banner home page1

Pour vos insertions, contactez la Régie publicitaire de la SSPP Le Soleil

Mgr Michael W. Banach, nonce apostolique au Sénégal : «L’Eglise sénégalaise est vivante et active»

10 Juil 2018
924 times

Arrivé dans notre pays en 2016, Mgr Michael W. Banach, nonce apostolique au Sénégal, décortique sa mission diplomatique auprès de l’Etat et des évêques. Le représentant du Pape revient sur les lenteurs dans la nomination de l’évêque de Kaolack. Il donne également son point de vue sur la taille du plan géographique de certains diocèses du Sénégal. Il magnifie, dans cet entretien qu’il nous a accordé au lendemain de la fête du Pape, la beauté du dialogue-islamo chrétien, mais aussi les excellentes relations entre l’Etat du Sénégal et le Saint-Siège (Vatican).

Quelle définition peut-on donner aux fonctions de nonce apostolique ?
Le nonce apostolique est le terme utilisé par l’Eglise catholique pour désigner les représentants personnels ou les ambassadeurs du Pape ou du Vatican dans le pays où ce dernier est affecté. Le mot nonce dérive d’un mot latin qui signifie «annonce» ou bien «annonciateur»  ou encore «apostolique» qui signifie «provenant des apôtres» ou, plus exactement, de l’apôtre Saint Pierre. Nonce signifie aussi «celui qui est envoyé». Ainsi, le nonce apostolique est celui qui est envoyé par le Pape, le successeur de Saint Pierre dans un pays ou auprès des évêques.

Selon le code de Droit canonique, le nonce apostolique a deux fonctions : ecclésiale et diplomatique. Le rôle ecclésial du nonce apostolique est de rendre effectifs les liens d’unité qui existent entre le Pape et l’Eglise à travers le monde. Une de ses missions est aussi d’informer le Siège apostolique (Rome) des conditions dans lesquelles se trouvent les églises particulières et de lui donner des informations sur des questions qui affectent la vie de l’Eglise et le bien des âmes. Il assiste les évêques par l’action et le conseil, en laissant intact l’exercice de leur pouvoir légitime.

Le nonce apostolique entretient aussi des relations étroites avec la Conférence épiscopale en lui apportant toute son aide. En rapport avec la nomination des évêques, il envoie ou propose des noms de candidats au siège apostolique, prépare le processus d’information sur ceux qui peuvent être promus, conformément aux normes émises par le siège apostolique. Il participe à la promotion de tout ce qui peut contribuer à la paix, au progrès et aux efforts conjugués des peuples. Le nonce travaille avec les évêques du pays où il est en mission pour favoriser des échanges appropriés entre l’Eglise catholique, les autres églises ou communautés ecclésiales, et même avec les religions non chrétiennes. Le rôle du nonce apostolique, c’est aussi de travailler avec les évêques pour sauvegarder les règles d’un Etat. Cependant, la tâche diplomatique du nonce apostolique n’est pas différente de celle des autres ambassadeurs qui représentent leurs pays. Le rôle diplomatique d’un nonce apostolique est d’établir et de maintenir une relation de compréhension mutuelle entre l’Eglise et l’Etat, pour la paix et le progrès de chaque nation. La mission d’un nonce est d’établir des accords et leur donner effet. L’ambassade de l’Eglise catholique est appelée nonciature apostolique. Il y a actuellement 106 nonciatures réparties dans le monde.

Comment liez-vous vos fonctions de diplomate à celles de guide religieux ?
En fait, il est facile de relier les deux fonctions, surtout dans l’esprit où tous les évêques de l’Eglise catholique qui, au cours du Concile Vatican II, avaient écrit : «les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres et de tous ceux qui souffrent sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ. Il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve pas  écho dans leur cœur».

On dit souvent que le nonce apostolique est l’ambassadeur du Vatican. En réalité, le nonce n’est pas le représentant de l’Etat de la Cité du Vatican, mais le représentant personnel du Pape. L’Etat de la Cité du Vatican a vu le jour en 1929. Avant la création de l’Etat du Vatican, la mission du représentant du Pape existait déjà. Le nonce apostolique représente donc le Pape non seulement comme chef de l’Etat du plus petit Etat du monde, mais surtout comme chef de l’Eglise catholique qui est une  grande communauté.

