la formation sur le terrain de la pratique. Parmi ces producteurs-clés chargés de porter ce test, on compte aussi bien des hommes que des femmes comme Coumba Niang du village de Nianghène Mody, Demba Sylla de Ndramé Escale, Adama Fall du village de Aidara dans le Toubacouta ou encore Moth Ndiaye du village de Kayfara 1 dans le Kaffrine. Ce dernier, jusque-là, cultivait dans un bas-fond du Sahel 108, une variété qui a besoin de beaucoup d’eau.

Or, avec les pauses pluviométriques souvent notées dans cette zone, le Sahel 108 qui est de cycle long a peu de chance de donner les rendements attendus. Mais depuis qu’il a subi la formation du projet Jica-Prip, Moth Ndiaye a changé de paradigme en utilisant, à côté du Sahel 108, la variété Nérica 4 à cycle moyen. Et le résultat n’a pas tardé à ce faire jour. Lors du passage de la délégation du Comité conjoint de coordination, le champ de Nerica était déjà en phase de maturation alors que celui du Sahel 108 était à l’état d’épiaison. Certains de ces périmètres rizicoles sont destinés à l’autoconsommation, tandis que d’autres sont emblavés pour cultiver de la semence.

Coordonnateur Pnar et président du Comité conjoint de coordination, Dr Waly Diouf s’est félicité du nombre de riziculteurs qui, depuis quatre ans, ne cesse d’augmenter dans le bassin arachidier. Un phénomène qui a entraîné la hausse des emblavures et conséquemment une amélioration des rendements. « En cumulant ces éléments, nous pouvons dire que nous aurons d’excellentes productions », a-t-il prédit. Il a aussi tenu à saluer la manière dont les producteurs ont adapté les variétés en fonction de chaque top-séquence : bas-fonds, plateau, semi bas-fonds. « Cela montre que les formations qui leur ont été données ont été de qualité et sont en train de faire leurs effets malgré des contraintes extrêmement fortes dans la zone comme la salinisation et la faible pluviométrie. On sent une progression importante au point que certains producteurs arrivent à s’autosuffir en riz, c’est réconfortant », a ajouté le Coordonnateur du Pnar.

Elhadji Ibrahima THIAM (Envoyé spécial)

LE DÉFI DE LA MISE À L’ÉCHELLE
Pour la mise à l’échelle de ces bonnes pratiques agricoles, l’optimisme est de mise. Les conseillers agricoles de même que les producteurs-clés qui ont été formés s’y attèlent déjà. En chœur, Youssoupha Guèye et Samba Ndao Tall assurent que dans le bassin arachidier, les gens commencent à prendre conscience de l’importance de cultiver du riz à côté des spéculations traditionnelles. Les variétés Nerica 4 et 6 adaptées à l’écologie de la zone ont été adoptées et les semis sont mis sous terre dès le début de l’hivernage. « Ils sont conscients que s’ils ne cultivent pas le riz, ils seront obligés de vendre leur mil pour en acheter. Or, pour acheter du riz, il faut vendre beaucoup plus de mil. Dans cette affaire, ils sont les grands perdants », fait remarquer Samba Ndao Tall. Et puis, dans une zone où le plat local est le mbakhalou Saloum (à base de riz et d’arachide), la culture du riz doit être un choix de raison, semble dire Youssoupha Guèye. « Les producteurs de la zone ont intérêt à cultiver les deux spéculations en même temps. Ainsi, le spectre de l’insécurité alimentaire sera définitivement chassé », a-t-il dit.

Elhadji Ibrahima THIAM (Envoyé spécial)

LE RIZ TRACE SON SILLON DANS LE BASSIN ARACHIDIER
Prip rizZone arachidière par excellence, les régions de Kaolack, de Kaffrine et de Fatick renferment un potentiel rizicole très peu exploité jusque-là. Mais avec les stratégies du gouvernement, appuyé par ses partenaires comme le Japon, la culture du riz est en train de se faire une place à côté de l’arachide et du mil. Cette diversification agricole vise à transformer le bassin arachidier en bassin agricole conformément au souhait du président de la République. De ce point de vue, les orientations sont claires et, sur le terrain, les efforts commencent à porter leurs fruits, si l’on en croit les différents acteurs. « L’État a encouragé les producteurs à emblaver des parcelles de riz et les accompagne à travers ses services techniques décentralisés et les projets et programmes en semences et matériels agricoles et post-récoltes gratuitement. Pour mettre en place une parcelle de riz, il faut au moins que le sol soit composé de 30 à 40 % d’argile. Des sites ont été identifiés. On a des mares temporaires et des bas-fonds. Sur le plan régional, par exemple, nous avons 2.285 hectares emblavées à Nioro, 20 hectares à Guinguinéo et 1.006 hectares à Kaolack. Et le potentiel d’emblavure est estimé à plus de 5.000 hectares dans la région », a précisé le Drdr Youssoupha Guèye. Avec un hivernage plus pluvieux que celui de l’année dernière, les rendements de cette année s’annoncent meilleurs, selon lui. Il espère même que la référence du Pracas fixé à 2,5 tonnes à l’hectare pour la riziculture pluviale sera dépassée. « L’année dernière, même avec la faiblesse des pluies, nous avons eu entre 1,9 tonne et 2 tonnes à l’hectare, cette année, on espère même dépasser la référence de 2,5 tonnes parce que la pluie a bien répondu », a-t-il dit.

Elhadji Ibrahima THIAM (Envoyé spécial)

LE PRIP, L’APPUI TECHNIQUE SI PRÉCIEUX AU PNAR
En plus de ces producteurs-clés, l’ensemble des techniciens de l’Agence national du conseil agricole rural (Ancar), des directions régionales du développement rural (Drdr) et des différents projets et programmes ont été également formés sur les techniques de production du riz par Jica-Prip.

L’État du Sénégal, dans le Programme national d’autosuffisance en riz (Pnar) dont l’ambition est de dépasser 1,6 million de tonnes de riz d’ici à fin 2017, avait introduit une requête relative à la mise en place d’un appui technique pour promouvoir une production durable du riz pluvial dans les régions de Fatick, Kaolack et Kaffrine. Requête à laquelle le Japon a répondu favorablement, avec la mise en œuvre du Prip dont les activités se déroulent depuis 2015.

Ce projet met l’accent sur le renforcement de capacités et le transfert de technologies permettant aux producteurs de cultiver aussi bien dans des plateaux que dans des bas-fonds. Ce qu’ils sont en train de faire avec succès. « Dans le bassin arachidier, avec le déficit pluviométrique et la salinisation des terres, les gens pensaient que la culture du riz dans la zone était une chimère, mais avec le projet Jica-Prip, ils se sont rendus compte que c’était possible », souligne Youssou Guèye, directeur régional du développement rural de Kaolack.

Pour son homologue de Kaffrine, Samba Ndao Tall, « le Prip a apporté des réponses à des questions qui nous interpellaient directement à la base », à savoir la non maîtrise des itinéraires techniques notamment la densification des semis, la non maîtrise des adventices (mauvaises herbes) et de la transformation du riz, etc., par les producteurs. « Le disque 32 tours conçu par Isra a été testé, une machine à sarcler a été créée pour maîtriser les adventices, le Pnar est venu en renfort en mettant en place les équipements de transformation post-récoltes et un guide des bonnes pratiques a été conçu et sera bientôt distribué », a soutenu le Drdr de Kaffrine.

Elhadji Ibrahima THIAM (Envoyé spécial)

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