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Faisons connaissance

Faisons connaissance (27)

La situation défavorable des enfants fait objet de plusieurs politiques. Qu’elles soient étatiques ou privées, elles arrivent à la bonne heure. Les Villages d’enfants Sos œuvrent pour le bien-être de l’enfant dans un environnement sain depuis 40 ans. Faisons une descente au Village Sos afin d’essayer de miroiter leur mode de vie.

Au premier contact, nous voyons une agglomération de foyers de quinze maisons familiales au total. Chaque foyer abrite dix enfants. Elargissant la visite, une infirmerie, une administration, une préscolaire et une maternelle s’offrent à nous. Sans oublier les aires de jeux, le grand cours (communément appelé ronde). Ceci est le cadre du Village d’enfants Sos. Il est régi sous les normes du code familial sénégalais. C’est une Ong reconnue d’utilité publique qui a démarré ses activités de prise en charge des enfants en 1979. Sur le plan national, ils ont cinq sites à Dakar, Tambacounda, Ziguinchor, Louga et Kaolack. Les conditions d’admission sont multiples. Il y a un groupe cible, notamment des enfants qui ont perdu la prise en charge des parents et les orphelins totaux. Revenant sur les bases d’admission, Seydou Dieng, le coordinateur national, apporte des éclaircissements sur les critères. Il précise : « Nous avons des enfants dont les parents sont malades (physique, mental ou handicapé…) .Il y a des enfants de parents diminués, alcooliques, détenus, mais aussi des enfants abandonnés, même si le nombre est faible, etc. ». Ce sont ces enfants-là que nous admettons. Une mère Sos rapporte, ici, une histoire parmi d’autres. Maman Maty Guèye a intégré le Village depuis 1997. « J’ai reçu mes triplés quand ils ont eu 4 mois. Ils ont perdu leur maman à la naissance. On m’a proposé de les recevoir dans ma maison. C’était difficile, mais je n’ai jamais eu de regrets. Ils apportent une joie de vivre incroyable dans notre foyer. A une période où ils étaient partis en vacance à Diourbel, chez leur tante, pour un mois, je ne pouvais pas m’empêcher de leur rendre visite. Arrivée là-bas, les conditions dans lesquelles je les ai trouvés m’ont meurtri. De retour, je m’en suis ouvert au papa (directeur), et c’est ainsi qu’on est parti les reprendre. Tout le monde pensait qu’ils n’allaient pas passer la nuit. Mais, par la grâce de Dieu et l’assistance de Sos, ils ont survécu. Vraiment, tout le Village en entier m’a assisté. Je n’ai jamais été à la maternité, mais je ne manque pas d’enfants ».

 D’horizons divers, venant de Matam, Kédougou, en passant par Ranérou, Pire, entres autres localités, les demandes proviennent de partout. Actuellement, l’Ong a sous son aile « 3.492 enfants, dont 808 admis » au sein du Village. S’adonnant à un petit sondage sur leurs provenances, des enfants sont venus de « Saint-Louis, Ngay, Kébémer, Kolda, Mbadiène… ». Vue sous cet angle, qui pourrait dire avec certitude « je n’ai jamais eu de parent au Village d’enfants Sos ? » Ses enfants sont issus des foyers sénégalais.

Œuvre humanitaire
C’est tout un processus de l’accueil à l’intégration. Ce site offre des services de première nécessité, à savoir tout ce qui est relatif au droit de l’enfant, rehaussé d’une forme de vie familiale. Cela revient à dire que chaque enfant possède un foyer avec le cercle familial. C’est pourquoi ils usent le jargon familial (papa, maman, oncles, tantes). De cette manière, l’enfant ne se sentira pas privé de famille. L’enfant se retrouve avec 149 frères et sœurs dans un même environnement. Essayer d’apporter quelque chose à l’enfant avec une association autonome est le contexte de base. Village d’enfants Sos n’est pas conçu dans un contexte de guerre ou de calamité : c’est une œuvre humanitaire. Et le Sénégal a permis à la nation d’en bénéficier. Cependant, il y a des gens qui versent dans la facilité. C’est pourquoi les enquêtes sont extrêmement poussées pour ne pas tomber dans le piège. La facilité est évoquée parce qu’une fois que l’enfant est admis au Village, il est pris en charge sur tous les plans. Aucune contribution de la famille d’origine. Juste faire des visites, afin qu’il ne perde pas ce contact familial.

Faire un tour en ces lieux fait comprendre que leurs crédos font leurs quotidiens. « La chaleur d’un foyer pour chaque enfant » ; « A mes yeux, rien n’est plus important que de s’occuper d’un enfant », témoignent donc du dévouement des travailleurs. Ces derniers sont à la fois acteurs et témoins. Ils sont là pour combler un vide. En plus d’un père et d’une mère, l’enfant a d’autres parents : tantes, oncles... L’affection et la solidarité fraternelle, combinées aux querelles, sont au rendez-vous. La fratrie est cruciale en ces lieux. Le partage de la vie quotidienne en est le meilleur garant. Chacun protège l’autre, l’assiste et le guide si nécessaire.

La fraternité y est vécue dans tous ses sens grâce à la cohabitation et aux valeurs ancrées. Dans cet environnement, l’enfant vit son enfance et se prépare à son avenir d’adulte sur les plans affective et psychologique. Toute cette alchimie réchauffe les cœurs et les foyers. La maman est le cœur de Sos. D’où la rigueur sur la sélection de celle-ci. L’âge est le premier critère de recrutement du personnel. Des personnes d’âge mûr de 35 à 45 ans et instruites sont requises, en plus des enquêtes de domicile et de moralité. Car une mère est importante. C’est la figure centrale de l’enfant. La maman est vraiment le cœur au Village Sos.

Une série de questionnements jaillit face à cette situation. Sans ces sites, où seraient tous ces enfants qui s’y trouvent ? Que seraient-ils devenus ? Que sont-ils même avec Sos ? Un témoignage d’un jeune garçon jadis du Village et aujourd’hui devenu un homme de la société. Serge Koué, 26 ans, est arrivé au Village Sos à l’âge de 9 mois. Il l’a quitté à 14 ans. Il raconte leur histoire. « Mon frère jumeau et moi sommes nés d’un couple mixte religieusement parlant et de nationalités différentes. A notre naissance, il y a eu quelques mésententes au niveau des deux familles. Nous ne devrions pas être séparés. Une voisine à notre mère a eu l’ingénieuse idée de nous amener au Village Sos. Si ce n’était pas grâce à Sos, peut-être que nous serions séparés mon jumeau et moi ? Peut-être même mon frère et moi n’allions pas vivre pour grandir ? A titre illustratif, leur maman Sos leur a dit à plusieurs reprises qu’elle n’imaginait pas qu’ils allaient grandir. Qu’elle pensait qu’ils allaient mourir dans ses bras. Et c’est par la grâce divine et Sos qu’ils sont encore là. Il poursuit : « Primo, les conditions ne seraient pas des meilleurs d’être séparés. Ensuite, de vivre l’un avec un père qui venait tout juste de commencer à travailler. L’autre avec une maman qui n’a pas un travail à temps plein ». Les soubassements de la vie font décidément parti de l’existence.

