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« Safen Bi » : Un groupe de rap engagé pour la culture Saafi

13 Jan 2018
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Le groupe de rap « Safen Bi » est composé de membres ayant l’ultime conviction qu’il ne peut y avoir de développement de la zone Saafi sans reconnaissance de l’identité culturelle de ces populations. De ce fait, Babacar Faye alias « Bone J », Malick Thiandoum et compagnie font de la musique engagée un moyen pour porter haut la culture Saafi mais aussi pour réaliser des actions sociales dans leur fief de Diass et environs.

Habillés en tee-shirts bleu et noir de leur ligne de vêtement, « Puloh Kür Saafi », deux des 4 membres du groupe de rap ont fait le déplacement de Diass à Dakar pour respecter la parole donnée. Une exigence de la culture sérère Saafi qu’il représente en musique. C’est Babacar Faye dit Bone J et Malick Thiandoum alias Do Mc qui sont venus s’entretenir avec nous. Les deux autres membres du groupe n’ont pas pu faire le déplacement du fait de leurs charges professionnelles.

La preuve que les membres du groupe « Safen Bi » ne comptent pas que sur le rap pour gagner leur pain. Ibrahima Thiandoum, un des membres du groupe, est professeur d’anglais ; il y a aussi Saliou Pouye qui a d’autres occupations faisant qu’il s’absente de temps à autre. Toutefois, comme l’esprit de groupe est plus qu’une réalité dans ce groupe de rap fondé en 2001 dans la bourgade de Diass, « si quelqu’un est présent, il représente dignement les autres ». En 2001, comme pour beaucoup de jeunes, la culture urbaine était un moyen pour les quatre membres du groupe d’exprimer leur trop plein d’énergie mais aussi pour juste se faire plaisir en restant collés à la mode. L’acronyme « Safen Bi », qui renvoie aussi à leur ethnie (Sérère Saafi), veut dire, selon les inspirateurs du groupe, Service pour accéder à une finalité exemplaire (Safen). C’est pourquoi les membres du groupe ne se limitent pas à la musique pour servir leur peuple.

« Depuis 2001, nous sommes dans le rap. C’était une affaire de jeunes ; avant nous suivions le rap juste comme ça. Nous écoutions les messages véhiculés par les rappeurs de l’époque et, en un moment donné, nous avons constaté que certains défendaient leur culture », se rappelle Bone J. C’est à partir de ce moment que les quatre amis se sont vu investis d’une mission : défendre la culture et la langue Saafi à travers le Hip Hop.

« Nous avons commencé à jouer avec le rap et d’un coup, nous nous sommes rendu compte que c’est du sérieux, après la sortie d’un premier tube qui a mis tout le monde d’accord. A partir de là, nous en avons fait un outil de défense de notre population et de la culture Saafi », indique le jeune rappeur de 35 ans, un grand casque d’écoute autour du cou. Malick Thiandoum alias Mc Do de confirmer en rappelant que le Centre d’enseignement moyen (Cem) de Diass et le dispensaire n’avaient pas, à ce moment, l’équipement qu’il fallait, d’où leur engagement au plan social pour essayer de faire quelque chose pour la communauté.

« Nous avons commencé à dénoncer les manquements au plan local. Juste après, les toilettes du Cem ont été réhabilitées grâce à nos partenaires et également le plateau du dispensaire rehaussé », dit Mc Do. Pour ce dernier, le groupe de rap a ainsi eu comme leitmotiv la défense des intérêts des Saafi mais aussi le développement de cette langue qui n’était pas encore codifiée par les autorités.

