banner home page1

Pour vos insertions, contactez la Régie publicitaire de la SSPP Le Soleil
Au coeur des archives

Au coeur des archives (18)

Novembre 2006. Nous sommes à quatre mois d’une élection présidentielle qui voit le président Wade briguer une réélection à la magistrature suprême. Il fait face à quatorze candidats. Mais la campagne électorale n’a pas encore démarré. Le « pape » du Sopi déplace ses pions sur l’échiquier. Même s’il surfe sur une vague de popularité indéniable, il tient à s’entourer de certaines garanties. Bénéficiant d’une large majorité à l’Assemblée nationale, il lâche « ses » députés qui doivent alors procéder à un toilettage de la Constitution, en particulier en levant « la contrainte » du quart bloquant. Pour gagner la présidentielle au premier tour, il fallait obtenir la majorité absolue (50% des suffrages plus une voix) et, concomitamment, réunir au moins le quart des électeurs inscrits. Il s’agit de modifier l’article 33 du texte fondamental à la majorité des 3/5.

« La participation aux différents scrutins n’étant pas une obligation, l’exigence d’un quart des inscrits, communément appelé ¼ bloquant en plus de la majorité absolue des votants pour l’élection du président de la République au premier tour qui, au demeurant, n’existe dans aucune grande démocratie, est de nature à fausser le jeu démocratique », explique le ministre de la Justice, Cheikh Tidiane Sy, chargé de défendre le projet de loi. Il renforce son argumentaire en laissant entendre que « le choix des électeurs ne devrait pas être compromis par l’abstention d’autres citoyens ». Il est pris au mot par les députés de la majorité centrée autour du Pds.

Ainsi, le député Demba Sow de l’Urd (alors en alliance avec le Pds) estime que le ¼ bloquant est « une injustice » car il empêche l’élection d’un candidat qui a obtenu plus de 50% des suffrages. Pour Ibra Diouf Niokhobaye (Pds), « la suppression du ¼ bloquant ne favorise aucun candidat ». Mbaye Ndiaye (député-maire Pds des Parcelles-assainies) précise de son côté que « la suppression du deuxième tour n’est pas à l’ordre du jour contrairement à ce que font croire certains hommes politiques ». C’est que le débat fait rage au sein de l’opinion. Les lignes de fracture sont nettes. La majorité et l’opposition ne se font pas de cadeaux… L’ancien maire de Dakar, le député (Ps) Mamadou Diop monte en première ligne : « ce projet de loi est inopportun et dangereux pour le fonctionnement des institutions. En 1992, le Pds avait demandé à instruire (sic) le ¼ bloquant ; il n y a pas de raisons pertinentes pour sa suppression », dit-il. Il est soutenu par son collègue Abdoulaye Bâ de l’Afp pour qui « il y a d’autres priorités » en citant la magistrature, l’insécurité, le chômage des jeunes. Madieyna Diouf (Afp) dénonce des manœuvres « électoralistes » et « la violation des consensus ». Las. Par 74 voix pour 20 contre le projet de loi est adopté par les députés. Le président Wade sera réélu haut la main en 2007…

Par Samboudian KAMARA

Tapis rouge pour Senghor à Paris

27 Jan 2018
51195 times

C’est la dernière visite officielle en France de Senghor en tant que président de la République. Nous sommes le mercredi 17 mai 1978. C’est un Valéry Giscard d’Estaing sans doute préoccupé par les événements à Kolwezi, dans ce qu’on appelait le Zaïre (les légionnaires français sautent sur la ville pour la libérer des ex-gendarmes katangais), mais il tient à mettre les petits plats dans les grands pour son hôte. D’ailleurs, selon Aly Kheury NDaw, envoyé spécial du « Soleil », le président français a donné le ton à la coupée de « La pointe de Sangomar » : « On croirait que nos hôtes sénégalais ont apporté avec eux un peu de beau soleil dakarois », s’exclame Giscard d’Estaing.

Revue des troupes au son de la marche de Marengo, pavillon d’honneur d’Orly, présentation du Premier ministre, Raymond Barre, puis des corps constitués. Puis les deux chefs d’Etat et les membres « immédiats » de leurs suites embarquent à bord de trois hélicoptères « Puma », direction, l’esplanade des Invalides. « L’avenue Marigny qu’ils remontent en voiture est déjà noire de monde ; la garde républicaine, à cheval, était déployée sur plusieurs centaines de mètres de part et d’autre de l’avenue », rapporte le journal. Le président sénégalais et Mme Colette Senghor logent alors à l’hôtel Marigny.

