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Samba Sy, ministre du Travail, sur les perspectives d’emplois au Sénégal : « Nous en sommes à une aube prometteuse »

07 Mai 2018
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Le ministre du Travail, du Dialogue social, des Organisations professionnelles et des Relations avec les institutions fait le bilan de la célébration du 1er mai. Samba Sy revient aussi sur les défis multiples et pressants à relever, dans un monde où la question de l’emploi est de plus en plus préoccupante. Entretien.

Monsieur le ministre, on sort de la fête du 1er mai. Quel bilan tirez-vous ?
Nous sortons effectivement de la Fête internationale du travail. A l’évaluation, nous avons des motifs d’être satisfaits de ce qui s’est passé. Les centrales syndicales, les organisations de travailleurs se sont, sur toute l’étendue du territoire, mobilisées. Il y a eu différentes manifestations. Les travailleurs se sont exprimés dans la joie. Ils ont surtout profité de ce moment pour dire quelles étaient les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Nous avons pu vivre un tel événement de manière sereine, ce qui en dit long sur la nature de notre pays. Nous ne faisons pas suffisamment attention à cet aspect, mais ce pays dispose d’une respiration démocratique avérée. Il est bien qu’il en soit ainsi. C’est un rendez-vous inscrit dans le calendrier ordinaire de la vie de la République. C’est un événement qui a été vécu, me semble-t-il, de manière heureuse. La cérémonie de remise des cahiers de doléances au Palais de la République a également constitué un moyen, pour les travailleurs, de rencontrer les plus hautes autorités dont Son Excellence le Président de la République. Ce dernier en a profité aussi pour apporter des éléments de réponse, autant que faire ce peut, aux légitimes préoccupations des partenaires sociaux.

Justement, la remise des cahiers de doléances a été une occasion pour les leaders syndicaux d’énumérer une kyrielle de maux dont souffriraient les travailleurs. Pensez-vous que l’Etat a répondu à leurs attentes ?
Tout d’abord, le fait que des problèmes aient été relevés démontre qu’il y a de la vie dans notre pays. Je disais à certains travailleurs, le jour où nous n’aurions plus de doléances, en tant qu’être humain, de défis à relever, d’écueils à franchir, d’obstacles à surmonter, je me demande ce que la vie serait. La vie n’a de sens que pare ce qu’il y a encore des défis à relever. Les travailleurs ont effectivement des revendications. Ils aspirent à de meilleurs salaires. Ils veulent que leurs droits soient davantage reconnus dans les entreprises. Ils veulent que le passif social soit soldé. Ils formulent des revendications nouvelles, qui tournent globalement autour de l’amélioration de leur sort, parce qu’ils savent bien que dans notre pays des performances ont été réalisées. Ils pensent que le temps du partage est arrivé. Tout cela est absolument compréhensible. Du côté de l’autorité, la tâche a consisté à essayer d’expliquer que les moyens de la République servent à toute la République. Elle couvre, en réalité, un champ plus large que le seul spectre des travailleurs. Si on prend ceux qui sont dans les organisations syndicales, ce sont eux qui interviennent dans le champ du formel. Mais, au-delà de ces femmes et de ces hommes très importants dans la marche du pays, il y a également d’autres honnêtes citoyens qui ont besoin d’avoir accès, par exemple, à l’eau potable, un peu partout dans le pays. Il nous faut de l’électricité dans les villages, les hameaux, les coins et recoins les plus reculés. Il nous faut des écoles qui répondent à leur fonction sociale et qui donnent envie d’apprendre. Il nous faut des postes de santé. Il nous faut des routes carrossables. Il nous faut tout cela, un peu partout, à travers le Sénégal. Devoir le faire avec les moyens de tout le monde suppose également gérer, distribuer de manière équitable et rationnelle, essayer de penser, surtout à ceux-là qui, pendant trop longtemps, ont été laissés au bord de la route.

