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Macky Sall à la cérémonie de publication des résultats du Projet de rénovation des comptes nationaux du Sénégal : « Pas de planification rigoureuse sans statistiques fiables »

13 Juil 2018
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Macky Sall à la cérémonie de publication des résultats du Projet de rénovation des comptes nationaux du Sénégal : « Pas de planification rigoureuse sans statistiques fiables » Crédit photo : Présidence de la République du Sénégal

Le président de la République a présidé, hier, à Diamniadio, la cérémonie de publication des résultats du Projet de rénovation des comptes nationaux du Sénégal (Prcn). Macky Sall a magnifié le travail effectué par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd).

L’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) a lancé, depuis mars 2015, le projet de rénovation des comptes nationaux (Prcn) du Sénégal, avec l’adoption du système de comptabilité nationale de 2008 (Scn 2008), qui a comme nouvelle année de base 2014. Ainsi, une nouvelle série de comptes nationaux reflétant, au mieux, la structure actuelle de l’économie du pays est désormais disponible. Hier, le président de la République a présidé la cérémonie de publication des résultats. Macky Sall a déclaré que cette rencontre s’inscrit dans son ambition renouvelée de renforcer le pilotage des politiques publiques, en particulier le Plan Sénégal émergent (Pse). En vérité, affirme M. Sall, la conduite optimale du développement requiert des comptes nationaux complets, cohérents, pertinents, permettant d’opérer des choix politiques judicieux. «Il ne peut y avoir une politique prospective, une planification rigoureuse qui ne soit adossée à des données statistiques fiables qui permettent de partir du réel et du concret pour se projeter vers le futur », a-t-il dit. Selon lui, une bonne qualité de ces comptes exige une production soutenue de données macroéconomiques fiables et leur renouvellement tous les cinq ans. Ce qui a, à son avis, conduit au projet de rénovation des comptes nationaux avec deux volets : le changement d’année de base et le recensement général des entreprises.

S’aligner sur les standards internationaux
L’objectif, explique le chef de l’Etat, est de fournir des informations de qualité, reflétant, au mieux, la structure actuelle de l’économie sénégalaise et rendre conformes nos capacités statistiques aux standards internationaux. Macky Sall a précisé que notre pays vient d’actualiser ses comptes nationaux et d’élaborer une nouvelle année de base conforme au système de comptabilité des Nations-Unies. Ces comptes nationaux, poursuit-il, ont permis de mieux mesurer la contribution des différentes activités au Produit intérieur brut (Pib), de mesurer les dépenses de consommation des ménages, les investissements publics et privés ainsi que la part de richesse créée. M. Sall estime que ces résultats obtenus par l’Ansd marquent un pas important dans le suivi-évaluation du Pse et des politiques sectorielles. Il a souligné que la production de données statistiques actualisées sur le Pib, le revenu national et les autres indicateurs, combinée aux données à caractère social comme celles sur l’emploi, favorise un suivi plus efficace des progrès réalisés.

Le chef de l’Etat a révélé que c’est dans cet esprit qu’une étude d’impact des projets Pse est en cours en termes de création d’emplois. Cette étude est en train d’être réalisée avec l’Ansd, la Banque africaine de développement (Bad), le Bureau opérationnel de suivi du Pse (Bos). Il a exhorté les départements ministériels et les partenaires techniques et financiers à se rapprocher de l’Ansd pour nouer des partenariats afin d’évaluer l’impact des projets.

Malick CISS et Aliou KANDE

FONDS NATIONAL DE LA STATISTIQUE : LE CHEF DE L’ETAT FAVORABLE À L’ACCÉLÉRATION DU PROCESSUS
Pr et Dg AnsdLe président de la République a invité le gouvernement à accélérer le processus de mise en place d’un fonds national de la statistique.

La cérémonie d’hier a servi de tribune au chef de l’Etat pour souligner les progrès réalisés par notre pays dans la production de données statistiques. Macky Sall a rappelé que depuis novembre 2017, le Sénégal est le 4ème pays en Afrique subsaharienne, après l’Afrique du Sud, les Seychelles et l’île Maurice, à adhérer à la Norme spéciale de diffusion des données du Fmi. Il se dit d’autant plus heureux que cela pourrait « mettre fin à la fois à la polémique stérile » sur les statistiques. «L’Ansd donne ses statistiques de façon tout à fait indépendante. C’est la clé de voûte du système statistique national. Elle a su assurer la production de données aux standards internationaux en termes de qualité et de délais », a déclaré le président Sall.

