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71ème Festival de Cannes : Le renouveau de la diffusion des films

14 Mai 2018
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Une table ronde organisée par le Centre national du cinéma (France) au Festival de Cannes a réuni des professionnels de la diffusion du cinéma en Afrique. Le Sénégal y était représenté par Abdoul Aziz Cissé, secrétaire permanent du Fopica. Il ressort de cet échange des perspectives d’espoir alors qu’il y a quelques années, on déplorait l’absence de circuit de distribution, la fermeture des salles de cinéma déjà très rares, un public à trouver…

C’est le début d’un écosystème. Des initiatives se sont multipliées pour favoriser l’accès au cinéma : on voit apparaître de nouveaux cinémas ou la restauration d’anciens, des complexes cinématographiques, le réseau Canal Olympia, des chaînes télévisées payantes et des sites de Vod.

Abdoul Aziz Cissé a indiqué que le Fopica ne finançait pas que la production mais soutenait aussi les opérateurs privés pour les salles, la distribution et la formation. Quatre salles de quartier de Dakar sont ainsi en cours de rénovation et numérisation. La salle délabrée de Ziguinchor est en chantier aussi. « D’autres salles sont visées pour reconstituer le circuit des salles de cinéma perdues à cause des politiques d’ajustement structurel, qui furent vendues au plus offrant lors de la privatisation du réseau ». La clause de maintien de l’activité n’était que de dix ans. De même, le dossier d’aide à la production doit comporter un engagement de diffusion en salles. Une réflexion est par ailleurs en cours sur la chronologie des médias au Sénégal pour contrecarrer le risque de voir des films aidés directement diffusés sur internet.

Retour des salles de cinéma
Jean-Paul de Vidas, directeur de Films 26, qui fournit des films aux nouvelles salles de Dakar, a proposé une typologie des salles en Afrique francophone en fonction du prix des billets : premium (4000-5000 FCfa), middle (2500-3000 FCfa), low coast (1500 FCfa). C’est la catégorie middle qui se développe énormément avec la création de centres commerciaux attirant les classes moyennes.

Le réseau Canal Olympia, lui, s’adresse à la catégorie low coast : les billets adultes sont à 1500 FCfa et enfants à 1000 FCfa. Laurent Sicouri, directeur des acquisitions du programme Canal + International, a insisté sur la technologie solaire qui permet d’emmagasiner de l’énergie durant la journée pour faire tourner le lieu le soir. Les salles sont équipées en dolby 7.1 et disposent d’une estrade en extérieur pour les événements musicaux, le but étant de pouvoir accompagner les talents locaux avec un espace de programmation. Pour les événements ou les avant-premières, le tarif monte à premium.

Président du Fonsic en Côte d’Ivoire, Coulibaly Diakité a de même indiqué que ce fonds de soutien aide également la rénovation et la distribution. La défiscalisation de l’équipement et du matériel permet à des grands groupes de venir s’installer en Côte d’Ivoire. Dans le domaine public, la grande salle de 1500 places du Palais de la Culture sert aussi à des événements cinématographiques. La politique est de soutenir l’initiative privée pour arriver à 25 salles en 2020.

Les Films 26, qui ont débuté leur activité en 2015, ont enregistré 343.000 entrées dans les différents pays en 2017, soit 1,7 million d’euros de chiffre d’affaires. À la faveur des nouveaux écrans, cela représente une progression annuelle de 50 %. "Black Panther" a ainsi fait 110.000 entrées et le fait d’avoir positionné "Avengers" comme la suite a permis de dépasser ce chiffre. "Bienvenue au Gondwana" est en tête des recettes grâce au déplacement de Mamane qui a accompagné le film dans toutes les capitales. "Il a déjà tes yeux", avec Aïcha Maïga, s’est situé en tête des films français. Mais comme dans le reste du monde, le public est demandeur de comédies, d’action, d’aventure…

Distribution des films africains commerciaux

Le problème en Côte d’Ivoire est la lenteur de l’investissement, note Coulibaly Diakité, alors que le marché s’ouvre. Au niveau des frais de sortie, les réseaux sociaux prennent le dessus sur les publicités traditionnelles dans les médias, tandis que la télévision reste trop chère et trop large.

Le groupe Trace TV a créé une entité distribution en 2017. Sa directrice Betty Sulty Johnson cherche à valoriser les contenus afrocentrés sur les marchés internationaux (télévisions payantes, plateformes Sdod, compagnies aériennes, etc.) d’un catalogue de magazines, séries et documentaires. Avec Trace Play, c’est un Netflix africain qui tente de s’imposer : une plateforme Sdod avec 2500 heures de contenus. Il y a aujourd’hui 390 millions d’Africains francophones, un chiffre qui aura doublé en 2050. Canal + Afrique cherche à les capter avec ses 12 chaînes, notamment avec les séries. Du pré-achat peut permettre d’aider la production des films. Ce fut l’occasion pour Coulibaly Diakité de rappeler que le secteur n’a pas assez de retours sur investissement pour se financer : il faudrait que les télévisions augmentent leurs tarifs d’achat.

Marjorie Vella, directrice adjointe des programmes et directrice des acquisitions de Tv5 Monde, a évoqué le nouveau Fonds francophone d’aide et indiqué que Tv5 Monde achètera 75 % des productions. Pour Abdoul Aziz Cissé, l’intérêt de ce Fonds est de faire naître des coproductions entre pays africains : c’est l’occasion d’aller vers une mutualisation des ressources africaines. Il ne faudrait pas que les fonds nationaux soient des barrières.
Le Fonds francophone est ainsi un laboratoire pour l’expérimentation.

De notre correspondant Olivier BARLET

 

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