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Pr Hamady Bocoum, directeur général : « Le Musée des Civilisations Noires sera dans le temps du monde »

26 Mar 2018
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Dans la perspective de son inauguration, le Musée des Civilisations Noires organise, du 26 au 30 mars 2018, les ateliers de conception de ses expositions. Plus de 100 chercheurs et experts nationaux et internationaux sont attendus à cette rencontre scientifique. Dans cette interview accordée au journal « Le Soleil », le directeur général évoque l’orientation et les enjeux qui entourent cette institution dédiée à la promotion des cultures africaines et de ses diasporas. Le Pr Hamady Bocoum estime que dans un musée, il faut parler au public le langage de son temps.

Quel est l’enjeu politique et culturel pour le Sénégal, voire l’Afrique, de disposer d’un musée dédié aux civilisations noires ?
Pour nous, l’enjeu est civilisationnel. Ce projet date de plus de 50 ans, à la fin du Premier Festival Mondial des Arts Nègres. Il avait polarisé beaucoup de monde. A l’époque, il y avait eu un appui fort de l’Unesco. Tout avait été conçu sur le plan architectural. Malheureusement, au début des années 80, il avait été abandonné en raison des politiques d’ajustement structurel. Le projet a été repris au début des années 2000. L’idée pour le Sénégal, c’est quand même de retrouver la place qu’il n’aurait jamais dû quitter dans la gouvernance culturelle. C’est un pays qui a toujours accordé une place importante à la culture. C’est un secteur qui a beaucoup apporté au Sénégal depuis le premier Fesnac. Les industries culturelles sont essentielles dans ce monde avec le développement du numérique. Avec une institution de cette nature, je pense qu’on va pouvoir parler des civilisations noires dans une perspective holistique. Ce n’est pas le musée du Noir.

C’est le Musée des Civilisations Noires dans le temps du monde. C’est le Musée des Sénégalais, des Africains et de la diaspora. Ce sera un espace où les civilisations noires vont pouvoir dialoguer avec les autres civilisations.

Dans cette perspective, quelle sera l’orientation de cette institution dans la promotion et la valorisation des cultures africaines ?
L’orientation a déjà été dégagée par la Conférence internationale de préfiguration, qui s’est tenue en juillet 2016, en commençant par ce que l’on ne va pas être. On ne sera pas un musée ethnographique. Parce que quand vous parlez de musée en Afrique, d’art africain, on vous renvoie aux masques. Pour la plupart du temps, ces masques sont, aujourd’hui, conservés en Europe.

Ils ont été collectés durant la période subalterne, une époque pendant laquelle l’Afrique n’était pas maîtresse de son destin. Les Africains ne s’identifient pas à cela. Ils ne vont pas dans les musées. Ces objets, partis dans des conditions particulières, ont des charges plus ou moins importantes. La revendication du retour, c’est une autre dimension. Quand je parle en termes de rapport avec le public, je me réfère aux anciens qui, quand ils parlent de patrimoine, disent que c’est ce que nous avons reçu en héritage. Ils ajoutent toujours la tradition par rapport à ce qui mérite d’être transmis. Si une communauté décide qu’un certain nombre d’éléments ne méritent pas d’être transmis, vous ne pouvez pas mettre cela à leur contemplation. Si c’est pour aller voir des bouts de bois, ils n’iront pas dans les musées. Il faut changer de discours, les perspectives, les orientations. Le musée ne sera pas ethnographique, encore moins anthropologique. Mais, en même temps, ce ne sera pas un musée chromatique. Ce n’est pas le Musée du Noir. On va essayer de voir, dans une longue durée, comment parler de ces civilisations. Et ce, depuis l’Afrique berceau de l’humanité jusqu’à aujourd’hui. Les civilisations noires ne sont pas figées. Il y a plusieurs choses à prendre en compte : l’évolution, les contributions de l’Afrique au patrimoine de l’humanité, la production contemporaine, les rencontres des civilisations, etc. On est un musée global.