Environnement sain
Et le devoir était plus pressant. Ce devoir d’assurer à l’enfant une éducation, la santé, le bien-être, dans un environnement sain. C’est la mission des Villages Sos. Mr Koué en est la preuve vivante. « Le Village, c’est une très grande famille. Nous sommes séparés par maison. Les relations y sont telles que celles de tout foyer sénégalais. La beauté, l’amour, mais aussi (rires) tout le désagrément entre frères et sœurs qui, parfois, se disputent. Cet amour réciproque des frères et sœurs (les pensionnaires) venus de différentes familles, de différents horizons, est ce qu’il y a d’extraordinaire. Etant enfants, nous ne savions pas que l’on avait une mère autre que celle du Village. Nous étions certains que c’est elle qui nous a mis au monde. Tout l’amour maternel était là. On a fini l’allaitement entre ses mains. C’est en grandissant qu’on a connu la mère biologique. N’empêche la maman Sos reste la nôtre. C’est elle qu’on aime. C’était pas du tout évident que nous vivions cette chaleur familiale. Nous n’aurions pas eu l’occasion d’avoir une si grande famille sans Sos ».  

Nos chers patriotes ont-ils bonne connaissance de ce sanctuaire ? L’usage du sanctuaire n’est-elle pas abusé ? Rama Baal, mère à Sos depuis 1995, estime que dire qu’ici, « c’est un lieu sacré, ne serait pas exagéré, vu l’humanitaire, une très grande foi et des bienfaits qui y émanent ». Rama rapporte leur ordinaire : « La maman accompagne l’enfant dans sa religion. Elle exige une certaine rigueur dans la pratique. Assiduité des musulmans à la mosquée et de l’église pour les catholiques. Toutes les fêtes sont célébrées au Village Sos. Que cela soit la Tabaski où Noël, les commissions et baptêmes, Korité. Afin que chacun retrouve non seulement la chaleur d’un foyer, mais aussi qu’il puisse s’ancrer dans sa religion. Mes enfants biologiques jalousent mes enfants là (rires). Ils n’arrêtent pas de me dire que ma vie tourne autour de Sos. Tout ce qui est bien doit être pour eux. J’ai une fille qui n’a plus l’âge de résider au sein du Village. N’empêche à chaque fois qu’elle tombe malade, elle accourt auprès de sa maman (Rama parlant ici d’elle-même). Elle est actuellement ici, même si elle a sa famille. C’est moi qu’elle connaît ».

Amour et affection
Quelles issues pour ces enfants ? L’espoir, le nouveau départ apporté à l’enfant, porte t’il ses fruits ? Un enfant est très reconnaissant quand il reçoit de l’affection, s’épanouie, qu’on subvienne à ses besoins, etc. A cet instant, il se sent aimé. Du coup, le mot maman trouve sa place. C’est la raison pour laquelle, lors des formations, la future mère est appelée à comprendre que l’élément fondamental est l’amour et l’affection. Le reste s’en suivra naturellement. Ouly Soropogui a compris. Présente depuis 27 ans, elle aussi se rappelle de l’enfance de tous, en particulier celui de son fils adoptif. « J’ai un seul fils au monde. Il a grandi au Village, dans ma maison. Je l’ai adopté à sa sortie. Il vit chez moi à Guédiawaye. Il porte mon nom de famille. Je lui légerais tous mes biens quand je ne serai plus de ce monde. Pour l’heure, il continue son bout de chemin ».

A l’atteinte de l’âge de la sortie, l’enfant rejoint sa famille d’origine. Sos lui vient en appui (bourse et prise en charge médicale) et en suivi (encadreur). Il y a aussi des foyers d’accueil dont l’enfant est inséré à défaut de la famille d’origine. Des milliers d’enfants ont bénéficié des programmes Sos. D’aucuns sont dans l’emploi formel : des avocats, médecins, enseignants, entrepreneurs, etc. D’autres sont dans l’informel et le privé (la menuiserie, la mécanique, le commerce, l’art…) Et malheureusement, certains n’ont pas pu aller loin, mais se débrouillent et/ou sont au chômage. Côté réussite, c’est comme dans tous les foyers sénégalais. Certains voient le bout du tunnel, d’autres non.

Sos a des programmes dont une frange de la population bénéficie. En 2005 est instauré un programme de renforcement de la famille. Il consiste à aller dans les communautés pour soutenir ses enfants au sein de leur famille d’origine à défaut de pouvoir les accueillir au Village. L’Ong vient également en aide aux talibés et enfants de la rue. Le choix de ses familles dépend du degré de leur vulnérabilité en termes de réalisation des droits de l’enfant, c’est-à-dire droit à l’éducation, l’alimentation, la santé, les loisirs, etc. Aujourd’hui, on peut dire que les Villages Sos sont une affaire de tout le monde.

Par Yaye Awa Ly Ngoné SARR
(Stagiaire)

« J'ai l'habitude de l'appeler l'Américain parce que c'est l'un des rares patrons que l'on voit au Sénégal qui n'est pas guindé, qui porte son short, son jean qui va en boîte, rit et danse avec tout le monde. Il est toujours gai ». La description que Coumba Gawlo fait de son ami Baïdy Agne en forme d’hommage n’allège pas le poids de ce dernier qui est un homme d’influence. Chef d’entreprise multipolaire, Baïdy Agne est un homme qui pèse sur la vie économique nationale. Le Conseil National du Patronat du Sénégal (CNP) qu’il dirige est une confédération de 30 groupements patronaux  et 6 membres associés évoluant dans divers secteurs d'activités : Industrie, Commerce, Agriculture et Agro-Industrie, Transport (terreste, maritime, aérien), Banques et Institutions financières, Assurance, Transit et Manutention, Bâtiment et Travaux-Publics, Services,  Tourisme et Hôtellerie, Technologie de l'Information et de la Communication, Notariat, Production et Editions Phonographique, Franchise, Santé  etc… D'après la dernière enquête de représentativité effectuée par la tutelle administrative, il occupe le premier rang du mouvement patronal sénégalais. Avec un tel outil, son patron participe de manière active à la définition du cadre économique national. C’est pourquoi Baïdy Agne est à la pointe du débat économique : organisation du secteur privé, réformes dans l’environnement des affaires, construction d’infrastructures, implication des acteurs privés dans les privatisations et les concessions, souveraineté économique, etc.

