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Babacar Diagne, président du conseil des entreprises du Sénégal : «Nous voulons créer, d’ici à 2021, la première banque dédiée aux Très petites et moyennes entreprises»

26 Mai 2018
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Au Sénégal, les Petites et moyennes entreprises sont caractérisées par un fort taux de mortalité précoce. L’un des facteurs identifiés est le difficile accès aux financements. Pour arrêter cette mauvaise spirale, le Conseil des entreprises du Sénégal (Cdes) qui vient de signer avec Cgf Bourses et Cgf Gestion, une convention de partenariat pour la mise en place d’un Plan d’épargne retraite pour ses membres, ambitionne de créer, d’ici à trois ans, une banque entièrement dédiée aux Très petites et moyennes entreprises (Tpme). Dans cet entretien, le président du Cdes, Babacar Diagne, revient, en détail, sur ce projet et pose le diagnostic de la situation des Pme.

M. Diagne, dans quel contexte et pourquoi la Cdes a été créé ?

Le Cdes a été créé en fin 2013 parce que nous avions le souci d’avoir une organisation patronale prête à répondre aux besoins et aux préoccupations que rencontrent les micros et les petites et moyennes entreprises qui constituent 97 % des entreprises immatriculées au Sénégal. Ce vide nous a poussés à prendre notre destin en main et à créer une organisation patronale qui a pour ultime objectif non seulement de fédérer les petites et moyennes entreprises mais aussi de réfléchir à apporter les solutions idoines permettant à ses membres de gagner plus de richesses, de participer de manière inclusive à la croissance économique du Sénégal mais surtout de se promouvoir.

Vous avez trouvé sur place trois organisations patronales, est-ce à dire que celles-ci ne prenaient pas en compte les préoccupations des Pme ?

Ça, c’est un fait. C’est la réalité qui le dit. A part le Cdes, il n’y a pas une autre organisation patronale dont la mission est de répondre aux préoccupations des Pme. La mise en place du Cdes répondait à un fort besoin. Les Pme ont des problèmes de structuration, d’organisation, d’accès aux marchés, d’accès aux financements et éprouvent des difficultés à être représentatives dans les instances décisionnelles du secteur privé national. Or tout cela ne figure pas dans les missions des trois organisations patronales classiques que sont le Cnp, le Cnes et le Meds.

Vous vous considérez comme la locomotive de l’émergence des Pme au Sénégal. Quelles sont vos actions concrètes ?

La liste des actions que nous avons menées est longue. Mais je vais citer quatre points. Depuis la création du Cdes, nous avons réussi à fédérer 25.000 opérateurs économiques répartis dans 115 unités économiques. Nous essayons de les informer sur l’ensemble des opportunités d’affaires. Nous organisons aussi des séries de formations sur la culturelle entrepreneuriale, sur la gestion comptable, sur l’accès aux marchés. Cela a permis à des centaines de micros entreprises d’avoir des agréments au sein de certaines structures et grandes entreprises mais aussi de bénéficier de certains marchés par le biais des demandes de renseignement et des prix. Toutes ces démarches ont été accompagnées d’un comité de suivi et d’un comité de gestion. En 2018, nous avons décidé d’avoir une nouvelle orientation. Le Cdes a une nouvelle vision. Nous voulons nous démarquer totalement de ce que font les organisations patronales classiques. C’est-à-dire rompre avec le patronat folklorique, le patronat de salon (séminaires, conférences, ateliers) pour aller vers un patronat économique.

Qu’est-ce que vous entendez par patronat économique ?

Nous venons de signer un protocole d’accord avec un grand expert-comptable sénégalais pour mettre en place des centres qui permettront d’accompagner la gestion des entreprises sénégalaises dans leur globalité, pas seulement les membres du Cdes. Ce 15 mai, nous avons signé avec Cgf Bourses et avec Cgf Gestion un protocole d’accord nous permettant de mettre en place un plan d’épargne retraite non seulement des employés mais des dirigeants et des associés des entreprises. Ce plan d’épargne retraite va être transformé, dans un an, en un fonds d’investissement qui permettra aux entreprises de bénéficier de financements pour leurs investissements parce que les banques ne jouent pas le jeu pour le moment. Nous avons un problème d’accessibilité aux financements. Et nous sommes en train de réfléchir sur un modèle économique pour mettre en place, au Sénégal, d’ici à 2021/2022, la première banque des Très petites et moyennes entreprises (Tpme). En attendant, le Fonds d’investissement, lui, sera opérationnel d’ici à 2019.