En perspective de l’ouverture du Musée des Civilisations Noires (Mcn), les ateliers fondateurs du musée seront organisés du 26 au 30 mars. Quelles en sont les grandes lignes ?
Ces rencontres sont parties de l’idée selon laquelle le musée doit s’inscrire dans une perspective globale, mondiale. Pour ce faire, il faut s’ouvrir. Il faut dialoguer, notamment avec la communauté des professionnels. Ce qui fait que dans l’atelier qui s’ouvre aujourd’hui, il y a 32 experts venus de toutes les parties du monde et plus une cinquantaine du Sénégal. Aussi, il y a 7 commissariats. Chacun d’eux va raconter une histoire, proposer un scénario et des éléments pour l’illustrer. Tout cela sera discuté pendant 3 jours. A la suite de ces travaux, on va raconter une histoire générale qui partira de Toumaï, notre ancêtre commun, jusqu’aux productions contemporaines. Mais, on est conscient d’un fait : sur tous ces éléments, on ne sera pas systématique.

C’est pourquoi il n’y aura pas d’exposition permanente dans ce musée. Quand on racontera l’histoire, on l’illustrera par un certain nombre d’éléments et, régulièrement, on va les changer pour être dans la diversité de ce monde. Le musée, ce qui fera sa force, c’est, d’une part, son caractère évolutif et, d’autre part, sa dimension dynamique. Donc, c’est dans la programmation que l’on va pouvoir inviter les différentes composantes du monde noir à s’exprimer dans ce musée. Cela peut être des objets, des performances culturelles vivantes... Un autre aspect très important dans notre option, c’est que dans un musée, il faut parler au public le langage de son temps. Aujourd’hui, le langage, c’est le numérique, l’intelligence artificielle. Pour cela, on n’ pas besoin d’aller à l’école pour pouvoir le faire. Dans nos musées classiques, on a quelques intellectuels et beaucoup d’étrangers qui savent lire. De plus en plus, la tendance est d’inviter le numérique dans les musées. On fera de telle sorte que le numérique prenne une place importante et que les populations puissent interagir avec les objets et les expositions.

Comme souligné, le musée des civilisations se veut dynamique. On va constituer des collections au fur et à mesure qu’on développe des activités. Il y aura des saisons, des résidences d’artistes et des pays seront régulièrement invités. On peut faire la Semaine du Bénin ou le Mois de la Guadeloupe. On va travailler avec des institutions, des artistes du Sénégal, d’Afrique et de la diaspora.

Parlant d’interaction avec le public, il est constaté qu’au Sénégal la majorité ne fréquente pas les musées. Que faire pour intéresser le plus grand nombre à l’art muséal ?
Pour attirer le public, il faut lui montrer quelque chose qui l’intéresse. Je pense que nos musées, globalement en Afrique, sont en désamour avec leur public. Ils ne parlent pas au public pour l’essentiel. On va essayer de faire de telle sorte que ce musée soit un espace redécouverte de nos trajectoires historiques. Elles sont très intéressantes.

L’Afrique a beaucoup apporté à l’humanité. On n’en parle nulle part. On va en parler ici. L’Afrique est à l’origine de notre humanité. On en parlera dans le musée, mais autrement. Le continent noir a développé de très grandes cultures dont nous pouvons être fiers. On en parle dans nos musées, mais très peu. Aussi, l’Afrique a apporté au patrimoine culturel, scientifique et technique de l’humanité. On va les montrer dans le Musée des Civilisations Noires. Le continent a connu également des histoires douloureuses (l’esclavage, la colonisation). Des Africains et ceux de la diaspora ce sont battus, ont donné leurs vies pour que l’Afrique survive. On ne l’évoque pas souvent. Il faut en parler.

L’Afrique d’aujourd’hui rêve d’émergence. C’est un état d’esprit, c’est une culture. On va essayer de construire dans ce musée une estime de nous-mêmes pour que les gens soient fiers de ce qu’ils furent et prêts à s’assumer. On ne veut pas d’un musée de la nostalgie. On va construire un musée de la prospective. Le public qui viendra ici, quand on sera dans un fonctionnement optimal, il n’aura pas besoin de guide. Avec les nouvelles technologies, la personne pourra se connecter de manière interactive avec les objets pour les découvrir. C’est très important pour l’Afrique.

Entretien réalisé par E. Massiga FAYE

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