banner home page1

Pour vos insertions, contactez la Régie publicitaire de la SSPP Le Soleil

Culture (2401)

Le hall du Grand Théâtre national accueille, jusqu’au 13 avril, l’exposition « Le message de l’Islam d’Oman ». Initiée par l’ambassade du Sultanat d’Oman à Dakar, cette exposition itinérante, qui compte faire le tour du monde, a pour objectif de promouvoir les valeurs de tolérance religieuse, de compréhension mutuelle et de coexistence pacifique.

Région montagneuse à cheval entre l’Afrique et l’Inde, Oman est une contrée riche en histoire. Son passé glorieux porte les empreintes d’une civilisation islamique millénaire acceptée sans « heurts » et sans « contraintes » durant la vie du prophète Mouhamed. Ce dernier, en l’an 629, envoya une lettre aux deux rois d’Oman (Abd et Jadar) pour les inviter à devenir ses disciples. Ce qu’ils vont accepter... Pays majoritairement musulman, cette nation se distingue par la liberté de religion garantie au Sultanat où « il y a eu historiquement une acceptation et une compréhension mutuelle » ainsi qu’une « coexistence pacifique entre les diverses communautés religieuses ». L’exposition « Le message de l’Islam d’Oman », à découvrir jusqu’au 13 avril dans le hall du Grand Théâtre national, revient avec force détails sur ce message de paix, de tolérance et de compréhension. Elle ouvre un petit survol de l’histoire permettant de constater comment les dirigeants omanais, qui étaient installés à Zanzibar, étaient ouverts et tolérants envers les chrétiens de l’Afrique orientale. Par exemple, « en 1868, le Sultan omanais Majid a accordé un grand terrain aux Pères du Saint-Esprit au nord de Bagamoyo sur la côte africaine afin de leur permettre la première mission en Afrique orientale ». Comme l’indique les différents panneaux de l’expo, à Oman, la tolérance religieuse est une réalité historique qui a traversé les âges. Ce peuple, ouvert au monde, a entretenu pendant plus de 5. 000 ans des relations commerciales avec diverses nationalités. Aujourd’hui, cette tolérance religieuse cimente encore la société omanaise où l’Etat garantit aux d’adeptes de différentes religions la liberté de culte. Cette exposition se veut un message de paix à travers le monde. Elle s’inscrit dans un contexte particulier où l’image de l’Islam se trouve écornée dans certains pays et particulièrement ceux de l’Occident. C’est donc une façon d’œuvrer à la promotion d’une véritable compréhension de l’Islam qui est « une religion modérée ». Mais également de combattre « la bigoterie qui propage des idées stéréotypées et erronées sur l’Islam et les musulmans ». Au-delà de ce message de paix, de tolérance et de dialogue, l’expo offre aussi une plongée au cœur du quotidien des habitants de cette contrée inondée par les abondantes oasis. Les photos, les manuscrits et autres supports médiatiques renseignent sur les rites de naissance, les fêtes religieuses et la charité, la législation ainsi que la place de la religion dans la vie quotidienne des populations.

Place et rôle des femmes
Le rôle des femmes dans la société y est également exploré. En effet, « le changement de mode vie et la transformation d’Oman en un Etat moderne et ouvert ont contribué à changer les pratiques et opinions prévalant dans les relations avec les femmes ». Dans ce pays, la scolarisation des petites filles est devenue obligatoire. Ce qui a boosté le pourcentage de la présence des femmes au niveau du cycle universitaire. Les droits politiques de femmes sont mêmes, aujourd’hui, protégés par l’Etat. Ce faisant, elles occupent de hauts postes de responsabilité au sein du gouvernement ainsi que dans les représentations diplomatiques.

L’exposition « Le message de l’Islam d’Oman » est, selon l’ambassadeur d’Oman à Dakar, Abdullah Mohamed El Amri, une exposition itinérante à travers le monde dont l’objectif est de promouvoir les valeurs de tolérance religieuse, de compréhension mutuelle et de coexistence pacifique. Le Sénégal, qui à ses yeux présente des similitudes avec ce pays sur le plan des valeurs culturelles et religieuses, est le premier pays ciblé pour accueillir la première étape de cette exposition en terre africaine. Le ministre de la Promotion des Investissements, des Partenariats et du Développement des Télé services de l'Etat, qui a ouvert le vernissage de l’expo au nom de son collègue de la Culture, a indiqué que le choix de faire abriter le Sénégal cette exposition traduit la convergence des deux peuples dans une culture de tolérance. D’après Khoudia Mbaye, cette exhibition est, de par son message, une alerte sur les enjeux du moment avec la montée de l’extrémisme religieux et du terrorisme. Pour le ministre, ce thème « nous rappelle notre fraternité » et diffuse les vraies valeurs de l’Islam. D’où la nécessité de l’expliquer aux enfants afin de construire une culture de paix.

Ibrahima BA

En libéralisant l’accès aux codes Ussd, jusque-là une chasse gardée des opérateurs de téléphonie, l’Artp veut impulser une nouvelle dynamique de développement des services mobiles innovants et favoriser l’inclusion financière. Au grand bonheur des acteurs de l’écosystème du numérique. Hormis, peut-être, les opérateurs de téléphonie.

L’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) vient d’accéder à une forte demande des acteurs du secteur numérique, mais aussi des banques et de toutes les structures proposant des services financiers digitaux ou de monnaie électronique. Son directeur général, Abdou Karim Sall, a annoncé, hier, lors d’un point de presse, une « libéralisation » de l’accès aux codes Ussd. De l’anglais Unstructured supplementary services data (données de services supplémentaires non structurés), l’Ussd permet d’accéder à des services à valeur ajoutée tels que le paiement électronique ou le mobile money à partir du téléphone portable. Jusqu’à présent, ces codes étaient étaient exclusivement détenus et exploités par les opérateurs de téléphonie mobile qui « pour des raisons évidentes pouvaient limiter ou bloquer leur accès aux autres acteurs », alors qu’ils (ces codes) constituent un canal fondamental permettant d’offrir des services financiers et autres services innovants. C’est cette situation de monopole décriée par les autres acteurs et qui est « fortement préjudiciable à la concurrence et à l’innovation » que l’Artp veut casser, avec la mise en place de ce nouveau cadre juridique. L’objectif est de permettre aux acteurs de tout l’écosystème d’impulser « une nouvelle dynamique de développement des services mobiles innovants ». « A travers cette décision, nous avons l’ambition de créer les conditions d’accès équitable à ce que nous considérons comme une facilité essentielle », justifie Abdou Karim Sall.

Pionnier en Afrique francophone
Naturellement, cette décision ne plaît pas forcément aux opérateurs de téléphonie qui voulaient continuer à « garder leur périmètre », même si l’Artp assure avoir opté pour une démarche concertée, incluant l’ensemble des parties prenantes : opérateurs de téléphonie mobile, fournisseurs à valeur ajoutée, etc. En effet, cette décision aura plusieurs implications sur l’écosystème du numérique. A commencer par une diminution des frais d’accès qui vont passer de 1 million à 350 000 FCfa (les trois opérateurs de téléphonie ont accepté de s’aligner sur ce tarif). Mais l’enjeu est ailleurs. D’abord, les opérateurs ne peuvent plus octroyer des codes Ussd qui seront sous le contrôle « exclusif » de l’Artp. Désormais, tout fournisseur de services à valeur ajoutée devra s’adresser à l’Artp pour avoir un code Ussd. Il y a aussi l’interopérabilité des différents codes, indépendamment de l’opérateur auquel on est abonné. L’Artp entend ainsi renforcer, avec cette décision, la concurrence dans le secteur des télécommunications, en particulier sur le segment de la téléphonie mobile, et promouvoir l’innovation, la baisse des prix des services, tout en s’alignant sur les meilleurs standards internationaux. « Il s’agit, pour nous, de donner la possibilité aux acteurs locaux, Pme, start-ups, acteurs de l’industrie numérique locale et d’autres secteurs de disposer facilement d’outils leur permettant de proposer à la population des services innovations au meilleur prix », plaide le Dg de l’Artp. L’Union internationale des télécommunications (Uit) demande aux autorités de régulation de favoriser l’accès des acteurs non opérateurs de téléphonie mobile aux codes Ussd afin d’encourager l’inclusion financière des populations en Afrique, mais, à ce jour, très peu de pays ont suivi cette recommandation. Le Sénégal fait ainsi œuvre de pionnier en Afrique francophone. Jusque-là, seuls l’Afrique du Sud, l’Ouganda, le Kenya et le Ghana avaient libéralisé l’accès aux codes Ussd. En Côte d’Ivoire, le processus est enclenché, mais les opérateurs de téléphonie continuent de faire de la résistance. L’Artp promet d’appliquer cette décision de « manière rigoureuse ». Et ceux qui seront tentés de bloquer la procédure se verront appliquer les sanctions prévues par le code des télécommunications.

Seydou KA

Le ministre de la Culture préside demain, à 9 heures au Grand Théâtre national de Dakar, l’atelier de validation de la Revue annuelle conjointe 2018 de son Département, annonce un communiqué. 

Le ministère a entrepris en 2016, rappelle le document, l’élaboration d’une Lettre de politique sectorielle et de développement (Lpsd) qui permet de réajuster  sa politique culturelle  aux orientations du Plan Sénégal émergent.

Il s’agit par la Lpsd, explique le communiqué, de traduire la théorie en plans d’actions opérationnels, avec des moyens humains et financiers à la hauteur de l’importance des challenges qui, entre autres enjeux, s’insèrent dans la trame des grands projets du Chef de l’Etat.

El H Massiga FAYE

La Direction de la cinématographie et la famille Casset organisent la sortie nationale du film documentaire sur Mama Casset, « African Photo » de Elisa Mereghetti, demain à 17h 30, au Complexe cinématographique Sembene Ousmane du Magic Land, rapporte un communiqué. Le document rappelle que Mama Casset est l’un des premiers photographes sénégalais et africains. « Sa photographie représente l’histoire et constitue des archives ou œuvres d’art pour le Sénégal. Il était un portraitiste qui aimait se définir comme un "artiste" », explique le communiqué soulignant que le film explore sa vie de photographe avec des témoignages de sa famille, de l’artiste-peintre Kalidou Kassé, de Ousseynou Wade (ancien Sg de la Biennale de Dak’art), de la styliste Oumou Sy, etc.

E. M. F.

L’artiste-compositeur Guerrety Badji organise la deuxième édition de la « Nuit du Bougarabou », ce samedi 14 avril, au Cices de Dakar. A travers cette nuit culturelle, l’artiste-compositeur, à la fois auteure et interprète, veut faire célébrer la culture diola à travers le « Bougarabou ».