M. Agne ne perd jamais une occasion de plaider pour l’entreprise qui, à ses yeux, est « une composante de l’équilibre socio-économique ». Car, pense-t-il, « la cohésion nationale et la souveraineté sont mieux défendues si les règles de transparence en matière de passation des marchés publics sont respectées ». Le président du Conseil national du patronat sénégalais ne prend pas de gants pour plaider « la préférence nationale » que devrait mener tout Etat « stratège » qui favoriserait une « discrimination positive » à l’égard des entreprises nationales.

En 2008, lors des Assises de l’Entreprise qu’organise le CNP depuis plusieurs années, Baïdy Agne avait frappé les esprits en déclarant lors de son discours d’ouverture, devant un parterre de personnalités d’horizons divers, que chez nous, « la Politique prime sur l’économie, sur la productivité de la Nation, sur la paix et la stabilité sociales». Un courage et une lucidité dans l’analyse jamais démentis.

Oumar BA

Petit par la taille, mais énorme par la connaissance et le savoir-faire. Son regard profond et pensif renferme une grande capacité d’analyse des faits. C’est l’homme de la télévision, de la Radio et de la presse écrite. Sorti avec un diplôme de Spécialisation en télévision au Centre d’Etude des sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (Cesti), il fait ses premiers pas de journaliste à l’Office de Radio Télévision sénégalaise devenue l’actuelle Radio Télévision sénégalaise (RTS). Cet enseignant au Centre d’études des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (Cesti) est également l’auteur des chroniques politiques signées sous le pseudonyme d’Abdou Sow à Walfadjri.

Un amoureux du risque
Son amour du risque le poussa à créer « Face à Face » qui était une émission politique diffusée en direct. Mame Less Camara de son vrai nom est le premier journaliste qui, en direct, a interviewé Abbé Diamacoune Senghor du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC) avec tous les « risques de dérapage que cela comportait ». « La seule manière d’assurer la crédibilité de cette émission, c’était de la réaliser en direct », avoue-t-il. Une façon pour lui de contourner la censure qui existait à l’époque. Grâce aux changements notés dans le paysage médiatique, notamment le pluralisme, le contexte était favorable à sa réalisation. « Sud Fm était sur le point d’être créée. Et c’était sûr qu’elle allait diffuser des émissions de la sorte. Pour la RTS, il fallait les devancer de justesse », justifie le concepteur.

C’est lui également l’auteur de cette audacieuse citation en réponse à la plainte du Président Wade contre lui en tant que Directeur de publication du Matin pour avoir publié des articles envoyés par son correspondant à Ziguinchor : « On a un président à peu près expert en tout. Et si on ne le retient pas, on le retrouverait dans les garages en train d’apprendre aux mécaniciens comment serrer des boulons ». Ce qui lui avait valu un autre chef d’accusation, outrage au chef de l’Etat après ceux de publication de fausses nouvelles et d’atteinte à la morale des armées et des populations de Ziguinchor.

Subir moins et se battre plus
En passant du micro à la plume, il ne s’est pas limité à ce que la presse écrite était capable de supporter. Du fait de ses études en Philosophie, le commerce des idées prenait le dessus sur la nécessité d’être « court, clair et concis ».

Très posé voire même austère, cet homme parle aisément avec beaucoup d’élégance. Mais, hors micro, il faut se rapprocher de lui pour l’entendre. Les mains, soient dans les poches, soient derrière le dos, il marche d’habitude la tête baissée comme s’il cherche quelque chose dans le sol. Ce maîtrisard en philosophie est d’une humilité légendaire. Raison pour laquelle il entretien d’excellents rapports avec ses pairs. Mais son humilité et sa sérénité n’enlèvent en rien son courage d’opinion. « Quand je vois se proliférer une situation d’hostilité, je me prépare. J’adore me bagarrer. Quand on a la sensation de la certitude, capitulation ne saurait être pire que de laisser triompher ce qui n’est pas juste », soutient-il. Pour lui, le vrai est l’adéquation de ce qui est juste.

Techniquement bien, mais instable professionnellement. Animé par l’envie d’aller voir ailleurs, il quitte la RTS pour Walfadjri, puis pour le Témoin. Il a aussi été le Directeur des radios Envi Fm et Océan Fm. « Il m’arrivait d’être un peu vif. De partir alors qu’il y avait une possibilité de négocier », confie ce journaliste qui a roulé la bosse un peu partout. C’était une manière pour lui de vivre une autre expérience de subir moyen et de se battre plus.

Entretenir avec lui c’est également profiter d’une biographie vaste et variée. Il est rare ou presque inexistant de prononcer une œuvre dont cet amoureux de la lecture ignore le contenu. Son père, militant à l’époque du Parti pour l’indépendance (PAI), avait à sa possession plusieurs livres. Une chose qui a déteint sur sa formation et son exercice de la profession de journalisme. Sa mère qui n’a pas longuement vécu l’a initié aussi aux Contes et mythes.

Par Marame Coumba SECK

Last modified on mardi, 20 septembre 2016 17:10

Au sein de la pépinière des grands chanteurs du Fouladou, Maayo Diao s’est illustrée de fort belle manière. Elle est même l’une des figures de proue féminines. Avec son talent inné, la pureté de son timbre, son engagement pour la cause de son département, sa région, cette cantatrice qui n’est pas venue dans le métier par accident veut porter très haut le flambeau de la culture peule.

À Pakour, dans le Fouladou, le nom de Maayo Diao est associé au kumu, cette technique musicale où l’on tambourine sur une calebasse renversée dans une bassine d’eau. Et à la musique tout court. La voix et le talent de cette cantatrice sont innés. Maayo Diao a grandi dans une famille où la musique régnait. Très tôt, elle montre d’évidentes dispositions pour la chanson. La passion de la musique et la volonté de se hisser parmi les meilleurs la conduisent à redoubler d’effort. « C’est de ma défunte tante que j’ai hérité cet amour immense pour la musique », précise-t-elle. La musique, Maayo la fait d’abord par passion. Ensuite, elle en a fait un métier. « C’est mon destin et j’y ai cru », avoue-t-elle. Peu nombreuses sont les femmes qui, dans le Fouladou, ont pu franchir le cercle restreint des mélomanes pour s’imposer auprès d’un très vaste public. Maayo Diao l’a réussi avec brio. À ses débuts, en 2000, Maayo mène une carrière discrète. Mais le succès va vite lui ouvrir les portes et il ne fallut pas longtemps pour qu’elle prenne place parmi les cantatrices les plus admirées. Avec son groupe, le « Foyré Fouladou », elle se fait une réputation, propulsée par ses chansons phares dont « Sukabé mbaynima », « Handen goli » et « Ndé laddé ».

