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Livre : «Bammeelu Kocc Barma» de Boubacar Boris Diop : Le tombeau de l’identité sénégalaise

08 Jui 2018
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Dans « Bàmmeelu Kocc Barma », son dernier roman (en wolof), qu’il vient de présenter au public sénégalais, l’écrivain Boubacar Boris Diop se sert de la tragédie du naufrage du bateau « Le Joola » pour mettre en scène des personnages observateurs critiques de la société sénégalaise.

Ayant grandi entre la bibliothèque paternelle et les contes maternelles, dans la maison familiale à Thiès, Boubacar Boris Diop a découvert très tôt le poids des mots et leur puissance d’évocation. Mais ses logiques narratives viennent davantage des contes de la mère que des livres du père, confesse-t-il. Présentement à Dakar, il était hier à l’Université Cheikh Anta Diop pour parler de son dernier roman « Bàmmeelu Kocc Barma ». Le ton est donné dès le prologue : « Kafe bu naree neex bu baxee xeen » (ce qui signifie, littéralement, que le bon café se sent à son odeur)…

Pour Boris, la langue est à la fois matière et manière. Dans « Bàmmeelu Kocc Barma », il approfondit cette démarche avec une certaine « articulation » entre le politique et l’esthétique, relève Serigne Sèye, auteur d’une thèse sur l’œuvre de Boris. L’auteur use et abuse, dans ce roman, de ce que les spécialistes appellent l’amalgame littéraire, n’hésitant pas à mettre en scène des personnages fictifs et réels, mais aussi par la convocation de lieux ou faits réels (ici le naufrage du Joola) et imaginaires.

Quand il a eu le projet d’écrire ce livre, Boubacar Boris Diop s’est rendu au village natal de Kocc Barma, Keur Ndiongué Fall, où on lui a rapporté des propos de Kocc qu’il n’avait jamais entendu auparavant et qui sont d’une « réelle profondeur ». Mais le lecteur qui s’attendrait à lire un récit sur Kocc sera déçu ! C’est donc en visitant la tombe du sage wolof que l’auteur a eu l’inspiration de ce titre qui résume de façon allégorique, si l’on peut dire, le mal sénégalais. D’ailleurs, dira-t-il, « Kiné Gadjo [un des personnages principaux], c’est Kocc Barma au féminin ». Et cette coque du bateau au large de l’océan, avec tous ces corps, c’est le tombeau de l’identité sénégalaise, de tous nos péchés, constate, avec cynisme, Ngagne Demba, un autre personnage du roman.

La trame du roman s’articule, on l’a dit, autour du drame du « Joola ». Une tragédie qui aurait dû éveiller les consciences. Mais, hélas, que non. « Aux Etats-Unis, un pays d’environ 200 millions d’habitants, il y a un avant et un après 11 septembre 2011 [en référence aux attentats qui ont fait environ 3.000 victimes à New York et Washington]. Pour un petit pays comme le Sénégal, le naufrage du Joola, qui a fait 2.000 victimes, aurait dû laisser une marque indélébile sur notre mémoire collective », explique Boubacar Boris Diop. Pour mieux souligner le naufrage des consciences.

Pour Serigne Sèye, c’est sans doute le roman le plus moderne et le plus profond de Boubacar Boris Diop. Un roman « résolument tourné vers la mémoire », où les personnages marchent avec leur temps, une critique des mœurs politiques et une réflexion sur le métier de journaliste. En un mot, un roman qui parle de la complexité humaine, où un raté est peint de façon positive et quelqu’un qui réussit socialement (Ngagne Demba) de façon négative.

Militant des langues africaines
Pour susciter le débat autour du roman, l’Ecole doctorale Arts, cultures et civilisations (Arciv) de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop avait convié, ce jeudi, le public (composé essentiellement d’étudiants et d’universitaires) pour débattre du thème « Langue, esthétique et politique ». Une occasion de reposer le débat sur les langues nationales.

Connu pour sa démarche militante en faveur des langues africaines – d’où sa décision de ne plus écrire qu’en wolof – Boubacar Boris Diop n’a pas manqué de répéter, à cette occasion, que la question centrale demeure l’introduction de ces langues dans l’enseignement. « Ce qui manquait, c’est un corpus conséquent pour que cette littérature puisse entrer à l’université, dit-il. Aujourd’hui, des œuvres en wolof, ce n’est plus une curiosité ». « Le frein, c’est nous-mêmes. Si vraiment nous croyons à nos langues nationales, il faut aller vers ces belles œuvres comme le roman de Boris pour en faire un corpus dans l’enseignement », appuie Momar Cissé, linguiste et spécialiste de l’analyse du discours. Tout un débat.

Seydou KA

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