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Pr. Ndioro Ndiaye : « L’éradication de la faim à l’horizon 2030 est possible si nous maintenons la dynamique actuelle »

14 Sep 2017
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La sécurité alimentaire s’est améliorée, ces dernières années, grâce aux efforts du gouvernement notamment une nouvelle stratégie de protection sociale très ambitieuse. C’est la conviction du Pr. Ndioro Ndiaye, la Facilitatrice en chef de la revue stratégique pour l’éradication de la faim au Sénégal (odd 2 et 17) par ailleurs présidente de l'Alliance pour la Migration, Leadership et Développement. Dans cet entretien, l’ancienne directrice adjointe de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et ancien ministre de la Femme, de l’Enfant et de la Famille évoque les politiques en cours et son espoir d’éradiquer la faim au Sénégal à l’horizon 2030. 

Quelle est la situation alimentaire au Sénégal ?
L’état de la sécurité alimentaire au Sénégal est, aujourd’hui, en nette amélioration par rapport aux années précédentes. Dans le passé, notre pays a beaucoup souffert des faiblesses dans la mise en œuvre des projets de lutte contre la faim et l’insécurité alimentaire allant de l’agriculture à la protection sociale en passant par les programmes de cantines scolaires, les travaux d’aménagement en milieu rural, etc.

Ces déficits ont été vite et très bien comblés pour réduire, de façon drastique, les niveaux de pauvreté et d’insécurité alimentaire de nos concitoyens.

La situation alimentaire reste difficile, il est vrai, dans certaines zones. Mais dans l’ensemble, la situation au Sénégal, de même que les perspectives qui l’accompagnent, sont soutenables, prometteuses et encourageantes.

Quelles sont les zones les plus touchées par l’insécurité alimentaire ?
La cartographie de l’insécurité alimentaire, essentiellement calculée, à partir du Score de consommation alimentaire (Sca) et du Cadre harmonisé (Ch) révèle une vingtaine de départements – le Sénégal en compte 45 - vulnérables à l’insécurité alimentaire. Ces zones sont, pour l’essentiel, situées dans l’Est du pays, en Casamance (Sud et Sud Est) et dans le Fouta (Nord).

Qu’est-ce qui explique la vulnérabilité de ces régions ?
Plusieurs raisons expliquent la vulnérabilité de ces zones. Les facteurs ne sont bien entendu pas les mêmes partout. Au Fouta, par exemple, l’aridité constitue un facteur qui ne favorise pas une agriculture durable sans au préalable des aménagements structurants ; fort heureusement, l’Etat est en train de le faire avec le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc), le Programme d’Aaccélération de la cadence de l’agriculture sénégalaise (Pracas) et d’autres programmes en cours d’exécution. Ailleurs au Sénégal, ces mêmes déficits structurels constituent les principaux handicaps à l’atteinte de la sécurité alimentaire. Il y a aussi la question des intrants, la durabilité des sols, l’emblavement des terres arables, etc. De plus, ces zones où il pleut énormément sont aujourd’hui exposées aux effets du changement climatique et de la salinisation des sols. Beaucoup de rizières situées le long du fleuve Casamance sont confrontées à ce péril depuis plusieurs décennies.

Au-delà de tous ces facteurs, il y a aussi les habitudes culturelles qui sont à prendre en compte dans l’analyse de l’état de vulnérabilité de certaines zones. Nous pouvons mentionner aussi le chômage qui affecte durablement le monde rural, etc.

Comment expliquez-vous que sur les 20 départements les plus touchés, 16 se trouvent au Sud et à l’Est du pays ; des régions où la pluviométrie est pourtant abondante ?
Comme je l’ai déjà évoqué, ces régions ont, pendant longtemps, souffert de déficits en termes d’aménagements structurants. Une chose est de disposer des terres arables et d’une bonne pluviométrie, une autre est de mettre en valeur ces dons de la nature par un investissement dans l’infrastructure rurale, l’amélioration de la production rurale de produits alimentaires, en particulier chez les petits exploitants. L’atteinte de la sécurité alimentaire passe inévitablement par le renforcement des institutions rurales, ainsi que l’accès aux actifs.