Naturellement, la situation explosive au Zaïre est au menu des premiers entretiens entre les deux chefs d’Etat. En effet, la veille, les Etats-Unis et la Belgique avaient mis des unités militaires en alerte, dans le cadre d’une éventuelle opération d’évacuation des populations « blanches » (sic -dépêche de l’Afp reprise par « Le Soleil ») du Shaba. Ce tollé général occidental incite l’Union soviétique et l’Angola à réagir. 40 ans plus tard, on se rappelle que l’actuelle Rdc a été l’un des points de friction en Afrique entre les deux blocs antagonistes d’alors : la guerre froide ne prendra fin qu’en 1991...

Mais cette tension internationale n’entame en rien la qualité de l’accueil et les fastes qui entourent la visite officielle de celui qui se retirera volontairement du pouvoir dans deux ans six mois. Ainsi, la première journée de la visite s’est achevée par une soirée de gala à la Comédie française. Habits, robes longues et décorations pour admirer « Le spectacle de Marivaux » interprété par les artistes de la maison de Molière.

Par Samboudian KAMARA

Evénement au Sénégal ! La fécondation in vitro, de simple théorie, est devenue une réalité au Sénégal grâce aux travaux de l’équipe dakaroise des gynécologues-obstétriciens Youssoupha Diallo et A. Diab El Hadi, annonce « Le Soleil » dans son édition du jeudi 07 janvier 1993. La fécondation in vitro en tant que procréation médicalement assistée soulève cependant bien des appréhensions du fait de certains interdits religieux frappant les manipulations génétiques, mais également à cause du vide juridique qui entoure encore la pratique de cette technique médicale de pointe.

On apprend que les travaux de l’équipe dakaroise entamés en 1989 sont actuellement en phase de conclusion ; une « prudence » du journal qui ne laisse toutefois pas de doute à propos de cette délivrance – c’est le cas de le dire – pour de nombreux couples qui souhaitent avoir des enfants. « La technique de Diab et Diallo semble être bien maîtrisée puisqu’au mois de mars dernier, on notait 14 naissance vivantes pour un ensemble de 81 couples qui avaient eu recours à cette méthode », informe « Le Soleil ». Le dossier réalisé par Jean Pires révèle que c’est une première en Afrique de l’ouest. Sur 17 grossesses attestées et confirmées, 9 ont donné 14 naissances vivantes. Deux grossesses étaient gémellaires (naissance de jumeaux), une autre avec des triplés et une autre avec des quadruplés. Sur l’ensemble des couples reçus par l’équipe des Dr Diab et Diallo, 13% venaient des pays de la sous-région (Burkina, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Nigéria et Togo) et la moyenne d’âge constatée tourne autour de 35 ans pour les femmes et 46 ans pour les hommes.

Depuis lors la bioéthique et l’évolution des mœurs à propos des dons d’organes ont posé les jalons d’un encadrement juridique. Mais à l’époque, comme le souligne Me Sady Ndiaye dans le journal, « les textes sont étonnamment muets ». Pour l’avocat, « il faut une attitude humaniste, accepter les procréations médicalement assistées lorsqu’il s’agit d’aider une personne désireuse d’avoir un enfant. Toutefois, il ne faudrait pas négliger le statut des personnes qui interviennent dans la chaîne de la conception ». Selon les textes sénégalais, la conception d’un enfant se situe entre les 180ème et 300ème jours avant la naissance. Ce délai légal pour la conception met en cause la paternité dès lors que le droit sénégalais considère qu’une personne décédée ne peut prétendre à la paternité. Or, les spermatozoïdes de l’homme décédé peuvent être utilisés en dehors du délai de 300 jours (maximum) requis de la conception à la naissance. La question dans ce cas est de savoir quand est-ce qu’il faut situer la date de la conception…

Pour le directeur adjoint de l’Institut islamique de Dakar, Mamadou Ndiaye, « il faut aider dans la mesure du possible les couples, mais à condition que l’intervention médicale ait lieu à l’intérieur du couple ». Pour l’abbé Hyacinthe Dione, chancelier de l’archevêché de Dakar, l’Eglise ne veut pas que « le moyen technique se substitue à l’acte conjugal dont la fin naturelle est la procréation ».

