banner home page1

Pour vos insertions, contactez la Régie publicitaire de la SSPP Le Soleil

Rwanda : Au pays des mille... transformations

13 Avr 2018
2620 times

Dévasté par le génocide de 1994, le Rwanda est passé, en 24 ans seulement, d’un pays misérable et rural à un État moderne et relativement prospère. Le secret de cette transformation ? Le leadership et le pragmatisme d’un homme, Paul Kagamé, et la discipline et la fierté d’une population résolument engagée à se fabriquer, ensemble, un destin enviable que le roman africain couvre d’éloges.

Après plus de dix heures de vol ponctué par deux escales (Abidjan et Libreville) et une correspondance (changement d’avion à Cotonou), l’avion de Rwandair amorce enfin sa descente à l’aéroport international de Kigali. Du ciel, l’éclairage parcimonieux de la capitale rwandaise dessine des lumignons qui se découpent dans l’obscurité de la nuit. Pour rallier l’hôtel, le bus emprunte une route parfaite qui serpente  à travers les collines. Hormis le brouhaha propre à tout aéroport aussi fréquenté que celui de Kigali, la ville, curieusement, est enveloppée dans un ample silence. Tout semble dormir alors qu’il n’est que 22 heures. C’est peut-être l’effet du dimanche.  Le lendemain matin, le décor est tout autre. La sombre couverture d’une nuit sans lune de la veille s’est dissipée, dévoilant une ville recouverte d’une couche blanche comme de la cotonnade. Des maisons aux toits rouges, en enfilade sur les flancs abrupts des collines, se détachent de la grisaille matinale. A l’image de son histoire tragique faite de hauts et de bas et dont le point de non-retour est le génocide de 1994, le Rwanda a une géographie au relief abrupt et escarpé. Ici, rien n’est plat comme la paume d’une main, tout est dénivellement, pente, bref, collines.

Le Rwanda porte bien son nom de « pays des mille collines ». Sa capitale, Kigali, ne flétrit pas non plus sa réputation de ville propre. Il suffit de faire un tour dans les méandres de la ville pour s’en convaincre. Aucune impureté ne traîne. De toute façon, l’usage des sachets plastiques est interdit ici depuis quelques années et contrairement au Sénégal, cette mesure est très bien respectée. Et puis, il y a cette sensation de circuler au milieu d’un immense jardin bien entretenu. Tout respire la propreté et la discipline dans cette ville coquette où pour se déplacer, outre les classiques bus et taxis, on peut aussi emprunter des motocyclettes, à l’image des motos « Jakarta » de l’intérieur du Sénégal. Toutefois, à Kigali, le secteur est mieux organisé. Les conducteurs de ces engins portent tous un casque et arborent un gilet fluorescent. Même le client est obligé d’enfiler un casque. Pas de compromis, ni de compromission. C’est la règle, il faut s’y conformer.

De même, tout le monde est encouragé à s’impliquer, physiquement ou financièrement, chaque dernier samedi du mois, à l’activité« Umuganda », une opération de nettoiement organisée à travers tout le pays. « Entre 7 heures du matin et 11 heures, toutes les activités s’arrêtent et chacun participe, comme il peut, au nettoiement des quartiers. A la longue, tout est tellement propre qu’on n’a plus rien à balayer. Cela se transforme alors en des retrouvailles amicales où l’on discute de tout et de rien », explique Muyango Kelly-Thalia, une étudiante.

C’est à croire que cet attachement à la propreté traduit, inconsciemment, un besoin de jeter dans les poubelles de l’histoire ce passé douloureux. Comme si tout ce qui peut rappeler le Rwanda d’avant génocide est à balayer aussi bien des consciences que du quotidien. « Avant le génocide, Kigali était sale et les gens marchaient pieds nus. Aujourd’hui, personne n’ose le faire. Tous ces bâtiments flambant neufs que vous voyez, comme le Kigali Convention Center (Kcc), n’existaient pas, il y a cinq ans », souligne le Pr Romain Murenzi, enseignant d’origine rwandaise établi au Canada.

Leadership, pragmatisme et réconciliation, les recettes du «miracle»

« Ce qui a été réalisé, ici, n’est en rien différent de ce qui a été fait dans des pays plus avancés que nous : l’investissement dans le capital humain. Au lendemain du génocide, l’économie était détruite, les infrastructures n’existaient plus et nous avions un million de morts à enterrer, bref la situation était déprimante. Il a fallu ramasser les morceaux, reconstruire les écoles, bâtir les institutions, des hôpitaux, réconcilier les populations et mettre en place tout ce qui permet une vie normale. Aux premières heures de la reconstruction du pays, la priorité a été donnée à la sécurité. Une fois la sécurité et la paix instaurées, nous avons mis l’accent sur l’éducation, la santé et l’alimentation. C’est comme cela que nous nous sommes relevés de cette catastrophe de 1994 ». Voilà la réponse de Paul Kagamé à la question de savoir ce qui expliquait le « miracle rwandais », question qui lui a été posée lors du panel présidentiel du Next Einstein Forum qui s’est tenu du 26 au 29 mars dernier à Kigali.

De tous les défis relevés par le Rwanda ces 24 dernières années, le plus incroyable est sans aucun doute la réconciliation des populations. Ici, on ne se voit plus comme Tutsi ou Hutu mais juste comme Rwandais. La thérapie massive a commencé fin 2002. Elle reposait sur des programmes tels que le « Ndi Umuyarwanda » qui promeut le vivre ensemble et l’unité nationale. Mais aussi sur des tribunaux populaires appelés« Gacaca » pour solder les comptes du génocide. Tourner cette page a été un combat commun porté au rang de priorité par les Rwandais et leur président. « Aujourd’hui, tout le monde se voit sous l’identité rwandais et non plus sous une identité ethnique. C’est ce qu’il fallait d’abord changer et on l’a réussi. Tout le monde est fier aujourd’hui d’être Rwandais », se félicite Muyango Kelly-Thalia.

