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Clôture du 71ème festival de Cannes : Un palmarès contre les dérives modernes

22 Mai 2018
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Le cinéma change et le plus grand festival de cinéma du monde cherche sa voie dans ces évolutions. La compétition officielle 2018 était de bonne qualité, ce dont témoigne un palmarès célébrant la détermination contre les dérives modernes.

De Cannes, on connaît surtout la fameuse montée des marches où s’affichent les célébrités du monde entier. L’édition 2018 n’est cependant pas très marquante à ce niveau, malgré la présence de Cate Blanchett et Kristen Stewart au jury de la compétition officielle. On y a certes vu Jessica Chastaing, Marion Cotillard, Penelope Cruz, Fan Bingbing ou Lupita Nyong’o, laquelle accompagnait Ryan Coogler qui venait spécialement parler de "Black Panther" devant la presse. Mais les stars hollywoodiennes étaient moins présentes qu’à l’accoutumée, malgré la projection de "Solo : A Star Wars Story" en séance spéciale. La disparition de Dark Vador permet à ce nouvel épisode de l’interminable saga d’arrêter de ressasser la cuisine œdipienne habituelle mais le ramène à de petites aventures de science-fiction. Rares étaient les grandes pancartes des blockbusters à venir qui couvrent d’habitude les grands hôtels de la Croisette, l’avenue de bord de mer qui mène au Palais des festivals. De même, les grandes tentes installées sur la plage ne résonnaient pas autant qu’avant des fêtes qui font aussi l’ambiance d’un grand festival.

Cannes serait-il moins attractif ? La concurrence est rude avec Berlin, Venise et Toronto pour avoir la primeur des grands films mais aussi pour conserver la puissance du marché du film où se négocient les droits pour le monde entier.

Il a fallu, cette année, gagner un procès en justice pour pouvoir présenter en clôture "L’Homme qui tua Don Quichotte" de Terry Gilliam, contre son producteur Paolo Branco. Film maudit dont le tournage épique n’avait pas pu être terminé il y a 25 ans et remis en chantier à six reprises, c’est le grand œuvre du réalisateur aujourd’hui âgé de 77 ans. Mais la réponse du festival aux menaces de désaffection est un recentrage sur le cinéma en refusant les films dont la production n’est pas destinée aux salles, excluant ainsi les films de Netflix ou autre plateforme sur abonnement. Cela allait avec une compétition s’ouvrant largement à des cinéastes méconnus voire à un premier long-métrage comme "Yomeddine" de l’Egyptien Abu Bakr Shawky dont le grand mérite est de présenter un lépreux à la recherche de sa famille non comme un malade mais comme un être humain.

Du coup, les Prix d’interprétation sont allés à deux acteurs inconnus : Samal Yeslyamova pour son rôle d’une jeune mère qui doit abandonner son enfant dans "Ayka" du Kazakh Sergey Dvortsevoy, un film sombre et poignant sur le dur destin des immigrés en Russie ; et Marcello Fonte dans "Dogman" de l’Italien Matteo Garrone, une fable aux images crépusculaires où un toiletteur canin essaye d’amadouer un chien monstrueux et devient l’outil d’une brute exécrable.

Les deux films traitent du danger qui guette les sociétés qui perdent leur solidarité et leur humanité.

C’est également le cas du Prix du Jury, "Capharnaüm" de la Libanaise Nadine Labaki, émouvante histoire d’un enfant des rues de Beyrouth, qui à 12 ans doit mendier, protéger sa petite sœur et se retrouve en charge du bébé d’une clandestine éthiopienne. Si nombre de films avaient pour souci de traiter de l’état du monde, les autres films primés n’ont pas cette veine réaliste, quasi-documentaire. Le Prix du scénario a été ainsi attribué ex aequo à "Heureux comme Lazzaro" de l’Autrichienne Alice Rohrwacher et à "Trois Visages" de l’Iranien Jafar Panahi, qui, assigné à résidence dans son pays, n’a pas pu venir présenter son film à Cannes. Interdit de tournage et donc condamné à un minimalisme virtuose (dans son appartement ou sa voiture), Panahi met remarquablement en scène de film en film sa claustration, ici durant un voyage dans le nord du pays, dans un style proche de feu son maître Abbas Kiarostami. Quant au conte d’Alice Rohrwacher, il manie avec une grande habileté de mise en scène les métaphores autour d’un garçon que l’on moque et exploite sans qu’il en prenne ombrage, mais qui se joue du temps.

Le Grand Prix à Spike Lee
Le jury a tenu à attribuer une Palme d’or spéciale à Jean-Luc Godard pour "Le Livre d’image", qui a marqué spectateurs et critiques : le cinéaste de 87 ans a envoyé au festival une nouvelle œuvre multiforme, passionnante et incroyablement riche, sur sa vision du monde et du rôle du cinéma. Le Prix de la mise en scène est allé à "Cold War", du Polonais Pawel Pawlikowski, une brillante romance en noir et blanc en temps de guerre froide, quand l’amour est impossible lorsque l’Histoire s’y oppose.

Spike Lee rate de peu la Palme d’or en remportant le Grand prix avec son "BlacKkKlansman", l’histoire vraie d’un policier africain-américain parvenu à infiltrer le Ku Klux Klan. Bourré d’énergie, d’humour et de rage, le film se termine sur des images documentaires des affrontements de Charlottesville, en août 2017, entre les factions racistes américaines et les contre-manifestants.

Avec la Palme d’or attribuée à "Une affaire de famille" du Japonais Hirokazu Kore-Eda, le jury a voulu récompenser la finesse et les valeurs d’un cinéaste qui interroge, à travers une famille joyeuse et décalée qui recueille une fillette battue par ses parents, les rapports entre la liberté et les règles sociales. C’est ainsi la détermination face aux dérives de la société, au racisme, aux interdits, aux injustices et aux truands de tous styles que le jury présidé par l’actrice féministe et engagée Cate Blanchett a voulu célébrer cette année.   

De notre correspondant Olivier BARLET

 

Last modified on mardi, 22 mai 2018 10:12
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