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Kigali-Paris : La normalisation

14 Jui 2018
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24 ans après le génocide de 1994 et les tensions politiques et diplomatiques, les relations entre Kigali et Paris amorcent un retour à la normale. Un travail de normalisation auquel Macron et Kagamé œuvrent ensemble, de manière pragmatique, un quart de siècle plus tard. Dans la corbeille de la réconciliation, Macron s’est engagé à soutenir haut et fort la candidature à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) de l’actuelle ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo. Le génocide avait fait 800.000 morts, selon l’Onu, essentiellement dans la minorité tutsi et des Hutu modérés. Des tueries dont Paul Kagamé avait accusé l'État français d'être un des acteurs pour avoir soutenu le pouvoir hutu génocidaire de l’époque.

Sans revenir sur les blessures du passé, il ne faut pas les sous-estimer dans ce processus de normalisation, le dossier de l'attentat contre l'avion du président Habyarimana empoisonne toujours les relations entre les deux pays. Paris a toujours démenti toute implication dans le génocide au Rwanda et n'a plus d'ambassadeur à Kigali depuis 2015. Mais, des deux côtés, les partenaires ont exprimé la ferme volonté d’entamer une nouvelle démarche qui ouvre une nouvelle époque.  Cela arrive à point nommé, car le président rwandais est en même temps président en exercice de l’Union africaine (Ua). A ce titre, il entend solliciter le soutien complémentaire de la France dans la sécurité du continent, notamment au regard de sa réforme de la gestion des crises au Sahel ou en Rdc. Kagamé peut d’ores et déjà compter sur Emmanuel Macron qui est très impliqué dans le dossier sahélien et la lutte contre les groupes jihadistes, ainsi que sur sa participation au Sommet de l'Ua début juillet à Nouakchott. Sur cette question comme pour certains dossiers internationaux, le régime rwandais actuel a besoin de l'appui de la France.

Pour le président français, l'enjeu fondamental est désormais de « mener un travail apaisé » sur « la place du génocide des Tutsis dans notre mémoire collective » et, en parallèle, de poursuivre le « travail de déclassification » des archives officielles sur cette période entamé ces dernières années. Cependant, les associations qui militent pour que les responsabilités politiques et militaires de la France lors du génocide soient clairement situées craignent que la vérité pâtisse de ce rapprochement stratégique entre Paris et Kigali. C’est le cas de l’association « Survie ».

Quant à l’engagement de la France de soutenir à la tête de l’Oif la candidature de la cheffe de la diplomatie rwandaise depuis 10 ans, Macron pense que cela fait sens que l’organisation soit de nouveau présidée par un Africain, car « le centre de gravité  de la Francophonie est aujourd'hui en Afrique ». Ce n’est pas faux. Même si le président Kagamé s’exprime maintenant dans la langue de Shakespeare tout en maîtrisant parfaitement celle de Molière, comme d’ailleurs la moitié de la population rwandaise,  Louise Mushikiwabo « a toutes les compétences et les titres pour exercer cette fonction », selon Macron. Mais, derrière la personne de la Rwandaise, il y a une convergence d’intérêts économiques et géopolitiques et une stratégie de sauvegarde des intérêts de la France en Afrique. Ce faisant, Macron, d’une part, réconcilie la France avec le Rwanda et, d’autre part, s’assure que la direction de l’Oif revienne à l’Afrique. Normaliser les relations avec le Rwanda permettra à la France de reprendre sa place dans la région économiquement stratégique des Grands Lacs où les Américains sont omniprésents depuis Bill Clinton. Le Rwanda est, peut-être, un petit pays, mais qui exerce une influence disproportionnée dans sa région. A quatre mois de l’élection cruciale à la tête de l’Oif, le soutien du principal bailleur de fonds de l’organisation à la candidature de cette diplomate chevronnée, convaincante, cultivée et dont on pense qu’elle saura donner du lustre à cette institution francophone qui en a bien besoin, vient de lancer la campagne en avance, bousculant la donne et perturbant les calculs de l’actuelle Secrétaire générale, candidate à sa propre succession.

Dié Maty FALL

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