banner home page1

Pour vos insertions, contactez la Régie publicitaire de la SSPP Le Soleil

Thierno Seydou Nourou Sy, directeur général de la Bnde « Nous avons aujourd’hui plus de 30% de pénétration de financement en faveur des Pme »

06 Jui 2018
1392 times

Depuis 2014, la Banque nationale pour le développement économique du Sénégal (Bnde) se positionne comme un instrument de financement des Petites et moyennes entreprises (Pme). C’est ce que soutient son directeur général. Dans cet entretien réalisé à Busan, en Corée du Sud, lors des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (Bad), Thierno Seydou Nourou Sy fait le bilan de son institution et soutient que la Bnde a réalisé plus de 30% de pénétration de financement en faveur des Pme.

Monsieur le directeur général, qu’est-ce qui explique votre présence ici à Busan ?
Je suis à Busan, en Corée du Sud, sur invitation de la Bad mais également parce que la Bnde a été nominée parmi les cinq banques les plus innovantes d’Afrique. Je viens donc participer aussi aux « African awards » qui se tiennent en marge des Assemblées annuelles. Aussi nous nous intéressons au thème de ces assemblées annuelles qui porte sur l’industrialisation de l’Afrique.

Parce que dans le cadre de sa stratégie de financement, notre banque a privilégié le financement de l’investissement pour la création d’industries ou le renforcement des capacités industrielles des Pme. Notre objectif est d’accompagner les Pme dans un processus de mise en valeur en intervenant sur tous les maillons de la chaîne pour toucher tous les secteurs économiques : primaire, secondaire et tertiaire. Le secteur secondaire est très important dans la mise en œuvre de ces axes stratégiques de la Bnde qui a d’ailleurs commencé à partir de 2016 à intervenir plus dans le financement dans le domaine de la transformation après une meilleure maîtrise du financement de la collecte de matières premières agricoles. Pour nous donc, le thème est important et il doit nous inspirer dans notre stratégie. Il doit nous faciliter la mise en œuvre d’une relation durable avec la Bad par un accompagnement technique mais aussi par une longue disponibilité des ressources.

Le thème de ces assemblées annuelles de la Bad porte sur l’industrialisation de l’Afrique. Comment l’appréhendez-vous ?
C’est un thème important. En Afrique, nous avons un retard important dans le développement industriel. Nous pouvons même dire que l’industrie est souvent oubliée dans nos stratégies de développement économique. Les conséquences de cet oubli, c’est d’abord l’absence dans les chaînes de valeur, le passage à la transformation de nos matières premières qui sont malheureusement exportées à l’état brut sans valeur ajoutée. Ceci, combiné à l’ouverture de nos frontières, les industries qui existaient et se battaient ont perdu leur compétitivité et leur rentabilité du fait de l’arrivée de produits extérieurs. C’est donc un thème important. Il faudra, dans la vision de développement de nos pays, que nous puissions intégrer le volet industriel et mettre en parallèle le développement du secteur agricole à celui du secteur industriel. Il faudra aussi que nous allions vers les nouvelles générations industrielles, intelligentes, combinées à un volet de formation et de mise à niveau intellectuelle.

Comment la Bad doit s’appuyer sur les banques locales pour financer l’industrialisation de l’Afrique ?
Justement, c’est l’un des objectifs de ma visite ici à Busan. Je suis venu pour échanger avec la Bad, voir la mise en œuvre concrète de sa politique dans les pays membres. Le discours de la Bad sur l’industrialisation, la transformation doit être appliqué en s’appuyant sur les banques de développement locales comme relais. La Bad a un rôle à jouer dans la diffusion de sa stratégie et dans le partenariat avec les acteurs de financements locaux qui sont dans le développement.

La Bnde est une banque dédiée au financement des Pme. Qu’avez-vous réalisé depuis 2014 ?
Ce que nous avons fait depuis 2014, c’est d’avoir un taux de pénétration des Pme qui va au-delà du taux classique bancaire. Je vous rappelle que des études faites en 2007 avaient révélé que seuls 16% des portefeuilles de banques intéressent les Pme. Il ne s’agissait d’ailleurs que des Pme structurées, celles qui l’étaient moins n’avaient pas accès au financement bancaire.

Aujourd’hui, nous avons plus de 30% de pénétration de financement en faveur des Pme. Nous avons aussi mis en place des modèles d’intervention qui permettent aux Pme de satisfaire leurs besoins de fonctionnement et d’investissement. Nous avons aussi privilégié des secteurs importants comme l’agriculture, les Btp, le numérique, l’hôtellerie, etc. Des secteurs souvent délaissés par le secteur bancaire. Nous avons pu, avec un dispositif et une approche inclusive de financement, permettre aux acteurs de cette cible clientèle se faire accompagner par notre banque aussi bien dans l’exploitation que dans l’investissement.

Notre intervention dans le financement de l’investissement a commencé par le secteur agricole qui a bénéficié plus de l’accompagnement de la Bnde dans l’industrialisation de la chaîne de valeur. Pour le cas du riz, aujourd’hui, si le Sénégal a pu réaliser un niveau de production de riz prêt à la consommation jamais obtenu, c’est parce que notre banque a financé des opérateurs économiques qui ont investi dans la transformation avec des usines modernes.