Le « Bougarabou », rythme musical propre à la Casamance, tend à disparaître, avertit l’artiste Guerrety Badji. Les percussions traditionnelles animaient toutes les veillées culturelles chez les Diolas. Après les travaux champêtres, tous les villageois se regroupaient dans l’enceinte du village où ils dansaient le « Bougarabou », se rappelle Guerrety Badji. L’artiste, nostalgique de cette belle époque, veut faire renaître cette danse en organisant, le 14 avril 2018, au Cices, la deuxième édition de la « Nuit du Bougarabou ». Une occasion, pour elle, de réunir tous les ressortissants diolas basés à Dakar.

Le « Bougarabou », selon l’artiste, est un instrument unificateur des populations. Mais, au-delà de la relance du « Bougarabou », Guerrety Badji promet que cette soirée sera une nuit de multi mélodies où il y aura de l’afrobeat, du « Bougarabou », du folk-tradi-moderne. « Le but de la Nuit du «Bougarabou» est de rendre hommage à Bakary Olé Diédhiou qui était un grand percussionniste que les Sénégalais n’ont pas bien connu mais qui était très célèbre à l’international », informe l’artiste.

Aujourd’hui, le « Bougarabou » est en train de perdre sa valeur, déplore Mme Badji. Avec les ballets, explique-t-elle, beaucoup de percussionnistes jouent le « Bougourabou » avec des tam-tams tels que le « Sabar ». Ce qui, à son avis, dénature complètement le rythme du « Bougarabou ».

Gueretty Badji a placé cette nuit sous le haut parrainage du président de la République, Macky Sall. Selon l’artiste, le chef de l’Etat, depuis son élection, a beaucoup fait pour la région naturelle de la Casamance, notamment pour les jeunes et les femmes de cette partie sud du pays. « C’est un geste à saluer. C’est pourquoi nous avons décidé de lui faire parrainer cette soirée », informe-t-elle. Le chanteur Youssou Ndour est aussi attendu à cette soirée.

Cependant, Guerrety Badji a choisi comme artiste invitée principale Marie Ngoné Ndione. « C’est une grande sœur. C’est mon idole », révèle Mme. Badji. Selon l’artiste, Marie Ngoné Ndione a beaucoup participé dans sa carrière musicale à travers des conseils, des encouragements.

Hymne à la paix
En outre, la « Nuit du Bougarabou » revient trois ans après la première édition qui a eu lieu en 2014. Trois ans que Guerrety Badji s’est mise à préparer la deuxième édition. La « Nuit du Bougarabou », dit-elle, demande beaucoup de moyens, car il faut faire venir des artistes depuis la Casamance. La « Nuit du Bougarabou » n’est pas un concept aussi simple que ça. Elle demande des moyens. Nous avons travaillé sur le concept pendant trois ans. La première édition nous a servi de leçon », renchérit-elle.

L’artiste-compositeur a toujours œuvré pour la paix en Casamance. Aujourd’hui, elle est heureuse de constater que cette paix est revenue en Casamance. « J’ai commencé à travailler sur la paix en Casamance à l’âge de 15 ans. Au moment où les autres entraient dans le Bois sacré, moi j’avais déjà commencé à composer des chansons pour la paix », explique-t-elle. Ainsi, l’interprète a chanté « Kakine » pour parler des conflits liés au foncier.

Selon elle, la cause principale du conflit casamançais est liée à la terre. A travers sa musique, elle a composé cette chanson pour sensibiliser les populations autochtones, les autorités locales.

Mme Badji a aussi chanté « Bana-Bana » pour rendre hommage aux femmes qui travaillent comme ménagères et « Kébalou » pour alerter sur les dangers de l’excision des jeunes filles. L’artiste qui a fait le tour des zones frontalières de la Guinée Bissau et de la Gambie prêche pour le retour des populations de la Casamance qui avaient déserté leurs villages à cause du conflit. « Les populations déplacées veulent revenir, mais elles n’ont plus de toit. Si on les aide à avoir des abris, tous les réfugiés reviendront », plaide Guerrety Badji. Après la « Nuit du Bougarabou », elle compte reprendre son bâton de pèlerin pour encore mener des missions pour la reconstruction de la Casamance.

Aliou Ngamby NDIAYE

La région de Fatick a célébré les festivités marquant la Journée internationale du Théâtre dans la ville de Gossas. Une occasion pour les comédiens de rivaliser de talents artistique et théâtral, mais également d’échanger sur les problèmes du théâtre dans la région de Fatick.

Le choix de Gossas d’abriter la célébration de la Journée mondiale du Théâtre, dans la région de Fatick, cette année, n’est pas fortuit, a indiqué Ngakane Gning Diouf, directrice du Centre culturel régional. Selon elle, le théâtre est connu pour son dynamisme dans cette localité dont les artistes et comédiens, à travers leurs groupes, représentent, depuis 2015, la région de Fatick au Festival national des arts et cultures (Fesnac). « Même si leur participation se passe toujours avec des fortunes diverses. Mais, cela se comprend du fait du manque de professionnalisme des comédiens qui ont besoin de formation et de renforcement de capacités. Et cela, nous nous attelons à satisfaire ce besoin crucial pour leur permettre de se perfectionner davantage », souligne Mme Diouf.

L’organisation de la journée a été donc une manière, selon elle, « d’honorer ces artistes et comédiens de Gossas et leur assurer notre soutien total en étroite collaboration avec le directeur du Cdeps de la ville qui est notre relais à Gossas du fait que nous ne disposons pas d’un bureau encore moins un agent sur place. Aussi, nous sommes en contact permanent avec les autorités, à la tête desquelles le préfet du département ainsi que le Conseil départemental de la jeunesse ».

Ainsi, le programme de la journée a donné lieu à des prestations des troupes locales au nombre de quatre dont celles de Dental et de Njaluck qui ont produit du beau spectacle devant le nombreux public qui a envahi la Salle des fêtes de la mairie de Gossas. Par ailleurs, avant le mouvement des troupes, une rencontre d’échanges entre acteurs a eu lieu sur les problèmes du théâtre dans la région de Fatick de manière générale.

En marge de cette Journée du Théâtre, le Centre culturel régional a organisé « Talents d’écoles avec comme cibles les collèges de la commune de Fatick parmi lesquels le collège Thierno Mamadou Sall, le Cem3 et les collèges privés Mame Mindiss et du Sine. Les participants ont rivalisé dans les concours de génie en herbe, de discours, de théâtre et de danse en plus d’un concours de miss ».

Le but ,souligne t-elle, « est de traduire en acte le lien qui existe entre les deux secteurs de la culture et de l’éducation, et par la même occasion de renforcer les connaissances des enfants et de développer en eux l’esprit de créativité ».

Mohamadou SAGNE

La créativité « est toujours là », assure le chanteur Stromae qui, après une longue absence pour coup de fatigue, compte bien revenir à la musique mais « à un rythme plus sain et reposé ». « Je suis toujours là », a-t-il répondu à Laurent Delahousse pour l’émission « 19 heures Le Dimanche » diffusée ce dimanche sur France 2, à l’occasion du défilé parisien de sa griffe de prêt-à-porter.

Stromae n’est pas remonté sur scène depuis fin 2015, à l’exception d’une apparition le mois dernier au côté du rappeur Orelsan. « J’avais besoin d’enlever toute cette pression qu’amène le succès (...) J’avais fait 200 concerts en deux ans, ce qui était un nombre insensé. C’était une superbe expérience mais (...) c’est allé trop vite », raconte-t-il... Quant à la créativité, « elle est toujours là », explique le musicien dont l’album « Racine carrée » (2013), avec des tubes comme « Formidable » ou « Papaoutai », s’est écoulé à 3,5 millions d’exemplaires dans le monde. La scène, « je reconnais que c’est quelque chose dont je ne pourrai pas me passer. Par contre, la façon dont j’envisagerai la suite (...) ce sera à un rythme beaucoup plus sain et reposé. »

(AFP)

Rahmatou Seck Samb est la lauréate du Grand prix du président de la République pour les Lettres, édition 2017. Elle est l’auteure de trois ouvrages : « A l’ombre du Négus rouge », « Du Baobab au Saguaro », « Fergo » (Publié chez Abis Editions). Dans cet entretien accordé au « Soleil », l’écrivaine évoque en filigrane l’œuvre qui a été primée, son parcours comme auteure, mais également porte un regard sur la littérature sénégalaise.

Qu’est-ce que cela fait pour un écrivain de gagner le Grand prix du président de la République pour les Lettres ?
C’est un grand plaisir, c’est un immense honneur mais aussi endosser une grande responsabilité. Lorsqu’on est lauréat d’un Grand prix, ce qui est important, c’est moins l’œuvre que l’on a produite que de continuer à prouver que l’on mérite cette distinction. Je pense que l’on n’a plus le droit de faire moins. Il faut toujours faire un travail de qualité au moins égal. C’est un tournant vers une écriture plus responsable, plus exigeante avec elle-même. C’est moins la récompense que la reconnaissance. Car, lorsqu’on a été primé parmi les 66 œuvres qui étaient sélectionnées, ce n’est pas rien. Après un temps d’arrêt, on a l’impression que le Grand prix du président de la République pour les Lettres a reçu un souffle nouveau. Je pense que cela ne va plus s’arrêter.

Parlez-nous de « Fergo », l’œuvre qui vous a valu ce Prix…
« Fergo » en pulaar signifie l’émigration. Je définis ce mot ainsi : aller chercher fortune et revenir pour partager. C’est un livre que j’ai écrit pour plusieurs raisons. C’est un hommage que j’ai voulu rendre aux émigrés pulaar qui sont partis du fleuve Sénégal après les années de sécheresse. Après avoir traversé toute l’Afrique, ils se sont établis en République démocratique du Congo (Rdc) dans les mines diamantifères. Dans cette épopée, le personnage principal, c’est Baïdy Sy, qui, à la suite d’une déception amoureuse à la veille de son mariage (son épouse a été enlevée). Pour sauver l’honneur, il épouse sa cousine germaine. Il part en Rdc sur les traces des grands diamantaires comme Silèye Guissé. Il part avec plein de rêves, notamment de fortune, mais aussi d’effrois car la vie de diamantaire n’est pas facile (éboulements dans les mines, expulsions, etc.). C’est un éternel recommencement, mais il part. Il traversera des pays : Mali, Burkina Faso, Dahomey (actuel Bénin), Nigeria, Cameroun, Gabon, Congo Brazzaville, Rdc.

Pourquoi un personnage émigré ?
Je dois dire que lorsque j’ai commencé, j’ai rêvé écrire un livre dans lequel je pourrai comparer la femme d’Afrique centrale (bantou) à la femme sahélienne. J’ai vécu 5 ans en Rdc et j’ai vu qu’il y a tellement de différences. C’est cela que j’ai voulu montrer. J’ai voyagé 27 ans avec mon époux diplomate au Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés. J’ai traversé beaucoup de pays, rencontré d’autres cultures. J’ai comme un devoir de mémoire après ces voyages que je considère comme des carnets de route. Même étant épouse de diplomate, il y a des rôles à jouer au-delà de la mondanité. C’est un devoir, une fierté. La plupart de mes romans retracent mon itinéraire.

