banner home page1

Pour vos insertions, contactez la Régie publicitaire de la SSPP Le Soleil

Hommage... : Ce que je retiens de Sembène, le Guelewar

16 Jui 2018
1141 times

09 juin 2007 - 09 juin 2018. Onze ans déjà qu'à chaque fois la disparition d'Ousmane Sembène est commémorée et remémorée par le monde culturel sénégalais. C'est une de ses œuvres majeures, le film « Guelewar » qui a fait que je retiens de Sembène l'image d’un combattant qui a voulu, avec art, faire avancer les choses dans son pays. Avec sa manière. Tellement Sembène, avec son talent reconnu mondialement et son œil très large, a vu de haut toute la société sénégalaise. Toute son œuvre littéraire et surtout cinématographique était mue par ce désir de peindre les traits et caractères de « son beau peuple ».

De « Mandat » en passant par « Xala » jusqu’à « Guelewar » et d’autres de ses films, Sembène a su nous mettre devant un miroir pour que nous puissions nous regarder en face. De tous les hommes de culture sénégalais, c’est lui qui a le plus compris sa société et qui a le plus reproduit les facettes de cette société par les écrits et les images. « En tant qu’homme de culture, on est un peu comme une éponge qui s’imbibe de l’ambiance de l’endroit. C’est le goût de la société, de ces problèmes qui doivent sortir à travers nos plumes. On doit être imprégné de cela », disait l’écrivaine sénégalaise Fatou Diome. Sembène a rempli ce rôle durant toute sa carrière d’homme de culture. Toutes les images, séquences, personnages ou encore lieux de « Guelewar » nous renvoient à cette société sénégalaise pleine de mystères, de contradictions, de bizarreries ou encore de « sénégalaiseries » selon une formule bien connue.

Dans « Guelewar », ce n’est pas seulement la perte anodine d’un corps dans une morgue d’hôpital qui a failli engendrer un affrontement religieux. C’est du tout. De la politique, la polygamie, l’analphabétisme, l’ignorance, le respect de la parole donnée, la perte des valeurs, l’acculturation. Vraiment du tout. Autant de choses qui nous montrent que le blocage de notre société est loin d’être levée. Le personnage de Guelewar en lui est une synthèse même de la personnalité du sénégalais type. Un mélange de fierté, d’orgueil propre, de refus de la fatalité, de courage et aussi de …..vices. Comme tout bon « ceddo ». Un homme d’honneur. La politique, étant au centre de nos sociétés post-indépendance, n’a pas échappé à la caméra de l’aîné des anciens dans « Guelewar ». Les élites politiques africaines n’ont jamais été préoccupées par le sort des populations. N’ayant pas de vision futuriste capable de nous donner une autosuffisance alimentaire, les politiciens ne se donnent pas de limites pour célébrer à grandes pompes la distribution d’aide alimentaire à des paysans qui, s’ils étaient mis dans de bonnes conditions, pouvaient se nourrir eux-mêmes. Comble de ce paradoxe, l’aide alimentaire est détournée et ne « profite qu’à une infime minorité » comme le dit si bien Barthélémy, le fils de Guelewar. Pour son courage et son sens du refus, Guelewar était chargé de dénoncer ces magouilles. Mal lui en pris quand il fera l’objet de bastonnade de la part d’un homme de main du politicien du coin. Le pompeux député-maire. Tient, comme si Sembène vivait toujours avec nous. Combien de fois, un journaliste ou un autre homme qui dit la vérité n’a pas été attaqué physiquement par des énergumènes qui sont à la solde de politiciens véreux. Comme cela se passe actuellement, Guelewar va y laisser sa peau sans aucune forme de procès pour paraphraser la Fontaine dans « Le loup et l’agneau ». La loi du plus fort étant toujours la meilleure en Afrique. Ses compagnons qui lui avaient donné carte blanche pour dire tout haut ce que le monde rouspètent tout bas, vont s’en tirer comme si rien n’était. Jusqu’à même demander une bière bien fraîche pour bien digérer le repas copieux servi lors de la cérémonie funèbre. Ils n’ont eu aucune honte à se pavaner dans la maison mortuaire en faisant la fête alors que celui qu’ils vont enterrer a rejoint l’au-delà par leur faute. Là aussi, Sembène nous apprend beaucoup sur ce que sont capables les Sénégalais, qui peuvent te pousser quand vous êtes ensemble pour un but bien noble et se rétracter quand la situation chauffe. Un vrai Guelewar, selon la tradition bien africaine, assume ses actes et ne rechigne pas à aller devant sabre au clair quand l’intérêt général est en jeu. Que dire de Barthélemy, « l’étranger dans son propre pays ». Ici, la question de l’acculturation est très bien posée par Sembène. Un fait qui aujourd’hui, est l’une des plus grandes problématiques auxquelles est confrontée la jeunesse africaine. Si les élites politiques avaient pensé à gagner le combat de l’éducation et de l’analphabétisme, sans doute ces petites erreurs comme la confusion dans le prélèvement des corps n’auraient dû pas se faire. La personne qu’il faut à la place qu’il faut aussi, « the right man in the right place », pour que celui préposé à la morgue ne puisse faire ces petites erreurs aux grandes conséquences. Un affrontement entre musulmans et chrétiens dans un petit village perdu dans Thiès, comme cela a pu être évité de justesse, allait être lourde de conséquences.

Dans cet imbroglio socio-politico-religieux, Sembène nous plonge dans les différences d’approches entre le christianisme où l’autorité du prêtre est reconnue au-delà même des questions religieuses. Monsieur l’Abbé intervient même dans les petits et grands soucis familiaux. Alors que de l’autre côté, l’imam a été obligé d’utiliser la force, quitte même à transgresser, avec l’insulte d’Abou Camara, pour imposer son autorité. En filigrane, Sembène raconte le sort des femmes, des veuves, surtout des filles aussi, livrées à la débauche dakaroise par l'échec du développement rural, les revers de la polygamie. Quelques personnages dans le film, comme l’adjudant-chef major Gora, veulent changer la marche des choses, mais le défi est énorme pour être relevé seul.

La liste n’est vraiment pas exhaustive pour citer les différents thèmes que Sembène a voulu faire passer dans « Guelewar ». Guelewar, c’est le dernier résistant contre l'indignité de nos pays vivant la main tendue. Mais que vaut les valeurs ou encore les principes dans le dénuement et la misère ? Comme le dit si bien le personnage de Barthélemy : « Il ne peut y avoir de valeurs dans la misère et la pauvreté ». Mais Guelewar nous a donné une réponse à tous ces questionnements. C’est à nous, nous seuls, d’amorcer le processus qui va nous mener vers le développement et l’émergence, la main tendue étant toujours au-dessous de la main qui donne. Personne ne va nous aider à nous passer de l’aide. Ce ne sera ni les distributions, à grandes pompes, de l’aide l’alimentaire encore moins l’appui des bailleurs de fonds qui vont nous permettre de lever la tête. Le développement se fera par nous-mêmes et pour nous-mêmes. Avec Guelewar, on voit bien que l’aîné des anciens, comme on le surnomme, n’a jamais caché son admiration pour ceux qu’ils voient comme des hommes de refus comme lui. Sa vie a été de grands moments de refus, jusqu’à devenir celui qu’il est. Un autodidacte qui s’est imposé dans deux domaines de la culture, l’écriture et le cinéma qui, a priori, sont des milieux intellectuels. Merci doyen de nous avoir ouvert les yeux….

Par Oumar NDIAYE

Rate this item
(0 votes)


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.