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Arts et Culture (2381)

Le Monument de la Renaissance africaine a accueilli, hier, un panel d’experts, membres du comité chargé de proposer un texte sur le statut des acteurs de la culture. Celui de l’artiste en est un point essentiel. Ils ont mis en évidence quelques entraves à l’exécution de leur mission, se sont arrêtés sur la qualité d’artiste et ont fixé, à travers une démarche plus inclusive, quelques modalités de parachèvement du texte qui est une commande du Président de la République.

Il a souvent été fait cas, au Sénégal, des difficultés rencontrées par les artistes et, de manière générale, les professionnels de la culture. Les gémissements sont récurrents et les réponses ont souvent été ponctuelles. La réflexion sur le statut de ces créateurs et de tous ceux qui tournent autour répond ainsi à une impérieuse nécessité ; son aboutissement est devenu une urgence. La mise en place d’un comité interministériel inclusif, après une commande politique faite par le Président de la République destinée à mettre sur la table, avant la fin de l’année, deux dispositions réglementaires, montre que les récriminations ont été entendues.

Aux yeux de Birane Niang, secrétaire général du ministère de la Culture, le statut de l’artiste est un des chantiers majeurs de ce département. Sa définition, pense-t-il, était un enjeu fondamental de la mise en place d’un environnement propice au développement durable, en ce qu’elle place véritablement la culture au cœur de l’impulsion d’une stratégie harmonisée de développement économique, social et environnemental. Elle permet également un arrimage aux instruments internationaux et de jeter les bases d’un cadre régional ou continental unifié.

Démarche inclusive
Ainsi, pour répondre aux espérances nourries par le statut de l’artiste, le gouvernement sénégalais a saisi l’opportunité de l’exécution de ses projets et programmes, afin de réaliser des études à l’origine d’avancées majeures dans des domaines connexes dont l’adoption d’une loi sur le droit d’auteur prenant en compte les droits voisins conférant un statut aux interprètes et exécutants.« Des groupes de travail ont poursuivi leurs concertations en vue d’aboutir à des recommandations consensuelles ouvrant la voie à une convention collective des acteurs de la culture, dont le statut de l’artiste est une composante majeure », se félicite M. Niang, tout en espérant que cette journée permettra de créer enfin les conditions de parachèvement de cette initiative.

Il s’agit, pour les acteurs ayant contribué à la rédaction des moutures de textes, de proposer un plan d’harmonisation et de refonte des différentes propositions, de mettre en place un mécanisme de suivi et d’évaluation inclusive des travaux, de respecter les délais et les procédures en vigueur. Pour y arriver, il faudrait peut-être briser quelques entraves mises en relief par deux membres du comité, Daniel Gomes et Oumar Sall : l’insuffisance des moyens financiers, l’irrégularité des rencontres et concertations, la difficulté à produire un texte de synthèse consensuel qui prendrait en compte les préoccupations des différentes composantes…Toutefois, il y a des préalables qu’il convient de poser pour ne pas se fourvoyer dans cette entreprise. De l’avis d’Aziz Dieng, point focal de ce projet, il est important de s’entendre sur la qualité d’artiste et de professionnel de la culture et de veiller à ce que le texte qui sera adopté soit contextualisé ; et que la définition du texte international prenne en charge les préoccupations et spécificités du Sénégal, d’où la nécessité de relancer et de renforcer le groupe de travail.

De toutes les problématiques liées au statut de l’artiste, celles ayant trait aux relations de travail et à la protection sociale des artistes, pris ici en tant que travailleurs, se posent avec plus de prégnance. « La reconnaissance juridique du statut professionnel de l’artiste et de son statut social, en tant que travailleur, a des conséquences. La première implique qu’il bénéficie des mêmes droits que les autres travailleurs tout en tenant compte du caractère atypique de son travail », souligne-t-il.

Alassane Aliou MBAYE

 

La Fête de la Musique est célébrée ce jeudi 21 juin. Divers genres musicaux sont proposés sur plusieurs plateaux et lieux, à Dakar et dans les capitales régionales.