En Casamance, pendant longtemps, le conflit a freiné toute perspective de développement agricole durable ; les aléas naturels ont aussi joué un rôle. Dans l’Est du pays également, ces investissements robustes dans le monde rural n’ont, à proprement parler, débuté qu’avec le Pse et ses composantes que sont le Pudc et, surtout, son volet agricole qui est le Pracas.

Vous savez, le manque d’eau ne constitue nullement une entrave au développement de l’agriculture au Sénégal. Notre pays regorge d’eau. Nous avons plus de 4 milliards de mètres cube d’eau souterraine, renouvelables chaque année. Même les zones qui, en apparence, n’en disposent pas, en réalité, disposent de gigantesques réserves d’eau. Aujourd’hui, la protection sociale a fait du monde rural une priorité avec les Programmes de sécurité familiale qui, en 2016, déjà couvraient 300.000 ménages. C’est toute une nouvelle Stratégie nationale de protection sociale (2015-2035) aussi bien dans les zones urbaines, péri-urbaines que rurales qui est en œuvre.

Pourquoi, le phénomène touche-t-il plus les femmes ?
Il faut lire l’insécurité alimentaire en tenant en compte du niveau de vulnérabilité des populations. Or, que révèle celle-ci ? Que les femmes et les jeunes sont la frange la plus vulnérable. L’insécurité alimentaire n’est pas déconnectée des réalités sociales et économiques du pays. Elle les reflète. La faiblesse du pouvoir d’achat, la rareté des opportunités socio-professionnelles, le niveau d’éducation relativement bas par rapport aux hommes, les pratiques traditionnelles représentent autant de facteurs contribuant à maintenir les femmes dans une insécurité alimentaire et nutritionnelle préoccupante. L'anémie touche ainsi plus de la moitié des femmes enceintes ou allaitantes et des enfants. Selon le rapport de l’enquête Nutritionnelle nationale, 31,6 % de femmes sénégalaises en âge de reproduction souffrent de malnutrition.

Malgré la persistance de l’insécurité alimentaire dans certaines zones, le Sénégal, en 2015, a atteint le premier objectif de l’Omd1 qui consistait à réduire, de moitié, la part des individus souffrant de la faim, entre 1990 et 2015. A quoi faut-il lier ces résultats ?
Ndioro NdiayeCes bons résultats sont dus à la conjonction de plusieurs facteurs. D’abord, le Sénégal a mis en place une nouvelle stratégie de protection sociale très ambitieuse qui prend de façon intégrative les préoccupations des Sénégalais citadins comme ruraux. Ces filets sociaux contribuent grandement à réduire les écarts entre populations et ce faisant à combattre l’insécurité alimentaire. Les Bourses familiales constituent, avant tout, une contribution pour stimuler la résilience des populations. La nutrition y a aussi joué un rôle majeur. C’est le lieu de saluer tout le travail de la Cellule de Lutte contre la Malnutrition qui apporte son assistance technique dans la définition et la mise en œuvre de la politique nationale de nutrition. L’agriculture non plus n’est pas en reste. Il faut aussi y voir l’effet de la croissance positive de notre pays : les indicateurs macroéconomiques du pays qui n’ont cessé de croître depuis plusieurs années.
Mais pris dans leur globalité, ces résultats reflètent l’engagement de l’Etat du Sénégal et de ses partenaires stratégiques à vaincre l’insécurité alimentaire dans le pays. Rien qu’en 2016, ce sont plus de 212 projets et programmes de lutte contre la faim qui ont été mis en œuvre au Sénégal. Et concomitamment à l’action gouvernementale, d’autres initiatives coexistent avec celles typiquement étatiques du Projet de renforcement de la gestion des terres et des écosystèmes des Niayes et de la Casamance dans un contexte de changements climatiques (Prgte), du Programme de renforcement de la résilience à la sécurité alimentaire et nutritionnelle au Sahel (P2RS) initié par le Comité Inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (Cilss), les Priorités résilience pays (Prp), dans l’Alliance globale pour la résilience au Sahel et en Afrique de l’Ouest (Agir), l’initiative 4R du Programme alimentaire mondial (Pam) et d’Oxfam America pour n’en citer que quelques- unes.

