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Au Sénégal, le marché de l’art peine à se dessiner

31 Mar 2018
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Porté par le président Léopold Sédar Senghor dès l’aube de l’indépendance, le secteur des arts visuels a connu et continue de connaitre une forte dynamique. Toutefois, ce foisonnement  artistique qui a été à l’origine de l’organisation d’événements autour de la création contemporaine ne garantit pas encore l’existence d’un véritable marché des arts au Sénégal. Pour certains acteurs du secteur, il est même inexistant. Entre absence de régime juridique, d’infrastructures complètes et de certains métiers tournant autour des arts, le marché de la création contemporaine tarde encore à prendre son envol.

Avec seulement 0,1 % des enchères mondiales d’art, la création africaine contemporaine occupe encore un rang marginal dans le marché international. Dans cette configuration, il est plus que difficile de situer la place du Sénégal. Elle serait peut-être même  inexistante. Pourtant sur le plan national, le foisonnement artistique noté ces dernières années, avec les multiples expositions et événements organisés autour de la création contemporaine, contraste avec cette donne. La politique culturelle adoptée par le président Léopold Sédar Senghor dès l’indépendance  a contribué à développer les activités liées aux arts plastiques à travers un mécénat d’Etat « actif ». Le président Senghor, rappelle le journaliste et critique d’art Massamba Mbaye,  avait pris un certain nombre de mesures d’encadrement dans le domaine des arts avec la création de l’Ecole des arts, du Musée dynamique, des Manufactures sénégalaises des arts décoratifs… D’ailleurs, si l’art africain contemporain n’est pas si développé,  le Sénégal, par contre, est devenu une fierté du continent à l’image des pays comme l’Afrique du Sud, la République démocratique du Congo ou encore le Ghana. Et en accueillant, toutes les deux ans, depuis 1992, la Biennale de l’art africain contemporain (Dak’Art), le Sénégal est devenu une vitrine de la création artistique africaine.  L’art sénégalais, porté pendant des décennies par de grands créateurs dont Iba Ndiaye, Souleymane Keïta, Ousmane Sow, Soly Cissé, Ibra Tall… a connu une évolution fulgurante. Néanmoins, ce dynamisme ne reflète pas  les réalités d’un marché qui peine encore à décoller, voire même « inexistant » pour certains. Aujourd’hui, si une partie des acteurs s’accordent sur l’existence d’un marché, avec l’arrivée de nouveaux collectionneurs, la multiplication des galeries et la diversification des acheteurs, ils reconnaissent en même temps sa timidité. Conscient de cette situation, l’artiste Kalidou Kassé  a tenu, lors de la dernière biennale de Dakar, la première édition du Marché des arts de Dakar (Madak). Il a voulu, à travers cette initiative, commercialiser, de manière professionnelle, des œuvres d’art de créateurs africains en général et sénégalais en particulier.

ABSENCE DE STRUCTURATION
 Organisée en marge du Dak’Art, cette innovation s’est voulue contribuer à la fluidité de la circulation et de la commercialisation des œuvres d’art africain contemporain et des pièces anciennes sur le continent et à travers le monde. Même s’il se pose encore un réel problème d’organisation, Massamba Mbaye reconnait qu’il existe bel et bien un marché des arts au Sénégal. Les gens achètent de plus en plus des œuvres d’art pour les valoriser plus tard. Wagane Guèye, commissaire d’exposition, abonde dans le même sens.  Selon lui,  le marché existe au regard de la richesse des  collections accumulées depuis Senghor. Toutefois, relève-t-il, il y a un réel problème de structuration du milieu.  La configuration du secteur des arts plastiques au Sénégal ne semble pas offrir tous les éléments indispensables à l’existence d’un véritable marché des arts. Dispositif de management inexistant, problème de valorisation du travail des artistes, absence de recherches pour une assurer une production qualitative permanente, communication lacunaire… Massamba Mbaye liste les faiblesses qui empêchent à ce marché de prendre son essor.  « Les éléments existent, mais il y a  énormément  de choses qui restent encore à faire  pour valoriser davantage les artistes et les positionner réellement en situation de marché », soutient-il.  L’absence  d’un système de cotation est venue assombrir ce tableau.  « Un artiste a besoin d’être coté. L’art contemporain a, aujourd’hui, intégré ce système de cotation. Ce qui permet aux artistes de mesurer leur niveau », souligne Aliou Ndiaye, journaliste et critique d’art.