La Fête de la Musique, célébrée depuis 1982, sera encore marquée, cette édition, par divers concerts et spectacles à travers le monde. A Dakar et dans les régions du pays, plusieurs structures ont élaboré des programmes pour ravir les mélomanes. A l’occasion, la Direction des arts du ministère de la Culture a concocté un programme varié, à la Place de la Nation (Ex- Place de l’Obélisque) de Colobane, qui accueille en ce moment le village Fan Zone de la Coupe du monde de football. Dès 16h, des orchestres de divers genres musicaux s’y relayeront. C’est l’Ensemble lyrique traditionnel de la Compagnie nationale Daniel Sorano qui donnera le ton avec de la musique folklorique. Des artistes du slam, Minus, le Duo et Al Faruk déclameront ensuite leurs textes poétiques avant de céder le podium à la musique religieuse, avec El Melo et la chorale Lucien Mendy Afrikyo.

A 20h, l’Orchestre national présentera de la variété et sera suivi du groupe Oriazul connu à travers la musique des îles. Le folk-singer Yoro Ndiaye, ainsi que Fulgence Faye, les groupes Battu Djiguen et Free Voices régaleront également le public de chœurs, fusion et de hip hop.

La dernière partie du plateau musical offert à la Place de la Nation sera assurée par les chanteurs de reggae Iba Gaye Massar et Ombre Zion. Ensuite Marema, la nouvelle voix de l’afro, et Sidy Diop, un des nouveaux « princes » du Mbalax, suivront ; avant de passer le micro aux rappeurs Didier Awadi, Omzo Dollar et aux « seigneurs » du folk-mbalax, Pape et Cheikh.

Diversité musicale
Autre plateau, l’Institut français de Dakar. Cette année, après plus de cinq éditions d’absence, coïncidence avec le mois de Ramadan, l’Institut renoue avec la Fête de la Musique. Et pour marquer ce retour, son Théâtre de verdure mettra à l’honneur des artistes de la nouvelle scène dakaroise tels que Maïna, Obree Daman, Kemit, Ma ou encore Brahim Wone.

Une autre scène, le Relais sportif sur la corniche de Soumbédioune accueillera à l’occasion de la Fête de la Musique le groupe I-Science, le joueur de Kora Noumoucounda et son live-band ainsi que l’artiste électro sénégalais Ibaaku.
Les Centres culturels régionaux ne seront pas en reste. Plusieurs plateaux y offrent l’occasion aux jeunes musiciens de s’affirmer pour célébrer la Fête de la Musique.

Omar DIOUF

Artiste « métissé » de par ses inspirations et productions, Alioune Badiane dit Pap Badiane  est un créateur polyvalent. Il a fait du pagne « Rabal » sa matière de prédilection.  Ce tissu, patrimoine culturel africain, lui sert de matière dans sa revendication identitaire et culturelle. Le Monument de la Renaissance africaine a abrité son exposition intitulée « Expressions plurielles et Identité », du 3 mai au 2 juin 2018.  

Dans ses œuvres, on découvre des tableaux réalisés à base de  pagne « Rabal », notamment « Le retour du marché » mettant au premier plan des approvisionnements (poissons, légumes), « La danseuse » montrant une femme en mouvement et « Gorée mère des civilisations » symbolisant l'île de la traite négrière…  S’exprimant à propos du travail de l’artiste exposé sous l’intitulé « Expressions plurielles et Identité », du 3 mai au 2 juin 2018 au Monument de la Renaissance africaine, Daouda  Diarra, professeur de Communication visuelle, souligne qu’« aujourd'hui, au-delà la peinture, Pap Badiane peut, en toute logique, revendiquer la part qui lui revient dans l'affirmation ; l'histoire et la pratique qui entourent le "Rabal" ». Des œuvres  à base de « Rabal », créativité de Pap Badiane, sont d’ailleurs en train d’être protégées dans dix-sept pays africains.

Le «Rabal»  ou «seurou  dunk» ou encore pagne tissé est un pagne traditionnel sénégalais mais aussi africain. Un tissu par excellence qui  témoigne des temps forts de l'individu : naissance, mariage, mort, circoncision etc. Défini  tel un des « éléments de base de la vêture traditionnelle...  le "Rabal" est un système langagier combinant matières, réseaux, trames, couleurs, textures et graphismes… » selon M. Diarra.
De la conception à l'usage, le pagne tissé est un œuvre d'art dans son intégralité. La destination peut être aussi bien symbolique (cérémonies) que libre (arts et décorations).

