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Mémoire des spahis aux jambaars : Dans le dédale du Musée des Forces armées

02 Jui 2018
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Inauguré en 1997, le musée des Forces armées sénégalaises, sis au Boulevard de la République à Dakar, a pour vocation de transmettre à la génération actuelle et future la mémoire combattante de nos forces armées. Visite guidée.

Celui qui vient chercher le mystère ici, ne le verra pas. Le mystère ne se voit pas, il se sent. Au musée des Forces armées sénégalaises, tout est mis en scène pour susciter l’émotion chez le visiteur. Nous avons fait le voyage dans le temps en compagnie du sergent-chef Ismaïla Diatta, conservateur du mémorial de Thiaroye. Au rez-de-chaussée, nous sommes accueillis par le Monument de Reims, construit pour la première fois à Bamako, en janvier 1924. En juillet de la même année, une réplique a été construite à Reims en France. « Durant l’occupation allemande, la première chose qu’ont faite les troupes hitlériennes, c’est de raser ce monument qui glorifiait les Tirailleurs sénégalais et ont pris avec eux le matériau avec lequel il était construit ». A côté, on peut lire le célèbre poème de Léopold Sédar Senghor, lui-même ancien tirailleur et prisonnier de guerre dans lequel il vante la qualité de ses frères d’armes : « Vous n’êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur, mais je déchirerai les rires banania sur toutes les rues de France […] ». Des paroles qui résonnent encore pleines de sens. Il a quelque chose de touchant, ce tirailleur avec sa chéchia ! En montant les escaliers, nous tombons sur les spahis, les ancêtres de la gendarmerie et de la garde rouge. Ce corps aux qualités guerrières redoutables, dont l’origine remonte à l’empire ottoman, a été introduit au Sénégal par Faidherbe, qui était étonné et émerveillé de voir des Africains faire la guerre en cheval.

Petite histoire des spahis

« Au départ, ils étaient 21 spahis commandés par un Français, le lieutenant Petit », souffle notre guide. Entre 1997 et 2000, le musée propose au public une exposition intitulée « Des spahis à la Garde rouge ». Nous montons maintenant au premier étage et empruntons le « Couloir des origines ». Celle des Tirailleurs sénégalais. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, leur histoire remonte loin. Précisément au 13ème siècle. A leur arrivée à Gorée, les colons avaient recruté dans la population autochtone Lébou des laptots (matelots indigènes, parfois piroguiers, porteurs ou débardeurs), à qui ils ont appris le maniement des armes, pour sécuriser les comptoirs commerciaux. Plus tard, ces hommes serviront d’interprètes ou de dockers. Pour la petite histoire, ces laptots ne portaient pas de chaussures, parce que, dit-on, le colon n’était pas dans les dispositions de leur en payer. Selon une autre version, c’est parce qu’ils étaient plus à l’aise pieds nus. Quoi qu’il en soit, cette force autochtone va jouer son premier grand rôle en 1809, quand les Anglais ont pris le contrôle de Saint-Louis, la capitale de l’Aof. Avec le naufrage de la Méduse et du 16e Léger, envoyé pour reconquérir la colonie, Faidherbe propose à Napoléon 3 le recrutement, sur place, de combattants. C’est ainsi qu’est né le premier bataillon de tirailleurs sénégalais par le décret de Plombière (21 juillet 1857). La France va s’appuyer sur cette force durant toute la période coloniale et lors des deux guerres mondiales. Elle ne sera dissoute qu’après les indépendances.

La bataille de Pathe Badiane

Nous entrons maintenant dans la salle « Campagne du Sénégal » avec la reconstitution de la fameuse bataille de Pathé Badiane (appelée aussi Paoskoto). « Quand certains résistants (Maba Diakhou, Lat Dior et Alboury Ndiaye) ont analysé les causes de leurs défaites, ils ont tendu un piège aux Français », explique le sergent-chef Diatta. La suite de l’histoire est connue.

Après cette campagne haletante, nous prenons place dans la « Salle de recrutement ». On y voit Blaise Diagne, flamboyant dans son manteau et ses bottes « cirées par des Blancs ». De quoi impressionner ses frères noirs. Avec son fameux slogan (« en versant le même sang on gagnerait les mêmes droits »), il va convaincre ses frères africains - à commencer par les chefs religieux - à donner leurs fils pour participer à la guerre. Sur un objectif de 50.000, il parviendra a recruté 77.000 tirailleurs un peu partout en Afrique. Devisant dans un coin de la salle, Van Vollenhoven et Merleau-Ponty affichent leurs divergences sur la manière dont l’Afrique doit contribuer à la libération. Nous sommes en 1916-1917.