Par Samboudian KAMARA

Il y a 40 ans, le Sénégal sortait d’un long glacis politique après le retour à la légalité du Pai, interdit et ses dirigeants contraints à l’exil depuis 1960. Cela faisait suite, deux ans plus tôt, à la création du Pds par Me Abdoulaye Wade. La loi des quatre courants, la fin de la situation d’exception que constituait le fait du parti unique et l’ouverture politique ouvraient donc d’intéressantes perspectives à la démocratie sénégalaise alors balbutiante. Le président Senghor a son idée sur comment devraient évoluer les relations entre son pouvoir et l’opposition. Cette dernière (en attendant le Mrs de Me Boubacar Guèye) est constituée des seuls Pds et Pai.

A la mi-septembre 1976, le chef de l’Etat revient de ses vacances passées en Normandie. « Le Soleil » du 15 de ce mois pluvieux annonce que « l’opposition aura tous ses droits ». Cela n’est pas sans importance. « Les membres de l’opposition ne sont pas nos ennemis, ce sont des adversaires politiques, des frères. Je recevrai MM. Abdoulaye Wade et Majhemout Diop à chaque fois qu’ils en feront la demande », déclare le président-poète. Mieux, il promet de prendre quelques fois « l’initiative de les convoquer pour m’entretenir avec eux des grands problèmes nationaux ». Selon Moctar Kébé (futur ministre et maire de Kolda), deux idées-forces se dégagent des propos de Senghor : « d’abord la confirmation que le gouvernement en place jouera correctement le jeu dans le cadre de l’alternance démocratique du pouvoir que nous expérimentons au Sénégal depuis 03 ans ».

Pour le commentateur, cela veut dire que tous les droits de l’opposition seront respectés dans la mesure où elle s’acquittera elle-même de ses devoirs. Il y a ensuite que la concertation avec l’opposition n’a plus pour objectif de la saborder au parti gouvernemental, « mais de la consulter sur les voies et moyens qu’elle juge les plus appropriés pour réaliser nos objectifs communs de développement économique et social ».

Toute la subtilité de la politique senghorienne s’en trouve étalée. « Son » journal explique en effet que désormais « s’il y a conflit, il ne se situera plus entre l’Ups d’une part, et le Pds et le Pai d’autre part, mais entre adversaires et adeptes de la démocratie au Sénégal, sans considérations d’appartenance aux trois formations politiques en présence ». Moctar Kébé estime que le seul qui vaille maintenant est celui « du courage politique et de l’honnêteté intellectuelle ». Selon lui, il s’agit d’avoir « le courage de défendre ses idées sur la place publique tout en respectant celle des autres ; cela exclut bien sûr les accusations gratuites et autres procès d’intention. Il s’agit aussi de reconnaître les mérites de l’adversaire et retenir tout ce qu’il peut proposer de positif ». Pour le journal, « c’est à ces conditions que nous prouverons que l’expérience démocratique sénégalaise n’est ni un cadeau empoisonné, ni un incident de parcours, mais l’expression de la volonté et du génie du peuple sénégalais ». La fonction « pédagogique » du quotidien ne date donc pas d’aujourd’hui…

Samboudian KAMARA

Quand Bara Diouf célèbre le 5000ème numéro du « Soleil », l’éditorial vient naturellement. Ce jeudi 08 janvier 1987, le journal parle de lui-même, après 17 ans de parution. Rappelé à Dieu hier, le doyen Bara Diouf, alors PDG de « L’astre national », savait comme personne emprisonner les idées en mots pour dire son monde. Quel « Soleil » pour quel lectorat ?

« L’exclusivisme et le monopole d’Etat ont ceci de nocif qu’ils conduisent à la paresse intellectuelle, installant dans la facilité, créent la tentation de l’uniformité du langage et de la pensée », écrit-il dans un article titré : « On l’appela Soleil ». Poursuivant l’explication de sa fameuse ligne éditoriale, il estime que « cet exclusivisme et ce monopole d’Etat », inhibiteurs par nature, sont comme « la paire de ciseaux pour couper les ailes du génie ». Pilier du régime Ups/Ps, le vieux scribe n’en restait pas moins un intellectuel ouvert aux vents fécondants de la pensée.

