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Jean François Bayart : « Le fait religieux est marginal dans les conflits en Afrique »

29 Jui 2018
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L’universitaire français Jean François Bayart était, hier, à l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan) de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) où il a défendu qu’il n’y a jamais eu de guerre de religions en Afrique. Ce qu’il y a, a-t-il soutenu, ce sont des mouvements armés d’orientation religieuse.

De nombreuses crises en Afrique sont présentées comme des guerres de religions. « Ce n’est pas vrai », a fait savoir, « formel », le politologue Jean François Bayart qui animait, hier, à l’Institut fondamental d’Afrique noire de l’Université Cheikh Anta Diop (Ifan Ucad) une conférence sur le thème « Religion et violence ». Devant ses collègues de l’Ucad et un parterre d’étudiants, l’universitaire français a soutenu que les conflits enregistrés, ces dernières années, sur le continent, n’ont pas eu pour raison première « les logiques intrinsèques » de la foi. « Donc, pas de guerre de religions. C’est clair. En revanche, ce que nous avons en Afrique, ce sont des mouvements armés d’orientation religieuse qui ont, sur certains endroits, occasionné des milliers de morts », a-t-il dit.

Tout part, à son avis, de la conquête du pouvoir et de son contrôle par une minorité. « Je veux simplement dire que les conflits ont avant tout des connotations politiques. Ce sont des guerres de positionnement, des guerres politiques ayant pour objet le contrôle de l’Etat et l’accumulation que permettrait la maîtrise du pouvoir. » M. Bayart de citer les graves crises notées dans certains pays du continent : Rwanda, Ouganda, Rdc, Congo-Brazzaville, Cameroun, Centrafrique, Tchad, Nigéria, Côte d’Ivoire, Libéria, Sierra Léone, Guinée-Bissau, Sahara occidental, Ethiopie, Libye. « Dans tous ces pays, ce n’est jamais la religion qui a été le fait déclencheur. Mais toujours une logique de conquête du pouvoir et de le préserver », a-t-il analysé.

Par exemple, la guerre de sécession du Sud-Soudan, a dit Bayart, ne s’est jamais réduite à un affrontement entre musulmans du Nord et non musulmans du Sud. De même,  a-t-il ajouté, la dissidence casamançaise a été d’abord régionaliste, quelle qu’ait été la part des catholiques en son sein tout comme celle du Nord du Mali ou du Niger. Revenant sur le thème de la conférence, Jean François Bayart a rappelé que c’est justement parce ce que le fait religieux est inséré dans les autres logiques de la société  qu’il se trouve  mis en relation avec la pratique de la violence. « La violence est d’abord le fait de l’homme avant même toute adhésion à une doctrine religieuse », a expliqué Jean François Bayart qui a, toutefois, relevé que des entrepreneurs n’ont pas hésité à actionner des religieux pour prendre possession des ressources.

«Jihad, simple avatar de la guerre»

« Cela a été observé dans plusieurs pays subsaharienne. » Toujours dans cette même logique, Bayart dont l’historicité est au cœur de sa réflexion, a battu en brèche l’idée selon laquelle le Jihad est le prototype de la « guerre religieuse ». « Ce sont des idées reçues, des stéréotypes. C’est comme quand j’entends des gens dire que l’islam est une religion de violence. Non, ce n’est pas juste. L’islam n’a pas le monopole de la violence. Le christianisme colonial a, lui aussi, été iconoclaste en détruisant des objets religieux, comme ce que l’on a vu récemment à Tombouctou », a recadré le conférencier pour qui « le Jihad n’est rien d’autre qu’un simple avatar » du phénomène politique et social de la guerre. Lui, qui est souvent défini comme « penseur de la complexité », ou « l’intellectuel spécifique », ne comprend pas, par contre, que des individus se servent de la religion pour commettre des actes de violence. « Cela est regrettable et inacceptable », a-t-il dénoncé. Et avant de conclure, Bayart a tenu à relever deux éléments qui aident à comprendre son discours : la laïcité à la sénégalaise et le discours politique universel du fondateur du mouridisme. Sans renier l’apport de la colonisation, a fait remarquer Bayart, la laïcité telle que vécue au Sénégal est une réponse à l’historicité propre  des sociétés politiques sénégambiennes. Et Cheikh Ahmadou Bamba, a-t-il résumé, a été bien inspiré en menant un combat non violent contre l’envahisseur. « Bamba n’a pas fait recours à la violence, à des armes, alors qu’il était persécuté. Et pourtant, tout le monde peut aujourd’hui mesurer la portée universelle de son combat », a souligné, visiblement séduit, Jean François Bayart qui a aussi partagé une conviction : « la première violence en Afrique, c’est la violence de l’Etat ; la violence sous toutes ses formes ».

 

«Les sciences sociales, c’est le berceau de la démocratie»
En France, au Sénégal et un peu partout à travers le monde, un discours dominant tente de reléguer les sciences sociales au second plan, en mettant en avant les mathématiques et les sciences de l’ingénierie. Ce qui, naturellement, inquiète le politologue et spécialiste de la sociologie historique comparée de l’Etat, Jean François Bayart, qui a dit et répété que les sciences sociales sont indispensables à la démocratie. « Elles sont le berceau de la démocratie parce qu’elles permettent à nos sociétés de se mettre en perspective pour se critiquer et progresser », a soutenu Bayart qui ne s’imagine pas un monde sans les sciences sociales.  « Ce serait la catastrophe »,  a averti le directeur de recherche de classe exceptionnelle au Centre national de la recherche scientifique (Cnrs) en France. Il faut dire que Jean François Bayart est un « africaniste », passionné des  sciences sociales. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’Afrique subsaharienne et sur l’historicité du politique. Egalement fondateur des revues « Politique africaine » (1980) et « Critique internationale » (1998) et de la collection « Recherches internationales » (1998 aux éditions Karthala), Bayart est, depuis 2015, professeur à l’Institut universitaire des hautes études internationales et du développement de Genève (Suisse).                                      

Abdoulaye DIALLO

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