La chair à canon mobilisée, nous voici dans « l’horreur et l’enfer » des tranchées, avec ses odeurs nauséabondes, son gaz asphyxiant, les blessés, les morts. Nous sortons presque soulagés de cette ambiance apocalyptique qui, malgré une mise en scène réussie, peine à rendre compte ce qu’a vécu ce contingent de tirailleurs dans le Fort de Douaumont, près de Verdun, où ils sont restés dix-huit jours « en loques magnifiques », dira Clémenceau. Le visiteur peut aussi apercevoir le téméraire Sergent Malamine Camara, tenant tête, presque tout seul, à Stanley et ses 700 hommes, pour défendre la « souveraineté » française sur le Congo. Mme Tirailleur, dont on parle moins, a aussi sa place dans ce musée. « Jusqu’en 1913 et le débarquement du Maroc, ces braves dames ont joué un grand rôle sur le front, assurant notamment la fonction de logistique et de réconfort pour leurs maris », explique le sergent-chef Ismaïla Diatta. N’ayant reçu aucune formation militaire, elles ont payé un lourd tribut dans les conflits. 1919. Fin de la guerre. La France est libre. Parade militaire (blanchie pour l’occasion) sur les Champs Elysées. Rideau. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

10 000 élèves en visite chaque année

Inauguré en 1997, le musée des Forces armées conserve actuellement « toute la mémoire combattante » du Sénégal, explique le colonel Jean Paul Ntap, directeur des Archives et du Patrimoine historique des Forces armées, à laquelle est rattaché le musée, qui a pour mission de collecter, conserver et diffuser le patrimoine historique des forces armées.

Des résistants (Lat Dior, Maba Diakhou, Alboury Ndiaye, etc.) aux Forces armées actuelles en passant par les tirailleurs sénégalais. L’idée de créer ce musée a été lancée par le général Lamine Cissé. Le musée accueille actuellement trois expositions permanentes : une sur les tirailleurs sénégalais, une sur la salle koweïtienne en reconnaissance au sacrifice des 93 « Jambaars » tombés lors de la première guerre du Golfe en 1991 et une autre sur la symbolique nationale (le drapeau, l’hymne nationale, etc.) pour forger un citoyen modèle. A côté de ces expositions permanentes, il y a une exposition itinérante qui va vers les écoles et les populations dans le cadre du concept « armée-nation ».
Selon le colonel Ntap, ces dernières années, il y a un « rush » vers le musée, parce que les gens « veulent connaître leur histoire ». Les visiteurs sont constitués d’étrangers, de nationaux, surtout la population scolaire et estudiantine, de chercheurs, etc. Les écoles de formation militaires (l’Enoa, l’Ecole d’application d’infanterie) envoient aussi leurs élèves, chaque année, pour le rituel. « Actuellement, nous faisons beaucoup d’efforts sur les plus jeunes, parce qu’ils sont plus réceptifs et intéressés par l’histoire combattante du Sénégal. Nous travaillons en étroite collaboration avec les écoles et les centres de formation et nous recevons annuellement plus de 10.000 élèves », informe le colonel Ntap. En venant ici, on leur raconte « là où le Sénégal a commencé et là où il est » en matière de défense. Les visiteurs ressortent, généralement, « très émus » de cette petite enceinte où on leur apprend une histoire qui n’est pas forcément enseignée en détail dans les écoles.

 

Sergent-chef Ismaïla Diatta

Héraut de l’histoire militaire

Gorée avait son Joseph Ndiaye. Thiaroye a son Ismaïla Diatta. À 46 ans, la voix solennelle, le sergent-chef Ismaïla Diatta est un passionné de l’histoire militaire. Formé à l’Ecole du patrimoine africain à Porto Novo au Bénin où il sort avec une Licence professionnelle en conservation préventive dans les musées, archives et bibliothèques de l’Afrique subsaharienne, il a fait une spécialisation en protection du patrimoine culturel pendant un conflit armé à Rome en Italie (2011-2012). Par la suite, il fera des voyages d’étude et de perfectionnement en Allemagne, en Chine et dans d’autres pays africains.

« Ces voyages m’ont permis d’avoir quelques rudiments sur le scénario d’exposition », dit-il. Il est actuellement le conservateur du Mémorial de Thiaroye. Parallèlement, il enseigne un module sur la conservation et la restauration à l’Institut supérieur des arts et des cultures (Isac) de Dakar.

Par Seydou KA (textes) et Assane SOW (photos)

 

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