Quel regard portez-vous sur l’Eglise sénégalaise ?
L’Eglise au Sénégal est vivante et active. C’est le constat que j’ai fait lors des célébrations liturgiques auxquelles j’ai pris part en tant que pasteur. En outre, dans mes contacts et conversations avec les autorités sénégalaises et mes collègues du corps diplomatique, je vois que tous ces gens sont satisfaits du rôle que joue l’Eglise catholique au quotidien, en faveur des personnes vulnérables parmi lesquelles des chômeurs et des personnes atteintes par certaines maladies. Ils apprécient aussi le système  éducatif de l’Eglise et ses centres de santé qui aident souvent le gouvernement à satisfaire les besoins sanitaires des populations, surtout celles de la zone rurale.

Les gens rencontrés me parlent souvent des positions modérées de l’Eglise sur les questions sociopolitiques et de son engagement actif dans le dialogue interreligieux. En effet, lors de mes visites pastorales dans les paroisses et les diocèses, je suis moi-même témoin de tout cela. Ces exemples illustrent que l’Eglise catholique au Sénégal apporte sa contribution au développement du pays.  

La taille de certains diocèses est jugée énorme. On peut citer le cas de Dakar, Tambacounda, Saint-Louis et même Thiès. Les évêques et les prêtres peinent à les parcourir pour faire leur mission pastorale. Peut-on espérer la création de nouveaux diocèses dans un proche avenir pour plus d’efficacité ?
Selon le Droit canonique ou le droit de l’Eglise, un diocèse est la portion du peuple de Dieu confiée à un évêque. Il doit travailler en collaboration avec les prêtres et les laïcs. Avec l’aide de l’Esprit Saint, l’évêque et ses prêtres sont chargés de proclamer l’Evangile. Le rôle des diocèses est donc de mieux répondre aux besoins pastoraux du peuple de Dieu. Il est vrai que certains diocèses du Sénégal couvrent un vaste territoire géographique. Il est donc difficile, pour les évêques et les prêtres, d’être toujours présents parmi les fidèles. Cependant, la création d’un nouveau diocèse est une décision sérieuse. Seul le Pape peut procéder à la création de nouveaux diocèses.

Avant de le faire, beaucoup de consultations doivent être faites en prenant en compte un certain nombre de préoccupations. Par exemple, à quoi ressemblent les limites du nouveau diocèse ? Que restera-t-il du diocèse dont est issu le nouveau ? Y a-t-il un nombre suffisant de prêtres, de religieux et des religieuses pour répondre aux besoins pastoraux du nouveau diocèse ? Le nouveau diocèse aura-t-il suffisamment de moyens ? Quel sera son programme pastoral ? Ce sont des questions pour lesquelles nous devons trouver des réponses. C’est pourquoi, la création d’un nouveau diocèse prend du temps. Nous tentons de répondre aux faims et aux soifs spirituels des fidèles et, en tant que tels, nous devons être certains qu’une nouvelle église particulière sera capable de répondre à ces besoins de manière professionnelle et efficace.

Kaolack attend toujours son évêque depuis l’affectation de Mgr Benjamin Ndiaye à Dakar. Tambacounda est, aujourd’hui, dans la même situation. Qu’est-ce qui expliquerait cette lenteur dans la nomination des évêques en Afrique ?
La nomination d’un nouvel évêque est importante pour un nonce. Cependant, un nonce ne choisit pas et n’assigne pas la responsabilité à l’évêque. C’est le Pape qui nomme un nouvel évêque. Cependant, le nonce apostolique a le devoir de recueillir des informations utiles pour le Pape. Ainsi, le nonce doit comprendre la situation de l’Eglise locale et avoir des renseignements relatifs à un candidat à la fonction d’évêque. Lorsqu’il est nécessaire de nommer un nouvel évêque, le nonce demandera aux évêques, aux prêtres, aux religieuses et laïcs locaux de proposer au Pape le nom des candidats de leur choix. Si le nonce dispose de toutes les informations, il les enverra au Saint-Siège. Ce processus prend certainement beaucoup de temps parce que certains éléments doivent faire l’objet d’une enquête approfondie.  Tout cela se fait en secret. L’objectif est de protéger la réputation de chaque candidat. Proposer les noms des candidats est facile, mais le processus de choix d’un nouvel évêque peut prendre énormément de temps. Cette atmosphère de secret assure que tout fonctionne bien. C’est la tâche ecclésiale la plus importante, mais aussi la plus difficile pour un nonce apostolique.