Par ailleurs, Pap Badiane inscrit  son art dans l’approche senghorienne,  notamment celle de l’enracinement et de l'ouverture. Il  se « retrouve » dans son « métissage ». Son art rime avec  la liberté et il déploie ses ailes sans frontières. « C'est mon identité, je ne suis pas prisonnier d'une technique. Je sais faire beaucoup de choses, mais c'est toujours moi, dit Pap Badiane, qui fais corps avec mes œuvres.

Diverse est la production artistique de  M. Badiane. Il crée également avec une matière à base de bois affinée, au détriment de la toile. Une autre particularité de l’artiste, le travail avec des lignes droites.

Témoin de l'évolution artistique
En art, l'élargissement des gammes confirme la notoriété. Pap Badiane s'exprime aussi bien en  dessin, en  lithographie, au  monotype,  à la peinture gouache et à l’huile « Chair Azur »,  à l'encre qu’au vinylique. Des possibilités pour le Maître ! De Pap Badiane, l’homme de Lettres Abdoulaye Racine Senghor, administrateur du Monument de la Renaissance africaine, dit qu’il « a des choses à dire, les moyens de le dire, et ce qu'il dit est bien dit ».


Après une formation à l'Ecole des Beaux-arts de Paris, Alioune Badiane a été directeur de l'Ecole nationale des Arts du Sénégal, puis directeur des Arts au ministère de la Culture.

L'homme est à la fois acteur et témoin de l'évolution artistique tant nationale qu'internationale. Son métissage artistique lui a valu des reconnaissances dont le titre de Chevalier dans l'Ordre du Mérite du Sénégal et la Médaille de Vermeil (1981) de l'Association française « Bilan de l'art contemporain ».

Yaye Awa Ly Ngoné SARR
 (stagiaire)

Moustapha Tamba dresse le bilan des 30 ans du Saes

Dans son dernier ouvrage intitulé « Dynamique syndicale dans l’enseignement supérieur au Sénégal », le sociologue Moustapha Tamba, président de la Commission des publications  de la revue Etudes de l’homme et de la société (Ethos) de la Faculté des Lettres de l’Ucad, dresse le bilan des trente ans du Syndicat autonome des enseignants du Supérieur (Saes).

Créé le 27 avril 1985 à l’Université de Dakar, le Syndicat autonome des enseignants du Supérieur (Saes) est le fruit de la vision de quelques enseignants du Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal (Sudes) qui estimaient que leurs préoccupations n’étaient pas prises en compte dans les plateformes revendicatives existantes. Sans compter les querelles internes et de leadership auxquels était confronté le Sudes. Une aventure syndicale que retrace, avec minutie et érudition, le Pr Moustapha Tamba dans l’ouvrage qu’il vient de publier chez L’Harmattan, intitulé « Dynamique syndicale dans l’enseignement supérieur au Sénégal : l’exemple du Saes » (203 pages).

Se basant sur des données historiques et sociologiques, il montre, dans cette monographie, comment l’irruption du Saes dans l’espace universitaire est venue changer le peu d’intérêt que les autorités sénégalaises eurent, entre 1960 et le milieu des années 1980, pour la question de l’enseignement supérieur. Pourtant, les débuts furent difficiles, rappelle Moustapha Tamba. Surnommé « syndicat d’assistants » par ses détracteurs, le Saes a réussi, au fil des années, à réunir sans distinction de grade tous les autres ordres d’enseignants (maîtres-assistants, maîtres de conférences, professeurs titulaires). « Qu’il ait survécu à trente ans sans perdre de sa substance, de son dynamisme, de sa faculté de renouveler ses instances, de son autonomie, relève du miracle », écrit l’auteur.

L’ouvrage du Pr Tamba apporte une contribution utile sur la genèse et l’évolution d’un des syndicats les mieux structurés de l’enseignement supérieur en Afrique : le Saes est présent dans cinq universités sénégalaises et totalise 60,5% des enseignants-chercheurs. Mieux, il fait œuvre de pionnier puisqu’il n’existe pas à ce jour d’ouvrages traitant du syndicalisme dans l’Enseignement supérieur au Sénégal, hormis les travaux des historiens Omar Guèye et Babacar Diop Buuba (ce dernier a préfacé cet ouvrage).

