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Décès de Winnie Mandela : Disparition d’une égérie de la lutte anti-apartheid

03 Avr 2018
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Winnie Mandela, l’ex-épouse du premier président sud-africain noir Nelson Mandela et héroïne de la lutte contre l’apartheid, est décédée hier lundi à l’âge de 81 ans des suites «d’une longue maladie», suscitant une pluie d’hommages pour une «mère de la nation» au parcours toutefois controversé.

Le couple qu’elle a formé avec Nelson Mandela pendant plus de trente ans personnifiait le combat acharné contre le régime raciste. C’est en 1958 que la flamboyante jeune femme au caractère trempé épouse Nelson Mandela. Mais, très vite, le couple est séparé par les activités politiques du mari, condamné en 1964 à la prison à perpétuité.

 Pendant ses 27 années de prison, Winnie résiste aux persécutions incessantes du régime raciste et devient l’égérie de la lutte anti-apartheid. Elle ne plie pas devant les astreintes à domicile, les attaques à la bombe, les détentions. «Les années de prison m’ont endurcie (...) Il n’y a plus rien qui ne me fasse peur», affirmait-elle dans une interview en 1987.

 Les lois imposant la ségrégation entre les Noirs et les Blancs sont finalement abolies en 1991.

 En 1994, c’est la consécration pour Nelson Mandela et son épouse. Lui devient le premier président noir d’Afrique du Sud, elle entre dans le gouvernement. Les années de détention ont porté un coup fatal à leur union. Les frasques de Winnie, son discours violent et les accusations de meurtre portées contre ses gardes du corps l’éloignent de son époux. Le couple se déchire et leur divorce est prononcé en 1996.

 Dans son discours le plus controversé, en 1986, Winnie avait appelé à «libérer ce pays avec des allumettes», une référence au supplice du «collier» enflammé autour du cou des «traîtres».

 En 1998, la Commission vérité et réconciliation (Trc) l’avait déclarée «coupable politiquement et moralement des énormes violations des droits de l’Homme» commises par sa garde rapprochée.

«Quelque chose a terriblement mal tourné», avait déploré il y a quelques années à son sujet Desmond Tutu. A sa mort en 2013, Nelson Mandela, entre-temps remarié avec Graça Machel, ne lui a rien légué. Winnie, très amère, avait saisi la justice, qui l’avait déboutée. L’une de ses dernières apparitions publiques remonte à la conférence de l’Anc en décembre à Johannesburg, où elle avait été saluée par des applaudissements nourris.

 Connue pour ne pas mâcher ses mots, elle avait récemment dénoncé les échecs du gouvernement de l’Anc.

 «La réconciliation n’a été qu’une façade», avait-elle asséné. «Je vis à Soweto, un township créé par le régime d’apartheid pour parquer les Noirs. Un quart de siècle après l’abolition de l’apartheid, il n’y a toujours pas un seul Blanc à Soweto (...) Où est le changement ?»

 AFP

POINT DE MIRE : UNE HÉROÏNE CONTROVERSÉE
Winnie MUn pan historique de l’Afrique du Sud disparait avec la mort de l’héroïne aussi engagée que controversée Winnie Mandela. Car l’image de la passionaria de la lutte anti-apartheid est indissociable de celle dont elle fut l’épouse pendant 38 ans. En épousant à 21 ans un père de famille divorcé de presque 40 ans, la première assistante sociale noire de l’Afrique du Sud diplômée de l’Université se liait au combat de Nelson Mandela contre la politique raciste de l’Apartheid. Très vite, leur mariage sera contrarié par l’engagement politique de Mandela, pour qui la libération de son peuple passait avant sa vie de famille. L’entrée en clandestinité de Nelson Mandela puis son emprisonnement en 1962 l’obligent à reprendre, ses deux fillettes sur les bras, le combat de son époux. Dès lors, la jeune travailleuse sociale du township de Soweto devient la cible des autorités blanches de l’Afrique du Sud. Mais intimidations, pressions, emprisonnement, astreinte à résidence, bannissement à l’écart du monde et attaque de son domicile à la bombe ne la feront pas plier. Au contraire, l’épouse de Mandela maintient la flamme de la résistance contre le régime raciste blanc et continue de le défier. Dès lors, elle devient une figure de proue du Congrès national africain, l’Anc, fer de lance de la lutte anti-apartheid. En 1976, lors de la révolte des lycéens de Soweto, la passionaria des townships les encourage à se battre jusqu’au bout.

 L’image héroïque de la « Mère de la Nation » se craquelle à la fin des années 80 alors qu’elle est rattrapée par les affaires. Elle est alors accusée de violations des droits de l’homme, de tortures et de fraude. L’icône devenue radicale s’était entourée d’une garde rapprochée de jeunes hommes aux méthodes particulièrement brutales, qu’elle baptise le Mandela United Football Club (Mufc). C’est l’époque des terribles lynchages au «necklace», collier de pneu enflammé passé au cou des présumés traitres à la lutte anti-apartheid, une justice expéditive et illégale qu’elle encourage les Sud-africains à appliquer. Mutée cheffe de bande, l’égérie de la cause des noirs sud-africains devient un handicap pour l’Anc avec cet appel direct au meurtre. Une divergence de vue et de méthode apparait très nettement entre ces deux protagonistes de la cause anti-apartheid. L’enlèvement puis le meurtre du jeune militant Stompie Seipei dont elle est reconnue coupable de complicité en 1991 et condamnée à six ans de prison, ultérieurement à une simple amende, précipitent la chute de l’égérie de la libération. Même la Commission vérité et réconciliation chargée de juger les crimes politiques de l’apartheid déclare l’héroïne de la lutte contre l’apartheid coupable politiquement et moralement des violations des droits de l’homme commises par le Mufc.

 La libération de Nelson Mandela et l’abolition de l’apartheid en 1994, symboliseront la victoire du couple mythique face à ce racisme d’Etat, mais aussi précipiteront sa fin et un divorce en 1996 qui révélera les infidélités et les dérives politiques de Winnie. Ministre du gouvernement de son époux, elle sera limogée pour indiscipline, puis mise au ban de l’Anc et condamnée de nouveau pour fraude. Réintégrée quatre ans plus tard, Winnie s’illustre par son absentéisme au Parlement, son grand train de vie et les vertes critiques contre son illustre mari. «Elle était une formidable égérie de la lutte, une icône de la libération. Et puis, quelque chose a terriblement mal tourné», dira d’elle le prix Nobel de la Paix, Desmond Tutu, président de la Commission vérité et réconciliation, et ami de Nelson Mandela. Quelque chose qui s’appelle dérapages politiques et affaires de corruption. Mais à l’annonce de sa mort, le respect de sa mémoire des années de braise, le souvenir de celle qui incarnait le défi et la résistance à l’Apartheid, l’évocation de la combattante de la liberté qui a profondément inspiré tous les Sud-africains et des générations de militants, réhabilitent pour la postérité «Mama Winnie», la flamboyante passionaria au caractère trempé et qui ne mâchait pas ses mots. Après la période héroïque et la chute, repos éternel pour l’égérie des quartiers pauvres de Soweto.

Par Dié Maty FALL

Last modified on mardi, 03 avril 2018 09:21
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