Depuis, son étoile n’a cessé de briller. Son talent l’a amenée à se produire en Gambie, en Guinée-Bissau, en Europe, notamment en Espagne, en France, en Allemagne, en Italie, mais aussi Dakar, à Daniel Sorano, au Grand théâtre, dans le département de Vélingara et dans la région de Kolda. « Mes compositions portent fondamentalement les caractéristiques de la culture Fouladou avec un mélange d’instruments traditionnels et modernes. Et pendant chaque prestation, je joue d’abord la musique traditionnelle avant d’enchainer avec la musique moderne », assure-t-elle.
Comme tout peul digne de ce nom, Maayo Diao veut donner vie et valoriser, de manière pleine et expressive, la musique du Fouladou. « Mon ambition, c’est de faire rayonner la culture peule à travers le monde, faire la promotion de la musique pulaar et lui donner la place qu’elle mérite », souligne-t-elle avec fierté. Et dans tout ce qu’elle a réalisé et continue de réaliser, Maayo Diao reste fidèle à la tradition peule. Qui peut mieux connaitre un artiste que son manager ? Sathio Boiro ne tarit pas d’éloges à l’endroit de Maayo Diao.

Un talent apprécié à sa juste valeur
« C’est un talent à l’état pur, avec une belle et puissante voix pleine de sensualité et de chaleur, accompagné d’une identité peule. Maayo a marqué les esprits et a ébloui le monde de son talent », fait savoir M. Boiro. Selon lui, Maayo a fait du chemin avant de se faire connaitre. « Elle a commencé avec la musique traditionnelle, mais elle a accepté de faire un mixing entre le traditionnel et le moderne. On a commencé avec la guitare. Elle est allée en Espagne, a fait des prestations et a envoyé beaucoup d’argent qui a servi à l’achat de matériels. On a aussi engagé des artistes de très loin parce qu’à Pakour, il n’y a pas de guitaristes et autres musiciens », précise-t-il.

A Pakour, souligne Sathio Boiro, Maayo Diao a une très grande popularité. Elle draine des foules à chacune de ses prestations et les gens répondent. « Certains quittent même la Gambie et la Guinée pour assister à ses concerts. Lors des grands évènements, les gens misent sur elle. Dans certaines localités, il suffit de dire que vous la connaissez pour que l’on prenne bien soin de vous », assure-t-il. Malheureusement, déplore le manager, Maayo Diao ne vit pas de son art. « Parfois, on organise des concerts, mais tout l’argent récolté sert à payer les musiciens », regrette-il. Aujourd’hui, Maayo Diao est devenue l’une des cantatrices les plus aimées de son époque et l’une des plus populaires du Fouladou. Happée par la gloire après des débuts modestes, elle est restée la même, pleine d’humilité, de générosité. « Très ouverte, elle est connue de tout le monde. Son succès ne lui est pas monté à la tête. Elle reste toujours accessible et répond à toutes les sollicitations », indique Sathio Boiro qui demeure convaincu que Maayo ne manque pas de motivation ni de talent pour inscrire des pages brillantes dans sa carrière artistique.

Une artiste engagée
Courageuse, ambitieuse et très énergique, Maayo Diao n’est pas moins une artiste engagée. Son combat, lutter contre la déforestation et la non-déclaration à la naissance des enfants. Face à l’hécatombe forestière à Kolda, l’artiste veut ainsi mener une campagne pour conscientiser les populations sur les dégâts irréparables provoqués par la destruction forestière. « Chaque année, la forêt recule. Mon combat, c’est de faire en sorte que notre forêt ne soit plus sacrifiée, qu’on ne détruise plus nos ressources », explique-t-elle. Maayo opte pour les zones les plus touchées pour sensibiliser contre la destruction de la forêt qui constitue une des plus grandes richesses de Kolda. L’artiste ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Pour Maayo Diao, des milliers d’enfants atteignent, chaque année, l’âge scolaire sans posséder d’acte d’état civil ; ce qui, souligne-t-elle, met en péril leur scolarisation. Selon l’artiste, l’enregistrement de son acte de naissance à l’état civil est un droit naturel pour chaque enfant. Et Maayo veut mener une vaste action de sensibilisation au niveau de chaque arrondissement du département de Vélingara, mais aussi dans les départements de Médina Yoro Foulah et Kolda pour inciter les parents à adopter une attitude positive face au problème des déclarations de naissance et des formalités administratives en général.

Pour Sathio Boiro, l’engagement de Maayo Diao se lit à travers les thèmes qu’elle développe et qui riment bien avec les réalités de la zone. « Maayo a sorti son premier album intitulé « Ndé laddé » et qui parle de la déforestation. Elle a ensuite sorti un single sur la déclaration de naissance et la protection de l’enfance qui a été apprécié de tout le monde », précise le manager. Selon ce dernier, près de mille élèves dans le département de Vélingara ne sont pas déclarés et n’ont pas pu passer les examens. Maayo Diao veut mettre fin à tout cela, précise M Diao. « Quand on l’invite à faire des prestations lors des baptêmes, elle sensibilise d’abord, demande de déclarer l’enfant, avant de faire la fête. À travers sa musique, elle informe les gens, afin qu’ils sachent que la déclaration ne coûte pas grand-chose », indique-t-il. Sathio Boiro estime que cet engagement de Maayo Diao mériterait bien un accompagnement de la part des autorités.

Par Samba Oumar FALL

Sénégalaise dans l’âme, Libanaise de souche et Française par aléa, Danielle Tebechirani est une fleuriste multiculturelle. Depuis qu’elle a récupéré la roseraie, cette dame qui dégage un caractère et une tendresse propres a fait de l’entité une référence dans ce domaine.

La démarche est mesurée, le ton convivial et le gestuel contrôlé. Quand Danielle Tebechirani parle, elle captive et émerveille comme un muguet au début du printemps. Avec une telle sensibilité, la vieille dame n’a pas usurpé son métier de fleuriste. Depuis 16 ans, cette sénégalaise d’origine libanaise née à Mbacké, dirige une entité reconnue dans ce domaine. A l’allée Robert Delmas, juste en face du bâtiment du Trésor public, une échoppe distille dans l’avenue une fraîcheur qui contraste avec le climat délétère qui règne dans les autres artères du centre-ville. La roseraie donne vie à l’avenue.

A l’intérieur, anthuriums bambous, orchidées et plantes artificielles dans des vases en rajoutent au charme de la boutique. De son bureau dépourvu de toute fioriture, la vieille dame dirige la boite. Créée depuis 1931, la maison de fleurs était la propriété d’un couple de Français avant que Danielle Tebechirani ne la récupère en 2000. La roseraie traversait alors des moments difficiles. « Après plusieurs années dans le domaine du tourisme, j’ai voulu me trouver une post-retraite plus relaxe », souligne la dame de taille moyenne. Passionnée dans tout ce qu’elle fait, elle s’est formée sur le tas grâce notamment à Mme Girard, femme de l’ancienne propriétaire de la roseraie.

Pourtant, de son Baol natal, rien ne laissait présager que cette fille de commerçant deviendrait fleuriste. « Durant mon cursus scolaire, je rêvais d’une carrière de scientifique. Mais, après mon Bac, j’ai arrêté les études pour travailler », déclare la dame aux rides à peine perceptibles.