Au-delà de l’analyse des contextes sociopolitiques, économiques, des dynamiques culturelles et idéologiques, des acteurs syndiqués et du développement institutionnel, Moustapha Tamba a ouvert, grâce à son double regard (de militant et de sociologue),  de grands chantiers. Comme le genre dans les syndicats du supérieur, les relations entre le Saes et d’autres secteurs comme la justice, les médias, les forces religieuses et coutumières, les élus ou les partis politiques. Autant de pistes sur lesquelles ne manqueraient pas de s’engouffrer d’autres chercheurs.
Seydou KA



 

Le Festival international de Hip hop et des cultures urbaines (Fest2h) va s’ouvrir, du 20 au 23 juin, à la Maison de la culture Douta Seck. Cette 13ème édition s’inscrit dans le cadre de la célébration des « 30 ans du Hip hop Galsen ».

La Maison de la Culture Douta Seck accueille, du 20 au 23 juin, la 13ème édition du Festival international de Hip hop et des cultures urbaines (Festa2h). L’édition de cette année s’inscrit dans le cadre de la célébration des « 30 ans du Hip hop Galsen » qui est une occasion « exceptionnelle » de rendre hommage aux pionniers du Hip hop sénégalais eu égard à leur participation à la construction d’un Etat de droit et à la promotion de la démocratie par la conscientisation des jeunes et la promotion de la liberté d’expression ainsi que la démocratisation de la parole et l’accès à l’espace public. Ce faisant, ce treizième anniversaire se caractérise par une spéciale édition « 30 ans de Hip Hop Galsen » et va proposer des plateaux artistiques au public sénégalais avec quatre méga concerts selon les différentes écoles et générations du rap Galsen.

Selon un communiqué de la structure Africulturban, plus de 14 pays seront représentés. Il s’agit du Sénégal, des Usa, de la Belgique, du Maroc, Canada, Norvège, Zimbabwe, Gambie, Mauritanie, Guinée Conakry, Mali, Cameroun. Aussi, pour cette treizième édition, plus de 16.000 spectateurs et 100 groupes sont attendus pendant les 4 jours du festival. « Le Festa2H est une plateforme d’actions qui permet de comprendre un mouvement culturel qui est articulé autour des langages artistiques les plus variés : la musique (rap, reggae, ragga, Rnb), le cinéma, la peinture (Graffiti), la danse (Bboying), la mode (Street wear), le Spoken Word (Slam) et le Deejaying », note le communiqué. Le Festa2h fait partie des activités labélisées par les « 30 ans du Hip hop Galsen ». C’est tout le sens de l’organisation du « Flow Upa » qui est un projet intégré dans le Festival avec comme objectif : mettre en lumière le talent de la jeunesse  sénégalaise dans le mouvement Hip hop plus précisément le rap et particulièrement pour les underground. Les demi-finales auront lieu du 20 au 23 Juin à la Maison de la Culture Douta Seck.

Cette année, le Festah2H, est précédé, du 18  au 20 juin, de la deuxième édition du Hip Hop Summit. Salon dédié aux professionnels du Hip Hop et des cultures urbaines, le Hip Hop Summit regroupe le Sénégal, le Canada, la France,  la Belgique, le Togo, le Zimbabwe, la Mauritanie, la Norvège, la Gambie, le Maroc et la Guinée Conakry, autour de conférences, débats et show-cases à la maison des cultures urbaines à Ouakam.

Ibrahima BA

La radio communautaire de Bettenty a commencé à émettre sur 91.6 Fm en fin 2012. Avec sa mission de radio culturelle, éducative, de sensibilisation environnementale et économique, Bettenty a désormais un impact dans cette île près de Toubacouta, dans le département de Foundiougne, dans la région de Fatick.

La radio communautaire de Bettenty, île située dans le département de Foundiougne, région de Fatick, constitue aux yeux des populations insulaires un instrument indispensable pour le développement socio-économique de la zone. Son impact a fini de faire son ancrage dans le terroir, d'autant plus que les appels téléphoniques explosent au cours de ses émissions. « C'est une radio qui est en train d’assurer sa mission étant donné que notre premier objectif, avec l’installation de Bettenty Fm, a été de résoudre les problèmes de communication des populations insulaires éloignées du continent », souligne le directeur de la radio, Bakary Mané. En fait, dit-il, ces populations sont confrontées à des difficultés de communiquer avec les autres de la terre ferme accentuées par l’isolement. « C'est pour cette raison que nous avons eu cette initiative de combler ce gap. La radio est un besoin culturel qui leur permet, aujourd’hui, de pouvoir s'informer, se divertir », explique M. Mané. Surtout qu’il n’y a guère longtemps, ces populations étaient toujours branchées sur les radios gambiennes avec la proximité de ce pays voisin.