Depuis votre arrivée au Sénégal, qu’est-ce qui vous a marqué dans la culture locale ?
Tout d’abord, permettez-moi de dire que je suis heureux d’être au Sénégal ! J’ai été frappé par la chaleur humaine des Sénégalais et l’accueil des populations. Les Sénégalais aiment leur pays. Ils ont un sens sain du nationalisme. Les Sénégalais sont bien éduqués et respectent les principes fondamentaux de la démocratie. Cependant, s’il y a une caractéristique de la culture sénégalaise qui me tient à cœur, ce sont les bonnes relations entre chrétiens et musulmans. C’est si important pour notre monde d’aujourd’hui que les croyants sincères de différentes traditions religieuses puissent s’entendre. Chaque année, le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux publie un message pour la conclusion du mois de Ramadan. Le message de cette année était consacré au sujet : «Chrétiens et Musulmans : de la compétition à la collaboration», ou le cardinal Tauran, président dudit conseil, a écrit : « …une base solide pour des relations pacifiques, loin de la compétition et de la confrontation, pour fonder une coopération efficace en vue du bien commun … ce qui permet d’offrir un témoignage crédible de l’amour du Tout-Puissant pour l’humanité toute entière». Nous pouvons faire beaucoup de choses ensemble et avoir un effet profond sur le pays. Le Pape émérite Benoît XVI l’a bien dit : «le dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et musulmans ne peut se réduire à un choix passager. Il est, en effet, une nécessité vitale, dont dépend en grande partie notre avenir». J’invite tout le monde à apporter sa propre contribution à cette nécessité vitale.

Quelles appréciations faites-vous des relations entre la République du Sénégal et le Saint-Siège ?
Les relations diplomatiques entre le Saint-Siège (Vatican) et le Sénégal sont excellentes. Le Pape François souhaite maintenir un contact fructueux avec le Sénégal. Le Saint Père est convaincu que  les autorités sénégalaises continueront à apprécier les efforts de l’Eglise catholique en faveur de la société sénégalaise et veilleront à ce qu’elle jouisse de toutes les conditions nécessaires à l’accomplissement de cette tâche. Les mêmes relations diplomatiques participent au développement du pays. C’est un développement qui intègre à la fois des individus et l’ensemble du peuple, en accordant une attention particulière à la santé et à d’autres besoins corporels, à l’avancement intellectuel et technique à travers l’éducation, à la protection sociale et environnementale et à la croissance spirituelle.

A quand la visite du Pape François au Sénégal ?
Le Pape François a un agenda très chargé. En plus de ses audiences hebdomadaires, de l’Angélus du dimanche, des rencontres avec ses conseillers, avec les chefs d’Etat, ses visites pastorales aux centres des enfants, des pauvres, des prisons, etc. Il voyage beaucoup. Il s’est rendu récemment au siège du Conseil œcuménique des églises à Genève, en Suisse. Sur place, il a participé à une rencontre œcuménique. Il se rendra en Estonie, en Lettonie et en Lituanie à la fin du mois de septembre. Avant de venir au Sénégal, j’ai rencontré le Pape François. Il m’a chargé de transmettre aux fidèles et aux citoyens sénégalais deux messages. Le premier : Dieu aime le Sénégal ! Le deuxième : Pape François aussi vous aime ! C’est un message simple, mais quel message ! Le Pape François est donc proche du peuple sénégalais et certainement il rendra visite au peuple du Sénégal bientôt.

