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Editorial : Messieurs les syndicalistes, imitez Iba Ndiaye Djadji (Par Daouda Mané)

15 Avr 2018
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Après l’audience accordée par le Chef de l’Etat, Macky Sall, aux syndicalistes du G6, ces derniers avaient promis de consulter la base. Celle-ci vient de se prononcer. Elle rejette l’offre du Président de la République par rapport à la question de l’indemnité de logement, selon le secrétaire général du Syndicat autonome des enseignants du moyen-secondaire du Sénégal (Saemss), Saourou Sène. A l’en croire, ses camarades ont appris que les médecins ont obtenu près de 150 000 FCfa. Dès lors, ils refusent de «jouer les seconds-rôles alors que ce sont des gens d’un niveau diplômant reconnu par tous les Sénégalais, à commencer par le gouvernement». Et pourtant le chef de l’Etat et son gouvernement ont tout fait pour arrêter cette énième perturbation à travers le maintien du dialogue et par des actes. La preuve, le Président Sall s’est personnellement impliqué. C’est pourquoi, après l’audience qu’il a accordée aux enseigants, les parents d’élèves avaient espéré une reprise des cours dès la fin des vacances de Pâques.

Que nenni ! Les enseignants veulent que l’alignement qu’ils réclament se fasse hic et nunc, sinon rien. Or, nous avions appris auprès de leurs anciens, particulièrement Mohamed Coly du Sudes, que le slogan « La lutte continue » signifie qu’en termes de négociations, lorsque l’on a un certain taux de satisfaction, on suspend la grève, puis l’année suivante, on remet le reste sur la table.

Comment prétendre, avec ces grèves longues et récurrentes, à «une école de la réussite» ? Une chimère ! L’école n’est pas une propriété exclusive de l’Etat. Elle est un bien commun. Sa marche requiert l’implication de l’ensemble des acteurs : Etat, enseignants, élèves, parents, communautés, collectivités locales, société civile…

Ne l’oublions jamais, si la plupart des Sénégalais ont pu occuper le poste qu’ils ont aujourd’hui, c’est grâce à « cette grande avancée républicaine que constitue l’école laïque, gratuite, obligatoire », pour reprendre les propos de Manuel Valls, ancien Premier ministre français, alors qu’il défendait la « Réforme du Collège en France » en mai 2015. Bref, elle a été le moteur de leur ascension sociale. Mais surtout, c’est parce que des milliers d’enseignants se sont sacrifiés pour eux, sans doute dans des conditions parfois inimaginables.

Aujourd’hui, l’avenir de milliers de jeunes sénégalais est en train de s’assombrir. Les taux d’échecs de ces dernières années aux différents examens, particulièrement dans le moyen-secondaire (où la grève est plus accentuée), en sont une parfaite illustration. L’an dernier, au Bfem et au baccalauréat, on a enregistré des résultats très décevants (32% au Bac général).

L’école sénégalaise est devenue «une fabrique d’échecs» du fait de la faible maîtrise des compétences fondamentales, des taux de redoublement et d’abandon encore élevés, de l’inadaptation aux besoins du pays… Ce qui constitue une source majeure de gaspillage des ressources allouées à l’éducation puisque le pays consacre, tout au moins, 24% de son budget national à cet important secteur. Cette responsabilité est commune. Tous coupables !

Loin de moi de soutenir que les revendications des enseignants sont illégitimes. Elles le sont tout autant que celles des greffiers, médecins (qui font 8 à 12 ans d’études supérieures), agents de la santé, professeurs d’université - qui avaient l’une des retraites parmi les plus infâmes du pays -, mais également des paysans, pêcheurs, artisans, etc. Tout est donc priorité dans ce pays où les ressources sont limitées. Pendant qu’on y est, et les journalistes qui font connaître les problèmes de tous sauf les leurs ?

Quant à l’Etat, il doit accélérer le processus d’intégration, de reclassement, d’avancement et de validation, mêrme s’il faut reconnaître que l’opération coup de poing qu’il a eu à mener a fait avancer les choses de manière significative. Il doit surtout cesser de signer des accords qui ne peuvent être respectés. L’opinion saura où se trouve la part de vérité en cas de blocage.

Le système de rémunération des agents de l’Etat, on le sait tous, a été déréglementé depuis 2004 lorsqu’on a créé toutes sortes d’agences, et je ne sais quoi, en octroyant des avantages inqualifiables (d’énormes indemnités sous prétexte qu’on valorise les compétences) à certains, tandis que d’autres qui triment à longueur de journée ne reçoivent que des miettes. Il y a donc lieu de corriger toutes ces incongruités ; ce qui nécessite une réforme globale.

Au Sénégal, la rémunération globale du secteur public (constitué, en 2015, de plus de 64 % d’enseignants, selon l’ancien directeur de la Fonction publique, Nouhou Demba Diallo -Cf. Le Quotidien du 15 avril 2015- ), qui ne représente que moins de 1 % de la population (moins de 130.000 agents), sera de «860,4 milliards de FCfa pour l’année 2018, soit 39 % des recettes fiscales, largement supérieure à la norme des 35 %. Cela ne tient pas compte de la masse salariale des collectivités territoriales». (Cf. contribution de Ibrahima Sène du Pit, le 27 janvier 2018).

Est-ce normal qu’1 % de la population consomme autant de ressources du pays ? Ce qui est surtout à éviter, c’est dire que tel corps a ça, le mien doit l’avoir également. L’administration, c’est une question de statut qui diffère d’un corps à un autre. Certains enseignants, du moyen-secondaire en particulier, avaient une pension de retraite plus élevée que celle des professeurs d’université qui les ont pourtant formés.

Alors, chers enseignants, agissez comme le regretté grand syndicaliste Iba Ndiaye Djadji et ses camarades de l’époque dont l’actuel patron honoraire de la Csa, Mamadou Diouf. Ce dernier nous rappelait, l’an dernier, qu’en 1989, face au blocage des négociations avec l’Etat, ils avaient décidé la «Trêve de l’action de grève». Ils avaient levé le mot d’ordre suite à une audience avec le chef de l’Etat d’alors, Abdou Diouf (c’était une de leurs exigences).

Pour eux, «il n’était pas question d’aller à une 2ème année blanche après celle de 1988 par la faute des enseignants», nous expliquait-il. Cette action noble, ils l’ont récidivée en 1997. Les négociations étant bloquées au niveau ministériel sur la principale revendication (celle de porter l’âge de la retraite à 60 ans), les syndicalistes avaient demandé l’arbitrage du président Diouf.

«Il nous a dit que c’était possible d’aller à 58 ans. Puisque c’était son arbitrage qu’on voulait et qu’il avait tranché, le bureau national que dirigeait Iba Ndiaye Djadji avait décidé de la levée du mot d’ordre. Certains de nos camarades l’avaient accusé de trahison », a ajouté Mamadou Diouf. Mais, pour ces syndicalistes, il s’agissait de l’avenir des enfants. Nous fûmes de ceux-là (le gros lot d’enseignants et de dirigeants d’aujourd’hui). Imaginons qu’ils eurent persisté dans leur refus ! Alors, chers enseignants, imitez Iba Ndiaye Djadji ! Pour l’avenir de nos enfants, de notre chère Patrie que vous aimez tant.

Par Daouda MANE

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