Femme de caractère comme le témoigne un de ses proches, cette mère de trois enfants a redonné à la boutique de fleurs son lustre d’avant de par un management irréprochable. Et en même temps, « maman », comme l’appellent communément certains, est devenue experte en la matière.

« En ce moment comme vous le constatez ce n’est pas la grande affluence. On est dans la période creuse qui dure de juillet à novembre », indique Danielle Tebechirani.

Selon la dame, c’est de novembre à fin juin que le business est fleurissant. Lors de la Saint-Valentin et de la Fête des mères, le rush est total. Elle souligne que sa clientèle est très variée. Les Sénégalais sont-ils des amateurs de fleurs ? Elle répond par l’affirmative, ajoutant qu’ils ont appris à connaître la fleur. « Avant, c’était seulement certains cadres sénégalais qui en achetaient, mais aujourd’hui beaucoup de jeunes viennent en acheter », révèle-t-elle. A la roseraie, les Sénégalais s’illustrent par leur attrait aux grandes choses. « Un Européen peut se contenter d’acheter une simple rose tandis que les Sénégalais, pour la plupart, achètent le plus souvent une corbeille de fleurs », nous confie la gérante de la boutique.

Le Sénégalais aurait ainsi par plaisir ou simple effet de mode pris goût à la douceur et à la symbolique des fleurs. Écrivaine et artiste à ses heures perdues, Danielle Tebechirani fait de la mosaïque et compte un ouvrage à son actif. Malgré la manne financière que peut générer le business de fleurs, la dame dit ne pas attacher une grande importance à l’argent. «Il en faut bien sûr pour satisfaire ses besoins élémentaires, mais pas à certain niveau », argue la dame. C’est avec un wolof clair sans accent étranger que madame Tebechirani revendique sa « sénégalité ». Comme un arbre enraciné, dans son sol, Danielle Tebechirani reste attachée aux valeurs du pays de Kocc Barma. « Je crois en l’honnêteté et la sociabilité». Membre du « Club international féminin », Danielle Tebechirani n’accorde pas seulement son attention aux fleurs. Elle s’occupe aussi de ses semblables. « Dans ce club on fait du social. On a construit des dispensaires, des puits et des écoles à l’intérieur du pays ». L’avenir du métier de fleuriste au Sénégal, « maman » considère qu’elle repose entre les mains des professionnels. Ils ont l’obligation d’en faire un label.

Mamadou DIAGNE (stagiaire)

Avec une gestuelle mesurée et une rhétorique d’enseignant, le philosophe se livre au fil des pages de sa vie. De son Ndande natal à son royaume d’enfance de Thiès, son port d’attache, le sociologue déroule le film de son aventure continue.

Dans ce labyrinthe de bureaux et de salles de cours aux murs en verre de l’Institut africain de management (Iam), le directeur de l’école doctorale est dans son élément. Enseignant par « vocation et non par vacation », il souhaite le rester. Entre son métier et lui, c’est une histoire de longue date. Sur un ton calme et posé, il replonge dans son enfance de la capitale du rail. Des années d’insouciance et d’innocence ponctuées de petits larcins par-ci par-là. Mais rien de bien grave « dans ces errements de jeunesse ».

Tout commence par « un modèle» qui lui transmet le virus de l’enseignement. Il s’agit de feu Oustaz Diouf, son ancien maître coranique qui le séduit par son comportement. Plus de quatre décennies après, c’est avec philosophie qu’il se souvient de ses cris et frappes. Au fond, c’était une « expression de gentillesse », explique-t-il. Ainsi le natif de Ndande mémorise la sainte vulgate sous la férule de ses maîtres. A sept (7) piges, le brillant élève fait ses humanités à l’école française. C’est un parcours sans faute, du cours initial au doctorat de sociologie.

Très vite, il se prend au goût de la lecture. Le rat de bibliothèque dévore tout ce qui lui passe sous les yeux. Césaire, Sartre, Senghor, Nietzsche ou encore Platon passent au crible. Sa soif de connaissance reste insatiable. Au fil des pages, il finit par se trouver un double… fictif. C’est un personnage auquel il se reconnait. « J’ai vécu l’itinéraire de Samba Diallo», clame-t-il, se rappelant des séances de psalmodie du Coran à la lumière du feu de bois, assis à même le sol. L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane reste la plus marquante de ses lectures. « C’est une œuvre avec une tonalité philosophique forte », commente-t-il. Sa maîtrise de philosophie en poche, c’est alors naturellement qu’il entre à la Faculté des sciences et technologies de l'éducation et de la formation (Fastef).

Après son diplôme d’enseignant de philosophie, il passe plusieurs années au lycée technique André Peytavin, ensuite à Charles de Gaulle de Saint Louis. Par la suite, il pose ses valises au lycée Lamine Gueye de Dakar. Chemin faisant, il obtient son doctorat de sociologie en 2000. Mais c’est en 2012 qu’il intègre l’université Cheikh Anta Diop de Dakar comme enseignant-chercheur. Mais avec cet homme au commerce facile, l’ombre du pater familias policier « sévère et rigoureux » n’est jamais bien loin. Comme pour lui rappeler les valeurs de droiture, de solidarité et d’attachement à l’équité qu’il lui a inculquées.

A 49 ans, Djiby Diakhaté ne touche pas à la cigarette ni aux excitants. Il lui a bien fallu cette hygiène de vie pour être meneur de jeu. Floqué du dossard n° 10, le capitaine devient cadet puis sénior dans le mouvement des « navétanes ». Mais, une fois encore, le moule de cette éducation ne le quitte pas même sur le terrain. « Quand un joueur joue, on lit les valeurs auxquelles il est attaché », confie-t-il avec un sourire qui découvre une denture blanche. Un moment de distraction pendant les vacances avant de retourner à l’essentiel : le travail. Droit dans ses bottes, il fait la part des choses. « On a toujours cherché à faire carrière dans le domaine de la formation ». Toutefois, cette passion du foot subsiste encore chez lui. Comme passe-temps favori, il suit des matchs de foot.

Une ambition politique peut-être ? A défaut de s’y intéresser « au sens militant du terme », il entend plutôt être un « mur des lamentations ». Mieux encore, une «courroie de transmission » des préoccupations des populations. De la matière, il n’en manque pas. A longueur d’années, il parcourt le pays, animant des conférences.

Ibrahima NDIAYE (stagiaire)

Babacar Touré, journaliste chevronné, communicateur de talent et homme d’affaires avisé, est, depuis septembre 2012, le président du Conseil national de régulation de  l’audiovisuel (Cnra). Né en 1951 à Fatick, il a grandi à Thiès et est devenu par la suite un citoyen du monde aux multiples talents. Un parcours qui en fait un homme racé, à l’éclectisme affirmé.