Maintenant, avec Bettenty Fm, les populations suivent les émissions locales, portant sur la culture, la religion, etc. Mais également des plages de divertissement, de communication et de sensibilisation sur tous les sujets liés au développement local, dans les tranches horaires entre 9h et 12h le matin et 17h et 23h le soir, ont été aménagées.

Le manque d’électricité en continue limitant les programmes, la réalisation d’une mini-centrale solaire en cours devrait permettre, selon le directeur de Bettenty Fm, de résoudre le problème de cette radio communautaire installée grâce au projet Millenium développement Gold Fondation de l’Unesco, à travers son bureau régional de Dakar (Breda) et dont la directrice de l’époque, Marie Anne Thérèse Ndong, a séjourné dans cette île à deux reprises. 

Mohamadou SAGNE

09 juin 2007 - 09 juin 2018. Onze ans déjà qu'à chaque fois la disparition d'Ousmane Sembène est commémorée et remémorée par le monde culturel sénégalais. C'est une de ses œuvres majeures, le film « Guelewar » qui a fait que je retiens de Sembène l'image d’un combattant qui a voulu, avec art, faire avancer les choses dans son pays. Avec sa manière. Tellement Sembène, avec son talent reconnu mondialement et son œil très large, a vu de haut toute la société sénégalaise. Toute son œuvre littéraire et surtout cinématographique était mue par ce désir de peindre les traits et caractères de « son beau peuple ».

De « Mandat » en passant par « Xala » jusqu’à « Guelewar » et d’autres de ses films, Sembène a su nous mettre devant un miroir pour que nous puissions nous regarder en face. De tous les hommes de culture sénégalais, c’est lui qui a le plus compris sa société et qui a le plus reproduit les facettes de cette société par les écrits et les images. « En tant qu’homme de culture, on est un peu comme une éponge qui s’imbibe de l’ambiance de l’endroit. C’est le goût de la société, de ces problèmes qui doivent sortir à travers nos plumes. On doit être imprégné de cela », disait l’écrivaine sénégalaise Fatou Diome. Sembène a rempli ce rôle durant toute sa carrière d’homme de culture. Toutes les images, séquences, personnages ou encore lieux de « Guelewar » nous renvoient à cette société sénégalaise pleine de mystères, de contradictions, de bizarreries ou encore de « sénégalaiseries » selon une formule bien connue.