Homme tout en nuances, à l’écriture madrée comme le personnage physique, il savait dire ses vérités entre les lignes. Pour répondre à ses détracteurs qui l’ont toujours accusé de porter la voix du pouvoir socialiste, il savait répondre : « la rumeur, l’intolérance, l’exaltation de valeurs anachroniques et dépassées, la délation et le mensonge, l’archaïsme et le refus de la modernité, sont autant de maux qui ont toujours fait le lit de la dictature et présidé à l’assassinat des droits de l’Homme et de la Démocratie », rappelait-il à ses adversaires de toujours (et donc de Senghor), à savoir ce peuple de la Gauche d’abord, et des partis d’opposition nés après 1974 ensuite. Mais toujours et systématiquement via le commerce des idées.

« Le Soleil » ne sera donc pas, dès sa naissance, « Le Soleil » du pouvoir, mais celui de la Nation. Voire. E n tout cas, ainsi a-t-il résumé le virage éditorial rendu nécessaire par le pluralisme politique et médiatique. Selon Bara Diouf, l’épithète de quotidien « national » du « Soleil », dans un pays remuant comme le Sénégal, traversé par des courants de pensée aussi versatiles qu’ils sont nombreux, le prédisposait à « une mission spéciale de carrefour des sensibilités et des spécificités des populations de cette lande, qui se sont proclamées, très tôt, démocrates et respectueuses des libertés fondamentales ». Fin de la première partie. Elle a surtout tourné autour de l’élaboration du bréviaire par l’idéologue de ce qu’on appelle aujourd’hui « médias du service public ». Ensuite, vient le journaliste. Le vrai Bara Diouf.

Il écrit : « Les pages que nous offrons aujourd’hui à nos lecteurs relèvent plus du souvenir de nos propres fantasmes que de victoires remportées sur nous-mêmes et sur les contraintes de notre métier (…) » A sa lecture, 30 ans après, on découvre un Bara Diouf nostalgique certes mais prémonitoire et déjà conscient des bouleversements à venir dans la presse : « Me reviennent encore à la mémoire ces aurores sans fin dans notre salle de rédaction ténébreuse ou dans les presses humides d’une imprimerie enveloppée des vapeurs de plomb fondu. C’était à l’époque de la lampe à huile de papa. L’offset, la photocomposition, n’avaient pas encore eu raison du marbre légendaire des temps héroïques du journalisme naissant ». Les temps changeront…

L’éditorialiste met en exergue « l’imagination, l’artisanat, la passion du métier, le sentiment d’appartenir à une catégorie d’êtres à part » qui les habitaient et les poussaient à accomplir, chaque aube naissante, le miracle toujours recommencé. « Et au lever du jour, des pages imprimées s’offraient à nos regards émerveillés d’artistes : elles s’appelaient Soleil ». Incarnation jusqu’à la fin du journalisme d’opinion au Sénégal, aux côtés d’autres illustres journalistes, il restera dans l’éternité pour avoir porté si haut le flambeau du métier de l’éphémère.

Samboudian KAMARA

Après 02 ans et demi de rupture de leurs relations diplomatiques, le Sénégal et la Mauritanie les reprennent le jeudi 23 avril 1992. Cette décision fait suite à la visite de deux jours que le chef de la diplomatie mauritanienne, Mohamed Abderrahmane Ould Meine, venait de boucler à Dakar. Fait notable, il a été nommé ministre des Affaires étrangères et de la Coopération par le président Ould Taya 03 jours seulement avant la visite. Il signe le communiqué conjoint qui sanctionne la visite avec son homologue, Djibo Kâ. La reprise des relations sera effective par la nomination des ambassadeurs, de même que par les liaisons aériennes et postales. En ce qui concerne les frontières terrestres, « elles seront ouvertes à une date ultérieure, suivant des modalités à définir dans les meilleurs délais », informe « Le Soleil ».