Depuis quand écrivez-vous ?
J’ai commencé à écrire en 1992. C’est pourquoi il est intéressant de voir comment naît un roman. Je n’écris pas beaucoup. Je mise surtout sur la qualité, car écrire c’est respecter le lecteur. Il faut que cela en vaille la peine. Lorsque j’ai commencé à écrire, notamment "Le Négus rouge", ma consœur Aminata Sow Fall m’avait dit : « Ma petite sœur, si vous voulez avancer dans l’écriture, il faut de la modestie. Si vous voulez en faire une profession, quittez chez vous. Même si vous avez de l’espace, quittez votre maison pour aller écrire et revenir ». Je pense qu’il faut de l’humilité, beaucoup de travail, l’inspiration du rêve.

Pourquoi le choix de l’épopée comme genre littéraire ?
Au départ, mon objectif, c’était de faire un livre dans lequel je compare la femme sahélienne et la femme bantou dans leur goût. Par exemple, la Sénégalaise est une orientale avec des goûts chatoyants, etc. Par contre, la femme bantou a d’autres goûts comme les cotons fleuris, les parfums. Par exemple, au Cameroun, la femme a beau être professeur d’université, elle se réveille à 4h du matin pour faire sa cuisine avant de partir au travail. La domestique est engagée pour nettoyer non pour cuisiner. Quel que soit son rang social, son statut, la femme cuisine pour son époux. J’ai voulu comparer ces deux types de femmes au travers d’un ménage polygame. Dans cette épopée, le héros est de la classe Tiédo (noblesse guerrière chez les Pulaar). Tous les éléments sont réunis pour épouser ce genre littéraire : l’honneur, le risque, les difficultés. On lui a ravi la femme qu’il aimait, qu’il comptait épouser. Les Pulaar savent aimer. J’ai fait beaucoup de recherches et j’ai lu de la littérature pulaar. Le fond culturel reste le même. Outre la langue maternelle, on devrait instituer l’apprentissage d’une deuxième langue nationale.

Qu’en est-il de votre cursus scolaire, universitaire ?
J’ai étudié à l’école mixte de Bargny jusqu’au CE2. Je suis allée à l’Immaculée de Rufisque. Lorsque que j’ai fini le cycle primaire, je suis allée à Notre Dame jusqu’en classe de Seconde avant de rejoindre Sainte-Jeanne d’Arc où j’ai eu mon Bac. Je me suis mariée juste après l’obtention de ce diplôme. C’est en étant mariée que j’ai eu ma Licence en droit public avant un diplôme de 3ème cycle en économie de développement à Grenoble (France). Je suis juriste de formation avec une spécialisation en genre. Après la retraite de mon époux dans les années 1999-2000, nous sommes rentrés au Sénégal. C’est à partir de ce moment que j’ai débuté une carrière d’écrivaine. J’ai écrit "A l’ombre du Négus rouge", "Du Baobab au Saguaro", en hommage à mon frère décédé. Je lui parle de ce qui s’est passé avant et après sa mort avec des évocations de la culture lébou. Ensuite, j’ai écrit "Fergo". Lorsque j’écris, je commence par le chapitre que je veux. Au départ, je voulais en faire une pièce de théâtre, mais Dieu m’a donné comme don dans le côté description. Je suis très nulle pour les dialogues. Finalement, j’ai opté pour le roman. C’est pourquoi il y a deux rythmes : l’un est épique, l’autre avec un monologue.

Quel regard portez-vous sur la littérature sénégalaise, le monde de l’édition ?
Le Sénégal est un peuple d’artistes. Je disais que la culture pourrait fournir beaucoup de métiers : littérature, stylisme, coiffure. Dans la rue, chaque personne porte une œuvre de création. C’est pareil avec l’écriture. Les gens disent que le niveau n’y est pas. Je dis il y a d’excellents auteurs. Les gens ne les lisent pas. Il faudrait lorsqu’un livre sort, qu’il soit primé, que le ministère de l’Education nationale en achète beaucoup d’exemplaires, qu’on incite les grandes entreprises à faire du mécénat. Un livre qui remporte un Grand prix, il est passé par le meilleur des tamis. Ce livre doit aller au programme. Au Sénégal, il y a eu des alternances politiques mais en matière de culture, c’est la continuité. Le Grand prix, c’est une vitrine pour le Sénégal. Si on met le maximum dans la culture, beaucoup de jeunes ne partiraient pas mourir dans les pirogues ou se faire traiter comme esclave dans le désert. Il faut mettre le paquet dans la culture. C’est de l’économie, c’est de la création de richesse. Il y a une économie de la culture. Il ne faut pas la prendre comme de la fantaisie mais un secteur pourvoyeur d’emplois, de biens. C’est autour de la culture que se construit la paix sociale. C’est le lieu où toutes les énergies, les sensibilités, les espoirs peuvent se retrouver. C’est dans la culture que l’on va retrouver la paix sociale.

Réalisée par Omar DIOUF & E. Massiga FAYE

La 4ème édition de la Journée de la Renaissance africaine, instituée lors du 15ème Sommet de l’Union africaine, en 2010, à Kampala, a été célébrée mardi dernier. A Dakar, le Monument de la Renaissance africaine a abrité cette cérémonie marquée par la présence de plusieurs nationalités africaines en parfaite communion avec le peuple sénégalais représenté par toutes ses composantes.

Il y a eu de la joie, de l’ambiance et surtout une communion sincère entre des peuples d’Afrique liés par l’histoire et le destin à construire dans l’union. La célébration de la Journée de la Renaissance africaine au Monument du même nom a été un instant d’exaltation des valeurs africaines et universelles et d’affirmation des identités plurielles qui y ont rehaussé leur fierté.

Car elle est un moment « pour témoigner et nous féliciter de l’engagement que l’Afrique, le continent-mère, a pris pour consolider son unité et poursuivre résolument sa marche vers le progrès. Il ne s’agit pas, en effet, de contempler le passé dans ses moments de mémorables gloires, ni de se plaindre des actes hideux subis de long en large du continent, mais plutôt de traduire en philosophie agissante le besoin de nous affirmer, dans la dignité de nos valeurs, et de jouer notre partition dans le concert mondial », a souligné Birane Niang, secrétaire général du ministère de la Culture parlant au nom du chef de ce département. Elle s’inscrit aussi dans une généreuse ambition des autorités publiques de faire de la culture un vecteur d’union, d’élargissement des possibilités d’action. Elle est à l’image du projet du Musée des civilisations noires qui participe, à son avis, du souci partagé de placer la culture non seulement au cœur des politiques de nos pays mais également d’en faire à la fois un stimulant de nos énergies créatrices et un facteur déterminant de croissance. La parade des nations africaines en vêture traditionnelle, au-delà de l’esthétique, traduit les innombrables richesses -dans son acception la plus noble- dont sont pourvus les Africains.

« Cette manifestation célèbre la joie d’être ensemble », a dit l’ambassadeur du Cameroun au Sénégal, Jean Koe Ntonga, particulièrement élogieux à l’endroit du Monument de la Renaissance africaine pour sa beauté, son envergure et le symbole qu’il incarne pour tout le continent.

Celui qui en est l’administrateur, Abdoulaye Racine Senghor, heureux de recevoir tout ce beau monde, s’est réjoui de la présence de plusieurs pays africains et de leur contribution dans la réussite de cette journée placée sous le thème : « Renaissance africaine, consolider nos liens pour bâtir l’Afrique ». Et son destin ne saurait s’accomplir sans l’implication de sa frange la plus jeune. La présence de nombreux écoliers, particulièrement enthousiastes, montrent que les organisateurs en ont bien pris conscience.

Alassane Aliou MBAYE

Pays invité d’honneur de la 13ème édition de la Biennale de l’art africain contemporain (Dak’Art), la Tunisie présentera une exposition sous le thème « Tenir la route » avec 15 artistes.

La ville de Dakar accueille, du 3 mai au 2 juin, la 13ème édition de la Biennale de l’art africain contemporain (Dak’Art) sous le thème « L’heure rouge ». La Tunisie est le pays invité d’honneur. Dans cette perspective, une mission de prospection, sous la conduite de la commissaire de l’exposition, Rachida Triki, a séjourné dans la capitale sénégalaise les 3 et 4 avril. Mme Triki était accompagnée de la directrice des Arts plastiques au ministère des Affaires culturelles, Jedidi Rabaa, du secrétaire général de l’Union des artistes plasticiens tunisiens, Gharsallah Wissem...

Lors d’une rencontre avec la presse sénégalaise, la commissaire de l’exposition est revenue sur le sens de la participation de la Tunisie comme pays invité d’honneur du Dak’Art. Au regard de Rachida Triki, c’est un honneur qui est fait à la Tunisie d’autant plus que le projet de la Biennale répond tout à fait à la mutation actuelle que vit la société tunisienne. « Le thème général du Dak’Art, « L’heure rouge », concerne le Sénégal, l’Afrique. Mais, chaque commissaire d’exposition devait travailler à quelque chose qui correspond à sa région », a expliqué celle qui fut, en 2010, commissaire d’expo pour l’Afrique du Nord. Selon elle, la Tunisie vit, depuis 7 ans, une révolution sociale, politique, au niveau de la scène artistique.

« Nous sommes toujours en plein débat sur la Constitution, le sens de l’orientation que la Tunisie doit mener par rapport aux problèmes qu’elle rencontre », a relevé Rachida Triki. L’exposition de la Tunisie est placée sous le thème « Tenir la route » dans le sens où les artistes tunisiens sont des créateurs embarqués dans une prise de conscience très forte. « Ils essaient de participer, malgré toutes les contre révolutions, de tenir la route. C’est-à-dire de mener à bien cette mutation démocratique et défendre les libertés », a souligné la commissaire d’exposition.

Sur les 52 dossiers reçus suite à un appel à candidature, 15 œuvres ont été retenues. La tonalité tourne autour d’œuvres critiques, engagées ou axées sur la résistance avec des expressions artistiques comme l’installation, la gravure, la photo, la peinture, la sculpture. « Ce sera un miroir de la pratique artistique contemporaine en Tunisie », a promis Mme Triki, rappelant que le Dak’Art est un tremplin pour les artistes tunisiens qui y ont été primés.

El H. Massiga FAYE

Dans sa série d’activités, la Villa des arts, à Dakar-Hann, a accueilli, avant-hier, une rencontre d’information sur les droits d’auteur et droits voisins. Cette retrouvaille avec les membres de la Sénégalaise du droit d’auteur et des droits voisins (Sodav) a été une occasion pour sensibiliser les acteurs des arts visuels sur les enjeux liés à cette législation.

