La trop grande concentration des produits importés par les Etats-Unis des pays éligibles à l’Agoa et le manque de compétitivité des économies africaines nécessitent quelques ajustements. Condoleezza Rice a indiqué hier comment son pays compte y remédier.
En quatre années d’existence, l’African growth opportunity act (Agoa) fait son bonhomme de chemin. Avec notamment quelques acquis que le Premier ministre sénégalais, Macky Sall, a rappelés hier, à la cérémonie de clôture des travaux du quatrième forum. En 2004, les exportations américaines vers l’Afrique ont augmenté de 25% par rapport à 2003, avec un volume total de 8,6 milliards de dollars. Côté importations en provenance d’Afrique sous le régime de l’Agoa, la hausse atteint 55% par rapport à 2002 et 88% en 2003 pour un volume de 26,6 milliards de dollars. Même frémissement pour ce qui concerne l’investissement américain même s’il est à un niveau moins important. “ Ces résultats, pour appréciables qu’ils soient, fait observer le Premier ministre sénégalais, n’en recèlent pas moins quelques points d’ombre, car les importations non pétrolières réalisées dans le cadre de l’Agoa, n’ont en vérité constitué que 13% des importations totales des Etats-Unis en provenance des 37 pays africains éligibles ”. Macky Sall qui relève, par la même occasion, l’extrême faiblesse des investissements américains en Afrique qui ne représentent que 1% du volume total effectué dans le monde, souhaite que des solutions soient apportées. “ Il s’agit d’une part, de la faiblesse des capacités productives de nos pays, donc de l’offre africaine, et d’autre part, de l’inadéquation entre le système financier par rapport aux besoins à long terme du secteur privé ”. Le Premier ministre sénégalais souhaite que de nouveaux chantiers, nés des conclusions et recommandations, “ soient ouverts pour faire avancer davantage le processus de développement de l’Afrique ” qu’il veut voir adhérer pleinement, dans sa quête d’émergence, à ce qu’il a qualifié “appel de Dakar ” à travers le slogan lancé par Me Wade à la tribune lundi, lors de l’ouverture du forum : “ la croissance pour l’éradication de la pauvreté, le commerce pour réaliser la croissance et l’Agoa pour réaliser le commerce ”.
INTEGRATION REGIONALE
Condoleezza Rice, le secrétaire d’Etat américain, avait quelques instants auparavant annoncé une nouvelle qui devrait contribuer à répondre à ses attentes : la mise en place d’un Fonds de diversification de l’Agoa. “ A travers cette initiative, plusieurs agences américaines vont supporter les efforts des gouvernements africains à diversifier leurs économies et capitaliser plus rapidement les promesses de l’Agoa ”, explique Mme Rice. Dans le cadre de cette initiative, explique-t-elle, l’Agence américaine pour le commerce et le développement va allouer une dotation d’un million de dollars (près de 520 millions de Fcfa) à l’assistance aux pays d’Afrique de l’Ouest pour le renforcement de la sécurité de leur transport aérien et de leurs réseaux ferroviaires pour une meilleure intégration régionale.
Ce Fonds pour la diversification annoncé par Mme Rice vient s’ajouter à une autre initiative annoncée par le président Georges Bush, lundi dernier au moment du lancement des travaux du forum, à l’occasion d’un message diffusé. Il s’agit de l’Initiative “ African global competitivness ” ou compétitivité mondiale de l’Afrique, doté de 200 millions de dollars (plus de 100 milliards de Fcfa) pour les cinq prochaines années. Il va permettre aux pays africains ciblés de participer davantage au commerce. “ L’ouverture d’un hub commercial à Dakar (Ndlr : situé à à la rue Kléber et inauguré hier) en est une illustration ”, estime le secrétaire d’Etat américain qui souligne aussi que le Fonds pour la diversification comme l’initiative pour la compétitivité globale, viennent s’ajouter à d’autres mesures prises en faveur de l’Afrique aussi bien au dernier sommet du G8 qu’à d’autres occasions avec le Fonds pour le paludisme.
AVENIR COMMUN
A la tribune, le Dr Condoleezza Rice avait été précédée par un autre docteur. Cheikh Tidiane Gadio, patron de la diplomatie sénégalaise, a rendu un vibrant hommage au secrétaire d’Etat américain, “ la femme qui force le respect de l’homme le plus puissant au monde ”, “ Bush l’Africain ” en l’occurrence, au point de passer pour “ la femme la plus puissante au monde ”. Cheikh Tidiane Gadio qui a souligné le passage au département d’Etat, “ back to back ”, successivement de deux secrétaires d’origine africaine-américaine, a valu à Mme Rice de nombreuses ovations durant son discours. “ Nous avons eu une longue histoire commune et sans aucun doute, il y a un avenir commun entre nous ”, promet Condoleezza. Un avenir qui passera par les chemins de relations commerciales plus fortes et profitables aux deux parties ainsi que l’Agoa veut s’y atteler. Dans 10 ans, délai imparti à Agoa III, l’histoire jugera.
Réactions
Léon Rakoston, direction des relations interprofessionnelles Madagascar
“ Durant ces trois jours, nous avons bien travaillé. Nous avons essayé d’assister à tous les ateliers et cela est vraiment positif. L’Agoa est une opportunité pour les pays Africains pour promouvoir les investissements et nous avons fait des propositions allant dans ce sens et qui vont permettre de lever les contraintes et développer les échanges avec les Etats-Unis ”.