En janvier 2016, lors de la 2ème session du Conseil national de Sécurité alimentaire, il avait été recommandé d'élaborer le Programme d'appui à la sécurité alimentaire et à la résilience (Pnsar) qui opérationnalise la Stratégie nationale de sécurité alimentaire et de résilience (Snsar) mais aussi, de mettre en place un système de suivi-évaluation de la Snsar. Où en est-on avec ce programme ?
Le processus d'élaboration du Pnasar a démarré au mois de mars 2016. Il suit son cours. Il se veut participatif et intégratif avec l'implication de toutes les parties concernées. Ainsi, toutes les parties prenantes à l’éradication de la faim au Sénégal sont impliquées dans le processus.

Qu’est-ce que ce programme apportera de plus ?
Le Programme est en cours d’élaboration comme je l’ai annoncé plus tôt. Mais il devra reprendre les grandes lignes de la Stratégie nationale de sécurité alimentaire et de résilience (Snsar) qu’il est appelé à rendre opérationnel. Il s’agit d’une Stratégie qui inaugure une ère nouvelle pour le Sénégal en termes de lutte contre l’insécurité alimentaire en plaçant la résilience au cœur du dispositif de lutte.

S’arrimant parfaitement au Pse, cette Stratégie permettra, à terme, c’est-à-dire en 2035, et je le souhaite vivement, de supprimer la distribution de vivres aux populations en ayant stimulé leurs capacités de résilience à toutes les formes de crises.

Comment lier la stratégie nationale Zéro faim et la deuxième génération du Pse ?
Le Pse sera évalué en 2018. Ce n’est qu’à la suite de cette évaluation que les résultats de la Revue actuelle, qui porte sur l’évaluation stratégique des projets et programmes sénégalais qui concourent à éliminer la faim à l’horizon 2030, pourront être intégrés dans la formulation des projets de deuxième génération du Pse. Déjà, des dynamiques existent pour articuler les différents paquets qu’offrent le Pse aux stratégies de lutte contre la faim. La Stratégie nationale de protection sociale (2015-2035) en est une, mais aussi les stratégies sectorielles de la Cellule de lutte contre la malnutrition.

Sur quels leviers insister pour réduire, de manière drastique, la faim au Sénégal à défaut de l’éradiquer ?
Je parlerai plus d’éradication de la faim que de réduction à proprement parler car les constats sont là. Même si la faim existe toujours et il y a des poches où ce phénomène existe effectivement dans notre pays et pas si loin de notre capitale, il y a des progrès et une volonté ferme de l’éradiquer d’ici à 2030. C’est un fait. L’éradication à l’horizon 2030 me semble bien possible si nous maintenons d’abord la dynamique actuelle. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut aller au-delà de cela et mettre en œuvre des réformes comme celles que porte le Pse. La formulation de cette deuxième génération du Pse sera déterminante dans l’éradication de la faim au Sénégal. Nécessairement, au cours de notre travail, il est apparu utile de mettre un accent particulier sur les huit points suivants : promouvoir une alimentation riche et diversifiée ; renforcer la durabilité et la résilience des systèmes agricoles nationaux ; transformer durablement la structure de nos industries agroalimentaires ; éliminer toutes les disparités entre les sexes ; mettre en œuvre une politique nationale intégrée de protection sociale ; multiplier la productivité agricole ; mettre fin à la malnutrition ; intensifier les logiques de partenariat et de coopération internationale.

Beaucoup de ces réformes sont déjà en cours ; je pense au Pracas, au Puma (Programme d'urgence de modernisation des axes et territoires frontaliers), au Pudc, au Programme des bourses familiales, et les initiatives des partenaires stratégiques au Sénégal. Il faudrait, cependant, accepter de faire encore des choix stratégiques volontaristes en consentant davantage d’investissements robustes dans les secteurs clés que sont l’agriculture, l’élevage et la pêche ainsi que la protection sociale. L’Objectif « Faim Zéro » a un coût. Le scénario « Faim Zéro » de l’analyse prospective montre qu’une hausse du Pib de l’ordre de 1,64 % en 2018 et de 1,62 % en 2035 (Mamadou, à revoir : passer de 1,64 % à 1,62 % n’est pas une hausse. Ai-je bien saisi ton idée. Autre chose : le point à la place de la virgule, c’est de l’anglais) est nécessaire pour élever le taux d’achèvement de l’Odd2 à au moins 72 % à l’horizon 2030.