« Le journalisme mène à tout, à condition d’en sortir » dit un célèbre adage repris à l’envi par tous ceux qui gravitent autour des médias. La formule sied très bien à  Babacar Touré, cet homme multidimensionnel qui, à force de talent, de rigueur et d’imagination, a su s’attirer le respect et la sympathie des grands de ce monde. Doté d’un physique de basketteur de la Nba, l’homme  arbore toujours des verres correcteurs qui lui donnent les allures d’un intellectuel accompli. Avec l’âge et une barbe bien fournie, rasée assez souvent de près, il a appris à troquer le costume-cravate contre d’amples boubous bien amidonnés avec de faux airs d’un lettré arabe.

Au détour d’une discussion, il m’a une fois révélé, avec aplomb, qu’il a fini de franchir depuis longtemps plusieurs paliers ; autrement dit, le journalisme et la communication ne sont plus ses seuls centres d’intérêts. Fils  d’un agent des maisons coloniales de commerce, BT, comme l’appellent les journalistes,  est né à Fatick, mais il a très tôt bourlingué partout au Sénégal avant de partir chercher le savoir en Amérique, puis en France. Fidèle ainsi à la célèbre répartie du Prophète Mohammed (Psl) qui disait  aux fidèles : « Allez chercher le savoir jusqu’en Chine ». Sorti frais émoulu du Centre d’études des sciences  et techniques de l’information (Cesti), promotion 1979, en même temps que Mamadou Koumé, ex boss de l’Agence de presse sénégalaise, il est  aussi diplômé  en Sociologie et Sciences politiques (Master Degree).

L’obtention de son Certificat de Maîtrise d’anglais atteste aussi d’un bilinguisme qui va lui ouvrir plus tard plusieurs portes. Un moment journaliste au quotidien national « Le Soleil », il se montre très ambitieux et décroche une bourse. L’Amérique lui tend alors les bras. Il découvre le nouveau monde et obtient deux parchemins au Michigan State University et au Kansas State University. Sa soif inextinguible du savoir le conduit ensuite en France et au Canada où il fréquente tour à tour l’Institut français de presse (Ifp Paris) et le Centre de perfectionnement des communicateurs africains de l'Université de Montréal (Canada). Sonne alors l’heure du retour au pays natal, au beau milieu des années 80.

Bardé de diplômes, le fils de feue  Sokhna Awa Bâ émarge un temps à l’Ong Enda Tiers-monde, alors sous la houlette de feu Jacques Bugnicourt, un défenseur acharné des couches défavorisées. Mais la fibre journalistique est trop forte et pousse Babacar à fonder, en 1986, le journal Sud Hebdo, puis Sud Quotidien (1993), ensuite Sud Fm (1994), estampillée première radio privée du Sénégal, mais aussi la messagerie Marketing presse. L’institut Issic  (école de journalisme et de communication) et la chaîne audiovisuelle Lca, basée à Paris, font aussi partie de ses rêves traduits en réalités. C’est le début de la grande saga du groupe Sud communication, son bébé à lui.

Mais il n’est pas seul maître à bord du navire. Loin s’en faut ; il essaie de consolider l’ancrage du groupe de communication qu’il a formé avec d’anciens collègues du « Soleil » au parcours aussi prestigieux : Abdoulaye Ndiaga Sylla, Sidy Gaye, Ibrahima Fall, Ibrahima Bakhoum… Homme au caractère éclectique, BT  a aussi flirté avec le syndicalisme, avec en prime une  casquette de membre fondateur de l’Union nationale des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (Unpics), ancêtre de l’actuel Synpics. Il  a été membre de l’organisation patronale (Cnes), de la société de sociologie du Midwest, du National democratic institute (Ndi)  et du Collège des conseillers africains de la Banque mondiale. Il a aussi été coopté comme co-président de la Conférence ministérielle Afrique/Usa  avec Madeleine Albright,  alors secrétaire d’Etat  américaine,  et le ministre botswanais des Affaires étrangères. C’était sous le parrainage de Bill Clinton, ex locataire de la Maison blanche.

Conseiller avisé de beaucoup de grands de ce monde
Assistant de recherche au département de Sociologie de l'Université du Kansas-Lawrence (Etats-Unis), Babacar Touré est aussi professeur à l'Institut Wanad-Unesco. Son statut de citoyen du monde lui a ouvert les portes de plusieurs palais et places du monde, par la grâce d’une exquise urbanité. Ses conseils avisés sont alors accueillis avec intérêt par plusieurs grands de ce monde dont des  chefs d’Etat. Ce qui lui vaut quelque part une solide réputation de médiateur ayant réussi à faire désamorcer bon nombre de crises politiques survenues en Afrique.

Derrière son masque d’homme de caractère  ou de dur à cuire se cache une personne ayant le cœur sur la main,  témoigne son ami d’enfance Gallo Diagne. Un statut d’ « œuvre sociale ambulante » loin d’être usurpé, confirme un de ses proches qui rappelle les nombreuses actions sociales dont il est l’auteur dans son fief de Takhikao, un des plus célèbres quartiers de Thiès la rebelle. L’homme traîne aussi une réputation de combattant, voire de  baroudeur, pour avoir  enfilé le bleu de chauffe  lors d’une marche pacifique organisée  contre le monopole du sucre, au plus fort de l’affaire du sucre roux d’aspect blanchâtre ayant opposé le Groupe Sud à la Compagnie sucrière sénégalaise (Css).

Il avait alors rudement subi les assauts d’une soldatesque décidée à casser du journaliste. Babacar Touré n’a rien d’un enfant de chœur, selon un de ses amis qui renseigne que ses colères peuvent être homériques dès lors qu’on le provoque. Et comme il abhorre la langue de bois, ça peut dégénérer. Nommé en 2012 président du Conseil national de régulation de l'audiovisuel (Cnra), son camarade de promotion au Cesti Mamadou Koumé a tôt fait de dire qu’il a le profil de l'emploi. Un sentiment largement partagé dans le milieu des médias.

Mamadou Lamine DIATTA

Last modified on vendredi, 09 septembre 2016 15:06

Modou Diagne dit Fada est né le 3 février 1969 à Darou Mousty. Homme politique sénégalais, il a plusieurs fois été ministre durant les deux mandats présidentiels d’Abdoulaye Wade (de 2000 à 2012). Il est actuellement député et président du groupe parlementaire des « libéraux et démocrates » à l’Assemblée nationale sénégalaise.

Elégance dans la tenue, sourire jovial, il est plutôt d’un abord facile avec l’interlocuteur. Toute cette contenance pourrait en faire un homme de gauche. Pourquoi, alors, est-il de droite ? En tout cas, l’homme se réclame libéral de pure souche. Cette posture, il l’a toujours incarnée, autant en période d’opposition qu’une fois au pouvoir. Modou Diagne qui a depuis quelques temps consommé le divorce d’avec le Parti démocratique sénégalais (Pds), se dit encore libéral. Nul doute sur sa couleur politique : il est et demeure libéral.

