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Tragédie de Bayotte - Nouha Cissé, acteur du processus de paix : « C’est la preuve que l’accalmie n’est pas la paix »

09 Jan 2018
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Les réactions continuent à Ziguinchor après le drame survenu samedi dernier dans la forêt classée de Bayotte-est située dans la commune de Nyssia. Acteur du processus de paix en Casamance, Nouha Cissé, historien de formation et ancien proviseur du lycée Djignabo de Ziguinchor, estime que le massacre peut s’expliquer par des conflits d’intérêts importants dans l’exploitation de la forêt casamançaise. M. Cissé n’a pas exclu que cela puisse être une manière, pour une fraction assez significative du Mfdc, celle du Sud, de manifester son existence et sa présence.

Quelle appréciation faites-vous de la tuerie, par des hommes armés, de gens qui s’adonnaient à la coupe illicite de bois, à la fabrication de charbon de bois et au ramassage de bois mort dans la forêt classée de Bayotte-est ?
C’est une tragédie absolument regrettable, mais qui devrait attirer notre attention sur le fait que certes, il y a l’accalmie en Casamance, mais l’accalmie n’est pas la paix. Des armes se sont tues en Casamance, mais les armes sont encore gardées. Cela signifie donc qu’il y a beaucoup de choses encore à faire, et personne ne devrait être dupe pour penser que le conflit armé en Casamance est définitivement enterré. Le drame de samedi dernier peut se lire à travers des conflits d’intérêts importants dans l’exploitation de la forêt casamançaise. Ici, on note qu’il y a, comme par hasard, la convergence de positions de l’Etat et du Mfdc (Mouvement des forces démocratiques de Casamance).

L’Etat engage tous les moyens pour que l’exploitation de la forêt soit interdite dans sa forme anarchique. Et pour cela, il déploie tous les moyens. Le Mfdc, dans toutes ses fractions, interdit également formellement l’exploitation de la forêt. Mais, l’exploitation clandestine de bois est là. Et si on n’y prend garde, des situations comme celle du samedi 6 janvier 2018, qui sont absolument regrettables, peuvent se reproduire. C’est pour ces raisons qu’il est bon que chacun se tienne pour dit que l’exploitation anarchique de la forêt est interdite, d’une part, et, d’autre part, pour des raisons de bon sens également, mais de sauvegarde de l’avenir de la Casamance, que nous devons tous nous astreindre au respect de l’intégrité de l’environnement.

Mais est-ce que cela peut expliquer le massacre ?
La tuerie est absolument regrettable. Rien ne peut la justifier, mais c’est en même temps un coup de semonce. N’oublions pas qu’il y a quatre ans de cela, à Diagnon, un village de la commune d’Adéane situé dans l’arrondissement de Niaguis, département de Ziguinchor, des éléments armés dont on dit qu’ils sont non identifiés ont également exécuté 11 jeunes une après-midi, pratiquement dans les mêmes conditions. Il faudra qu’on soit particulièrement prudent.

Ne pensez-vous pas que cet événement tragique a des liens avec la libération des deux détenus du Mfdc par l’Etat ?
Même si les faits ne sont pas indéniablement liés, on peut également penser que c’est une manière pour une fraction assez significative du Mfdc, celle du Sud, de manifester son existence et sa présence. San Edigio est dans la facilitation entre les émissaires de l’Etat et ceux du chef de guerre Salif Sadio. Il y a donc de fait d’autres fractions qui sont exclues. Et tout le monde sait que le Mfdc, dans son aile politique et son aile militaire, est très fractionné. Si on discute avec une seule fraction et que les autres sont laissés en rade (et cela depuis bientôt trois ans que ça dure), on peut penser que les fractions qui ne sont pas impliquées veuillent bien montrer à la face du monde leur existence.

Et je crois qu’un coup d’éclat comme ça est certainement l’une des meilleures preuves qu’il faut compter aussi avec cette fraction qui existe. Et il y a lieu d’envisager véritablement une approche beaucoup plus inclusive dans le processus de gestion de la paix, surtout dans les négociations qui sont engagées. C’est à ce prix-là qu’on peut neutraliser les différentes fractions du Mfdc et les guider vers le même objectif, celui de se retrouver tous autour d’une table de négociation. Sinon, la dispersion ne peut produire, à mon sens, qu’une situation comme celle de la tuerie de samedi dernier. Aujourd’hui, Salif Sadio observe un cessez-le-feu tacite. Même si ce n’est pas signé, c’est au moins un cessez-le-feu par sa volonté. Si les autres étaient impliqués, probablement qu’eux aussi, par respect pour la table de négociation, ils auraient fait prendre des dispositions pour éviter des choses comme le drame qui a eu lieu dans la forêt classée de Bayotte-est. C’est une manière, certainement aussi, implicitement ou explicitement, de montrer qu’on existe et qu’on doit prendre compte de cette existence-là. Je crois que c’est ce que cela peut signifier. C’est un coup d’éclat, un véritable baroud d’honneur qui s’inscrit dans cette indispensable nécessité de prendre en compte tout le monde dans le processus de paix.

Propos recueillis par Elhadj Moussa SADIO

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