Quelles sont les avancées notées et que faire pour améliorer le reste ?
Le Président de la République a patiemment rappelé aux travailleurs ce qui a été fait depuis 2012. Les prix de denrées de première nécessité sont globalement contenus. Bien qu’un peu partout dans le monde, avec l’infléchissement des prix, par exemple, pour le pétrole ça remonte de manière spectaculaire. Pourtant, nous avons à côté des prix des denrées qui ont été gelés depuis 2012. Nous accusons également la baisse du coût de l’électricité de 10%. La fiscalité sur les salaires a diminué. Ce qui a permis aux moins fortunés d’avoir en supplément l’équivalent de quoi au moins acheter un sac de riz. Il y a un nombre d’efforts qui ont été consacrés à ce niveau. Il y a également le relèvement de l’âge de la retraite pour les médecins, l’accord, dernièrement noué, avec les enseignants. Beaucoup d’efforts ont été faits.

Durant cette rencontre, les syndicalistes ont aussi dénoncé des licenciements abusifs. Quelles sont les mesures prises par le gouvernement pour apporter des solutions ?
Si nous faisons le bilan, il faut le faire de manière exhaustive. Oui, il y a des emplois perdus. Mais, à côté, des emplois ont également été créés. La dynamique de la vie, malheureusement -je me demande d’ailleurs, s’il faut dire malheureusement-, c’est un peu cela. C’est la mort qui enfante la vie. Je ne dis pas que nous devons prier pour que des entreprises ferment. Mais, très objectivement, il y a des entreprises qui vont s’essouffler du fait de devoir disparaître au fil du temps et d’autres seront crées. Une des questions les plus agitées, dans le monde, c’est celle de l’avenir du travail. Nous sommes à une ère de renouvellement et il faut que nous nous mettions en perspective. Le fait qu’il y ait des entreprises qui ne puissent plus suivre, cela entraîne des pertes d’emplois. Mais, à côté, il y a des créations d’emplois. A côté, il y a tous les efforts du gouvernement pour maîtriser la situation. Des entreprises ont été portées par le gouvernement.

Maintenant, que faut-il faire pour relancer l’emploi et donner davantage de possibilités aux Sénégalais, pour en trouver ? C’est ce qui en train d’être fait autour du Programme Sénégal émergent (Pse). Nous relançons notre agriculture. Personne ne peut contester les performances réalisées à ce niveau. Cette année, nous avons même un problème d’achat de nos graines d’arachide, puisque la production est d’un million quatre cent mille tonnes. Cette récolte n’est pas tombée du ciel. Il a fallu mettre des intrants, de la logistique, de l’accompagnement, pour la production.

Ce qui a été fait dans le secteur de l’arachide vaut également pour d’autres secteurs : ognons, tomates, riz où les performances sont nettes. Les Domaines agricoles communautaires sont là et cela donne des opportunités d’emplois à la jeunesse. Ensuite, l’idée de faire en sorte que les différentes contrées de notre pays soient « vivables » confirme que s’il y a des possibilités d’épanouissement dans d’autres localités du Sénégal. Tout le monde ne va pas s’engloutir à Dakar pour vivre d’expédient. Qui n’est pas frappé par le fait qu’à longueur de journée, il n’y a pas que de très jeunes garçons, mais il y a aussi de très jeunes filles qui courent derrière les voitures avec de « petits riens » entre les bras, respirant à pleins poumons les effluves des voitures ?

Tout cela est à corriger et à revoir. Par cette approche, le gouvernement veut veiller à ce que nos campagnes soient plus porteuses. Des efforts sont faits dans le domaine du tourisme, de la pêche. On essaye, aujourd’hui, de permettre à certains de nos jeunes d’avoir un pied à l’école et l’autre dans l’entreprise. L’un des problèmes que notre pays rencontre découle du fait qu’il n’y a pas d’adéquation entre le profil et les emplois disponibles. Tout cela est à corriger. Il y a, bien entendu, la grande perspective des ressources naturelles dans nos pays. Nous en sommes à une période où la nuit n’a pas fini de passer. Nous en sommes à une sorte d’aube. Mais, cette aube est prometteuse. Il faut, ensemble, que nous préservions l’existant afin que les fruits puissent répondre à la promesse des fleurs.