Fils de commerçant, Modou Diagne Fada grandit sous l’aile protectrice de sa famille. C’est dans la ville sainte de Darou Mousty qu’il passe son enfance. Il obtient son baccalauréat (série D) en 1987 à Kaolack, puis intègre l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). C’est ici qu’il commence à militer au Parti démocratique sénégalais. Il devient rapidement une figure incontournable des mouvements étudiants et se fait remarquer par Abdoulaye Wade, alors secrétaire général du Pds. Il obtient une maîtrise de sciences naturelles à l’Ucad et s’inscrit en 1994 en Dea (diplôme d’études approfondies) de biologie animale avant d’être renvoyé pour son engagement syndical.

Dans ses activités syndicales, Modou Diagne Fada a été délégué d’amphithéâtre, puis délégué de la faculté des Sciences et Techniques avant d’intégrer plus tard le comité exécutif de ladite faculté. En 1991, il devient délégué de couloir dans le campus social. Ce qui lui a permis d’être en même temps membre de l’assemblée générale des délégués de la commission sociale. En 1992, il  représente les étudiants à la Commission nationale d’attribution des bourses présidée par le ministre de l’Education nationale. Il est alors président de la commission des bourses et cartes. Son mandat a été constamment renouvelé.

Un parcours marqué par  plusieurs luttes
En 1991, Me Abdoulaye Wade  voulait venir à l’université. Le Pds était entré dans le gouvernement de majorité socialiste élargie. Cette posture n’avait pas plu aux étudiants de gauche qui contrôlaient à l’époque la  principale organisation estudiantine.

Une déclaration avait été rendue publique par cette organisation estudiantine pour déclarer Abdoulaye Wade «persona non grata» à l’Ucad. Persuadé que les étudiants libéraux étaient majoritaires, Diagne Fada prend alors  les devants et décide, contre vents et marées, de convier Wade dans l’enceinte de l’université.

« Un travail sera mené dans ce cadre. La tendance a été renversée car sur les 25 membres de l’organisation de l’époque, les 18 étaient du Pds », se souvient un de ses anciens camarades. « D’ailleurs, nous avons eu plus au moins obtenu gain de cause, parce que Me Wade est resté au gouvernement et personne n’a pu utiliser le mouvement étudiant pour inquiéter notre secrétaire général», poursuit-il. Fada va travailler à renforcer  cette influence dans l’espace universitaire, si bien qu’il sera élu député en 1998 en tant que responsable du mouvement national des jeunes du Pds.Le parcours qu’il mené à l’Ucad, les luttes, l’expérience acquise et la renommée obtenue de par ses fonctions syndicales lui seront très utiles pour la suite. Cette marque de combattant lui colle encore à la peau. Diagne Fada n’hésite pas à claquer la porte dès lors qu’il sent sa liberté restreinte. C’est ainsi qu’après des années de militantisme au sein du Parti démocratique sénégalais, il a décidé de tracer sa propre voie pour prendre son destin politique en main. 

Le chef des réformistes du Pds a choisi de mettre en place sa propre formation politique pour aller à la conquête des suffrages de ses concitoyens. Ainsi a-t-il décidé de s’affranchir de la tutelle d’Abdoulaye Wade en créant sa propre formation politique. Cette posture n’est pas d’ordre à surprendre ceux qui l’ont côtoyé. « Fada ne recule devant rien. Il sait prendre son temps ; mais quand il se décide à faire quelque chose, plus rien ne peut l’arrêter », informe un de ses collaborateurs. Il a confiance en son destin. L’homme dérange parfois, mais n’a pas peur de prendre position. A la suite d’un désaccord interne, il a quitté ses anciens camarades libéraux. Après avoir décidé de créer sa propre formation politique, certains de ses ex-camarades du Pds ont vite fait de le soupçonner de travailler pour le pouvoir en place. Lui, assure travailler pour son propre compte et pour celui du peuple sénégalais. 

Oumar BA

Entre Khalifa Ababacar Sall et la politique, c’est une très longue histoire. Très tôt, il s’est initié à « l’art de gérer la cité ». Socialiste jusque dans l’âme, l’homme n’a connu qu’une seule formation politique : le Parti socialiste (Ps). Une appartenance filiale qu’il a toujours réclamée et assumée. 

Khalifa Ababacar Sall,  actuel maire de la ville de Dakar est né le 1er janvier 1956 à Louga. Il quitte très tôt cette contrée Nord-Ouest  du Sénégal. C’est bien dans la capitale sénégalaise, à Grand Yoff plus exactement, qu’il grandit. C’est ici qu’il fait ses humanités autant en études qu’en politique. Son silence est décidément bavard. Khalifa Ababacar Sall capte l’attention malgré une démarche de profil bas. L’actuel maire de Dakar n’est  pas un enfant de cœur, comme le laissent croire son allure, sa démarche et sa manière de parler.

Très tôt,  il fait montre de conduite  qui dépasse son âge. Cette marque lui vaut autant l’estime que le respect de ses amis. «Etant enfant déjà, il jouait le rôle de régulateur au sein de notre groupe. En cas de pépin, il était toujours prêt à arrondir les angles, à trouver une solution au problème », se rappelle Ousmane Samb, un de ses amis.  Alors que la plupart de ses compagnons a d’autres centres d’intérêts, Khalifa Sall s’initie très tôt à la politique. Il n’a que douze ans lorsqu’il devient membre du mouvement des jeunes de l’Union progressiste sénégalaise (Ups, l’ancêtre du Ps). Nous sommes en  1969. 

Après quelques années de militantisme engagé, le jeune Khalifa se fait remarquer. En 1976, il est élu secrétaire général de la 3ème coordination de Dakar des Jeunesses socialistes. Un premier poste qui lui permet d’être en contact direct avec les militants. Le baptême de feu va s’avérer concluant car quelques années plus tard,  en 1979 plus exactement,  il devient secrétaire général de l’Union régionale des jeunesses socialistes du Cap-Vert. Les activités politiques n’empêchent point à Khalifa Sall de suivre en parallèle ses cours.  Il obtient une maîtrise d’histoire en 1983 à l’université de Dakar, puis en 1987 une maîtrise en droit constitutionnel. Entre 1981 et 1982, il enseigne comme professeur d’histoire et de géographie dans un collège.

Khalifa Ababacar Sall gravit très vite les échelons. Elu député pour la première fois en 1983, il est réélu en 1988 et en 1993. A partir de 1984, il occupe le poste d’adjoint au maire de la ville de Dakar. Après les élections législatives de 1993, il est nommé ministre délégué chargé des Relations avec les Assemblées. En 1996, il passe le relais à feu Papa Babacar Mbaye, mais hérite du poste de secrétaire national aux élections du Ps et prend les rênes de la commune de Grand-Yoff.  En  1998, il est nommé ministre du Commerce et de l’Artisanat dans le gouvernement du Premier ministre Mamadou Lamine Loum.