A l’heure du tout numérique, une meilleure compréhension de la propriété intellectuelle semble plus que jamais nécessaire pour la promotion de l’industrie créative. L’urgence est donc de travailler à une bonne conception des enjeux liés au droit d’auteur et des droits voisins. La rencontre d’information sur le droit d’auteur et les droits voisins, initiée, mardi dernier, par la Villa des arts, s’inscrit dans cette perspective. Elle a permis, grâce à des échanges fructueux avec l’équipe de la Sénégalaise du droit d’auteur et des droits voisins (Sodav), de sensibiliser les acteurs des arts visuels sur leurs prérogatives dans cette législation, les spécificités liées à leur secteur ainsi que l’intérêt et la pertinence de maitriser ces droits.

Au Sénégal, a relevé le conseiller technique au ministère de la Culture et vice-président du Comité permanent du droit d’auteur et des droits connexes de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi), peu d’efforts sont faits par les acteurs pour connaitre leurs droits afin de pouvoir être une force de proposition. Dans sa communication, Aziz Dieng a tenu à soulever un certain nombre de notions qui font la spécificité du secteur des arts visuels dans le domaine du droit d’auteur. Il s’agit notamment du droit de suite, lequel permet à l’artiste, en cas de vente de son article, de continuer à percevoir un certain pourcentage. Selon M. Dieng, ce droit dispose que l’artiste soit associé au succès de son œuvre. La législation sénégalaise, a-t-il précisé, prévoit que 5% de chaque vente lui soit attribué. Ce qui peut varier en fonction des pays. Aux Etats-Unis, par exemple, le droit de suite n’est pas reconnu. L’autre élément spécifique lié aux arts visuels concerne le respect de l’esprit et de l’intégrité de l’œuvre. C’est une manière d’ « empêcher toute dénaturation ou altération afin de préserver l’expression authentique de celle-ci ». Dans le milieu des arts, peu sont ceux qui savent ces différentes dispositions juridiques. D’où la nécessité, a expliqué le conseiller technique, d’arriver à un changement de comportement. Le directeur général de la Sodav, Aly Bathily, a annoncé qu’un travail est en train d’être fait pour le traçage des arts visuels à travers le monde afin de s’assurer de la récupération des droits. Il a invité les artistes à se formaliser pour accéder au droit de suite.

Ibrahima BA

Dans le cadre de sa politique de Responsabilité sociétale d’entreprise et de son soutien au développement de l’écosystème numérique au Sénégal, Sonatel a lancé, le 29 mars dernier, la première édition de « Let’s meet up ! » Il s’agit d’une plateforme d’échanges et de partage avec les acteurs de l’écosystème numérique, notamment les start-up. Selon un communiqué, à travers « Let’s meet up ! » Sonatel souhaite créer un cadre d’échanges privilégié entre l’écosystème numérique et Sonatel qui offre son expertise aux start-up afin de les aider à améliorer leur performances. « Ce soutien passe par la mise à leur disposition de plateformes d’échanges, l’accès à ses réseaux et services, la création de mécanismes d’accélération ou d’incubation spécifiques ainsi que des supports pour le financement et la gestion », informe le document. Il ajoute que Sonatel compte recueillir les besoins et les attentes des acteurs de l’écosystème numérique avec ses partenaires du ministère de la Communication, des Télécommunications, des Postes et de l’Economie numérique, des start-up accompagnées par Sonatel, des incubateurs, des grandes entreprises partenaires, de Orange digital venture (Odv), de Téranga Capital, de l’ambassade de France et de la présidence de la République. Le lancement de cette première édition de « Let’s meet up ! » a été aussi l’occasion de remettre les Prix du Linguère digital challenge dont la troisième édition s’est tenue, du 31 octobre au 31 décembre 2017, avec 103 start-up candidates. Awalebiz, plateforme de e-commerce, gagne le premier Prix de 7.500.000 FCfa et un accompagnement technique d’une valeur de 2.500.000 FCfa. Le deuxième Prix, d’un montant de 2.500.000 FCfa en nature et un accompagnement d’une valeur de 2.500.000 FCfa est revenu aux « Gourmets, plateforme agro-alimentaire en ligne ». Enfin, le troisième, composé d’un montant de 1.500.000 FCfa et un accompagnement technique de 2.500.000 FCfa, a été remporté par « Dakar lives, une plateforme créative et un hub culturel ».

Ibrahima BA

« Mots à maux ». C’est le titre du dernier recueil que les « Ecrivains de la meute » ont présenté dimanche à Thiès. A travers une cinquantaine de textes très engagés, ces poètes ont réussi à démontrer que leurs mots portent en eux l’empreinte de leurs maux.

Les « Ecrivains de la meute » ont frappé fort avec le recueil « Mots à maux » qui fait suite à « Lumière des ténèbres » paru en janvier 2016 à Edilivre. Avec des mots bien choisis, Mame Mbeugué Dièye, Thierno Abdoul Wone, Aziz Barham Diouf et Ousmane Mangassa dénoncent les travers, les maux de la société. Par cette œuvre, ces poètes ont émis sur la même longueur d’ondes que Jean Cocteau qui disait : « La poésie dévoile dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement ». Ils ont donc réussi un vrai jeu verbal mais aussi libéré les mots pour crier leur détresse. Pour Mame Mbeugué Dièye, « Mots à maux » est une traduction de leurs maux en poésie. « Le terme maux ne saurait être simplement réduit à son sens premier. Le recueil est plutôt un condensé de nos vécus, de nos aspirations, de nos regrets, de nos tristesses. C’est un prétexte pour mettre à nu les sentiments que nous partageons avec le grand public », explique-t-elle. De même, souligne-t-elle, « ces sentiments ne sauraient se limiter à exprimer [leurs] seuls « maux », mais globalement les maux de toute une génération d’humains ». « Mots à Maux » vise, selon Ousmane Mangassa, à dénoncer les dérives de la société. Et le « je », dit-il, est souvent exhalé dans les textes de ce recueil. « A travers notre « je », nous manifestons le « je » de chacun », soutient-il pour épouser la pensée de Victor Hugo qui, dans la préface des Contemplations, disait : « Quand je parle de moi, je parle de vous ! » Mangassa informe qu’après la première aventure avec « Lumière des ténèbres », le collectif s’est enrichi de nouvelles têtes qui ont rejoint la meute.

Dans ce recueil, l’amour qui revient en force adoucit le cri du cœur de ces écrivains. Ceci, pour souligner que la poésie peut souvent apporter des remèdes aux maux de la vie en évoquant aussi la vie sentimentale qui est un savant mélange de plaisir et de souffrance.

Slams et déclamations de poème ont ponctué la cérémonie de dédicace de ce recueil. Et les mots ont volé très haut. Disséquant l’œuvre, Mamadou Socrate Diop a magnifié l’engagement de ces poètes qui, à travers leurs mots, apportent un antidote, un remède contre les maux de la société.

S. O. FALL

Le ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly, a remis, samedi, un lot d’équipements de sonorisation et d’éclairage au Centre d’interprétation de Toubacouta.

Le ministre de la Culture a évoqué le riche potentiel d’une diversité culturelle des ballets de danse et troupes de musique que renferme la zone de Toubacouta, en plein cœur du Niombato. « Il m’a semblé bien normal d’équiper le Centre d’interprétation de Toubacouta qui avait été construit en même temps que celui de Bandafassi (Kédougou) dans le cadre d’un projet financé en collaboration avec l’Unesco. Seulement, l’équipement en matériel de sonorisation et lumière pour le rendre fonctionnel n’a pas pu être réalisé, alors que le câblage et les installations de la structure avaient été déjà faits », a-t-il dit.

Maintenant c’est chose faite. Cette vielle doléance des artistes qui avait été réitérée devant Abdou Latif Coulibaly, lors du Festival « Niomi Badiya » de Toubacouta, en septembre 2017, vient ainsi d’être satisfaite. Le Centre d’interprétation dispose désormais d’un premier lot d’équipements en son et lumière de 1.000 watts estimé à 12 millions de FCfa. Le projet global avait évalué cet équipement à 20 millions de FCfa ; il reste donc à trouver le complément de 8 millions de FCfa.

Le maire de Toubacouta, l’honorable député Pape Seydou Dianko, a remercié, au nom des populations, le ministre de la Culture pour avoir équiper le centre.

Plusieurs personnalités dont le préfet de Foundiougne, le sous-préfet de Toubacouta, le directeur de cabinet du ministre de la Culture, le directeur du Patrimoine et l’administrateur du Monument de la Renaissance africaine ont pris part à la cérémonie rehaussée également par une forte présence des populations et d’artistes à l’image du koriste Dialiba Kouyaté. Porte-parole du jour de ses pairs, le musicien a remercié Abdou Latif Coulibaly pour ce geste de haute portée qui leur permettra de diversifier leurs productions musicale et artistique.

Mohamadou SAGNE

Le village de Malicounda Bambara a accueilli, du vendredi au dimanche, la 2ème édition du Festival des cultures de Malicounda dans le département de Mbour. Une manifestation où l’expression des différentes facettes de la culture cosmopolite du terroir était au cœur des festivités. Avec ce rendez-vous, la municipalité compte renforcer l’unité et la cohésion entre les différentes communautés.

Après Mballing, en décembre 2015, c’était au tour, ce week-end, de Malicounda Bambara de prendre le relais pour abriter la 2ème édition du Festival des cultures de Malicounda (Fescoma). Un rendez-vous d’échanges culturels qui a regroupé, trois jours durant, les différentes ethnies issues des 22 villages qui composent la commune. Ainsi, des Sérères qui sont les autochtones de la localité aux Maures en passant par les Peuls, les Diolas, les Mandingues, les Lébous ou encore les Bambaras qui étaient les hôtes du jour, le ballet des prestations a témoigné de la richesse engendrée par cette diversité.

Le conseil municipal a fait sienne l’assertion du président-poète Léopold Sédar Senghor qui disait que « la culture est au début et à la fin du développement ». En inscrivant ce festival dans son agenda, l’institution dirigée par Maguette Sène veut faire du Fescoma « un cadre d’échanges et de promotion de la diversité culturelle de la localité ». Pour le maire, le conseil municipal cherche à cultiver, à travers cet événement, les valeurs du vivre-ensemble, de la tolérance, de la fraternité et de la cohésion sociale, fondements de tout développement. Des aspects visibles dans l’expression des réalités socio-culturelles démontrées par les différentes communautés à travers leurs prestations. « Le Fescoma est un moment de restitution du patrimoine culturel local dans sa richesse mais aussi dans sa diversité. En consolidant l’unité entre les différents villages, le Fescoma cherche à susciter le sursaut local, encourager la créativité artistique, promouvoir le tourisme et développer les initiatives culturelles locales conformément aux orientations du Pse », a-t-il dit.