Les relations diplomatiques entre les deux pays avaient été rompues le 21 août 1989 à la suite de troubles graves, en avril de la même année, à Nouakchott et à Dakar, conséquences d’un incident frontalier. Un affrontement entre des agriculteurs sénégalais et des éleveurs mauritaniens au cours duquel, les gardes-frontières mauritaniens ont ouvert le feu sur  des habitants de Diawara, village sénégalais, et, coûte la vie à 2 personnes, faisant 3 blessés alors que 13 autres sont pris en otages. Les 18 personnes sont toutes acheminées entre Doundé khoré et Sélibaby, ville de la Mauritanie, située à environ 15 kilometres. Suite à cette situation, la panique s’installe. Des pogroms anti sénégalais ont lieu à Nouakchott, alors que des boutiquiers maures sont agressés, dont certains mortellement, à Dakar. Les deux pays sont au bord d’un conflit majeur…

Après un exode forcé de milliers de mauritaniens Hal Pulaar, Wolofs et Soninkés vers la rive gauche du fleuve Sénégal, les deux pays se regardent en chiens de faïence. Il faudra des années de médiation pour reprendre le cours normal des relations entre les deux pays liés par Tout. Quelques semaines avant la signature de l’accord de Dakar, des signes laissaient transparaître une décrispation : visite en Mauritanie du ministre sénégalais en charge de l’Hydraulique, Cheikh Abdoul Khadre Cissokho dans le cadre de l’Omvs ; participation du ministre mauritanien des Affaires étrangères au sommet de l’Oci, en janvier 1992 ; envoi d’un message du président Ould Taya à son homologue sénégalais lors de la fête du 04 avril.

La classe politique, à des nuances près, salue la reprise des relations. L’ancien président du Conseil, Mamadou Dia, qui se définit comme « un citoyen sénégalais, musulman et frère des mauritaniens », interrogé par « Le Soleil », estime qu’il faut « maintenant réconcilier les deux peuples », alors que Madia Diop, secrétaire général de la Cnts, salue de son côté « une décision très sage ». Toutefois, Seyni Niang, chargé de l’organisation du Plp, juge qu’il faut « régler les questions primordiales », alors qu’Amath Dansokho salue « le sens du réalisme » des deux chefs d’Etat, non sans rappeler, qu’il ne voit pas comment quelqu’un pourra-t-il empêcher que « les gens expriment leur solidarité à leurs frères noirs de l’autre côté (sic) ».

Cerise sur le gâteau, le Pr Ely Madiodio Fall, secrétaire général du Rnd, met les pieds dans le plat : « nous voulons la paix avec tous nos voisins. Mais nous tenons à la préservation de la dignité des Sénégalais. Que la Mauritanie reconnaisse surtout les frontières telles qu’elles ont été délimitées par l’ex-puissance coloniale dans le décret du 08 décembre 1933 ! » Depuis, le temps a fait son œuvre. La Paix sur les deux rives du Fleuve…

Samboudian KAMARA

Jour historique que ce vendredi 14 mai 2010 ! Les députés viennent de voter, à une large majorité, un projet de loi instituant la parité absolue entre hommes et femmes dans toutes les fonctions électives. L’hémicycle fait le plein pour l’occasion. Au banc du gouvernement, il y a le ministre d'Etat, ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me El Hadj Ahmadou Sall, et Mme Ndèye Khady Diop, ministre de la Famille, de la Femme, de l'Entrepreneuriat féminin et de la Micro-finance, que les députés ont largement voté la loi sur la parité. C’est une grande victoire pour le président Wade. Naturellement, la gente féminine tombe littéralement sous les pieds du « Pape » du Sopi. Normal, la loi est proprement révolutionnaire dans un pays encore conservateur dans certains aspects. Il est peuplé de musulmans, à une très forte majorité ; ses structures sociales traditionnelles, son Code de la Famille, tout son environnement sociologique, sont centrés autour de « l’homme, chef de la Famille ». Mais le bouillonnement intellectuel propre au Sénégal, la conquête de nouveaux espaces de liberté par une élite intellectuelle féminine progressiste et la rencontre entre ce plaidoyer pour le Genre et la volonté politique du président Wade ont permis au Sénégal de franchir le pas.