Vous avez en charge le département du Travail. Selon le Président de la République, plus de 400.000 emplois ont été créés depuis 2012. Ce que d’aucuns contestent. Que leur répondez-vous ?
C’est toujours facile de contester. Prenons le seul exemple de Diamniadio qui est en train d’être transfiguré. Les bâtiments construits là-bas sont en train de changer le visage de cette partie du pays. On peut toujours contester, mais les faits sont visibles. Il y a le Train express régional (Ter), ce sont des choses qui sont tangibles. Le Programme d’urgence de modernisation des axes et territoires frontaliers (Puma), le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) à l’intérieur du pays, ce sont des réalisations tangibles. Tout cela enclenche bien évidemment une dynamique. Des efforts faits permettent de dire que sur le plan de l’emploi, des réalisations sont là. La question est maintenant de savoir si celles-ci sont à l’aune de ce que nous souhaitons tous en tant que pays. C’est évident que la réponse est non. Mais, incontestablement, en termes de bilan, il y a des choses sur lesquelles il faut se féliciter. Le problème d’emplois transcende le Sénégal. C’est une question quasi planétaire.

Le Président Macky Sall annonce aussi la création de 75.000 à 80.000 emplois en 2018. Pouvez-vous revenir sur les domaines ciblés ?
Il y a deux secteurs qu’il faut prendre en compte : le formel et l’informel. Au niveau de la Fonction publique, il y a des recrutements, dans les domaines de la santé, de l’enseignement, de l’éducation et de la formation. Il y a les Domaines agricoles communautaires. Des efforts sont faits pour accompagner le monde de la pêche. Tout cela crée des niches d’emplois. Des efforts sont faits dans la reconstruction et la transfiguration de nos cités. Cela génère des emplois dans le domaine du bâtiment. Pour la Sphère ministérielle de Diamnadio, c’est entre 900 et 1.300 jeunes sénégalais qui ont eu à travailler. Cela, c’est du concret. Dans différents domaines, nous avons des possibilités de faire bouger des lignes.

Qu’est-ce que le gouvernement entrevoit de faire pour la promotion de l’auto-emploi ?
Un plan a été spécialement mis sur pied pour pourvoir de l’emploi et très rapidement. Nous avons une Délégation à l’emploi rapide (Der). Les cibles, ce sont essentiellement les jeunes et les femmes. Ce sont aussi les personnes qui ont des compétences qu’il faut renforcer. Des personnes qui peuvent être utiles dans différents domaines pour pouvoir eux-mêmes s’élargir et éventuellement il y aura un appel d’air, ce qui va créer des emplois supplémentaires. Tout le monde ne peut pas émarger à la Fonction publique. On va aider les gens qui sont dans des métiers de la coiffure, de la couture, de la menuiserie… Bref, il y a beaucoup de choses à faire. A côté, l’agriculture est un domaine important sans pour autant négliger d’autres secteurs de la société.

Nous venons de célébrer, ce 3 mai, la Journée mondiale de la liberté de la presse. Que comptez-vous faire pour améliorer les conditions de travail dans ce secteur ?
Sans faire de l’intrusion dans votre profession, je crois qu’il faudra que nous nous parlions de manière nette et claire. Il faut que les travailleurs dans le secteur de la presse s’organisent et défendent rigoureusement leurs droits. Il faut également que les entreprises jouent leur rôle. Elles doivent le faire de manière intégrale et totale. Nous sommes en train d’aboutir à la conclusion de la signature de la convention collective des médias. Seulement, le tout n’est pas de disposer d’instruments, il faut également qu’il y ait une organisation et que chacun joue son rôle et qu’on parvienne à reconnaître les uns et les autres. Vous parlez d’entreprise de presse. Sans vouloir juger, j’en arrive à me demander s’il n’y a pas suffisamment à « manger et à boire » là dedans.

N’est-il pas nécessaire de regarder dans le fond pour que les choses se passent comme il faut ? N’y a-t-il pas nécessité à réviser un certain nombre de choses pour que les professionnels du métier soient là dedans. Il faut qu’il y ait un personnel dédié aux métiers de la presse qui dispose des compétences et des attributs requis. C’est compliqué quand tout le monde veut en faire partie. Il nous faut être plus attentif à la formalisation si des outils viables sont mis en place, l’Etat accompagne les entreprises de presse. Il faut juste que tous les acteurs concernés jouent le jeu.

Propos recueillis par Abdoulaye DIALLO et Oumar BA

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Last modified on lundi, 07 mai 2018 07:49
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