Enracinement et ouverture
Nguel sérère, ndawrabine lébou, le Kumpo « Joola» sawrouba ou encore le diambodong mandeng, rien a été laissé au hasard pour égayer le public. Organisé sous le thème « Ma commune, ma fierté », la rencontre a été l’occasion pour les autorités municipales de distinguer de dignes fils du terroir. Ainsi, les basketteurs internationaux Boniface Ndong et Astou Traoré, mais également le Pr Ibrahima Thioub, recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, ont été honorés. Un honneur que ce dernier dit préférer de loin à toute autre distinction qu’il pourrait recevoir dans le monde. Si les deux premiers avaient été représentés, le Pr Thioub était bien présent avec sa délégation. En recevant sa distinction, il a incité les populations, en particulier les plus jeunes, à un retour aux sources après les réussites de la vie. En somme, un enracinement après l’ouverture au monde. Le Pr Thioub a également milité pour plus de considération à l’égard de l’école publique qui a fait de lui, à l’image de beaucoup de fils de paysans, ce qu’il est aujourd’hui, c’est-à-dire recteur de l’une des plus importantes universités d’Afrique. Un message aux enseignants, aux autorités mais aussi aux parents à qui il a demandé d’être regardants sur les performances scolaires de leurs enfants.

Ousseynou POUYE

Spécialiste de la culture sénégalaise, Dr Lamane Mbaye a prôné l’établissement d’un registre gastronomique pour concurrencer le monde extérieur. Il co-animait, mercredi dernier, avec Hamidou Hanne, expert en relations internationales, une conférence sur le thème : « Gastronomie sénégalaise, culture sénégalaise comme outils de promotion de la destination Sénégal ».

L’Ecole nationale de formation hôtelière et touristique Cheikh Amala Sy a initié, pour l’année 2017/2018, un cycle de conférences intitulé les « Mercredis de l’hôtellerie et du tourisme » (Mht). La première édition a eu lieu mercredi dernier dans les locaux de l’établissement. Les panélistes, Dr Lamane Mbaye, spécialiste de la culture sénégalaise, et Hamidou Hanne, expert en relations internationales, ont débattu autour du thème : « Gastronomie sénégalaise, culture sénégalaise comme outils de promotion de la destination Sénégal ». De cet échange sont ressorties des pistes pour valoriser davantage le patrimoine gastronomique et culinaire sénégalais. Pour M. Mbaye, il faut aller vers l’établissement d’un registre, voire d’un répertoire gastronomique, pour concurrencer le monde extérieur. Selon lui, le Sénégal a toujours prôné un système touristique qui avait été attrayant depuis très longtemps. « Mais, vous conviendrez avec moi que le patrimoine culinaire sénégalais est varié et diversifié. Par exemple, dans les zones marquées par la civilisation du riz, du mil, etc., nous constatons que le Sénégal a une gastronomie extrêmement succulente marquée par un génie nourricier terrible, parce que s’appuyant sur les produits locaux », a argué le conférencier. Poursuivant, il a relevé : « avec cette grande diversité, cette richesse et la variété de nos produits, nous pourrons instaurer une gastronomie qui ne sera pas simplement salutaire pour nous-mêmes mais aussi pour les autres. Il nous faut juste aller vers l’établissement d’un répertoire pour valoriser la gastronomie et concurrencer le monde extérieur ». Lamane Mbaye a, en outre, souligné qu’il faut labelliser notre gastronomie » comme c’est le cas au Belgique, en France... où l’on a la possibilité de manger un plat turc ou d’autres civilisations. Pour arriver à cette universalisation et cette modernisation des mets sénégalais, Dr Mbaye a expliqué qu’ « il faut que nos produits soient digestes en respectant les teneurs en piment et sel, voire les intrants, les ingrédients, pour que le plat puisse être consommé par tout le monde ». De même, il a soutenu qu’il faut travailler les produits et les mettre en état de moins de nuisance afin qu’ils puissent être présentés à l’international.

L’autre aspect sur lequel le spécialiste de la culture sénégalaise s’est appesanti pour valoriser la gastronomie du pays est relatif à la diversification. Pour lui, il serait intéressant de cesser de présenter un seul plat, notamment le riz au poisson, donc de diversifier les mets et de les présenter à un autre niveau.

Le directeur de l’Ecole nationale de formation hôtelière et touristique Cheikh Amala Sy, Moussa Thior, a indiqué qu’ils ont initié ce cycle de conférences pour donner l’opportunité à leurs étudiants et ceux d’autres établissements privés d’échanger avec des experts sur ces genres de questions. « Cela permet aux étudiants, au-delà des cours dispensés, de renforcer leurs connaissances dans plusieurs domaines et le milieu professionnel qui les attend », a-t-il informé.

Maguette Guèye DIEDHIOU

Enseignant de formation et homme de radio, Jean Pierre Tine a rendu l’âme samedi dernier à l’hôpital Saint Jean de Dieu à Thiès. Ce professeur de Lettres modernes originaire de Thiawoun Louha, village situé dans la commune de Chérif Lô, sur l’axe Thiès-Tivaouane, s’est révélé au public, à travers les ondes de Sud Fm, comme un reporter talentueux à Kédougou, puis à Thiès. Sa voix était ainsi devenue familière aux auditeurs de Sud matin à 6 heures 45 minutes. Humble, d’abord facile et soucieux du travail bien fait, Jean Pierre Tine était aussi généreux dans les échanges d’idées sur le travail du journaliste, de l’enseignant qu’il fut, le tout arrimé à l’ancre du patriotisme. Il a su, toute sa vie durant, donner pleinement sa contribution. Foudroyé, il y a une semaine, par un accident vasculaire cérébral, Jean Pierre Tine a quitté ce monde tôt samedi. Il sera enterré aujourd’hui dans son village Thiawoun Louha. Adieu « mon petit sérère », dernier président élu de la défunte communauté rurale de Chérif Lô.

MBAYE BA

Acteur principal dans le téléfilm « 4 vieillards dans le vent », l’artiste comédien Habib Diop, connu sous le sobriquet de «Baye Eli», continue d’égayer  le public avec son humour à fleur de peau.Sa présence sur la scène théâtrale sénégalaise se confond avec une somme d’expériences.  Habib Diop dit « Baye Eli », pseudonyme qu’il arbore  depuis le téléfilm « 4 vieillards dans le vent », est  un doyen dans le monde du théâtre. Un milieu qui l’a forgé depuis son tendre enfance. Il y a passé 52 ans  de sa vie. « J'ai commencé à faire du théâtre à l'âge de 7 ans. Á l'époque, mes oncles pratiquaient cet art. J’étais tout petit parmi  eux.  C’est de là que ma passion pour le théâtre est né et j’ai suivi mon destin en étant un comédien imbu de personnalité », a-t-il confié lors de la Journée mondiale du théâtre. Son premier film date de 1962. Il avait joué comme  figurant  dans «liberté » d’Ousmane Sembène. Depuis  cette date, ce Lébou bon teint s’est frayé un chemin pour finalement se trouver une bonne place dans le milieu artistique. Grâce à son talent, son humour  et la maîtrise parfaite des rôles qu’on lui donnait, il  a fait ses preuves dans plusieurs pièces théâtrales sous la houlette du réalisateur Cheikh Tidiane Diop, entrainant les spectateurs dans une atmosphère très humoristique  tout en véhiculant des messages et leçons de morale. La pièce qui a le plus connu du succès  est le téléfilm « 4 vieillards dans le vent », laquelle lui a même valu ce pseudonyme de « Baye Eli ».  Dans  ces rôles, Habib s’inspire beaucoup des paroles et certaines blagues des vieux lébou en palabre dans les places publiques ou « penc ».

Outre ce surnom de  « Baye Eli », Habib Diop est également appelé « Goorgolu »,  héros de la bande  dessinée  éponyme adaptée à la télévision.
Auparavant,  « baye Eli » a  passé 7 bonne années de sa carrière à Sorano. Il  finira par quitter ce temple de la culture pour être embauché comme chauffeur à la Direction commerciale de la Poste. Un métier qu’il a su allier avec l’art jusqu’à la retraite.  Ces expériences et connaissances du milieu artistique sont suffisant pour l’acteur d’inviter  ses jeunes confrères  à revoir leur façon de jouer  du théâtre. Habib Diop estime que la jeune génération fait tout sauf du théâtre. « Je ne peux pas concevoir  que des Sénégalais de souche, écoutés et suivis par des Sénégalais, puissent jouer une pièce théâtrale en arborant des pistolets ou évoluant dans un luxe qui dépasse le quotidien de vie du citoyen lamda. Nos acteurs se conduisent en « Toubab », et c’est malheureux », déplore-t-il. Habib Diop soutient également que, dans une pièce théâtrale, il faut véhiculer un message éducatif et culturel.

« SE PRENDRE AU SÉRIEUX »
 Selon lui, à  leur époque et même jusqu’à  présent, ils jouent le théâtre  avec des tenues vestimentaires qui sont les nôtres (thiaya, sabador, tinkadé, etc.) et  leurs rôles se réfèrent à notre culture. Il les invite donc à faire preuve de beaucoup de sérieux à ce qu’ils font et d’y croire fermement. « Le comédien exerce un métier noble comme tout autre métier. La preuve, j’ai arrêté les bancs depuis le bas-âge pour ne m’adonner qu’au théâtre. Et grâce à cet art, je n’envie personne. J’ai pu construire ma maison, faire mon pèlerinage à la Mecque à  deux reprises et j’ai aussi beaucoup voyagé en Europe », se réjouit-il.  Dans la foulée, le comédien estime que le théâtre est un art qui nourrit bien son homme. « Je défie quiconque qui dit qu’il n’y a pas d’argent dans cet art. Si nous donnons du sérieux à ce métier, il nous le rend. Mais,  quand on vous appelle pour jouer de façon pêle-mêle et qu’à la fin vous gagnez que  des miettes, forcément, vous allez toujours pleurer sur votre sort », souligne-t-il. Prenant exemple sur son cas, Habib Diop relève : «Aujourd’hui, vous ne me voyez plus jouer dans n’importe quelle série ou téléfilm. Parce que tout simplement j’ai pris la décision de ne plus accepter qu’on me paye des sommes dérisoires ».  Pour lui, il n’est  plus question qu’on exploite ses talents de comédien. « Une somme pharaonique ou rien », martèle-t-il avec son éternel brin de sourire moqueur. 
                                                          

Dans cette pièce dramatique, Thierno Bocar Kane revisite l’une des pages les plus glorieuses de l’histoire du Fouta, l’épopée de son premier Etat théocratique et le geste d’un de ses plus grands souverains : l’Almamy Abdel Kader Kane de Kobbilo.