Dans « Guelewar », ce n’est pas seulement la perte anodine d’un corps dans une morgue d’hôpital qui a failli engendrer un affrontement religieux. C’est du tout. De la politique, la polygamie, l’analphabétisme, l’ignorance, le respect de la parole donnée, la perte des valeurs, l’acculturation. Vraiment du tout. Autant de choses qui nous montrent que le blocage de notre société est loin d’être levée. Le personnage de Guelewar en lui est une synthèse même de la personnalité du sénégalais type. Un mélange de fierté, d’orgueil propre, de refus de la fatalité, de courage et aussi de …..vices. Comme tout bon « ceddo ». Un homme d’honneur. La politique, étant au centre de nos sociétés post-indépendance, n’a pas échappé à la caméra de l’aîné des anciens dans « Guelewar ». Les élites politiques africaines n’ont jamais été préoccupées par le sort des populations. N’ayant pas de vision futuriste capable de nous donner une autosuffisance alimentaire, les politiciens ne se donnent pas de limites pour célébrer à grandes pompes la distribution d’aide alimentaire à des paysans qui, s’ils étaient mis dans de bonnes conditions, pouvaient se nourrir eux-mêmes. Comble de ce paradoxe, l’aide alimentaire est détournée et ne « profite qu’à une infime minorité » comme le dit si bien Barthélémy, le fils de Guelewar. Pour son courage et son sens du refus, Guelewar était chargé de dénoncer ces magouilles. Mal lui en pris quand il fera l’objet de bastonnade de la part d’un homme de main du politicien du coin. Le pompeux député-maire. Tient, comme si Sembène vivait toujours avec nous. Combien de fois, un journaliste ou un autre homme qui dit la vérité n’a pas été attaqué physiquement par des énergumènes qui sont à la solde de politiciens véreux. Comme cela se passe actuellement, Guelewar va y laisser sa peau sans aucune forme de procès pour paraphraser la Fontaine dans « Le loup et l’agneau ». La loi du plus fort étant toujours la meilleure en Afrique. Ses compagnons qui lui avaient donné carte blanche pour dire tout haut ce que le monde rouspètent tout bas, vont s’en tirer comme si rien n’était. Jusqu’à même demander une bière bien fraîche pour bien digérer le repas copieux servi lors de la cérémonie funèbre. Ils n’ont eu aucune honte à se pavaner dans la maison mortuaire en faisant la fête alors que celui qu’ils vont enterrer a rejoint l’au-delà par leur faute. Là aussi, Sembène nous apprend beaucoup sur ce que sont capables les Sénégalais, qui peuvent te pousser quand vous êtes ensemble pour un but bien noble et se rétracter quand la situation chauffe. Un vrai Guelewar, selon la tradition bien africaine, assume ses actes et ne rechigne pas à aller devant sabre au clair quand l’intérêt général est en jeu. Que dire de Barthélemy, « l’étranger dans son propre pays ». Ici, la question de l’acculturation est très bien posée par Sembène. Un fait qui aujourd’hui, est l’une des plus grandes problématiques auxquelles est confrontée la jeunesse africaine. Si les élites politiques avaient pensé à gagner le combat de l’éducation et de l’analphabétisme, sans doute ces petites erreurs comme la confusion dans le prélèvement des corps n’auraient dû pas se faire. La personne qu’il faut à la place qu’il faut aussi, « the right man in the right place », pour que celui préposé à la morgue ne puisse faire ces petites erreurs aux grandes conséquences. Un affrontement entre musulmans et chrétiens dans un petit village perdu dans Thiès, comme cela a pu être évité de justesse, allait être lourde de conséquences.

Dans cet imbroglio socio-politico-religieux, Sembène nous plonge dans les différences d’approches entre le christianisme où l’autorité du prêtre est reconnue au-delà même des questions religieuses. Monsieur l’Abbé intervient même dans les petits et grands soucis familiaux. Alors que de l’autre côté, l’imam a été obligé d’utiliser la force, quitte même à transgresser, avec l’insulte d’Abou Camara, pour imposer son autorité. En filigrane, Sembène raconte le sort des femmes, des veuves, surtout des filles aussi, livrées à la débauche dakaroise par l'échec du développement rural, les revers de la polygamie. Quelques personnages dans le film, comme l’adjudant-chef major Gora, veulent changer la marche des choses, mais le défi est énorme pour être relevé seul.

La liste n’est vraiment pas exhaustive pour citer les différents thèmes que Sembène a voulu faire passer dans « Guelewar ». Guelewar, c’est le dernier résistant contre l'indignité de nos pays vivant la main tendue. Mais que vaut les valeurs ou encore les principes dans le dénuement et la misère ? Comme le dit si bien le personnage de Barthélemy : « Il ne peut y avoir de valeurs dans la misère et la pauvreté ». Mais Guelewar nous a donné une réponse à tous ces questionnements. C’est à nous, nous seuls, d’amorcer le processus qui va nous mener vers le développement et l’émergence, la main tendue étant toujours au-dessous de la main qui donne. Personne ne va nous aider à nous passer de l’aide. Ce ne sera ni les distributions, à grandes pompes, de l’aide l’alimentaire encore moins l’appui des bailleurs de fonds qui vont nous permettre de lever la tête. Le développement se fera par nous-mêmes et pour nous-mêmes. Avec Guelewar, on voit bien que l’aîné des anciens, comme on le surnomme, n’a jamais caché son admiration pour ceux qu’ils voient comme des hommes de refus comme lui. Sa vie a été de grands moments de refus, jusqu’à devenir celui qu’il est. Un autodidacte qui s’est imposé dans deux domaines de la culture, l’écriture et le cinéma qui, a priori, sont des milieux intellectuels. Merci doyen de nous avoir ouvert les yeux….

Par Oumar NDIAYE

«Islam, Science et Société» est le cinquième ouvrage de l'imam Ahmadou Makhtar Kanté. Cet expert en Environnement et en Economie solidaire met sa plume au service de toutes les sciences portées à sa connaissance, en particulier celle islamique. La Charia, le Coran et les Hadiths sont l'essence de ses illustrations.

