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Rahmatou Seck Samb, lauréate du Grand Prix du chef de l’état pour les lettres : «La culture est le terreau de la paix sociale»

07 Avr 2018
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Rahmatou Seck Samb est la lauréate du Grand prix du président de la République pour les Lettres, édition 2017. Elle est l’auteure de trois ouvrages : « A l’ombre du Négus rouge », « Du Baobab au Saguaro », « Fergo » (Publié chez Abis Editions). Dans cet entretien accordé au « Soleil », l’écrivaine évoque en filigrane l’œuvre qui a été primée, son parcours comme auteure, mais également porte un regard sur la littérature sénégalaise.

Qu’est-ce que cela fait pour un écrivain de gagner le Grand prix du président de la République pour les Lettres ?
C’est un grand plaisir, c’est un immense honneur mais aussi endosser une grande responsabilité. Lorsqu’on est lauréat d’un Grand prix, ce qui est important, c’est moins l’œuvre que l’on a produite que de continuer à prouver que l’on mérite cette distinction. Je pense que l’on n’a plus le droit de faire moins. Il faut toujours faire un travail de qualité au moins égal. C’est un tournant vers une écriture plus responsable, plus exigeante avec elle-même. C’est moins la récompense que la reconnaissance. Car, lorsqu’on a été primé parmi les 66 œuvres qui étaient sélectionnées, ce n’est pas rien. Après un temps d’arrêt, on a l’impression que le Grand prix du président de la République pour les Lettres a reçu un souffle nouveau. Je pense que cela ne va plus s’arrêter.

Parlez-nous de « Fergo », l’œuvre qui vous a valu ce Prix…
« Fergo » en pulaar signifie l’émigration. Je définis ce mot ainsi : aller chercher fortune et revenir pour partager. C’est un livre que j’ai écrit pour plusieurs raisons. C’est un hommage que j’ai voulu rendre aux émigrés pulaar qui sont partis du fleuve Sénégal après les années de sécheresse. Après avoir traversé toute l’Afrique, ils se sont établis en République démocratique du Congo (Rdc) dans les mines diamantifères. Dans cette épopée, le personnage principal, c’est Baïdy Sy, qui, à la suite d’une déception amoureuse à la veille de son mariage (son épouse a été enlevée). Pour sauver l’honneur, il épouse sa cousine germaine. Il part en Rdc sur les traces des grands diamantaires comme Silèye Guissé. Il part avec plein de rêves, notamment de fortune, mais aussi d’effrois car la vie de diamantaire n’est pas facile (éboulements dans les mines, expulsions, etc.). C’est un éternel recommencement, mais il part. Il traversera des pays : Mali, Burkina Faso, Dahomey (actuel Bénin), Nigeria, Cameroun, Gabon, Congo Brazzaville, Rdc.

Pourquoi un personnage émigré ?
Je dois dire que lorsque j’ai commencé, j’ai rêvé écrire un livre dans lequel je pourrai comparer la femme d’Afrique centrale (bantou) à la femme sahélienne. J’ai vécu 5 ans en Rdc et j’ai vu qu’il y a tellement de différences. C’est cela que j’ai voulu montrer. J’ai voyagé 27 ans avec mon époux diplomate au Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés. J’ai traversé beaucoup de pays, rencontré d’autres cultures. J’ai comme un devoir de mémoire après ces voyages que je considère comme des carnets de route. Même étant épouse de diplomate, il y a des rôles à jouer au-delà de la mondanité. C’est un devoir, une fierté. La plupart de mes romans retracent mon itinéraire.

Depuis quand écrivez-vous ?
J’ai commencé à écrire en 1992. C’est pourquoi il est intéressant de voir comment naît un roman. Je n’écris pas beaucoup. Je mise surtout sur la qualité, car écrire c’est respecter le lecteur. Il faut que cela en vaille la peine. Lorsque j’ai commencé à écrire, notamment "Le Négus rouge", ma consœur Aminata Sow Fall m’avait dit : « Ma petite sœur, si vous voulez avancer dans l’écriture, il faut de la modestie. Si vous voulez en faire une profession, quittez chez vous. Même si vous avez de l’espace, quittez votre maison pour aller écrire et revenir ». Je pense qu’il faut de l’humilité, beaucoup de travail, l’inspiration du rêve.

