banner home page1

Pour vos insertions, contactez la Régie publicitaire de la SSPP Le Soleil

Musée Ifan Théodore Monod de Dakar : La mémoire de l’Afrique noire

19 Mai 2018
1859 times

Dans le cadre de la célébration de la Journée internationale des musées, le Musée Théodore Monod d’art africain de Dakar a ouvert gratuitement, hier, ses portes aux publics. L’occasion de découvrir sa riche collection de masques, de statuettes, de vannerie, de pagnes… symbolisant le fonctionnement des sociétés africaines traditionnelles ainsi que les riches technologies qu’elles ont pu développer durant plusieurs siècles.

Niché au cœur du centre-ville, à deux pas de la Place Soweto, le Musée Théodore Monod d’art africain de Dakar étale son charme architectural au style néo-soudanais. Le bâtiment historique se dressant majestueusement au milieu d’un espace de verdure piqué de quelques arbres rappelle un peu la configuration du marché central de Bamako ou encore la grande mosquée de Djenné et de Tombouctou. Construit à partir de 1931, ce musée a assuré pendant plus plusieurs décennies un rôle de premier plan dans la promotion, la médiatisation et la valorisation des cultures africaines notamment celle de l’Afrique de l’Ouest.

En choisissant de s’ouvrir gratuitement à tous les publics, le temps d’une journée, dans le cadre de la Journée internationale des musées, célébrée cette année sous le thème : « Musées hyperconnectés : Nouvelles approches, nouveaux publics », cet établissement offre aux visiteurs l’opportunité de découvrir des facettes et des pans entiers de l’histoire des peuples africains. L’exposition permanente présente dans le hall de l’édifice est un condensé des modes de vie, de rites et pratiques séculaires. Entre les masques de danse et d’initiés de la Sierre Léone, ceux des Asamay des Diolas de la Casamance, les statuettes de fécondité symbolisant l’esprit de la procréation de Sénoufo en Côte d’Ivoire, la statuette Niéléni du Mali montrant l’image d’une fille pubère en pays Bambara… cette exposition n’est rien d’autre qu’une plongée dans les méandres des modes de vie des sociétés africaines traditionnelles. Elle propose, en même temps, des outils aratoires traditionnels, des instruments de musique comme les sonnailles, sanza, sifflets, guitares, flûtes et tambours d’aisselle. La collection du Musée Théodore Monod, c’est également la figure de sanctuaire Oche Eramiho de la Guinée-Bissau, qui est une représentation des grands esprits (« Inan »).

Près de 10.000 pieces
Dans la tradition, cet esprit était consulté avant le début des travaux agricoles, lors de l’avènement d’un nouveau chef, au moment de l’initiation des jeunes gens ou à l’occasion des funérailles. L’Afrique noire est aussi réputée par la poterie, les vanneries, les pagnes bogolan du Mali, de la Guinée et du Burkina Faso. Cet art traditionnel datant de plusieurs centaines d’années occupe une bonne partie de l’exposition permanente. Avec une collection estimée à près 10.000 pièces, l’espace fait une reconstitution du passé glorieux du continent, de l’Afrique traditionnelle et des profondeurs. Les objets qui proviennent de cette collection sont originaires de plusieurs pays d’Afrique occidentale. Ce qui se justifie, d’après le conservateur, El Hadji Malick Ndiaye, par le fait qu’il s’agit d’un legs de l’ancien Institut français d’Afrique noire devenu par la suite Institut fondamental d’Afrique noire.

Créé par le scientifique naturaliste Français Théodore Monod, cet institut de recherche couvrait presque l’ensemble de l’Afrique. « Tous les objets, qui étaient étudiés et collectés par les chercheurs, se sont retrouvés dans le musée de l’Ifan. Ces objets servaient à étudier les sociétés, à voir leur fonctionnalité et à étudier la richesse des technologies traditionnelles », explique-t-il. C’est cette configuration qui a fait que dans de nombreux pays, les anciens centres de l’Ifan sont devenus des musées nationaux. Avec son caractère ethnographique et son histoire complexe, l’Ifan a joué un rôle « fondamental dans la protection du patrimoine, sa valorisation, sa diffusion ». Ce musée qui allie une vocation ethnographique et artistique, renseigne El Hadji Malick Ndiaye, a servi de legs pour comprendre le fonctionnement des sociétés africaines et pour montrer la richesse de leurs technologies et celle des valeurs que leurs objets portent en tant que mémoire véhiculant les habitus des communautés.

Un capital temporel fort
L’histoire du musée de l’Ifan a véritablement commencé par l’enregistrement des premiers objets en 1941. A l’accession du Sénégal à l’indépendance, il devient le musée universitaire de l’Institut fondamental d’Afrique noire et sera intégré à l’intérieur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Musée de Dakar d’abord, il fut inauguré en 1971 par le président Léopold Sédar Senghor et son homologue français Georges Pompidou sous l’appellation de Musée d’art africain. « Ceci résulte d’un travail scientifique qui avait été élaboré. A partir de la fin des années 1950, les conservateurs collectent des objets qui n’ont pas singulièrement une valeur ethnographique », soutient le conservateur du musée. En 2007, un décret présidentiel lui fit porter le nom de Musée Théodore Monod d’art africain. Aujourd’hui, ce musée affiche « un fort potentiel, un capital temporel très fort et une histoire très riche » grâce à la qualité de sa collection. Malgré les difficultés, l’institution essaie de se renouveler. « Depuis deux ans, nous essayons de se réorienter vers une ouverture large auprès des publics locaux (étudiants, élèves, touristes, riverains) avec des manifestations spécifiques qui ont été créées dans le but de répondre à cette politique et cette vision », avance El Hadji Malick Ndiaye.

Aussi, le musée tente d’établir une connexion entre la création contemporaine et l’art classique. « Cette connexion est fondamentale dans la nouvelle vision du musée. Elle permet à la communauté de voir que ce qui avait été utilisé par les anciens, les objets et les formes, les matériaux continuent d’être utilisés », souligne M. Ndiaye. Avec cette nouvelle vision, le Musée Théodore Monod de l’art africain contemporain s’inscrit dans une perspective conjuguant passé et présent. Il veut aussi, sans doute, conformément à la thématique de la célébration de la Journée internationale des musées de cette année, devenir un « moyen important d’échanges culturels, d’enrichissement des cultures, du développement de la compréhension mutuelle, de la coopération et de la paix entre les peuples. »

Le manque de moyens : un écueil au pied du musée
Depuis plus d’un demi-siècle, le Musée Théodore Monod s’est engagé dans une entreprise de conservation et de promotion des cultures africaines et de la création contemporaine. Cette mission aussi délicate que fastidieuse exige des moyens que l’institution peine pourtant à trouver. Le service n’a pas de budget. Pour pallier ce manque de moyens financiers, l’établissement a développé plusieurs initiatives et stratégies. « Dans un monde où nous assistons à une industrialisation de la culture, à la mort de l’Etat-providence, l’imagination requiert des fondamentaux qui nous obligent à aller chercher des moyens », explique El Hadji Malick Ndiaye. En plus de la location de l’espace, le musée sollicite souvent les sponsors pour essayer d’avoir une certaine autonomie.
   

Par Ibrahima BA 

 

Last modified on dimanche, 20 mai 2018 16:00
Rate this item
(0 votes)


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.