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Gestion transfrontalière des eaux : Cinq pays d’Asie centrale s’imprègnent de l’expérience de l’Omvs

07 Mai 2018
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Du 30 avril au 4 mai, une délégation des ministères des Ressources hydrauliques du Kirghizistan, du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan, du Kazakhstan et du Turkménistan, traversés par les fleuves Amu Darya et Syr Darya, a effectué une mission de travail au Sénégal pour s’imprégner et s’inspirer de l’expérience de l’Omvs.

Organisme phare dans la gestion transfrontalière des eaux, l’Organisation pour la mise en valeur du Fleuve Sénégal, a été sacrée deux fois, en 2015 et 2017, meilleur organisme de gestion intégrée des ressources en eau, à l’échelle mondiale. Son modèle d’organisation séduit les pays partageant un bassin fluvial à gérer conjointement en raison de ses acquis et de son rôle dans l’intégration des 4 pays qui le composent : Mali, Mauritanie, République de Guinée et Sénégal.

Du 30 avril au 4 mai, sur invitation de l’Omvs et avec l’appui de la Suisse, une délégation des ministères des Ressources hydrauliques de cinq pays d’Asie centrale (Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan, Kazakhstan et le Turkménistan), traversés par les fleuves Amu Darya et Syr Darya, a effectué une mission de travail au Sénégal, pour s’imprégner et s’inspirer de l’Omvs qui constitue, selon Michel Mordasini, envoyé spécial du gouvernement suisse, pour l’eau, une « expérience exemplaire et unique à bien des égards ». Les fleuves Amu Darya et Syr Darya irriguent ces cinq pays d’Asie centrale. Deux pays sont en amont (le Kirghizistan et le Tadjikistan) et trois en aval (l’Ouzbékistan, le Kazakhstan et le Turkménistan). Indépendants depuis 25 ans, ces pays qui ont appartenu à l’Union soviétique peinent à trouver les mécanismes de gestion conjointe de l’eau.

Pour la Suisse qui fait, dans cette région, la promotion de l’économie bleue, la gestion de cette ressource ne peut plus se faire à l’échelle nationale. Elle impose un dialogue, des échanges, un partage d’informations pour une gestion qualitative de cette eau d’autant que tout ce qui touche à la ressource implique des investissements considérables en ce qui concerne l’hydroélectricité, l’eau potable, l’irrigation, etc. « C’est dans ce contexte que la Suisse, dans la promotion de la paix bleue, a souhaité mettre en contact les cinq pays d’Asie centrale avec l’Omvs qui a développé une expérience de 46 ans d’une gestion actuellement invisible pour les radars de l’Asie centrale : cofinancements des infrastructures payés par les quatre pays, des sociétés de gestion communes des ouvrages, est une réalité encore ignorée en Asie centrale. Il y a aussi la notion des coûts et des bénéfices partagés », a expliqué Michel Mordasini. Il a ajouté que le contexte est favorable en Asie centrale qui connaît actuellement, dans le domaine de l’eau, un « moment particulier d’ouverture, de dialogue exceptionnel ».

Promotion de la paix bleue
La Suisse ne veut pas « manquer cette fenêtre d’opportunités » pour aider le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan et le Turkménistan à surmonter leurs difficultés afin de mettre en place un organisme commun de gestion de l’eau. « C’est la raison pour laquelle nous avons travaillé avec l’Omvs pour développer ce partage d’expériences ; ce dialogue triangulaire entre la Suisse, l’Asie centrale et l’Omvs », insiste-t-il. Selon l’envoyé spécial pour l’eau du gouvernement helvète, les échanges ont porté sur le statut international et la charte du Fleuve Sénégal, le cofinancement et la gestion conjointe des infrastructures dans le bassin ainsi que les coûts et les bénéfices partagés de la gestion des eaux partagées. La semaine a été dense en termes de réunions de travail, de discussions à Dakar, d’abord, pour mieux comprendre le cadre légal et réglementaire, le cadre institutionnel de l’Omvs ; ensuite sur le terrain, la délégation s’est rendue à Saint-Louis pour visiter le barrage de Diama et discuter avec les responsables de la Soged, de la Société de gestion de l’énergie de Manantali (Sogem). Sur le territoire mauritanien, la délégation a visité la station de pompage El Saheli qui approvisionne à 100 % la ville de Nouakchott. «Ces réalisations se construisent dans une relation de partage, de solidarité entre les États de la région. Du point de vue suisse, nous pensons que ce sont des messages importants et pertinents pour l’Asie centrale », a déclaré Michel Mordasini.

Au nom de la délégation d’Asie centrale, Ababakir Koilubaev pense qu’après cette mission et les échanges avec les dirigeants de l’Omvs, les choses vont aller plus vite dans la volonté de mettre sur pied un organisme de gestion intégrée des ressources en eau.

Mamadou GUEYE

HAMED DIANE SEMEGA, HAUT COMMISSAIRE DE L’OMVS : « C’EST UN SENTIMENT DE FIERTÉ LÉGITIME »
« C’est un sentiment de fierté légitime et une prise de conscience de la charge, avec une reconnaissance comme celle-là. C’est facile de reconnaître qu’il y a des efforts qui ont été consentis depuis longtemps, des efforts maintenus qui ont valu à l’organisation de capitaliser un certain nombre d’expériences et qui se traduisent par des infrastructures au service du développement du bassin. (…) Cela signifie qu’il y a un développement hydro-agricole avec l’aménagement de petits périmètres agricoles au profit de petits producteurs, des adductions d’eau potable, la lutte contre les maladies tropicales négligées par la distribution de moustiquaires imprégnées pour lutter efficacement contre le paludisme. (…) On voit qu’il y a une incidence réelle sur la vie des populations et une dynamique de développement à l’intérieur du bassin à partir d’activités créatrices de revenus, de fixation des populations. C’est un long processus qui a commencé, il y a 46 ans, avec des hauts et des bas mais avec plus de hauts que de bas. Dans toute œuvre humaine, il y a des bas mais à l’Omvs, la vision des pères fondateurs constamment ré-exprimée et solidifiée par les chefs d’État successifs de nos États, vaut, aujourd’hui, à l’Organisation d’être reconnue comme un organisme de bassin unique au monde. Les membres de la délégation sont impressionnés. Il fallait qu’ils viennent voir, toucher pour s’en convaincre. Pour la Suisse, l’Omvs est un exemple probant de coopération qui peut inspirer ces pays d’Asie afin qu’ils se dotent d’un organisme similaire ou à tout le moins qui prendrait un exemple de ce qui marche à l’Omvs. Quand on voit toute l’expression d’admiration de l’Omvs, on s’en étonne mais cela nous renvoie à notre obligation de préserver cet acquis que les autres nous envient.»

M. G.

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