M. Ndiaye n’est pas du même avis que ceux qui avancent l’idée de l’existence d’un marché d’art. De son point de vue, certes il existe des espaces de création et de diffusion, mais il n’y a pas encore de marché au vrai sens du mot. A ses yeux, un marché, c’est à la fois de la création, de la médiation et de la diffusion. « Parler de marché d’art revient aussi à parler de la place des galeries. Aujourd’hui, au Sénégal, les galeristes sont obligés de faire autre chose que de vendre seulement des œuvres d’art. Ils offrent une certaines diversification pour pouvoir vivre et rentabiliser leur investissement », avance-t-il. Aussi, il n’existe pas une clientèle assurant des revenus qui permettent à une galerie de rentabiliser ses investissements.

« ON NE PEUT PAS ENCORE PARLER DE MARCHÉ DE L’ART »
De son côté, l’ancien secrétaire général de la Biennale de Dakar se veut formel. On ne peut pas encore parler d'un véritable marché de l'art au Sénégal. Cela, du fait qu’un marché de l’art obéit au préalable, d’une manière générale, à plusieurs facteurs dont un régime juridique, des tendances, de l’expertise de ses acteurs et la valorisation des œuvres d’art elles-mêmes. Ce qui, pour le moment, manque « terriblement » au Sénégal. « La question est maintenant de savoir si tous ces quatre  éléments doivent être réunis pour qu’on puisse parler de « marché ». Maintenant si par marché de l’art on entend juste la vente des œuvres par l'artiste lui-même ou par les deux ou trois principales galeries qu'on a à Dakar, on est vraiment loin d'un véritable marché de l'art », précise Babacar Mbaye Diop. Pour l’enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et président de la section sénégalaise de l'Association internationale des critiques d'art (Aica), dans un véritable marché de l’art, l’acheteur bénéficie d’un certificat de vente qui garantit l’authenticité de l’œuvre et ses caractéristiques (son titre, la matière avec laquelle l’œuvre a été créée, ses dimensions, l’année de création et l’estimation du prix). « Le certificat de vente doit mentionner l’historique de l’œuvre, les réparations subies s’il y en a eu, le lieu de vente, etc. Or la vente d’œuvres au Sénégal est encore très formelle. Il n'y a pas de certificat de vente ni une attestation d’authenticité de l’œuvre.  Et puis, il y a plusieurs métiers qui tournent au tour de l'art et du marché de l'art et qui manquent au Sénégal : commissaires priseurs, experts, agents, marchands d'art, de grands collectionneurs », note-t-il. A cela s’ajoutent le manque de galeries et l’absence de  maisons de vente.

DYNAMIQUE FORTE DES ARTS VISUELS
Cependant, même si les avis restent partagés sur l’existence d’un marché d’art  au Sénégal ou non, il n’en demeure pas moins qu’il existe une dynamique très forte autour des arts visuels dans notre pays depuis de très nombreuses années. Le renouvellement générationnel est porté par de jeunes artistes talentueux issus pour la plupart de l’Ecole nationale des arts. Dans ses écrits consacrés à l’histoire des arts plastiques sénégalais contemporains, le Pr Abdou Sylla évoque, dans une certaine mesure, ce dynamisme avec l’arrivée des installations qui ont envahi les arts plastiques contemporains à partir de 2000. S’en suit également, en 2003, « les nouvelles plastiques urbaines qui ne constituent pas de nouvelles formes d’art ou de nouveaux genres ; des expressions des regards que les artistes sénégalais portent sur la ville ». Cette dynamique, rappelle le critique Aliou Ndiaye, a donné naissance à plusieurs initiatives avec la mise en place de structures qui essayent de travailler fort pour aboutir à quelque chose.

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