Les performances de l’Agence sont, à son avis, la résultante d’une volonté politique forte et des efforts conjugués de l’ensemble des acteurs. C’est pourquoi, il accueille favorablement le renforcement des moyens de l’agence. Dans la même lancée, il a réaffirmé son engagement indéfectible en faveur d’un système statistique national indépendant et performant. Macky Sall a demandé ainsi au gouvernement d’accélérer le processus de mise en place d’un fonds de développement de la statistique déjà fortement recommandé par le Conseil national de la statistique. Il a, dès l’entame de son discours, salué la qualité de l’administration sénégalaise constituée de « cadres compétents, chevronnés dans tous les secteurs de la vie nationale ». «Les statistiques, c’est l’affaire des professionnels. On peut les interpréter comme on veut mais on ne peut pas remettre en cause les fondements même qui caractérisent l’étude des statistiques, les échantillonnages, les méthodes de calculs. C’est de la science, des mathématiques. On ne peut pas mettre la politique dans les mathématiques et dans la science. On peut maintenant dire qu’on n’est pas d’accord sur les chiffres donnés, encore faudrait-il être capable de prouver pourquoi vous n’êtes pas d’accord ? », a-t-il dit.

M. CISS et A. KANDE

DÉVELOPPER LA FISCALITÉ MINIÈRE
Le chef de l’Etat a instruit les services du ministère de l’Economie, des Finances et du Plan à développer la fiscalité minière, notamment pétrolière. Parce que le Sénégal sera désormais un pays de production. «Nous produisons de l'or, bientôt nous allons produire du gaz et du pétrole », a-t-il dit. Macky Sall recommande également de relever le défi de mobilisation des recettes fiscales.

Il estime que le potentiel fiscal national doit être mieux exploité pour éviter la création de nouveaux impôts ou la hausse de ceux existants. Autres instructions du président de la République, l’accélération de la seconde phase du Plan d'actions prioritaires (Pap 2) du Pse dans une démarche participative et inclusive.

M. C. et A. K.

DÉGRADATION DE LA PRESSION FISCALE
Cependant, la pression fiscale a subi les contrecoups du changement d’année de base. Elle se situe maintenant aux alentours de 15 à 16 %. A la grande joie de Baïdy Agne, représentant du secteur privé national. « Nous étions parmi les meilleurs, nous avions autour de 20 % de pression fiscale avec l’ancienne base. Mais grâce à la nouvelle base, nous voyons que la pression fiscale devient faible. Cela veut dire que nous avons un défi important si nous voulons respecter les critères de l’Uemoa qui sont de 20 % », estime Pierre Ndiaye, Directeur général de la planification et des politiques économiques (Dgppe). Pour y parvenir, il faut poursuivre la rationalisation des dépenses fiscales, continuer la simplification de la fiscalité et moderniser les administrations fiscale et douanière.

M. C. et A. K.

LE RATIO DETTE/PIB BAISSE DE 60 À 50%
La dette publique a subi les effets du changement d’année de base. Situé autour de 60 % en 2016, le ratio dette/Pib est tombé maintenant à environ 50 % alors que l’Uemoa fixe à ses membres un plafond de 70 %, a fait savoir Pierre Ndiaye de la Dgppe. « En termes de solvabilité, cela veut dire que le Sénégal n’a pas de problème de dette », conclut-il. Concernant le ratio des liquidités (part des recettes utilisées pour financer le service de la dette), « nous sommes encore à un niveau très élevé même si ce ratio s’inscrit en baisse depuis 2012 », note-t-il. Il était de 46,8 % en 2012 mais il a continuellement baissé pour atteindre 33,7 % aujourd’hui, « c’est encore élevé », constate le patron de la Dgppe. Par ailleurs, le déficit des comptes courants de la balance des paiements s’est dégradé en 2017-2018, la vulnérabilité du Sénégal sur ce point ayant comme source la hausse du prix du baril de pétrole. Mais les perspectives, avec les découvertes de pétrole au Sénégal, laissent espérer un amoindrissement de cette vulnérabilité.

M. C. et A. K.

FORTE TENDANCE BAISSIÈRE DU DÉFICIT BUDGÉTAIRE
Le déficit budgétaire du Sénégal a subi une « forte tendance à la baisse », à la faveur du changement d’année de base des comptes nationaux, a fait savoir Pierre Ndiaye, directeur général de la planification et des politiques économiques (Dgppe). En 2017, ce déficit se situait à 2,8 % contre 3,5 % en 2016, soit au-dessous de la norme de 3 % fixée par l’Uemoa. Cet impact positif place le Sénégal au même niveau que des pays comme l’Ile Maurice, la Malaisie, la Turquie, etc. « Cela a permis d’avoir un élargissement de l’effort budgétaire de 108 milliards de FCfa », a dit M. Ndiaye. Ce montant a servi à prendre en charge le maintien des prix à la pompe pour amortir la hausse du prix du baril de pétrole, mais aussi pour absorber les revendications salariales dans l’enseignement et la santé et effectuer des dépenses dans le domaine de la sécurité.