Même si elle est convoquée çà et là par quelques historiens pour montrer que l’Afrique connaissait une forme de démocratie bien avant la colonisation, il existe très peu de littérature sur la révolution « torodo ». Thierno Bocar Kane vient corriger, en partie, ce manque avec une pièce de théâtre consacrée à « L’imam Abdel Kader Kane et la charte des Almamys du Fouta ». Avec brio et sens de la mesure, l’auteur nous replonge dans l’ambiance de cette page glorieuse de l’histoire du Fouta.

En plus de réparer un oubli, voire une injustice, l’auteur voulait aussi relever un défi personnel : arrière-petit-fils d’Abdel Kader Kane, il a voulu répondre à certains messages venant de la diaspora et taxant la descendance de l’Almamy de « laxiste » pour n’avoir pas restituer par écrit l’histoire de ce précurseur de la démocratie africaine. Thierno Bocar est donc allé fouiller dans la tradition orale, notamment auprès des griots de la famille, et des rares archives existantes. Par formation – pur produit de la section d’art dramatique de l’Institut national des arts du Sénégal, membre fondateur de la troupe du Nouveau Toucan dans les années 1978-1980 et acteur dans plusieurs pièces – Thierno Bocar Kane a naturellement opté pour l’art dramatique afin de restituer fidèlement la quintessence de la révolution « torodo ». Et ce, sans négliger la créativité artistique.  « Le théâtre est plus directe », justifie-t-il. Le résultat est une leçon d’histoire et d’humilité surtout pour ceux qui essaient d’imposer aux Africains leur conception de la démocratie. En effet, la charte des Almamys du Fouta, qui date de 1776 et donc, antérieure à la révolution française et à la Déclaration universelle des droits de l’Homme, représentait une avancée démocratique majeure à l’époque.

S’inspirant du Coran et de la charia, cette charte stipulait que nul ne sera privilégié quel que soit son rang social (l’Almamy ne fait pas exception), prohibait la dévolution monarchique du pouvoir et jetait déjà les bases du suffrage universel. Elle constituait aussi un manifeste pour la gouvernance sobre et vertueuse (lutte contre la corruption, l’enrichissement illicite, déclaration de patrimoine, reddition des comptes, etc.). Ainsi, l’une des premières mesures prise par Abdel Kader Kane après son intronisation comme Almamy a été de mettre un terme au « muduu horma » (paiement d’une dîme au chef maure) et de le transformer en « zakat ». Il ordonna aussi un partage équitable des richesses, la distribution des terres à tous ceux qui pourront les mettre en valeur, de traiter tous les citoyens en égale dignité en protégeant les plus vulnérables.

Dans la lignée du très inspirant « Vie et enseignement de Thierno Bocar Tall, le sage de Bandiagara » d’Amadou Hampaté Bâ, l’ouvrage de Thierno Bocar Kane nous rappelle quelques valeurs humanistes de l’Islam, une religion de paix, à savoir interdiction de faire mal aux femmes et aux enfants, de commettre un vol, le viol ou de la rapine pendant la guerre.

L’autre leçon, c’est l’importance de l’éducation et du savoir dans l’édification de toute société démocratique : « Erigez partout des mosquées (pour l’enseignement), même en tiges de mil, là où c’est nécessaire », recommanda Thierno Souleymane Baal à ses disciples. Une leçon d’espoir et de raison au moment où, en Occident, certains tendent à assimiler Islam et violence.

Seydou KA

 

A travers chants et danses, la communauté lébou de Dakar a  présenté, samedi dernier, aux Hlm 3, plusieurs facettes de sa culture.

La culture lébou était à l’honneur au quartier des Hlm 3. L’Entente des mouvements et associations de développement (Emad) qui célèbre les manifestations commémoratives de l’héritage culturel lébou, en partenariat avec l’Alliance pour le développement, l’entraide et la promotion sociale pour le Sénégal (Adeps), a organisé, samedi dernier, une parade avec les interprètes, dépositaires des genres musicaux identifiés de la culture lébou.

Le projet de sauvegarde des musiques traditionnelles lébou, initié sur financement de l’ « Us ambassadors fund for cultural preservation » (Fonds des ambassades américaines pour la sauvegarde culturelle), répond à une préoccupation exprimée par la communauté lébou au cours des différentes éditions du Festival mémoire des « penc » et villages de Dakar communément appelé « Ndakaru Demb » (Fespenc).

La parade a été rythmée par des « Tagaatu » d’Adja Fatou Ndoye Diagne de Ouakam. Dans son élan, la cantatrice invite les jeunes à préserver l’héritage des ancêtres. Mieux, elle leur demande de s’approprier leur passé historique suivant la généalogie des Lébous, car nous avons les mêmes ancêtres, comme l’a reconnu Abdou Khadre Gaye, le président de l’Emad. Des artistes de la culture léboue, tels qu’Adja Fatou Thioune, Barham Ciss, avec ses envolées dans « Ngane Samb », « Djoogal » ou Ndir Mbengue, suivant ses chants rituels de « Ndeup », ont montré toute la richesse de cette culture wolof.  A travers des chorégraphies, Forman Guèye, accompagné de quelques lutteurs, a mis au goût du jour les habits traditionnels. «  Cette soirée montre que le Lébou reconquiert sa véritable identité ; c’était génial », se félicite Abdou Khadre Gaye de l’Emad.  Le Grand Serigne de Dakar, Abdoulaye Makhtar Diop, tombé sous le charme, a reconnu que les Hlm sont, aujourd’hui, la capitale de la collectivité lébou. Pour sa part, le maire Pape Seck s’est réjoui de cette soirée de démonstration qui a mis les Hlm ensemble autour de la culture lébou.  

Le Fespenc est organisé par l’Emad depuis 2010 et a favorisé l’expression de ressources traditionnelles, particulièrement une diversité de musiques, chants et danses rituels. Les organisateurs sont sur le terrain pour auditionner les dépositaires dudit patrimoine culturel et ces derniers vont aller en studio pour la production d’un Cd. Le profane étant marginal chez les Lébous, les musiques, chants et danses de la communauté sont l’incarnation de l’ésotérisme de rites traditionnels. Ainsi, le « Ndawrabine » ou « Gammou » et le « Ndeup », entre autres rituels, sont aussi des chants, danses et rythmes particuliers désignés des mêmes noms.
 

Serigne Mansour Sy CISSE  

 

Les grands axes des expositions inaugurales du Musée des civilisations noires, prévue le 6 décembre 2018, sont désormais connus. Cet événement qui devrait décliner la « carte d’identité » du musée s’articulera autour de trois axes : proclamer la valeur de l’humain, manifester la capacité de création continue de l’Afrique de civilisations de la rencontre et la mondialisation de la négritude.

La grande « aventure » que constitue l’ouverture du Musée des civilisations noires a fait un pas de plus. A l’issue de cinq jours de travaux, les participants à l’atelier de conception ont dégagé une feuille de route devant servir de cadre conceptuel aux expositions inaugurales qui auront lieu le 6 décembre 2018. Ces dernières manifesteront l’œuvre de civilisation dont l’Afrique a été et continue d’être le foyer ; un continent qui a donné naissance à l’homme et où fut proclamée, dans différentes déclarations majeures, la valeur de l’humain. L’accent sera ainsi mis sur la Charte du Mande, la proclamation de l’Ubuntu, en même temps que l’apport de l’Afrique dans le développement de l’humanité en matières de sciences et techniques. En second lieu, l’exposition présentera la capacité africaine de produire des civilisations de la rencontre. Ainsi, à côté de la créativité continue des spiritualités endogènes, l’appropriation africaine des religions abrahamiques sera mise en évidence.

Enfin, il sera montré que les terribles épreuves de l’esclavage ont aussi manifesté la résilience, la résistance, le potentiel révolutionnaire dont témoignent les expériences des peuples africains dans le continent et les diasporas africaines, faisant ainsi de la mondialisation de la négritude la création continue de cultures vivantes.

Bref, l’idée est de faire le « récit » de ce que l’Afrique a fait de l’humain. « Nous avons voulu que ce musée manifeste, dès l’origine, la dimension pédagogique qui doit être sa marque et qui consistera à envisager une exposition qui fasse le récit du visage que l’Afrique a donné à l’aventure humaine », explique le philosophe Souleymane Bachir Diagne, désigné pour conduire la synthèse des travaux des sept ateliers. Autrement dit, il s’agit d’avoir une démarche positive qui consiste à montrer que l’Afrique est non seulement le berceau de l’humanité, mais qu’en plus de ce phénomène purement biologique, il y a le fait éthique que le continent a proclamé la valeur de l’humanité, résume Souleymane Bachir Diagne.

Pour le ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly, qui souligne le contexte « historique », ce musée « n’a pas vocation à raconter des histoires fabuleuses mais à dire vrai », à être un lieu de débat et de confrontation d’idées dans un souci de réhabilitation des civilisations noires, pour que le monde apprenne à regarder l’Afrique autrement. De son côté, le Pr Hamady Bocoum, directeur général du Musée, estime que l’objectif de l’atelier a été atteint. « On a obtenu une partie de ce qu’on voulait, à savoir un document d’orientation générale ». Les sept ateliers ont, en effet, fait des propositions plus ou moins élaborées selon les cas. Globalement, « même si on n’a pas un fil conducteur partout, on a des éléments qui nous permettent de concevoir et d’alimenter les expositions ». Une fois cette question du discours et de la philosophie réglée, les responsables du musée vont maintenant pouvoir se consacrer à la réalisation, traduire chaque idée en scénario d’exposition, sélectionner les objets et les rassembler, note Hamady Bocoum.

Seydou KA

 

Porté par le président Léopold Sédar Senghor dès l’aube de l’indépendance, le secteur des arts visuels a connu et continue de connaitre une forte dynamique. Toutefois, ce foisonnement  artistique qui a été à l’origine de l’organisation d’événements autour de la création contemporaine ne garantit pas encore l’existence d’un véritable marché des arts au Sénégal. Pour certains acteurs du secteur, il est même inexistant. Entre absence de régime juridique, d’infrastructures complètes et de certains métiers tournant autour des arts, le marché de la création contemporaine tarde encore à prendre son envol.