Sobrement, « Le Soleil » titre à sa « Une » : « la loi sur la parité adoptée » et le Pr Iba Der Thiam (alors 1er vice-président de l’Assemblée nationale), interrogé par les reporters, assure que « le Sénégal n’a jamais connu de moments d’émotions aussi fortes ». Si pour la plupart des députés de la majorité parlementaire, issus du parti alors au pouvoir, le Parti démocratique sénégalais (Pds), la loi est la bienvenue, elle ne l'est pas pour d'autres de l'opposition. Selon le député Elhadj Diouf, « cette loi est purement démagogique et constitue une erreur historique du président de la République, Abdoulaye Wade, car, soutient-il, la récompense doit être faite par le mérite, non pas par le sexe ». Pour sa part, le député Mme Ndèye Fatou Touré, après avoir salué le vote de cette loi par ses pairs, a invité le gouvernement à apporter des mesures additionnelles au projet de loi car, à l'en croire, le nouveau texte doit permettre de « renforcer les capacités des femmes mais aussi elle doit être en adéquation avec le Code électoral afin qu'on ait des élections libres et transparentes ». 

Aujourd’hui, seulement 6 ans et demi plus tard, l’application de la loi sur la parité est devenue un corset. Majoritaires dans la population générale, les femmes n’en sont pas moins minoritaires dans les « Who’s who » des appareils politiques. Dans beaucoup de circonscriptions électorales, la faiblesse de l’engagement politique des femmes, leur sous-représentativité qui en découle et la persistance de pesanteurs sociologiques empêchent son application. Mais le Sénégal se distingue dans le concert des Nations pour avoir expérimenté ce qui est, sans doute, avec les Cases des tout-petits, la plus généreuse des idées du président Wade.

Samboudian KAMARA

Last modified on lundi, 05 septembre 2016 10:59

Dès son installation comme président de la République, le 1er janvier 1981, Abdou Diouf, dans la continuité du legs des années 70, doit lancer une économie mise à mal par de longues années de sécheresse et un secteur industriel presque fœtal. Premier ministre pendant 10 ans, il a été au cœur de cette action, avec plus ou moins de réussite. Il a dirigé lui-même l’élaboration et la mise en pratique du « Plan de redressement économique et financier ». Dès son avènement, le gouvernement lance de nouvelles unités dont Dakar-Marine et la Seib de Diourbel. Mais c’est avec les industries chimiques du Sénégal qu’il pose un acte fort. La première pierre du complexe est posée le jeudi 02 avril 1981. Abdou Diouf est aux côtés du Pdg Pierre Babacar Kama et du ministre Cheikh Hamidou Kane (illustration).

En inaugurant la nouvelle usine sise à Taïba, dans le département de Tivaouane, Abdou Diouf déclare que le projet, en permettant des gains annuels de 25 milliards de FCfa, contribuera à « relever le niveau d’industrialisation du pays ». Le chef de l’Etat loue également, dans les Ics, « le cas de coopération exemplaire qu’elles représentent puisque, à côté du Sénégal, l’Inde, le Nigeria, la Côte d’Ivoire et le Cameroun s’y retrouvent. Dans le journal, Cherif Elvalide Sèye rappelle que le pari n’était pas facile à gagner car, en filigrane, il portait toute la revendication du Tiers-Monde ». Pour lui, il s’agit d’une remise en question du partage des tâches « entre le Nord développé et le Sud sous-développé. Au Sud, l’exportation de matières premières ; au Nord, la valorisation de ces matières avant leur vente-la valeur ajoutée en plus- à ce même Sud ».

« Le Soleil » estime que les Ics représentent, pour le Sénégal, un acte important de refus de cette situation. Une matière première importante dont une infime partie seulement était valorisée sur place (50.000 tonnes sur plus d’un million de tonnes), et qui va désormais être traitée sur place, avec la valeur ajoutée, le travail supplémentaire pour nos bras que cela représente. « L’étape est décisive pour le renouveau de notre industrie », conclut le journal. Le nouveau président est aussi le nouveau secrétaire général du parti au pouvoir, le Ps. Quelques jours avant la pose de la première pierre de l’usine de Taîba, le Ps avait tenu un conseil national fort opportun ; en fait la première sortie publique du nouveau président de la République devant les militants socialistes. Abdou Diouf, dans son discours introductif au conclave socialiste, avait mis son auditoire en condition en soulignant que les industries extractives naissantes étaient le premier jalon vers une industrie tendue vers l’exportation.

