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Aïssatou Cissé, écrivain : Un combat contre les préjugés

19 Mai 2018
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Aïssatou Cissé a toujours refusé l’immobilisme. Elle a pu vite gravir l’échelle sociale avec un parcours professionnel assez riche.

Malgré son handicap moteur depuis son enfance, la romancière donne l’image de nager dans un océan de bonheur. L’auteur des ouvrages «  Zeyna » et « Linguère Fatim » a su tirer en elle assez de force pour faire face aux revers de la célébrité. Nommée conseillère spéciale du chef de l’Etat, elle donne ses avis sur les politiques de prise en charge de la vulnérabilité et du handicap.

A croire qu’elle garde le sourire en toutes circonstances. Malgré de petites difficultés éprouvées pour nous rejoindre dans la grande cour du Grand Théâtre, où elle nous a donné rendez-vous lors de la cérémonie d’ouverture de la Biennale de Dakar, elle affiche une mine rayonnante, avec une belle allure féminine, même si le soleil darde ses rayons sur son corps. Aïssatou Cissé, sur son fauteuil roulant, a dû faire un grand tour dans la mesure où les rampes, en perplexe, ont été construites loin des escaliers, derrière le bâtiment. Mais avec un visage radieux, bien mis en valeur par une touche de maquillage, elle semble tirer du plaisir à répondre au feu roulant de nos questions surtout, dit-elle, qu’elle fait l’objet de sollicitations de partout.

« Je n’avais pas prévu d’assister à cette rencontre, mais le cabinet présidentiel a insisté… », lâche-t-elle avec fierté. Le rythme rapide de sa voix douce laisse croire à une enfance dorée dans un quartier résidentiel de Dakar. Avec une belle élocution, elle s’exprime avec aisance. Ses propos révèlent aussi un fort niveau d’instruction.

Mais, précise-t-elle, « je suis née dans le populeux quartier de Niaye Thioker. J’ai toujours pris le soin de renforcer mes capacités à travers différentes formations professionnelles ». Aïssatou Cissé a eu la chance d’avoir des parents, un papa professeur d’histoire-géographie, une maman enseignante, qui ont su l’armer et la préparer à affronter les vicissitudes de la vie, au moment où d’autres enfants qui traînent les mêmes tares sont souvent marginalisés et souffrent de l’absence des structures d’éducation spécialisées.

« Mes parents, qui sont des éducateurs, m’ont toujours mis dans la tête que j’ai une part de responsabilité pour le développement de notre pays. Ils ont veillé à ce que mon éducation scolaire puisse être solide. Ils m’ont toujours mise à l’esprit que je dois œuvrer de sorte que demain, mon pays puisse me citer parmi les challengers, qu’il m’était possible de bâtir des choses et que j’ai une pierre à poser à l’édifice ; ils ne cessent de me le dire ».

Mais elle a également eu la chance d’être épaulée, depuis son enfance, par une Française. « Mes parents ont été accompagnés, depuis mon enfance, par Mme Laurence Maréchal, qui était à « Terre des Hommes ». Elle a toujours été présente dans ma vie et est devenue ma marraine. Elle m’épaule toujours, je lui dois beaucoup », confie-t-elle.

VALEURS COMMUNES
Aïssatou Cissé peut se permettre d’être sûre d’elle en raison d’une forte estime de soi, mais aussi pour avoir gagné des batailles dans la vie. Jamais, elle n’a eu à développer des complexes d’infériorité.  «  Mes parents m’ont appris, dès le bas âge, que la vie est un combat, de la naissance jusqu’à la mort. Je me suis toujours fixée des défis, c’est d’ailleurs un trait caractéristique de notre famille. On aime les challenges, on aime toujours aller au-delà de ce qui est défini ».

Et d’ajouter : « Je n’ai jamais bénéficié, dans ma vie, de traitement de faveur. Mes parents ont toujours tenu à ce que je sois corrigé au même titre que les autres. C’était aussi pareil si je devais être récompensée. Ma mère se faisait l’honneur de le répéter à mon maître à l’école. Je ne devais aucunement faire l’objet de discrimination ». Aujourd’hui, elle se réjouit d’être un motif de satisfaction pour ses parents qui ont fondu en larmes lorsqu’elle a été cooptée dans le Cabinet présidentiel. Elle s’est toujours bagarrée pour une prise en compte des personnes vivant avec une vulnérabilité et a su vite gagner la confiance du chef de l’Etat sénégalais. « Jamais je ne m’étais intéressée à la politique. Quand j’ai vu que le président Macky Sall et moi partagions des valeurs communes, j’ai vite fait d’intégrer son directoire de campagne. Il ne cesse de me renouveler sa confiance depuis son élection ». « Certains esprits pensent que je suis intéressée par le prestige social ou que je m’enrichis sur le dos des personnes handicapées, dans la mesure où je ne leur distribue pas des enveloppes bourrées de fric.