Votre ambition est de vous démarquer du patronat classique en allant à la rencontre des Pme sur le terrain. Mais on sait qu’il y a plus de 400.000 unités économiques, selon l’Ansd. Etes-vous conscient de l’ampleur de votre tâche ?

Nous sommes très conscients de ce qui nous attend même si nous n’avons pas l’accompagnement attendu de certaines structures comme en bénéficient les autres organisations patronales. Notre première mission, nous l’avons faite dans les régions, notamment à Sédhiou. Nous allons dans les coins les plus reculés où l’on note un fort taux de pauvreté. Nous nous sommes rendus à Sédhiou pour mettre en place des unités de transformation. Nous sommes allés aussi à Kolda et à Ziguinchor. Cette année, nous avons prévu de faire les régions du Nord pour non seulement fédérer les micros et petites et moyennes entreprises mais aussi les accompagner dans la mise en œuvre de leurs projets d’investissement. La tâche est lourde. C’est la raison pour laquelle, sans l’accompagnement de l’Etat, c’est très difficile de se déployer un peu partout. Mais nous croyons en notre savoir-faire, en notre dévouement parce que c’est par là que passera l’émergence inclusive. L’émergence doit partir de la base et la base ce sont les micros et les petites et moyennes entreprises. Sur les 400.000 unités dont vous parlez, il faut souligner que plus de 350.000 sont des micros et petites entreprises qui ont des chiffres d’affaires de moins de 250.000 FCfa. Ce sont ces structures qui sont nos cibles et nous sommes la seule organisation patronale à s’intéresser à elles. Nous voulons nous lancer dans des activités qui pourront nous rapporter des revenus et financer tout le plan de gestion, d’investissement triennal que le Cdes veut apporter aux Tpme.

Il est constaté un fort taux de mortalité des Pme au Sénégal. Qu’est-ce qui l’explique selon vous et quelles sont les solutions que vous préconisez pour arrêter cette spirale ?

Cela s’explique par le manque d’organisation en amont de la création d’une entreprise. Souvent les gens créent des entreprises avec 24.000 Fcfa sans maîtriser le marché, sans maîtriser le modèle économique et sans connaître les procédures d’accès aux marchés. Ainsi, ils n’ont aucune visibilité qui leur permet d’accéder aux financements. C’est la raison pour laquelle, au Sénégal, le taux d’entreprises mort-nés est de plus de 75 %. C’est un problème. Depuis trois ans, nous avons mis en place un Comité scientifique pour répondre à cette problématique. Nous avons créé le concept de la « Maison de l’entreprise du Sénégal » (Mes). Avec l’accord de certains bailleurs, nous avons fait de telle sorte que ce projet soit inscrit dans le préambule du ministère de l’Economie, des Finances et du Plan de cette année. La « Mes » sera une sorte de guichet unique où tous les services d’accompagnement en amont seront logés. Avant de créer une entreprise, on a besoin d’un module de formation, de maîtriser l’environnement du business, ensuite, il y a toute une série d’accompagnements avec des structures étatiques d’appui au secteur privé qui seront logés dans un même bâtiment. Cela permettra de réduire de moitié la mortalité des entreprises au Sénégal.

Et pourtant, l’Etat a mis en place des structures d’accompagnement comme la Bnde, la Fonsis, le Fongip, le Bureau de mise en niveau, sans compter les initiatives privées notamment les Fonds d’investissements…  

C’est parce que ces instruments dont vous parlez ne sont pas conçus pour accompagner des micros et des petites et moyennes entreprises nouvellement créées. Pour le moment, des solutions concrètes et adaptées ne sont pas encore proposées par l’Etat. C’est pourquoi nous avons proposé la mise en place de la « Mes ». Le projet est déjà bien avancé, des membres de structures de l’Etat siègent même au sein du Comité scientifique. Nous avions juste un problème de portage institutionnel. Les micros et petites et moyennes entreprises sont la seule alternative pour créer des emplois au Sénégal. Maintenant, il faut les accompagner, les aider à grandir. Il faut trouver les voies et moyens de leur apporter des solutions sur le plan administratif, organisationnel et financier. C’est dans ce secteur qu’il y a des niches d’emplois. Les grandes entreprises ne vont jamais créer assez d’emplois, ce n’est pas dans leurs missions de toutes façons, elles sont dans la recherche de profit, ce sont des sociétés de capitaux. Seules les Pme peuvent créer les emplois attendus par l’Etat, seulement il faut les accompagner.

Entretien réalisé par : Elhadji Ibrahima THIAM

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