Avec seulement 0,1 % des enchères mondiales d’art, la création africaine contemporaine occupe encore un rang marginal dans le marché international. Dans cette configuration, il est plus que difficile de situer la place du Sénégal. Elle serait peut-être même  inexistante. Pourtant sur le plan national, le foisonnement artistique noté ces dernières années, avec les multiples expositions et événements organisés autour de la création contemporaine, contraste avec cette donne. La politique culturelle adoptée par le président Léopold Sédar Senghor dès l’indépendance  a contribué à développer les activités liées aux arts plastiques à travers un mécénat d’Etat « actif ». Le président Senghor, rappelle le journaliste et critique d’art Massamba Mbaye,  avait pris un certain nombre de mesures d’encadrement dans le domaine des arts avec la création de l’Ecole des arts, du Musée dynamique, des Manufactures sénégalaises des arts décoratifs… D’ailleurs, si l’art africain contemporain n’est pas si développé,  le Sénégal, par contre, est devenu une fierté du continent à l’image des pays comme l’Afrique du Sud, la République démocratique du Congo ou encore le Ghana. Et en accueillant, toutes les deux ans, depuis 1992, la Biennale de l’art africain contemporain (Dak’Art), le Sénégal est devenu une vitrine de la création artistique africaine.  L’art sénégalais, porté pendant des décennies par de grands créateurs dont Iba Ndiaye, Souleymane Keïta, Ousmane Sow, Soly Cissé, Ibra Tall… a connu une évolution fulgurante. Néanmoins, ce dynamisme ne reflète pas  les réalités d’un marché qui peine encore à décoller, voire même « inexistant » pour certains. Aujourd’hui, si une partie des acteurs s’accordent sur l’existence d’un marché, avec l’arrivée de nouveaux collectionneurs, la multiplication des galeries et la diversification des acheteurs, ils reconnaissent en même temps sa timidité. Conscient de cette situation, l’artiste Kalidou Kassé  a tenu, lors de la dernière biennale de Dakar, la première édition du Marché des arts de Dakar (Madak). Il a voulu, à travers cette initiative, commercialiser, de manière professionnelle, des œuvres d’art de créateurs africains en général et sénégalais en particulier.

ABSENCE DE STRUCTURATION
 Organisée en marge du Dak’Art, cette innovation s’est voulue contribuer à la fluidité de la circulation et de la commercialisation des œuvres d’art africain contemporain et des pièces anciennes sur le continent et à travers le monde. Même s’il se pose encore un réel problème d’organisation, Massamba Mbaye reconnait qu’il existe bel et bien un marché des arts au Sénégal. Les gens achètent de plus en plus des œuvres d’art pour les valoriser plus tard. Wagane Guèye, commissaire d’exposition, abonde dans le même sens.  Selon lui,  le marché existe au regard de la richesse des  collections accumulées depuis Senghor. Toutefois, relève-t-il, il y a un réel problème de structuration du milieu.  La configuration du secteur des arts plastiques au Sénégal ne semble pas offrir tous les éléments indispensables à l’existence d’un véritable marché des arts. Dispositif de management inexistant, problème de valorisation du travail des artistes, absence de recherches pour une assurer une production qualitative permanente, communication lacunaire… Massamba Mbaye liste les faiblesses qui empêchent à ce marché de prendre son essor.  « Les éléments existent, mais il y a  énormément  de choses qui restent encore à faire  pour valoriser davantage les artistes et les positionner réellement en situation de marché », soutient-il.  L’absence  d’un système de cotation est venue assombrir ce tableau.  « Un artiste a besoin d’être coté. L’art contemporain a, aujourd’hui, intégré ce système de cotation. Ce qui permet aux artistes de mesurer leur niveau », souligne Aliou Ndiaye, journaliste et critique d’art.

M. Ndiaye n’est pas du même avis que ceux qui avancent l’idée de l’existence d’un marché d’art. De son point de vue, certes il existe des espaces de création et de diffusion, mais il n’y a pas encore de marché au vrai sens du mot. A ses yeux, un marché, c’est à la fois de la création, de la médiation et de la diffusion. « Parler de marché d’art revient aussi à parler de la place des galeries. Aujourd’hui, au Sénégal, les galeristes sont obligés de faire autre chose que de vendre seulement des œuvres d’art. Ils offrent une certaines diversification pour pouvoir vivre et rentabiliser leur investissement », avance-t-il. Aussi, il n’existe pas une clientèle assurant des revenus qui permettent à une galerie de rentabiliser ses investissements.

« ON NE PEUT PAS ENCORE PARLER DE MARCHÉ DE L’ART »
De son côté, l’ancien secrétaire général de la Biennale de Dakar se veut formel. On ne peut pas encore parler d'un véritable marché de l'art au Sénégal. Cela, du fait qu’un marché de l’art obéit au préalable, d’une manière générale, à plusieurs facteurs dont un régime juridique, des tendances, de l’expertise de ses acteurs et la valorisation des œuvres d’art elles-mêmes. Ce qui, pour le moment, manque « terriblement » au Sénégal. « La question est maintenant de savoir si tous ces quatre  éléments doivent être réunis pour qu’on puisse parler de « marché ». Maintenant si par marché de l’art on entend juste la vente des œuvres par l'artiste lui-même ou par les deux ou trois principales galeries qu'on a à Dakar, on est vraiment loin d'un véritable marché de l'art », précise Babacar Mbaye Diop. Pour l’enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et président de la section sénégalaise de l'Association internationale des critiques d'art (Aica), dans un véritable marché de l’art, l’acheteur bénéficie d’un certificat de vente qui garantit l’authenticité de l’œuvre et ses caractéristiques (son titre, la matière avec laquelle l’œuvre a été créée, ses dimensions, l’année de création et l’estimation du prix). « Le certificat de vente doit mentionner l’historique de l’œuvre, les réparations subies s’il y en a eu, le lieu de vente, etc. Or la vente d’œuvres au Sénégal est encore très formelle. Il n'y a pas de certificat de vente ni une attestation d’authenticité de l’œuvre.  Et puis, il y a plusieurs métiers qui tournent au tour de l'art et du marché de l'art et qui manquent au Sénégal : commissaires priseurs, experts, agents, marchands d'art, de grands collectionneurs », note-t-il. A cela s’ajoutent le manque de galeries et l’absence de  maisons de vente.

DYNAMIQUE FORTE DES ARTS VISUELS
Cependant, même si les avis restent partagés sur l’existence d’un marché d’art  au Sénégal ou non, il n’en demeure pas moins qu’il existe une dynamique très forte autour des arts visuels dans notre pays depuis de très nombreuses années. Le renouvellement générationnel est porté par de jeunes artistes talentueux issus pour la plupart de l’Ecole nationale des arts. Dans ses écrits consacrés à l’histoire des arts plastiques sénégalais contemporains, le Pr Abdou Sylla évoque, dans une certaine mesure, ce dynamisme avec l’arrivée des installations qui ont envahi les arts plastiques contemporains à partir de 2000. S’en suit également, en 2003, « les nouvelles plastiques urbaines qui ne constituent pas de nouvelles formes d’art ou de nouveaux genres ; des expressions des regards que les artistes sénégalais portent sur la ville ». Cette dynamique, rappelle le critique Aliou Ndiaye, a donné naissance à plusieurs initiatives avec la mise en place de structures qui essayent de travailler fort pour aboutir à quelque chose.

Le ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly, a procédé, hier,  à la remise d’un chèque de 100 millions de FCfa du Chef de l’Etat à la Mutuelle nationale de santé des acteurs culturels (Mnsac). Cet acte, a-t-il fait savoir, traduit la ferme volonté du gouvernement d’assurer la protection sociale et médicale de l’ensemble des acteurs culturels. Il a appelé à  la mobilisation et à l’engagement des concernés.

Mamadou Pène, génie de son art, a égayé une assistance bien reconnaissante et surtout heureuse de cet appui important du Chef de l’Etat, Macky Sall, d’un montant de 100 millions de FCfa à la Mutuelle nationale de santé des acteurs culturels. Aux yeux du ministre de Culture, Abdou Latif Coulibaly, un tel acte démontre la ferme volonté du gouvernement d’assurer la protection sociale et médicale de l’ensemble des acteurs culturels. Un premier pas a été franchi avec la mise en place de la Mutuelle de santé des acteurs culturels, « instrument, estime-t-il, devant agir en complément de la sécurité sociale pour couvrir les dépenses de santé de ses adhérents ». Ce geste s’inscrit dans le contexte de la mise en œuvre de l’année sociale décrétée par le protecteur des Arts et des Lettres.

L’autre étape, d’après lui, a consisté à affilier les artistes à la Caisse de sécurité sociale (Css) avec une modalité à définir. Dans le sillage de ce qui a été fait pour tous ceux évoluant dans le secteur informel et qui pourront bénéficier des services de l’Institution de prévoyance retraite du Sénégal (Ipres) et de la Css. Le gouvernement a donc balisé le chemin, comme en atteste l’appui du ministère de la Culture avec une subvention de 35 millions de FCfa, mais surtout celui du Président de la République. Abdou Latif Coulibaly a aussi magnifié « l’effort remarquable » de Youssou Ndour qui a décidé de mettre à la disposition de la Mutuelle de santé dédiée à la communauté artistique  la somme de 75 millions de FCfa accompagnant le prestigieux prix « Praemium imperiale » décerné par le Japon.

Toutefois, le chef du département de la Culture a fait remarquer que cette assurance « ne sera viable que par la mobilisation et l’engagement des concernés ». « Cela doit se traduire, en effet, par l’adhésion massive et la cotisation régulière des membres, par le suivi de leur prime annuelle.  Il se pose donc le défi majeur de la mobilisation et de l’acceptation du principe de la caisse, celui de sa promotion par les artistes eux-mêmes. Mieux, la mise en place d’un système de bonne gouvernance pour l’administration de la Mutuelle s’impose », indique-t-il. Il s’agit de reconnaître la professionnalisation nécessaire et incontournable de son mode de management. « La balle est dans le camp des acteurs culturels. Il faut désormais qu’ils acceptent tous de jouer pleinement leur partition après que l’Etat a joué son premier rôle régalien, celui consistant à mettre en place la structure et à doter (celle-ci) de moyens conséquents. Il sera également là pour veiller au grain, avec un suivi-évaluation des activités de la mutuelle, afin de s’assurer de sa viabilité et de sa performance attendues », souligne Abdou Latif Coulibaly, tout en attirant l’attention de la direction de ladite Mutuelle sur la nécessité de travailler en synergie et en parfaite intelligence avec l’Agence de couverture maladie universelle.

L’administrateur de celle-ci, Bocar Amadou Daf, a affiché sa détermination à encadrer le processus. Babacar Diouf, président du conseil d’administration  de la Mnsac, s’est félicité de cette aubaine qui en fait une structure désormais autonome, tout en invitant les acteurs culturels  à se l’approprier afin d’accompagner les nombreuses actions promouvant la professionnalisation, la viabilité et l’efficience de la mutuelle destinée à mettre fin aux gémissements d’âmes que la maladie accable.