Nous avons touché également d’autres spéculations comme l’anacarde. Nous sommes en train de le faire également sur l’huile. Nous cherchons des solutions qui permettent de renforcer les capacités des entreprises qui produisent l’huile. Avec le Bureau de mise à niveau, nous avons accompagné des Pme qui, à un moment donné, avaient besoin de compétitivité, d’investissement.

Aujourd’hui, ces entreprises sont aux normes. Dans le secteur de l’hôtellerie, nous avons mis en place un système de financement pour de petits hôtels qui se trouvent partout au Sénégal pour leur permettre d’avoir des équipements adéquats, se mettre à niveau et offrir un service de qualité pouvant attirer des touristes étrangers.

Nous avons également permis à des porteurs de projets, dans des domaines précis, de se faire accompagner par notre institution financière. Ce qui est très difficile dans le secteur bancaire sénégalais car les banques ont peur de financer les start-up.

Nous avons créé un département pour financer uniquement les start-up. Nous en avons financé une centaine. L’objectif, c’est d’avoir un taux de réussite assez important, nous l’avons obtenu avec 80% des entreprises que nous avons financées. Nous avons également essayé de trouver des solutions de financement pour les femmes et les jeunes, qui sont généralement exclus par le système bancaire. Nous avons mis en place des financements pour eux afin de leur permettre d’avoir de petites activités. Depuis sa création, la Bnde a mobilisé un montant global de financement de l’ordre de 80 milliards de FCfa. Nous avons, aujourd’hui, un total bilan de 140 milliards avec une augmentation de plus de 80% entre 2016 et 2017. (fenêtre)

Nous sommes aussi intervenus en 2017 dans le financement du Pse. Nous avons commencé à recevoir le soutien de l’Etat dans l’allocation de ressources longues pour mieux accompagner les Pme. Aujourd’hui, notre banque se positionne comme celle des Pme. L’accès au financement de notre institution financière est reconnu par tous les acteurs. Ce qu’il faut retenir, c’est que notre activité est orientée dans le financement d’une cible risquée, combinée par l’obligation de respecter la réglementation bancaire en gestion des risques. Pour réussir à combiner ses deux préoccupations antinomiques, nous avons misé sur l’innovation dans l’accompagnement des Pme. C’est cette démarche innovante qui nous a valu d’être nominé aux African awards.

Votre institution financière a mobilisé 80 milliards de FCfa de financement. Quel est le secteur qui a le plus absorbé ces fonds ?
Le secteur qui a le plus bénéficié de nos financements, ce sont les Bâtiments et travaux publics (Btp), le secteur agricole, la distribution, la santé, l’hôtellerie. Nous n’avons pas une dominance forte par secteur. Mais les deux secteurs les plus accompagnés sont l’agriculture et les Btp.

En 2016, vous avez financé les transporteurs pour le renouvellement du parc des gros porteurs ? Y aura-t-il une seconde phase ?
Effectivement, nous avons financé le secteur du transport des gros porteurs, qui, il faut le reconnaître, est assez éloigné du secteur bancaire. Nous avons osé pénétrer ce secteur pour l’accompagner dans son développement. C’est dans ce cadre que nous avons, en 2014, accompagné la coopérative nationale des transporteurs routiers avec 73 camions neufs gros porteurs. Ce mécanisme de financement, basé sur la sécurité, sur le bien financé, l’engagement des promoteurs internes de la coopérative, nous a permis d’avoir un taux de remboursement de 80 à 90%.

C’est pourquoi, nous avons décidé de renouveler cette ligne de financement en octroyant une seconde phase avec le même montant et le même nombre de camions que nous nous allons démarrer dès le mois de juin. Le besoin en transport de marchandises est encore énorme, ce secteur d’activités, est vierge et mérite une plus grande attention de la part des banques. Notre banque ne pouvant pas tout financer.

Comment se porte aujourd’hui votre banque ?
L’année 2017 a été une année de vérité pour la Bnde. Nous avons eu quatre années où nous nous cherchions sur la stratégie en même temps nous étions en train de construire notre portefeuille. Durant ces quatre années, nous avons pu équilibrer notre bilan. La première année, nous avons gagné une soixantaine de millions de FCfa, le même montant la deuxième année, environ 300 millions la troisième année et, en 2017, nous avons obtenu 1,594 milliard de FCfa. Ce qui montre que la stratégie que nous avons adoptée a été prudente, mais aussi sûre.
Aujourd’hui, la banque a commencé à avoir un portefeuille stable, rentable qui a été constitué dans la durée. En outre, nous avons fini de nous adapter au système bancaire en termes d’offres de produits. Sur les quatre ans, nous avons appris à mieux connaître la Pme, et mettre en place un modèle de financement adapté. Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de croissance.

La Bnde a été nominée aux African banker awards. Finalement, elle n’a pas gagné.
Le fait d’être nominé, c’est déjà une bonne chose. Etre nominé parmi des banques qui ont plus d’envergure, de poids, d’histoire, c’est déjà très bien. Nous en sommes très fiers. Nous allons donc continuer la stratégie qui nous a valu cette reconnaissance internationale, car elle a prouvé sa pertinence.

Propos recueillis, à Busan, par Aliou KANDE

Rate this item
(0 votes)


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.