L'ouvrage « Islam, Science et Société » est, d'un côté, le regroupement de vingt-six textes dans lequel l’auteur, Imam Ahmadou Makhtar Kanté, reste constant dans ses efforts de réflexions aux fins d'apporter sa propre compréhension des enjeux du monde contemporain à la lumière des enseignements de l'Islam. Les « écrits d'un imam africain », comme il définit son ouvrage, sont la compilation de de ses productions traitant de l'Islam, de la science et de la société. Des concepts qui reflètent les sujets développés dans le livre.

« Le temps ne peut pas dépasser l'Islam mais peut dépasser des oulémas paresseux », telle est une conviction de l'auteur. Un imam qui se veut être à l'ère de son temps. Afin d'être en phase avec sa société et le monde, il s'ouvre aux autres sciences avant de retourner sur la science islamique pas qu'avec « son islam », mais l'Islam. Cette religion, dit-il, qui n'est pas que « notre mais universelle ».

La reconnaissance est fondamentale en Islam, qu'elle soit divine, prophétique, celle de la Chahada ou simplement la reconnaissance envers son prochain. Ce dernier découle de la règle de réciprocité, notamment ne pas faire à son prochain ce qu’on n’apprécie pas pour soi. En plus de se conformer au Hadith qui dit : « Celui qui n'est pas reconnaissant envers les gens ne l'est pas envers Dieu ». Cette inter-connectivité de reconnaissances de l'individu à son prochain, de l'individu à son créateur, prouve le Hadith du prophète Muhamed (Psl) : « Quiconque n'est pas reconnaissant envers les hommes ne l'est pas envers Dieu », lit-on à la première page du livre. Celle-ci, selon l’auteur, passe par le savoir, donc « Ikra » (Apprenez), un mot essentiel en religion islamique. Nonobstant la clarté des références scriptaires, des controverses se posent au sein de la Oummah islamique et de l'incompréhension au regard des autres.

Abordant les malaises de fin du mois de Ramadan au Sénégal, l’imam Ahmadou Makhtar Kanté note que de science exacte, la Charia commande « à tous les musulmans de chercher à déterminer le mois lunaire et non d'attendre que certains pays le fassent pour les autres ». M. Kanté de souligner cette manie sénégalaise de se baser sur l'Arabie Saoudite qui est paradoxale aux textes. Il notifie dans son livre qu'il est utile de savoir qu'on fait « injustice à l'Arabie Saoudite. Pourquoi ? Parce que ce pays n'a jamais demandé officiellement à un autre pays de s'aligner sur ses décisions relatives à la détermination des mois lunaires ».

En perceptive, l'auteur décline la possibilité d'un consensus dans l'immédiat « si la volonté existe de la part des gouvernants et des oulémas de l'astronomie et de la Charia, et si les masses sont sensibilisées à cette fin, de disposer d'un calendrier musulman perpétuel aussi bien civil que religieux et d'en finir avec les malaises de lunes » pour une célébration de la fête de Korité dans la communion.

Par ailleurs, les écrits de l’imam Kanté interpellent sur des questions nationales et internationales. L'auteur évoque des thématiques liées à la politique, l'éducation, la santé l'environnement, les relations avec le reste du monde...

Le prêche religieux n'est pas que son champ de prédilection. Ahmadou Makhtar Kanté invite à la valorisation de la culture et des langues nationales, ainsi qu’à l'appui du secteur sportif et des salles et lieux convenables pour les arts. En outre, la citoyenneté est dans sa ligne de mire. En illustration, M. Kanté attend du votant, en période d’élections législatives, de l'éthique et du discernement. Ce type de citoyens qui promeut des députés qui défendent les valeurs culturelles, religieuses et traditionnelles. A travers son ouvrage, l’imam Kanté contribue aux problématiques de la bonne gouvernance sur des principes tels que la séparation des pouvoirs, le train de vie de l'Etat et des institutions publiques. En résumé, Ahmadou Makhtar Kanté a fait un tour des interrogations contemporaines et anciennes. Cet ouvrage est sa contribution écrite dans la bonne gestion de la société.