M. C. et A. K.

LES RAISONS D’UN CHANGEMENT D’ANNÉE DE BASE
Pr Ansd FamilleLe Sénégal s’est retrouvé avec un Pib en hausse de 29,4 % en 2014 en calquant la rénovation de ses comptes nationaux à cette année. En remplaçant l’année de base de 1999 par 2014, notre pays se conforme au dernier manuel sur les comptes nationaux adopté par les Nations-Unies (Scn 2008). Dans le calcul des comptes nationaux, l’année de base constitue l’année de référence des agrégats macroéconomiques. Mais la qualité des comptes se dégrade au fur et à mesure que l’on s’éloigne de celle-ci ; d’où la nécessité de procéder à des changements pour tenir compte des changements affectant les structures de l’économie d’un pays. Plusieurs raisons expliquent la nécessité, pour le Sénégal, de procéder à un changement de l’année de base de ses comptes nationaux, explique le directeur général de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), Babacar Ndir. Il y a eu un vieillissement de l’année de base qui remontait à 1999. Ce vieillissement, explique M. Ndir, « est de nature à dégrader nos comptes ». Il fallait aussi s’adapter aux normes internationales. Le changement d’année de base a donc permis une meilleure couverture du Pib du Sénégal et d’avoir une structure plus actuelle de son économie. En conséquence, le Sénégal dispose de données de références pertinentes pour le suivi des différentes politiques, ajoute le directeur général de l’Ansd.

Les principaux changements ont tenu compte des statistiques sur les entreprises avec le recensement général des entreprises (Rge 2016), l’Enquête nationale sur les Pme-Pmi de 2013, l’Enquête nationale sur les unités de production informelle, les enquêtes de suivi de la pauvreté mais aussi des données administratives concernant la pêche continentale, l’aquaculture, etc. Avec les nouvelles normes, la recherche-développement dont les dépenses étaient considérées comme de la consommation, est maintenant perçue sous l’angle de l’investissement.

M. CISS et A. KANDE

UN IMPACT POSITIF SUR LES AGRÉGATS MACROÉCONOMIQUES
Le changement d’année de base des comptes nationaux du Sénégal a un impact positif sur les agrégats macroéconomiques. Ces répercussions ont été expliquées par le directeur général de la planification et des politiques économiques (Dgppe), Pierre Ndiaye. Avec la réévaluation du Pib de 29,4 %, la richesse nationale passe de 7.555 à 9.775 milliards de FCfa alors que les estimations pour l’année 2018 portent sur 12.660 milliards de FCfa, soit 22,5 milliards de dollars, selon M. Ndiaye.

Aussi, il a fallu réviser le taux de croissance pour 2015 (6,7 %), les modifications donnant plus de poids au secteur secondaire. Le revenu par tête sur la base de 1999 était de 1.054 dollars, le changement d’année de référence l’a fait bondir à plus de 1.364 dollars. Ce qui a fait dire à Pierre Ndiaye que « nous nous rapprochons un peu plus de la Côte d’Ivoire ». La position du Sénégal dans le classement de la Banque mondiale devrait aussi évoluer. « Le Sénégal devrait apparaître dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, avec un Pib situé entre 1.006 dollars et 3.955 dollars par tête », annonce le patron de la Dgppe. Tout comme l’Indice de développement humain (Idh) du Pnud devrait être réajusté. Idem pour les agences de notation dont certaines comme Moody’s ont réévalué leur note pour le Sénégal de B1 à B3.

M. C. et A. K.

LES PARTENAIRES, LE PATRONAT ET LES CHERCHEURS APPRÉCIENT POSITIVEMENT
Les résultats obtenus par l’Ansd dans la conduite du Prcn ont été salués par les partenaires techniques et financiers, le patronat, le monde universitaire. Parlant au nom du G50, Lise Filiatrault, ambassadeur du Canada au Sénégal, affirme que ce travail a été techniquement rigoureux et conforme aux standards internationaux. « Le projet met à la disposition du gouvernement, des partenaires, des documents utiles pour la planification. Le Sénégal s’est doté d’agrégats qui reflètent son niveau économique », a indiqué Mme Filiatrault. Elle a salué les innovations introduites par l’Ansd lors du Recensement général des entreprises (Rge), l’enquête sur l’emploi, la consommation des ménages.

La représentante de l’Ue, tout comme celui de la Bad, ont tous salué les résultats du Prcn. « La présentation des résultats a prouvé que le Sénégal a fait de grandes avancées », a commenté Baïdy Agne, président du Conseil national du patronat. Le président de l’Unacois, Idy Thiam a, à son tour, salué les résultats. Au nom du monde universitaire, le Pr Birahim Bouna Niang affirme que ce travail de l’Ansd peut être considéré comme un acquis non sans appeler à sa consolidation.

M. C. et A. K.

ZONE DE LIBRE ECHANGE CONTINENTAL : MACKY SALL POUR L’ACCOMPAGNEMENT DU SECTEUR PRIVÉ
Le secteur privé national doit être accompagné pour être prêt dans la mise en œuvre de la Zone de libre échange continental africain (Zleca) a dit le chef de l’Etat. Il a invité le ministère du Commerce à poursuivre les discussions avec ce secteur. 48 Etats sur 54 ont déjà signé le traité instituant la Zleca. « On s’achemine vers ce marché commun. Il faut que notre secteur privé soit accompagné », a-t-il dit.

M. C. et A. K.

Last modified on vendredi, 13 juillet 2018 07:11
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