Naturellement, l’union régionale Ps de Thiès met les petits plats dans les grands et réserve un accueil grandiose à Abdou Diouf. Les barons du régime sont bien sûr tous présents. Les noms rappellent beaucoup de souvenirs : Ousmane Seck, François Bob, Abdoul Aziz Ndao, Gallo Nguer, Abdou Mané, Mme Mantoulaye Guène… 

35 ans plus tard, les Ics trônent çà côté d’autres unités dans le ciel industriel sénégalais. L’entreprise sénégalaise a été recapitalisée avec l’arrivée, en août 2014, d’Indorama qui a acquis 78% du capital. Le mastodonte indonésien avait pris le relais de l’indien Indian Farmers Fertiliser Cooperative Limited (Iffco) qui conserve actuellement 6,78% de l’actionnariat d’Ics. Indorama vise également la production d’un million de tonnes d’engrais destinés surtout au marché régional.

Par Samboudian KAMARA

Last modified on jeudi, 01 septembre 2016 12:35

Qui se souvient encore du Parti africain de l’indépendance ? Le Pai a pourtant été, dès sa création en septembre 1957, le porte-flambeau de la revendication pour l’indépendance du Sénégal, à côté du Pra/Sénégal et d’organisations comme la Fédération des étudiants d’Afrique noire francophone (Feanf). Conduit par son leader charismatique, le Dr Mahjemout Diop (1922-2007), le Pai était alors la principale force politique en face de l’Ups dont la majorité des dirigeants était plutôt favorable à une transition en douceur. Très vite, dès le 31 juillet 1960, à l’occasion des premières élections municipales à Saint-Louis post indépendance, des émeutes éclatent et font des blessés (voire un mort) et d’importants dégâts. La voiture du maire, Me Babacar Sèye est brûlée, le gouverneur Daniel Cabou pris à partie par les manifestants alors qu’il était sorti de ses bureaux pour les calmer. Le lendemain, 1er août, le Pai est dissout pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Son leader, lourdement condamné par contumace, entame un long exil qui durera 15 ans…

Suite à la crise politique et sociale de 1968, le président Senghor avait nommé, en 1970, un jeune chef du gouvernement en la personne d’Abdou Diouf et procède à une « ouverture démocratique » 04 ans plus tard. En 1976, le Pai retrouve la légalité ; il y a déjà sur « la place » le Pds de Me Abdoulaye Wade créé en 1974. « Le Soleil » consacre sa « Une » du 1er septembre 1976 à Mahjemout Diop qui est interviewé par Moctar Kébé, futur ministre de la Communication et maire de Kolda. Le moins que l’on puisse dire est que le vieux révolutionnaire s’est assagi. « Nous lutterons désormais dans un esprit démocratique », dit-il.

La ligne du Pai reste constante au fond. « Le Pai est une organisation politique qui accepte les principes du socialisme scientifique et les applique pour la conquête de l’indépendance de l’Afrique noire et pour la construction d’une société socialiste africaine », disaient dès 1957 les statuts du parti.
Le Pai dit qu’il s’est toujours appliqué à définir « une voie qui, parce que originale et adaptée aux réalités de notre pays reste, par là même, scientifique ; c’est-à-dire que nous avons été avant la lettre pour une relecture -prolétarienne s’entend- de Marx, Engels et Lénine ».

La révision constitutionnelle de 1976 n’autorisait que 03 partis politiques rattachés aux trois idéologies (démocratie libérale avec le Pds, socialisme avec le Ps ex. Ups, communisme avec le Pai de Mahjemout Diop). Ce dernier bénéficie d’une loi d’amnistie. Le processus du retour du Pai dans le jeu politique légal fait l’objet d’un échange épistolaire (sous couvert du gouverneur de la région du Cap-Vert) entre le célèbre tribun et le tout puissant ministre de l’Intérieur d’alors, Jean Collin. Le journal publie les textes. Mahjemout Diop souligne d’entrée que « le Pai, en tant que parti politique et bien qu’il tienne grand compte de la majorité musulmane du Sénégal, pratique un strict non-engagement vis-à-vis des religions et des philosophies ». Toutefois, pour ne pas trahir la décrispation, la formation communiste précise qu’elle a choisi « la voie démocratique pour la conquête du pouvoir ».