 

Biennale de Dakar
«Madiba Le Musical» jouera à Dakar

Dans le cadre de la 13ème édition de la Biennale de l’Art africain contemporain, qui se déroulera du 03 mai au 02 juin 2018, le ministère de la Culture a décidé de faire jouer au Sénégal, et pour la première fois en Afrique de l’Ouest, la représentation théâtrale « Madiba Le musical ». Cette grande manifestation se tiendra les 04 et 06 mai prochains au Grand théâtre national. Elle sera présidée, selon Abdou Latif Coulibaly, par le Président de la République. « Il s’agit pour mon département de mobiliser, à travers ce spectacle époustouflant de dimension mondiale, des ressources financières conséquentes que nous mettrons à la disposition de la Mutuelle de santé des acteurs culturels », informe-t-il.

Alassane Aliou MBAYE

 

Le long-métrage « Fad'jal » (arrive et travaille en sérère) de la réalisatrice sénégalaise Safi Faye -classé à Cannes en 1979 dans la section « Un certain regard »-, est aujourd'hui, en 2018, sélectionné  dans la section « Cannes Classics ».
« Le film restauré et numérisé avec le concours du Centre national du cinéma et de l'image animée de France, sera projeté dans le grand auditorium le 16 mai 2018 », a-t-on appris auprès de Jonnhy Spencer Diop, chargé de distribution des films de Safi Faye en Afrique.

La réalisatrice se réjouit de voir « Fad, jal », situé en Afrique, au Sénégal, la terre de ses ancêtres, figurer dans le patrimoine cinématographique mondial dans les collections du Centre national du cinéma (Cnc) en tant que 1er film d’Afrique

Noire, en sélection officielle  au Festival de Cannes en 1979 – Un Certain Regard.
Outre « Fad’jal », mettant en scène l’opposition entre la tradition et la modernité avec les difficultés que les villageois ont pour exploiter leur terre, Safi Faye est également auteure de « Les Ames au soleil » (1981), « Selbé et tant d’autres» (1982), « Tesito » (1989), « Mossane » (1996), entre autres œuvres.

Du 04 au 09 décembre 2017, Safi Faye était l’invitée d’honneur de la 4ème édition du Festival international du film documentaire de création de Saint-Louis. A cette occasion, Sellou Diallo, Coordonnateur Master 2 Réalisation Documentaire de Création à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, lui avait adressée une lettre dans laquelle il saluait son œuvre. « Vos films nous apprennent comment se structurent une vision sociopolitique, une curiosité de soi et des autres. Ils nous apprennent comment le cinéma offre des possibilités de dialoguer avec soi-même et avec les siens pour rendre plus fécond le travail de construction des relations sociales. »
Anthropologue, ethnologue, Safi Faye est une réalisatrice dont le projet cinématographique se déroule autour de la condition féminine, du monde rural. Son souhait est de voir le cinéma africain retrouver sa place dans le monde.

E. Massiga FAYE

 

Dans la perspective de son inauguration, le Musée des Civilisations Noires organise, du 26 au 30 mars 2018, les ateliers de conception de ses expositions. Plus de 100 chercheurs et experts nationaux et internationaux sont attendus à cette rencontre scientifique. Dans cette interview accordée au journal « Le Soleil », le directeur général évoque l’orientation et les enjeux qui entourent cette institution dédiée à la promotion des cultures africaines et de ses diasporas. Le Pr Hamady Bocoum estime que dans un musée, il faut parler au public le langage de son temps.

Quel est l’enjeu politique et culturel pour le Sénégal, voire l’Afrique, de disposer d’un musée dédié aux civilisations noires ?
Pour nous, l’enjeu est civilisationnel. Ce projet date de plus de 50 ans, à la fin du Premier Festival Mondial des Arts Nègres. Il avait polarisé beaucoup de monde. A l’époque, il y avait eu un appui fort de l’Unesco. Tout avait été conçu sur le plan architectural. Malheureusement, au début des années 80, il avait été abandonné en raison des politiques d’ajustement structurel. Le projet a été repris au début des années 2000. L’idée pour le Sénégal, c’est quand même de retrouver la place qu’il n’aurait jamais dû quitter dans la gouvernance culturelle. C’est un pays qui a toujours accordé une place importante à la culture. C’est un secteur qui a beaucoup apporté au Sénégal depuis le premier Fesnac. Les industries culturelles sont essentielles dans ce monde avec le développement du numérique. Avec une institution de cette nature, je pense qu’on va pouvoir parler des civilisations noires dans une perspective holistique. Ce n’est pas le musée du Noir.

C’est le Musée des Civilisations Noires dans le temps du monde. C’est le Musée des Sénégalais, des Africains et de la diaspora. Ce sera un espace où les civilisations noires vont pouvoir dialoguer avec les autres civilisations.

Dans cette perspective, quelle sera l’orientation de cette institution dans la promotion et la valorisation des cultures africaines ?
L’orientation a déjà été dégagée par la Conférence internationale de préfiguration, qui s’est tenue en juillet 2016, en commençant par ce que l’on ne va pas être. On ne sera pas un musée ethnographique. Parce que quand vous parlez de musée en Afrique, d’art africain, on vous renvoie aux masques. Pour la plupart du temps, ces masques sont, aujourd’hui, conservés en Europe.

Ils ont été collectés durant la période subalterne, une époque pendant laquelle l’Afrique n’était pas maîtresse de son destin. Les Africains ne s’identifient pas à cela. Ils ne vont pas dans les musées. Ces objets, partis dans des conditions particulières, ont des charges plus ou moins importantes. La revendication du retour, c’est une autre dimension. Quand je parle en termes de rapport avec le public, je me réfère aux anciens qui, quand ils parlent de patrimoine, disent que c’est ce que nous avons reçu en héritage. Ils ajoutent toujours la tradition par rapport à ce qui mérite d’être transmis. Si une communauté décide qu’un certain nombre d’éléments ne méritent pas d’être transmis, vous ne pouvez pas mettre cela à leur contemplation. Si c’est pour aller voir des bouts de bois, ils n’iront pas dans les musées. Il faut changer de discours, les perspectives, les orientations. Le musée ne sera pas ethnographique, encore moins anthropologique. Mais, en même temps, ce ne sera pas un musée chromatique. Ce n’est pas le Musée du Noir. On va essayer de voir, dans une longue durée, comment parler de ces civilisations. Et ce, depuis l’Afrique berceau de l’humanité jusqu’à aujourd’hui. Les civilisations noires ne sont pas figées. Il y a plusieurs choses à prendre en compte : l’évolution, les contributions de l’Afrique au patrimoine de l’humanité, la production contemporaine, les rencontres des civilisations, etc. On est un musée global.

En perspective de l’ouverture du Musée des Civilisations Noires (Mcn), les ateliers fondateurs du musée seront organisés du 26 au 30 mars. Quelles en sont les grandes lignes ?
Ces rencontres sont parties de l’idée selon laquelle le musée doit s’inscrire dans une perspective globale, mondiale. Pour ce faire, il faut s’ouvrir. Il faut dialoguer, notamment avec la communauté des professionnels. Ce qui fait que dans l’atelier qui s’ouvre aujourd’hui, il y a 32 experts venus de toutes les parties du monde et plus une cinquantaine du Sénégal. Aussi, il y a 7 commissariats. Chacun d’eux va raconter une histoire, proposer un scénario et des éléments pour l’illustrer. Tout cela sera discuté pendant 3 jours. A la suite de ces travaux, on va raconter une histoire générale qui partira de Toumaï, notre ancêtre commun, jusqu’aux productions contemporaines. Mais, on est conscient d’un fait : sur tous ces éléments, on ne sera pas systématique.

C’est pourquoi il n’y aura pas d’exposition permanente dans ce musée. Quand on racontera l’histoire, on l’illustrera par un certain nombre d’éléments et, régulièrement, on va les changer pour être dans la diversité de ce monde. Le musée, ce qui fera sa force, c’est, d’une part, son caractère évolutif et, d’autre part, sa dimension dynamique. Donc, c’est dans la programmation que l’on va pouvoir inviter les différentes composantes du monde noir à s’exprimer dans ce musée. Cela peut être des objets, des performances culturelles vivantes... Un autre aspect très important dans notre option, c’est que dans un musée, il faut parler au public le langage de son temps. Aujourd’hui, le langage, c’est le numérique, l’intelligence artificielle. Pour cela, on n’ pas besoin d’aller à l’école pour pouvoir le faire. Dans nos musées classiques, on a quelques intellectuels et beaucoup d’étrangers qui savent lire. De plus en plus, la tendance est d’inviter le numérique dans les musées. On fera de telle sorte que le numérique prenne une place importante et que les populations puissent interagir avec les objets et les expositions.

Comme souligné, le musée des civilisations se veut dynamique. On va constituer des collections au fur et à mesure qu’on développe des activités. Il y aura des saisons, des résidences d’artistes et des pays seront régulièrement invités. On peut faire la Semaine du Bénin ou le Mois de la Guadeloupe. On va travailler avec des institutions, des artistes du Sénégal, d’Afrique et de la diaspora.

Parlant d’interaction avec le public, il est constaté qu’au Sénégal la majorité ne fréquente pas les musées. Que faire pour intéresser le plus grand nombre à l’art muséal ?
Pour attirer le public, il faut lui montrer quelque chose qui l’intéresse. Je pense que nos musées, globalement en Afrique, sont en désamour avec leur public. Ils ne parlent pas au public pour l’essentiel. On va essayer de faire de telle sorte que ce musée soit un espace redécouverte de nos trajectoires historiques. Elles sont très intéressantes.

L’Afrique a beaucoup apporté à l’humanité. On n’en parle nulle part. On va en parler ici. L’Afrique est à l’origine de notre humanité. On en parlera dans le musée, mais autrement. Le continent noir a développé de très grandes cultures dont nous pouvons être fiers. On en parle dans nos musées, mais très peu. Aussi, l’Afrique a apporté au patrimoine culturel, scientifique et technique de l’humanité. On va les montrer dans le Musée des Civilisations Noires. Le continent a connu également des histoires douloureuses (l’esclavage, la colonisation). Des Africains et ceux de la diaspora ce sont battus, ont donné leurs vies pour que l’Afrique survive. On ne l’évoque pas souvent. Il faut en parler.

L’Afrique d’aujourd’hui rêve d’émergence. C’est un état d’esprit, c’est une culture. On va essayer de construire dans ce musée une estime de nous-mêmes pour que les gens soient fiers de ce qu’ils furent et prêts à s’assumer. On ne veut pas d’un musée de la nostalgie. On va construire un musée de la prospective. Le public qui viendra ici, quand on sera dans un fonctionnement optimal, il n’aura pas besoin de guide. Avec les nouvelles technologies, la personne pourra se connecter de manière interactive avec les objets pour les découvrir. C’est très important pour l’Afrique.

Entretien réalisé par E. Massiga FAYE


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.