Kwame Owusu Afriyle, directeur Expo Africa Ghana
“ Ce forum de l’Agoa est un franc succès dans la mesure où c’est bien organisé. Le Sénégal aussi a eu un talent de réussir cette organisation et l’agenda de ce forum c’est pour aider l’Afrique à exporter vers le marché américain. Je pense que c’est un agenda sur lequel on doit s’appuyer pour regarder de l’avant et permettre à l’Afrique de sortir du sous-développement ”.
Robert Nicolas, directeur exécutif Service and development Agency (Usa)
“ Nous espérons, grâce à ce forum de l’Agoa, mieux connaître cette partie du continent où ne ne travaillons pas encore et commencer à y réaliser des programmes pratiques d’aide humanitaire et d’assistance aux Pme avec le micro-crédit. Le forum est d’autant plus important pour nous que nous projetons de travailler dans le domaine de la promotion des débouchés à l’exportation ”
Mamadou Diop Decroix, ministre du Commerce : « Un tournant »
“ Ce quatrième forum de l’Agoa va constituer un tournant dans nos relations commerciales avec les Etats-Unis. Pour la première fois, les Africains ont décidé d’assurer un meilleur suivi de l’Agoa en mettant en place une feuille de route dont notre collègue du Ghana va assurer le suivi. Il s’y ajoute que les Usa se sont engagés à aider les pays africains à exporter davantage. C’est un fait politiquement important car si au bout de quelques années, aucun progrès notable n’était obtenu dans le cadre de l’Agoa, ce serait un échec préjudiciable à la fois aux Etats-Unis et à l’Afrique. Le gouvernement, en ce qui concerne le Sénégal, est prêt à aller aussi loin que possible. Nous allons conduire une mission avec l’Usaid pour établir ces contacts avec le secteur privé aux Etats-Unis. Le contexte a changé aujourd’hui, avec l’avènement du Nepad. Cette feuille de route va nous permettre de pouvoir évaluer les acquis lors du cinquième forum qui se tiendra aux Etats-Unis. ”
Mme Flory Lizert, représentante du secrétaire au Commerce américain : « Prendre exemple sur le Malawi »
“ L’Agoa est souvent perçue comme un dispositif réservé au textile et à l’habillement. Ce n’est pas que cela. Il y a l’exemple du Malawi qui le prouve. Avant son éligibilité à l’Agoa, c’est un pays qui exportait très peu. Aujourd’hui, il vend beaucoup de choses dont des noix de “ macademi ”, des roses etc...Dans le domaine de l’assistance technique à l’exportation, nous cherchons à savoir quels pays appuyer et dans quel domaine. Par exemple, pour le poisson, après avoir envoyé une mission en Gambie, au Sénégal et en Mauritanie pour voir dans quelle mesure les entreprises étaient aux normes américaines. Nous nous sommes immédiatement rendu compte que cinq entreprises au moins pouvaient commencer à exporter sans rien changer à leur processus. Le fonds mondial de la compétitivité va renforcer la capacité des pays africains en leur permettant d’être plus compétitifs en ayant des infrastructures nécessaires aux investissements, un marketing plus efficace, des services de télécoms. L’ouverture d’un bureau commercial après trois autres en Afrique entre dans ce cadre.
Mme Rosa Whitaker, présidente Whitaker Group : « Un fonds d’investissement »
“ Le forum du secteur privé représente un moment fort du renforcement des relations entre les Etats-Unis et l’Afrique. Nous avons constaté qu’il existe un large consensus sur l’efficacité de l’Agoa. ; il faut que la vision africaine inspire l’aide et non le contraire. Nous avons constaté une rareté des capitaux. Pour y remédier, nous allons mettre en place un fonds d’investissement pour financer des projets dans le cadre de l’Agoa. ”
Aminata Niane, directrice générale de l’Apix : « C’est une étape déterminante »
“ La mise en place d’une unité de suivi ainsi que d’une task force pour identifier les actions clés et objectifs réalistes pour ne pas revenir dans deux ans redire la même chose va nous permettre d’avancer considérablement. L’engagement du secteur privé africain à monter un projet de banque au moins au niveau sous-régional et qui va faire appel au secteur privé américain en sera un exemple. Ce forum de Dakar est donc une étape déterminante dans la mise en place de l’Agoa”
Fred Oladeinde, coordonnateur des Organisations de la société civile de l’Agoa : « Un partenariat entre la société civile, le secteur privé et le gouvernement »
“ L’Agoa a contribué à la promotion des exportations de base. Néanmoins, il s’agit principalement des produits de base. Nos recommandations visent principalement à la mise en place d’un système d’information fiable à tous les niveaux, la reconnaissance d’une identité à la société civile africaine, l’établissement de partenariats entre la société civile, le secteur privé et le gouvernement. Il y a aussi, entre autres, la détermination des besoins des citoyens africains, la promotion d’un meilleur accès des Pme au crédit ainsi que la promotion de celles-ci, l’instauration d’un marché africain plus large, l’harmonisation des stratégies de microfinance et une meilleure prise en compte etc... ”
Ndèye Ndiaye, opératrice économique Atlanta-Usa
“ C’est vrai que l’Agoa prend de la forme sur le plan politique et international. Mais ce qui m’intéresse c’est au niveau organisationnel car il faut que les entreprises sénégalaises puissent bénéficier de cet agrément d’autant plus que les potentiels sont là. Cependant, ce forum est une belle perspective qui s’offre à nous et nous travaillons pour saisir les opportunités qu’il nous offre ”.
MALICK M. DIAW |