A plusieurs reprises, le Pai ira, sans succès, aux élections. Même pas un poste de député ! Vers la fin de sa vie, retiré des affaires publiques mais l’œil toujours avisé, Mahjemout Diop soutiendra le président Abdou Diouf lors de l’élection présidentielle de 2000 et votera « NON » lors du référendum de 2001. Tombé dans l’oubli, le Pai ne vit plus qu’à travers les archives. A part bien sûr, le trait mémoriel entretenu par la fameuse station des cars de transport en commun appelée « Tableau Pai » à Guédiawaye…

Samboudian KAMARA

En 1976, Keur Ambo, un village du Niombato, frontalier de la Gambie, sortait brutalement de l’ombre grâce à un de ses fils, Abdou Khady Touré, rapidement rebaptisé « Abdou Khaliss » du nom en wolof de l’argent qu’il distribuait et « multipliait » à tout va. Grâce à une chaîne de rabatteurs éprouvés, il inaugura l’arnaque la plus subtile des années 70. Agé de moins de 30 ans, il organise une gigantesque tontine où les derniers arrivés ont tout perdu : argent, honneur et espoir, selon « Le Soleil » qui envoie une équipe de reporters sur ses traces 16 ans après. Il sera condamné à 4 ans de prison avant de retourner à…la terre.

L’équipe du quotidien national le retrouve donc dans le courant de l’hivernage de 1992. Il est redevenu agriculteur après avoir fait passer devant le miroir aux alouettes des centaines de gogos. Quand les journalistes le retrouvent, il revient des champs, juché sur une mobylette conduite par son frère. Il est loin le temps où il faisait la java dans le Saloum et même au-delà. Disant avoir reçu une révélation divine, il brassait de grosses sommes d’argent. Le montant de l’escroquerie s’élevait à plus de 300 millions de FCfa.

Modus operandi ? Son conseil d’alors, Me Thierno Diop (ancien président du groupe parlementaire Ps) raconte à Saliou Fatma Lô et Modou Mamoune Faye: « Les accusations d’escroquerie étaient bien fondées car il y avait bel et bien des manœuvres frauduleuses accompagnées de toute une mise en scène : malles et sacs remplis de billets de banque, file interminable de personnes devant sa case, kyrielle de rabatteurs et d’intermédiaires… » Qu’est-ce qui peut, sinon la cupidité, expliquer qu’un jeune homme de 29 ans ait pu rouler dans la farine des riches commerçants et des notables ? Son avocat reconnaît qu’Abdou Khaliss -as de l’arnaque- a grugé des gens et amassé des millions et des millions de nos francs.

Keur Ambo était devenu un village-forteresse et Abdou Khaliss protégé comme un chef d’Etat. Les premières « touches » ont consisté à « multiplier » des billets. Si les premiers « souscripteurs » ont bénéficié de ses largesses, au fil du temps, les dettes se sont accumulées. Toutefois, Abdou Khaliss a eu le temps de profiter de sa gloire éphémère. Il déclare fièrement aux reporters qu’il avait une 504 familiale et une 404 camionnette, trois épouses et « une foule de concubines », selon les mauvaises langues du bled.

Au faîte de sa gloire, il menace Sammy Lucien Chaupin, le correspondant du journal dans le Sine-Saloum qui avait relaté sa saga dans l’édition du journal datée du 12 mars 1976. Ce n’était que bis repetita car il avait fait de même avec Mame Less Dia : « Tu as déjà mis en doute mon pouvoir divin et si tu insistes je te transforme illico en singe. D’ailleurs, tu n’arriveras pas à Dakar car tu vas crever en chemin », avait-il prédit.

Abdou Khaliss soutient mordicus qu’il a reçu « une révélation divine » dans un champ, à l’ombre d’un arbre de « Soto » où il découvrit, à l’heure de la prière de Tisbar, un baluchon qu’il se garda de déballer durant 3 mois. Et au cours de cette séquence, il a ramassé une enveloppe rouge non loin de l’arbre et dans laquelle un texte en arabe lui apprenait que de l’argent était dans le baluchon, ainsi qu’une corne. La corne d’abondance quoi !

Par Samboudian KAMARA


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.