Une ligne de vêtements
Le rappeur de poursuivre : « Avant, nous nous sommes battus pour la codification de la langue en 2004, mais elle était cloisonnée dans la zone du Saféne et on nous confondait même avec les Sérères du Sine majoritaires. A travers la musique, nous avons tenté de faire reconnaitre cette langue au plan national. La musique peut véhiculer des messages pouvant faire le tour du monde ». De ce fait, pour améliorer les conditions de vie dans la zone Saféne », le groupe a à son actif plusieurs concerts de solidarité avec des revenus distribués aux dispensaires, la construction de toilettes et de mur de clôture d’écoles. Tout cela fait dire à Babacar Faye Bone J que les autorités doivent soutenir la zone de Diass et environs. « Nous faisons beaucoup de choses à leur place et ils doivent nous soutenir dans nos actions. Mais, j’ai l’impression qu’elles ne comprennent pas notre mission », regrette Babacar Faye. Inspirés par la marque « From New York » qui est devenu mondiale, le groupe de rap «Safen Bi» et son staff ont pensé aussi lancer leur ligne de vêtements, composée de tee-shirts, de pull-overs, de casquettes et d’autres gadgets vendus à travers le monde. Pour réussir ce pari, Bone J explique que la ligne de vêtements est représentée par un réseau d’amis. « L’objectif est qu’on parle et vive Saafi un peu partout à travers le monde », dit-il.

Cet engagement qu’ils vivent avec détermination fait que le groupe « Safen Bi » n’était présent dans le champ musical qu’avec certains tubes. Malick Thiandoum alias Do Mc, très posé, explique cela par le fait qu’il fallait gagner la légitimité de dignes représentants de la culture Saafi en œuvrant pour la communauté. « Nous avons plusieurs tubes appréciés avec un clip. Nous avions pour objectif de nous faire connaitre d’abord dans notre communauté, avant d’inonder le marché de productions musicales. Notre rap ayant la spécialité d’être fait en langue Saafi, il fallait se préparer davantage en convainquant notre communauté avant d’aller à la conquête du marché national et international. Mais nous avons un riche répertoire que nous pouvons partager, et d’ailler que nous allons partager davantage. C’est pourquoi nous avons beaucoup fait dans le social car la musique est plus simple que la réalisation d’œuvres sociales », narre Malick Thiandoum.

Par rapport au groupe, le manager Ibrahima Diouf, comptable de son état, laisse entendre qu’il est facile de travailler avec eux car ils sont cohérents dans leur engagement culturel pour leur peuple. « Notre philosophie, c’était de marquer notre communauté car la culture urbaine, c’est avant tout la défense des quartiers, des villes, des localités. Le rap pour nous, ce n’est pas seulement donner des messages, critiquer, mais c’est aussi poser des actes. Pour ce mois de janvier, nous sortirons un single, sorte d’hymne Saafi pour aller maintenant à la conquête du marché musical national et international. C’est le moment de montrer aussi que le groupe «Safen Bi» est pétri de talent », souligne le manager Ibrahima Diouf.

Craintes d’aliénation culturelle
Le groupe de rap étant de la commune de Diass, où le nouvel aéroport international Blaise Diagne vient d’être inauguré, ses membres disent craindre que cette infrastructure ne contribue davantage à leur aliénation culturelle et favorise la disparition de leur langue Saafi. Depuis le début des travaux, la zone étant prise d’assaut par beaucoup personnes; Diass est devenu cosmopolite. « Nous devons défendre notre culture dans ce brassage culturel pour ne pas perdre notre identité. Il faut s’ouvrir mais il ne faut pas perdre notre culture qui est le sens de notre existence », interpelle le jeune rappeur. Pour cela, le groupe de rap prévoit une tournée « Safeen Tour » dans la zone Saféne pour sensibiliser les populations, notamment les sages des différents villages.

En outre, ces jeunes veulent aussi plus de retombées du nouvel aéroport pour les populations de la localité de Diass et ses environs qui ont été les premiers impactés. « Nous sommes contents de l’arrivée du nouvel aéroport. Mais, en ce moment, nous sommes franchement un peu déçu. Au début, les responsables de l’Aibd avaient assuré que pour les travaux qui ne demandent pas une certaine qualification professionnelle, les jeunes des localités environnantes seraient prioritaires, mais jusqu’à présent, nous tardons à jouir de ses impacts. C’est vrai que c’est un aéroport international, mais il faut néanmoins penser aux gens de la localité », argue Babacar Faye.

Par Oumar KANDE

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