Pourquoi le choix de l’épopée comme genre littéraire ?
Au départ, mon objectif, c’était de faire un livre dans lequel je compare la femme sahélienne et la femme bantou dans leur goût. Par exemple, la Sénégalaise est une orientale avec des goûts chatoyants, etc. Par contre, la femme bantou a d’autres goûts comme les cotons fleuris, les parfums. Par exemple, au Cameroun, la femme a beau être professeur d’université, elle se réveille à 4h du matin pour faire sa cuisine avant de partir au travail. La domestique est engagée pour nettoyer non pour cuisiner. Quel que soit son rang social, son statut, la femme cuisine pour son époux. J’ai voulu comparer ces deux types de femmes au travers d’un ménage polygame. Dans cette épopée, le héros est de la classe Tiédo (noblesse guerrière chez les Pulaar). Tous les éléments sont réunis pour épouser ce genre littéraire : l’honneur, le risque, les difficultés. On lui a ravi la femme qu’il aimait, qu’il comptait épouser. Les Pulaar savent aimer. J’ai fait beaucoup de recherches et j’ai lu de la littérature pulaar. Le fond culturel reste le même. Outre la langue maternelle, on devrait instituer l’apprentissage d’une deuxième langue nationale.

Qu’en est-il de votre cursus scolaire, universitaire ?
J’ai étudié à l’école mixte de Bargny jusqu’au CE2. Je suis allée à l’Immaculée de Rufisque. Lorsque que j’ai fini le cycle primaire, je suis allée à Notre Dame jusqu’en classe de Seconde avant de rejoindre Sainte-Jeanne d’Arc où j’ai eu mon Bac. Je me suis mariée juste après l’obtention de ce diplôme. C’est en étant mariée que j’ai eu ma Licence en droit public avant un diplôme de 3ème cycle en économie de développement à Grenoble (France). Je suis juriste de formation avec une spécialisation en genre. Après la retraite de mon époux dans les années 1999-2000, nous sommes rentrés au Sénégal. C’est à partir de ce moment que j’ai débuté une carrière d’écrivaine. J’ai écrit "A l’ombre du Négus rouge", "Du Baobab au Saguaro", en hommage à mon frère décédé. Je lui parle de ce qui s’est passé avant et après sa mort avec des évocations de la culture lébou. Ensuite, j’ai écrit "Fergo". Lorsque j’écris, je commence par le chapitre que je veux. Au départ, je voulais en faire une pièce de théâtre, mais Dieu m’a donné comme don dans le côté description. Je suis très nulle pour les dialogues. Finalement, j’ai opté pour le roman. C’est pourquoi il y a deux rythmes : l’un est épique, l’autre avec un monologue.

Quel regard portez-vous sur la littérature sénégalaise, le monde de l’édition ?
Le Sénégal est un peuple d’artistes. Je disais que la culture pourrait fournir beaucoup de métiers : littérature, stylisme, coiffure. Dans la rue, chaque personne porte une œuvre de création. C’est pareil avec l’écriture. Les gens disent que le niveau n’y est pas. Je dis il y a d’excellents auteurs. Les gens ne les lisent pas. Il faudrait lorsqu’un livre sort, qu’il soit primé, que le ministère de l’Education nationale en achète beaucoup d’exemplaires, qu’on incite les grandes entreprises à faire du mécénat. Un livre qui remporte un Grand prix, il est passé par le meilleur des tamis. Ce livre doit aller au programme. Au Sénégal, il y a eu des alternances politiques mais en matière de culture, c’est la continuité. Le Grand prix, c’est une vitrine pour le Sénégal. Si on met le maximum dans la culture, beaucoup de jeunes ne partiraient pas mourir dans les pirogues ou se faire traiter comme esclave dans le désert. Il faut mettre le paquet dans la culture. C’est de l’économie, c’est de la création de richesse. Il y a une économie de la culture. Il ne faut pas la prendre comme de la fantaisie mais un secteur pourvoyeur d’emplois, de biens. C’est autour de la culture que se construit la paix sociale. C’est le lieu où toutes les énergies, les sensibilités, les espoirs peuvent se retrouver. C’est dans la culture que l’on va retrouver la paix sociale.

Réalisée par Omar DIOUF & E. Massiga FAYE

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