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Livre : «Fourches collines» de Satako Diop Chronique d’un «mauvais coup» contre la Police

07 Jui 2018
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Malgré tout ce qui a été dit, un voile de mystère entoure encore les fameux événements du 15 avril 1987 marqués par la révolte puis la radiation de 6.000 policiers sénégalais. « Observateur intéressé et victime concernée », l’ancien contrôleur général de la Police nationale, Satako Diop, rapporte sa version des faits dans son ouvrage intitulé « Fourches collines ».

« Ce qui est familier n’est pas toujours bien connu », disait Hegel. Faisant sienne ce constat du philosophe allemand, Satako Diop a pris la résolution de témoigner pour apporter sa part de vérité sur les fameux événements de 1987 et 1994 ayant à jamais marqué l’histoire de la Police sénégalaise. Dans « Fourches collines », il apporte, de l’intérieur, un éclairage très édifiant sur ces deux événements. Ancien contrôleur général de la Police nationale, l’auteur a occupé les plus hautes fonctions au sein de la Police. Il a été, tour à tour, conseiller chargé des questions de sécurité au ministère de l’Intérieur, puis à la Primature après une riche carrière aux quatre coins du pays. L’intitulé – « Fourches collines (Critique, autocritique et analyse d’une décimation) – annonce la couleur. Il s’agit d’un jeu de mots s’inspirant de l’expression « fourches caudines », la pire humiliation que des légions romaines eurent à subir, pour qualifier la purge entreprise par le « proconsul » Jean Colin, alors tout puissant ministre d’Etat.

1.246 policiers, sur un effectif de 6.265 furent suspendus de leurs fonctions puis radiés. Telle la réplique d’un tremblement de terre de forte magnitude, les rescapés de ce « naufrage » vivront, sept ans plus tard, un autre traumatisme, avec le massacre de six policiers le 16 février 1994. Deux événements marquant que se propose de restituer l’auteur à travers cette chronique, « déclassifiant » au passage un pan de la « flic story » sénégalaise de ces trente dernières années.

Le « malaise policier »
Dans un style alerte, mêlant littérature et histoire, Satako Diop apporte une contribution remarquable pour une meilleure compréhension des péripéties ayant marqué cette « mutinerie (d’avril 1987) qui a failli dégénérer ». Il « réhabilite » au passage la mémoire des victimes innocentes de cette tragédie. Son témoignage est basé, pour l’essentiel, sur une compilation de ses notes consignées au fil d’une carrière marquée, tout d’un coup, par « un brutal coup d’arrêt », il y a trente ans. A ces carnets intimes, s’ajoutent des témoignages recueillis auprès d’autres victimes, ainsi que des éléments d’investigations et des appréciations personnelles sur l’impact sécuritaire de la gestion de ces événements. Avec patience et obstination, l’auteur a su remonter aux origines du « malaise policier » ayant conduit aux drames de 1987 et 1994. Pour cela, il est allé fouiller dans les pages d’archives. Avec le recul, il voit dans l’affaire

Ibrahima Ndiaye – du nom de ce chef de poste au commissariat central de Kaolack, brièvement placé sous mandat de dépôt, en 1986, suite à la plainte d’un plaignant, lors d’une intervention – l’indice prémonitoire, le signe précurseur de la révolte policière un an plus tard.

Après la réaction musclée du pouvoir, Satako avait échappé au glaive de Colin. Comme tous les cadres des personnels de la Police, il avait dû se soumettre au « détecteur de mensonge » de Colin. Le détachement de Ziguinchor qu’il commandait était resté fidèle et avait « travaillé normalement » lors des événements. Mais l’officier de Police n’a jamais cessé de ressentir le poids de l’humiliation qu’a constitué cette radiation collective avant une réintégration « au cas par cas ». Une amertume qui transparaît dans sa plume, même s’il reste fidèle aux faits dans sa narration. Plus qu’un rappel des faits, l’ouvrage de Satako est une enquête à charge et à décharge.
« Dans la tragédie du 16 février 1994 – comme d’ailleurs lors des événements de 1987 – le directeur général de la Police est à blâmer davantage que le ministre de l’Intérieur, pour n’avoir pas pris les dispositions appropriées dès les premiers signes de tension précédant ces deux chocs traumatiques », écrit-il.

Concernant Jean Colin, le personnage principal du film des événements de 1987, il avait « peut-être raison sur la faillite du commandement dans la Police mais, dans cette affaire, c’est le système qu’il avait lui-même contribué à bâtir qui était en faillite ». Quant aux chefs de la Police, leur réactivité a été « nulle », sans négliger des « soupçons de sympathie » pour le Parti démocratique sénégalais (Pds) dans certaines franges de la Police à l’époque. En définitive, au-delà de la Police, ce livre est une chronique précieuse de l’histoire politique du Sénégal tout court.

Seydou KA

 

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