Le revers de 2000
Khalifa Ababacar Sall occupait, à l’élection présidentielle de février-mars en 2000,  les fonctions de chargé des élections du Parti socialiste. Ce poste stratégique fait qu’il porte le passif de la défaite. « C’est sûr, Khalifa s’est senti profondément mal à la suite de la défaite du président Diouf en 2000. Il a, toutefois, su rester démocrate. En politique,  quand on perd, c’est parce qu’on a failli quelque part. Et la meilleure démarche est d’essayer de réparer pendant qu’il encore temps », se plaisait-il à rappeler à ses camarades socialistes.  Après que son parti a perdu le pouvoir, il s’est consacré  « à maintenir ce qui restait de la troupe. Une tâche  haletante dans un contexte d’opposition où la plupart des membres étaient habitués au luxe du pouvoir », se souvient Ousmane Samb. 

Ceux qui le connaissent avancent une « fausse timidité » qui peut, à bien des égards, tromper son monde. Selon leurs dires, derrière ce calme, se cache, en réalité, un homme déterminé, voire un téméraire. Toutefois, il fait montre de patience  à toutes épreuves. « Il n’a jamais été un homme pressé. Sa devise demeure, chaque chose en son temps », informe un de ses collaborateurs. Après l’alternance de mars 2000, Khalifa Sall, devenu consultant de la Banque mondiale et du système des Nations Unies, est retourné à l’Assemblée nationale en mai 2001. Il ne quittera ladite institution qu’en 2007, au lendemain des élections législatives boycottées par l’opposition.

Ses activités de consultance qu’il continue de mener sont liées aux questions électorales et au renforcement des capacités et prérogatives des Parlements. C’est ainsi qu’il a été membre actif du dialogue inter-congolais et représente, en Africque, le Réseau parlementaire sur la Banque mondiale et l’Association des parlementaires européens pour l’Afrique. Il a également participé à plusieurs missions d’observation de l’Union africaine pour superviser des élections à l’intérieur du continent.

Oumar BA

Last modified on mercredi, 07 septembre 2016 10:32

Svelte, taille moyenne, démarche assurée, teint clair et visage avenant, Abdoulaye Daouda Diallo, ministre de l’Intérieur, entretient la discrétion. Malgré le poste hautement stratégique qu’il occupe dans l’attelage gouvernemental, le premier flic du Sénégal se refuse à une surexposition médiatique. Ses rares sorties ont toutes lieu dans un cadre purement professionnel. L’homme parle peu, utile et bien. Orateur déterminé, homme de terrain dynamique, ayant de l’aplomb, du franc-parler et une détermination à toute épreuve, il possède toutes les caractéristiques requises pour le métier. 

Cette discrétion a toujours constitué un des traits de caractère d’Abdoulaye Daouda Diallo. Très jeune déjà, il est décrit comme timide.  « Abdoulaye n’a jamais été bavard. C’est quelqu’un qui ne s’attache pas facilement aux autres ; cela est certainement dû à son caractère. Mais, quand il vous intègre dans le cercle restreint de ses amis, c’est vraiment pour l’éternité », témoigne un de ses amis d’enfance. Il est issu d’une famille peulh dont la principale activité est l’élevage. Il a fait ses études primaires à  Pété, dans le Fouta. Abdoulaye Daouda Diallo est présenté comme un garçon réservé, effacé, presque inexistant en classe.

Puis, il  poursuit son cycle moyen à Podor. Après le Bfem, il est  allé  au lycée Charles De Gaulle d’où il sort titulaire d’un bac série B, avec mention. À l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il a toujours réussi ses examens. Etudiant, il sait que là où il veut aller, les diplômes l’aideront à monter plus vite. Après la  Maîtrise, il a été admis au concours d’entrée à l’Enam. Promu ministre délégué chargé du Budget au lendemain de la seconde alternance, ce quinquagénaire a, auparavant, connu un angle peu commun dans la trajectoire  de sa carrière. Abdoulaye Daouda Diallo a été victime de la purge, la fameuse « démackisation ». 

De secrétaire général de l’Institution de prévoyance retraite du Sénégal (Ipres) en 2008, il se voyait ainsi rétrogradé au poste d’adjoint au chef du centre de Dakar plateau 1 (DP1) et chef de bureau de recouvrement des professions libérales entre 2009 et 2012. C’est exactement la période pendant laquelle Macky Sall, président de la République, a connu la traversée du désert. Un an cinq et mois après cette première nomination comme ministre délégué, l’ancien étudiant de la Faculté des Sciences juridiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar est  nommé ministre de l’Intérieur, en remplacement du général Pathé Seck. Il doit cette confiance du président à son sens de l’amitié. Il a su rester fidèle à Macky Sall pendant la « traversée du désert ».

Le timide  devenu  premier flic
Ceux qui le fréquentent, ses collaborateurs  notamment,  le décrivent ainsi : « Il est pragmatique et efficace. Il parle peu et préfère poser des actes. Il veut que les choses aillent très vite. Il a  beaucoup d’initiatives et aime partager avec ses collaborateurs avant ses prises de décision ». Si l’on en croit ces derniers, Abdoulaye Daouda Diallo est dans son élément. « Dans le cadre du travail, il met tout le monde à l’aise ; il est toujours détendu et privilégie le dialogue en toute situation », ajoute-t-il. Abdoulaye Daouda Diallo, militant de la première heure de l’Alliance pour la République (Apr), est très actif dans le Podor. Ce personnage qui se sent à l’aise autant en costume qu’en boubou traditionnel, peut également porter un masque lorsqu’il le faut. Il lui arrive de parler  en  ne faisant bouger aucun trait de son visage sinon les lèvres. Il n’a pas tremblé lorsqu’il s’est agi d’extrader Sheikh Sidya Bayo, un opposant gambien devenu « encombrant » pour le Sénégal, vers la France, pays dont il possède également  la nationalité. Le poste de ministre de l’Intérieur demeure l’un des plus stratégiques dans un pays.

« Il faut faire montre d’efficacité, de pragmatisme, d’esprit de discernement, mais également et surtout de discrétion pour gérer ce poste », note un ancien flic.  Ce dernier est persuadé que l’actuel ministre dispose de toutes ces qualités. « Abdoulaye Daouda Diallo  est toujours d’aplomb pour servir dans la plus grande discrétion », note ce membre de son cabinet. S’imposant une ligne de conduite, il travaille d’arrache-pied et consent d’énormes sacrifices, poursuit-il. Selon lui, derrière ce calme olympien, se cache, en réalité, un homme déterminé, prêt à défendre les intérêts de la nation, quel qu’en soit le prix.

Oumar BA

Last modified on mardi, 06 septembre 2016 10:40


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