On observe de plus en plus des prises de position de certaines conférences épiscopales, soutenues par le Pape, sur le champ politique à travers le continent africain. Quelle lecture en faites-vous ?
Les évêques catholiques d’Afrique, comme leurs confrères des autres pays, ont pour mission d’annoncer l’Evangile de Jésus-Christ. Leur message porte sur la religion et non sur la politique. Évidemment, la pratique de la religion a sa place sur la place publique et, dans le cas des chrétiens, la pratique religieuse n’est pas seulement réservée aux églises le dimanche. L’annonce de l’Evangile a des effets dans tous les domaines de la vie.

En ce sens, l’Eglise va continuer à construire une société juste sur la base de la raison et de la loi naturelle. Le juste ordonnancement de la société et de l’Etat est une responsabilité centrale de la politique et non de l’Eglise. L’Eglise a une présence publique, pas politique. Elle doit former les consciences et motiver les laïcs à mettre en pratique les enseignements de l’Evangile. Toutefois, il est difficile d’atteindre l’équilibre approprié entre l’Eglise en tant que force politique et celle qui n’est que l’expression religieuse d’individus pratiquant leur foi en privé. Si donc le Pape François semble soutenir certaines conférences des évêques, c’est parce qu’il reconnaît ces conférences. Le Saint Père soutient les évêques, car l’une de ses tâches est de confirmer ses frères dans la foi.

Récemment, le Pape François a procédé à de nouvelles nominations de cardinaux. Certains y voient un élargissement des bases du Collège cardinalice aux églises bien loin de Rome, partagez-vous ces considérations ?
C’est la décision personnelle du Pape de nommer un nouveau cardinal. Le nonce apostolique ne propose pas de noms pour un nouveau cardinal. C’est vraiment du domaine du Pape. Une des fonctions principales du Collège des cardinaux est de conseiller le Pape sur les questions d’Eglise lorsqu’ils sont convoqués à un consistoire ordinaire, ou à une réunion de tous les cardinaux. Les cardinaux assistent également à diverses fonctions en matière de protocole, par exemple, pendant le processus de canonisation, c’est-à-dire, le processus de déclaration d’un saint dans l’Eglise catholique.  Ils se réunissent également sur la mort ou la démission d’un Pape comme un conclave papal pour élire un successeur (du souverain pontife). La couleur des vêtements que porte un cardinal est rouge, ce qui signifie qu’il est prêt à verser son sang pour le Christ et l’Eglise. Comme l’Eglise catholique est universelle, présente dans presque tous les pays du monde, il semble normal que les cardinaux viennent de partout pour représenter l’universalité de l’Eglise.

Parmi les dossiers chauds du Vatican en ce moment, il y a la démission collective de 34 évêques d’un pays, suite à un scandale de pédophilie. Un fait inédit ! Quel commentaire en faites-vous ?
La situation de l’Eglise catholique au Chili est vraiment compliquée. Ce que Saint Jean-Paul II a dit est valable pour tous les temps. D’ailleurs, ces propos  ont  été répétés par ses successeurs : «L’abus sexuel des jeunes est considéré comme un crime par la société, c’est un péché épouvantable aux yeux de Dieu ». La résignation massive de tous les évêques du Chili ne signifie pas qu’ils sont tous coupables. Le Pape peut, ou non, accepter tout ou une partie des démissions. Ce geste est une étape sur le chemin de la réforme de l’Eglise, ainsi que pour s’assurer que certaines erreurs ne se répètent pas. Il y a une cause d’espoir.

Quelle est la particularité de la fête du Pape de cette année?
Il n’y a pas de thème spécial pour la célébration de la Fête du Pape 2018. Comme les années précédentes, la Fête offre aux catholiques du Sénégal l’occasion de manifester leur amour et leur dévouement pour le Saint-Père, le Successeur de Saint Pierre. Pour les catholiques comme pour les non-catholiques, c’est une occasion de montrer du respect à un homme (Pape François) qui, de manière désintéressée et sans pouvoir économique et militaire, travaille tous les jours pour la compréhension mutuelle entre les nations et pour la paix dans le monde.

Propos recueillis par Eugène KALY

 

Rate this item
(0 votes)


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.