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Tapis rouge pour Senghor à Paris

27 Jan 2018
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C’est la dernière visite officielle en France de Senghor en tant que président de la République. Nous sommes le mercredi 17 mai 1978. C’est un Valéry Giscard d’Estaing sans doute préoccupé par les événements à Kolwezi, dans ce qu’on appelait le Zaïre (les légionnaires français sautent sur la ville pour la libérer des ex-gendarmes katangais), mais il tient à mettre les petits plats dans les grands pour son hôte. D’ailleurs, selon Aly Kheury NDaw, envoyé spécial du « Soleil », le président français a donné le ton à la coupée de « La pointe de Sangomar » : « On croirait que nos hôtes sénégalais ont apporté avec eux un peu de beau soleil dakarois », s’exclame Giscard d’Estaing.

Revue des troupes au son de la marche de Marengo, pavillon d’honneur d’Orly, présentation du Premier ministre, Raymond Barre, puis des corps constitués. Puis les deux chefs d’Etat et les membres « immédiats » de leurs suites embarquent à bord de trois hélicoptères « Puma », direction, l’esplanade des Invalides. « L’avenue Marigny qu’ils remontent en voiture est déjà noire de monde ; la garde républicaine, à cheval, était déployée sur plusieurs centaines de mètres de part et d’autre de l’avenue », rapporte le journal. Le président sénégalais et Mme Colette Senghor logent alors à l’hôtel Marigny.

Naturellement, la situation explosive au Zaïre est au menu des premiers entretiens entre les deux chefs d’Etat. En effet, la veille, les Etats-Unis et la Belgique avaient mis des unités militaires en alerte, dans le cadre d’une éventuelle opération d’évacuation des populations « blanches » (sic -dépêche de l’Afp reprise par « Le Soleil ») du Shaba. Ce tollé général occidental incite l’Union soviétique et l’Angola à réagir. 40 ans plus tard, on se rappelle que l’actuelle Rdc a été l’un des points de friction en Afrique entre les deux blocs antagonistes d’alors : la guerre froide ne prendra fin qu’en 1991...

Mais cette tension internationale n’entame en rien la qualité de l’accueil et les fastes qui entourent la visite officielle de celui qui se retirera volontairement du pouvoir dans deux ans six mois. Ainsi, la première journée de la visite s’est achevée par une soirée de gala à la Comédie française. Habits, robes longues et décorations pour admirer « Le spectacle de Marivaux » interprété par les artistes de la maison de Molière.

Par Samboudian KAMARA

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