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« Lumières noires de l’humanité » : Les « étoiles noires » d’Oumar

23 Mai 2018
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Ils sont inventeurs, figures religieuses, héros, artistes ou sportifs. Ils ont en commun d’être noirs et d’avoir marqué l’histoire de l’humanité par leur génie. Ce sont ces héros méconnus ou ignorés que le professeur Oumar Dioume a voulu sortir de l’anonymat, dans son ouvrage intitulé « Lumières noires de l’humanité », dont il vient de publier une seconde édition.  

« L’Afrique, un continent sans historique » ? Beaucoup a été dit sur cette fameuse citation du philosophe allemand Friedrich Hegel, mais rare sont les chercheurs africains à aller puiser dans les tréfonds du passé pour lui prouver le contraire. Avec érudition et générosité, le professeur Oumar Dioume s’était déjà attelé à cette mission dans la première édition de ses « Lumières noires de l’humanité » (2010), en mettant en lumière la « formidable contribution, de l’Antiquité à nos jours, du rôle fondamental des Noirs dans tous les domaines du savoir ». Après le succès de cette première édition, vite épuisée, et pour répondre à la demande pressante des intellectuels et d’une jeunesse africaine de plus en plus consciente des enjeux de l’histoire et de la mémoire, l’auteur a décidé d’en publier une seconde édition enrichie de nouvelles figures, pour la plupart méconnues, mais qui ont marqué l’histoire de l’humanité, chacun dans son domaine.

Devant un public composé d’anciens « Soixante-huitards », d’universitaires, de gradés de l’armée, tous venus assister à la cérémonie de dédicace, organisée ce 18 mai dans les locaux de L’Harmattan à Dakar, ses amis ont décrit l’auteur comme « un esprit curieux ». Brillant polytechnicien - il est PhD en en mathématiques de l’ingénieur à l’Ecole Polytechnique de Montréal et ingénieur mathématicien à l’Ecole Polytechnique de Lausanne - et docteur de 3e cycle en mathématique et économétrie à l’Université Paris I Sorbonne, le professeur Dioume, au-delà de son domaine de compétence, « s’intéresse à tout ». « C’est un savant », dit Dominique Zidouemba, l’un des préfaciers. Une curiosité qui se reflète dans ce livre.

Ménélik II, l’inventeur du Gsm
Cette seconde édition est enrichie de trois chapitres supplémentaires sur des figures religieuses (Cheikh Oumar Foutiyou Tall, Cheikh Ahmadou Bamba, Almamy Samori Touré) non pas sur l’aspect religieux, mais sur leur génie politique, militaire ou technique. « Si on avait compris le sens des travaux de ces visionnaires on serait aujourd’hui dans le peloton de tête des nations développées », explique l’auteur. A côté, il nous fait (re) découvrir de grands stratèges militaires, comme le roi éthiopien Ménélik II, inventeur avant l’heure du système de communication Gsm, l’éditeur Alioune Diop « bâtisseur inconnu du monde noir », une galerie de scientifiques et des sportifs de haut niveau comme Pelé. Tous sont noirs et mériteraient de figurer au Panthéon de l’histoire.

« L’ouvrage du Dr Oumar Dioume survient à une époque cruciale de notre histoire et mérite, pour plusieurs raisons évidentes, d’être (ré) édité, publié et largement diffusé et surtout d’être vulgarisé auprès du grand public, des élèves et des étudiants, sans oublier les politiques et les Noirs de la diaspora », écrivent les préfaciers Dominique Zidouemba et le Pr Ibrahima Sow (disparu en février dernier).

Dans le sillage des travaux de Cheikh Anta Diop et de Théophile Obenga, Oumar Dioume a voulu, lui aussi, mettre en lumière, dans cet ouvrage, la formidable créativité et l’inventivité des Nègres dans tous les domaines de l’esprit, des sciences, des arts et du sport. Plus qu’une réhabilitation, il veut « restaurer » la vérité historique occultée, voire travestie par le monde occidental et contre le « mensonge du Diable », pour reprendre l’expression du psychanalyste suisse et haïtien Leslie J. Ponce. Car « se voir séparer de son image (comme l’Occident a entrepris de le faire avec l’Afrique), ou de ce qu’on croit être telle, c’est cela le diabolique ».

Le travail de Oumar Dioume va certainement contribuer à « exorciser » nos imaginaires de Nègres des contrevérités et des mensonges qui les aliènent et qui prétendent qu’ils n’ont « rien inventé ». Une leçon d’espoir à l’heure où la bataille des mémoires et plus que d’actualité.

Seydou KA

 

Last modified on jeudi, 24 mai 2018 04:13
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