Yaye Awa Ly Ngoné SARR (stagiaire)

L’association pour l’étude des créoles à base lexicale portugaise et espagnole vient de tenir son 18ème colloque international annuel, à Ziguinchor. L’Acblpe a saisi l’occasion pour demander à l’Etat de codifier le créole casamançais comme les autres langues nationales du Sénégal.

Ndiémé Sow, sociolinguiste, par ailleurs membre de l’Association pour l’étude des créoles à base lexicale portugaise et espagnole, a estimé que la codification du créole casamançais doit pouvoir se faire. Lors du 18e colloque international annuel de l’Acblpe, à Ziguinchor, elle a demandé à l’Etat de s’y employer et à reconnaître ce créole-là comme étant une langue nationale. Notre enseignante chercheuse a donné des explications pour démontrer que les critères de la codification du créole casamançais sont largement remplis. Le directeur du Centre national pour la recherche scientifique (Cnrs) de France, Nicolas Qvint, a renchéri qu’il y a maintenant un livre de grammaire de 450 pages qui explique ce qu’est le Créole casamançais. L’ouvrage, réalisé par deux sociolinguistes sénégalais qui travaillent sur le statut sociolinguistique du créole à Ziguinchor et dans les endroits créolophones du Sénégal, a été présenté publiquement lors du colloque.

La rencontre a regroupé une cinquantaine de chercheurs provenant de 20 pays d’Afrique, d’Europe, d’Asie et du continent américain pendant quatre jours (du 11 au 14 juin 2018). On y notait aussi la présence des étudiants de l'université Assane Seck de Ziguinchor. L’objectif visé était de mieux faire connaître les créoles à base lexicale portugaise et espagnole pour avancer la connaissance sur ces langues. Egalement, le colloque devrait contribuer à la reconnaissance de l’identité du créole casamançais, et à susciter des vocations de chercheurs parmi la population estudiantine de l’université Assane Seck.

El Hadj Moussa SADIO

La ville de Kolda a abrité, la semaine dernière, un atelier de formation des journalistes des radios communautaires sur le traitement de l’information liée à la migration.

Entre les mois de janvier et avril derniers, seulement 977 migrants sénégalais ont été rapatriés de la Libye, du Maroc et d’autres pays, grâce à l’assistance de l’Organisation internationale des migrations (Oim). La révélation a été faite par El Hadj Seydou Nourou Dia, point focal communication du bureau Oim/Sénégal lors de l’atelier sur les approches communautaires du traitement de l’information liée à la migration qui s’est tenu les 5, 6 et 7 juin derniers, à Kolda. La rencontre vise à outiller les journalistes des radios communautaires des régions de Kolda, Ziguinchor, Sédhiou, Kédougou et Tamba sur les termes à utiliser dans le traitement de l’information sur la problématique de l’émigration pour éviter le sensationnel, les clichés et d’autres stéréotypes.

Le choix de Kolda pour abriter cette rencontre s’explique par le nombre élevé de migrants originaires de cette région considérée comme la principale pourvoyeuse d’émigrés clandestins au Sénégal.

« C’est une rencontre de renforcement des capacités pour des journalistes des radios communautaires dans le cadre d’un projet que nous appelons « Migrants as Messengers » qui veut dire migrants comme messagers. Il s’agit, pour nous, de contribuer à ce que les médias comprennent la problématique de la migration, mais aussi puissent avoir les bons termes quand ils parlent de la migration », déclare Seydou Nourou Dia. Il estime que les radios communautaires peuvent jouer un rôle essentiel dans la sensibilisation des communautés sur les dangers liés à l’émigration irrégulière et de conscientiser les familles des risques qu’elles font prendre à leurs enfants en les incitant à aller à l’aventure. Les émigrés subissent des maltraitances et d’autres traitements inhumains dans les pays traversés sans compter les risques encourus en traversant la mer Méditerranée à bord des embarcations de fortune ou de trouver la mort dans le désert du Sahara.


Le projet interpelle le migrant en lui donnant notamment la parole pour lui permettre de raconter son histoire et d’expliquer les difficultés auxquelles il a été confronté tout au long de son trajet pour l’amener à comprendre que l’émigration clandestine n’est pas la meilleure solution. Et qu’il peut bien rester et réussir chez-lui, ou à la limite, opter pour une migration régulière pour éviter de mettre inutilement sa vie en danger.

Mamadou Aliou DIALLO


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