D’où vient donc cette capacité de résilience, cette force de pardon ? Peut-être qu’il faut en chercher le ressort dans les tréfonds de la cruauté dans laquelle ce pays et ses habitants ont plongé entre avril et juillet 1994. Plus de 800.000 morts en 100 jours à peine soit le génocide le plus rapide et le plus meurtrier de l’histoire, selon l’Onu. Le centre commémoratif de cet épisode sombre de l’histoire du Rwanda est « Kigali génocide memorial ». Implanté au quartier de Gisozi à quelques encablures de la cité résidentielle de Kacyiru qui abrite le palais présidentiel, ce musée est, en même temps, sépulture (plus de 250.000 personnes y sont enterrées) et lieu de recueillement. On s’engage dans les dédales de ce musée avec appréhension, on en sort complètement bouleversé. Bouleversé par les images de ces milliers de vies arrachées d’un coup de machette dont celles des nouveau-nés, et par les témoignages glaçants des rescapés. Au fronton de l’entrée de l’un des bâtiments, ce message qui invite à tirer les leçons du passé pour mieux asseoir les bases d’une nation rwandaise: « Se souvenir et apprendre ».

Kagamé, prophète chez lui

Cependant, le processus de réconciliation et de reconstruction du Rwanda post-génocide ne manque pas de susciter de vifs débats. En effet, vue de l’extérieur, la gouvernance de Paul Kagamé est sujette à controverse. Il est qualifié, par certaines chancelleries occidentales, de « dictateur » dont les méthodes fortes n’épargnent ni ministres, ni compagnons de route encore moins les opposants. Cette image de Kagamé, peint sous des dehors d’un despote froid régentant tout d’une main de fer, est loin d’être partagée par les Rwandais dans leur immense majorité. Ici, Paul Kagamé est plutôt vu comme l’homme qu’il fallait face à une situation qui exigeait de la fermeté. Et les critiques à l’encontre du leader du Front patriotique rwandais (Fpr) ne font que les renforcer dans leur conviction. « Si la dictature signifie travailler pour l’intérêt de son pays, alors nous voulons cette dictature. Les critiques contre Kagamé sont une source de motivation pour nous. Il travaille exclusivement pour le Rwanda, il ne s’enrichit pas sur le dos des populations. Au Rwanda, nous n’avons pas la même conception de la démocratie que l’Occident », martèle Kevin Sebineza, un étudiant.

Quant à Albert Rudatsimbura, il préfère en rire avant d’y aller dans un discours plein de dithyrambes. « Une dictature, c’est une oppression et aucun Rwandais n’est opprimé. Les seuls qui se plaignent des méthodes de Kagamé sont ceux-là qu’on a attrapés la main dans le sac dans des activités louches. Ce n’est pas pour rien que des millions de Rwandais sont allés dans les urnes pour changer la Constitution afin de permettre à Kagamé de se représenter à la présidentielle. C’est un homme intelligent, venu pour mettre du bon sens dans tout. Il nous fallait une main de fer pour appliquer la thérapie de choc dont le Rwanda avait besoin », dit-il. James Rushimisha, fonctionnaire au Rwanda Convention Bureau (Rcb), une structure en charge de l’organisation de toutes les rencontres et conférences internationales au Rwanda, fait chorus et loue les qualités de leader et de manager de Kagamé. « C’est un homme d’actions. Pour lui, il n’y a pas de barrières infranchissables. Quand il décide de quelque chose, les gens l’appliquent, quels que soient les obstacles. Il a beaucoup de mérite, car être président fédérateur dans le contexte post-génocide, ce n’est pas facile ».    

Fin connaisseur du « Pays des mille collines » dont il couvre l’actualité pour l’agence de presse chinoise Xinhua, le journaliste ougandais Mohamed Mupenda ne cache pas son « étonnement » face à l’évolution spectaculaire du Rwanda. Il l’attribue à deux éléments : le pragmatisme et le leadership de son président Paul Kagamé. « Quand il décide de quelque chose, les gens l’exécutent. Certains peuvent penser que c’est de la dictature, mais pour moi, c’est du leadership. Le peu de ressources disponibles est utilisé à bon escient», avance-t-il. Le Vice-président du Next Einstein Forum, le Sénégalais Youssef Travaly, qui vit au Rwanda une bonne partie de l’année, est aussi de cet avis : « Le Rwanda doit son essor à la vision et au leadership de son président. Il a su miser sur le capital humain et être réceptif aux innovations locales ». Toutefois, le Dr Travaly estime que le modèle de leadership rwandais n’est pas forcément transposable dans tous les pays, notamment au Sénégal. Et pour cause : « les deux pays n’ont pas la même trajectoire historique. Le Sénégal a toujours été un pays stable, ce qui n’est pas le cas du Rwanda. A chaque pays son type de leadership », argue-t-il.

A chaque histoire, son héros. Celui du Rwanda post-génocide s’appelle, sans aucun doute, Paul Kagamé. Certes, il y  a quelques rouspétances, des gémissements à son sujet, mais c’est le propre des personnalités de cette envergure qui inscrivent leurs noms, de manière décisive, dans le récit collectif.

El H. I. THIAM

Rate this item
(0 votes)


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.