Je suis insultée de partout, mais cela ne m’ébranle aucunement », raconte la conseillère spéciale du chef de l’Etat sénégalais en charge des Politiques de prise en charge de la vulnérabilité et du handicap depuis 2012.
Or, précise-t-elle, « en dehors de mon salaire, aucun budget n’a été mis à ma disposition. Le chef de l’Etat sénégalais n’est pas du genre à dilapider les sous de l’Etat.  Sa volonté de mettre en œuvre une gestion sobre et vertueuse est bien réelle ».

SOUVENT « INSULTEE »
La jeune dame, qui est pourtant réputée pour sa générosité, confie qu’elle s’est fixée comme but précis d’offrir des chances de réussite aux personnes vivant avec une vulnérabilité et de lutter contre la politique de l’assistanat qui prive l’humain de sa dignité. Son cursus professionnel reflète aussi des années de militantisme pour la prise en considération de leurs besoins dans les politiques nationales.  

« J’ai travaillé dans les organismes internationaux pour la prise en compte des femmes du monde rural, des femmes qui n’avaient aucune notion de leurs droits fondamentaux, qui ont longtemps été brimées, privées de leurs droits, injustement privées de leur épanouissement. Nous avons mené des missions partout au Sénégal, avec d’autres associations pour leur montrer qu’elles ont des droits », rappelle Aïssatou. Aujourd’hui, elle en récolte des vertes et des pas mûres mais se réjouit du fait que des avancées significatives ont été réalisées depuis qu’elle a accédé à cette station. La loi d’orientation n’est pas encore mise en œuvre, mais des propositions faites au gouvernement sénégalais ont eu un impact réel. Aujourd’hui, la romancière se réjouit des changements réels ces dix dernières années, notamment dans le domaine du handicap.

« La mise en œuvre d’un décret constitue un énorme enjeu, notamment dans le domaine des ressources financières et humaines. Le président de la République Macky Sall a eu le courage de signer le premier décret concernant les personnes handicapées au Sénégal ; c’est un courage politique à saluer. La volonté du chef de l’Etat est forte et ferme. Nous tenons à ce que le Sénégal puisse être une locomotive dans la prise en compte de cette catégorie dans les politiques publiques », note-t-elle.

L’Etat, qui a pris en considération ses recommandations, s’est d’ailleurs engagé à faciliter l’insertion de cette couche sociale dans le monde du travail sur la base de leurs capacités professionnelles. « Des entreprises publiques et privées recrutent de plus en plus des personnes souffrant d’un handicap. C’est à saluer. Nous ne voulons plus qu’une catégorie de personnes soit toujours à la recherche de l’aide d’une tierce. Nous tenons à ce qu’elles jouent leur partition dans le développement de la nation et soient de véritables actrices du développement. Nous ne voulons plus que la pitié soit mise en bandoulière », ajoute Aïssatou. A 48 ans, la dame pétille d’idées et souligne qu’elle n’est pas mue par l’intention de ruiner des espoirs. Elle envisage, d’ailleurs, d’organiser une soirée de gala qui vise à récompenser les entreprises qui auront matérialisé cette volonté du chef de l’Etat d’insérer cette couche sociale dans le monde du travail sur la base de leurs compétences. A travers ce Gala des Baobabs pour l’emploi des personnes handicapées, qu’elle compte organiser, le 30 juin prochain, Aïssatou aimerait magnifier leur contribution significative.

« Et au-delà du Gala, le Prix Macky Sall pour l’inclusion et l’autonomie des personnes handicapées sera décerné aux meilleures entreprises qui auront intégré dans leur dispositif des personnes handicapées ayant les compétences requises selon la structure de recrutement. Nous ne voulons plus qu’elles soient embauchées, par compassion. Cette couche sociale regorge de compétences et nous travaillons dans ce sens avec des experts dans le domaine des droits de l’Homme, de l’emploi. Ce concept va renforcer les politiques nationales en faveur de l’injustice sociale, de la discrimination », dit-elle. Très enthousiaste de sa mission, les mots se bousculent quand Aïssatou Cissé égrène le chapelet de réalisations et de projets en faveur de cette couche sociale. Comme exemple, un sourire éclaire son visage à la pensée de la modification de la loi sur la construction qui a permis l’érection de rampes pour les personnes vivant avec un handicap au sein des édifices publics….

Par Matel BOCOUM

 

Last modified on dimanche, 20 mai 2018 16:03
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