Quelle est la politique mise en œuvre pour renforcer la résilience des populations en insécurité alimentaire modérée ?
La plupart des institutions en charge des questions de lutte contre la faim mettent, aujourd’hui, l’accent sur la résilience des populations parce qu’il est grand temps de rompre avec une politique d’assistanat permanent. La nouvelle gouvernance est résolument axée sur un nouveau paradigme qui consiste à mettre en place des filets sociaux pour les populations en insécurité alimentaire tout en renforçant la résilience des populations en situation d’insécurité alimentaire modérée.

La Stratégie nationale de protection sociale Snps (2015-2035) développe une approche similaire d’autonomisation des populations en situation d’insécurité alimentaire. L’initiative 4R, mise en place par le Pam et Oxfam, en est une parfaite illustration. Elle traduit la synergie des actions Etat-organisations internationales pour aider les communautés à faire face au changement climatique et aux catastrophes. Cependant, la politique de résilience gagnerait à être consolidée pour mettre fin aux périodes de soudure. Pour cela, il faudrait encourager la généralisation du recours aux assurances agricoles pour les petits exploitants sur toute la chaine de valeurs agricole (assurances récoltes, assurances bétail, assurance navires de pêche artisanale, assurance indicielle, assurance volaille, assurance récoltes spécifiées, assurance déficit pluviométrique, la micro assurance temporaire de décès).

Quel est l’intérêt de disposer d’une bonne cartographie de la faim à l’échelle nationale, régionale et départementale ?
Aujourd’hui, avec l’avènement des Techniques de l’information et de la communication comme le système d'information géographique (Sig) qui offre des avantages énormes en termes de recueil, de stockage, de traitement, d’analyse, de gestion de données spatiales et géographiques, disposer d’une cartographie correcte est d’une absolue nécessité. Elle est permet en temps réel de suivre l’évolution de la sécurité alimentaire au Sénégal, de s’ajuster au besoin, de s’adapter et surtout de planifier de manière stratégique. La cartographie est indispensable pour la planification au plan stratégique. Elle donne un angle de vue que nous n’avions pas jusqu’ici. Par une cartographie dynamique aussi bien des acteurs que des interventions, il est plus aisé d’effectuer les ciblages qu’il faut, d’identifier les déficits à combler, les synergies et les complémentarités à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs assignés.

Quels sont les acteurs qui interviennent au Sénégal dans le domaine de la faim ?
Au Sénégal, nous avons toute une mosaïque d’interventions. C’est d’ailleurs la grande chance que nous avons et qui me donne beaucoup d’espoir et rend tout aussi optimiste quant à l’atteinte de l’objectif faim zéro. Aux côtés de l’Etat qui définit, et reste aussi le principal maître d’œuvre de la politique nationale de lutte contre la faim au Sénégal, nous avons les organisations internationales et les Ong nationales.

Pour ce qui est de l’Odd2, c’est tout le système des Nations Unies qui est concerné, les partenaires techniques et financiers habituels du Sénégal sont aussi parties prenantes au processus d’élimination de la faim. Les Organisations de la société civile sont engagées dans la lutte. C’est dire qu’au Sénégal, nous avons une synergie des actions et une bonne coordination pour combattre la faim en toute cohérence.

Y-a-t-il une politique ou une stratégie visant à harmoniser les interventions pour plus d’efficacité ?
Il existe plusieurs démarches pour harmoniser les interventions pour plus d’efficacité. Le Registre national unique en fait partie. Le Secrétariat exécutif du conseil national de sécurité alimentaire (Se.Cnsa) innove constamment en ce sens avec notamment une cartographie des interventions et des différents acteurs. Celle-ci constitue un préalable à l’harmonisation des interventions. Mais il n’existe pas encore un cadre ou une politique sur le plan national de coordination en vue d’harmoniser les interventions des différentes parties prenantes. Cette insuffisance de complémentarité limite l’efficacité des différentes interventions et la cohérence globale du système de protection sociale.

Propos recueillis par Mamadou GUEYE (texte) et Mbacké BA (photos)

Last modified on jeudi, 14 septembre 2017 15:22
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