Nous venons d’apprendre que le juge du premier cabinet d’instruction du Tribunal de Grande instance de Ouagadougou en charge du dossier Norbert Zongo, a prononcé un non-lieu dans cette affaire.
On se rappelle que Norbert Zongo, directeur de publication du journal l’Indépendant, et trois de ses compagnons de voyage avaient été assassinés puis brûlés à quelques encablures de Sapouy.
La commission d’Enquête Internationale (CEI) mise sur pied le 7 janvier 1999 déposait son rapport le 7 mai 1999. Des conclusions de ce rapport, il ressort que : « -Concernant les mobiles de ce quadruple meurtre, la Commission d’Enquête Indépendante pense qu’il faut les chercher du côté des enquêtes menées depuis des années par le journaliste, et notamment sur ses récentes investigations concernant la mort de David OUEDRAOGO, le chauffeur de François COMPAORE, conseiller à la Présidence.
Norbert ZONGO a été assassiné pour des motifs purement politiques parce qu’il pratiquait un journalisme engagé d’investigation. Il défendait un idéal démocratique et avait pris l’engagement, avec son journal, de lutter pour le respect des droits de l’Homme et la justice, et contre la mauvaise gestion de la chose publique et l’impunité.
En ce qui concerne les auteurs du crime, la commission d’enquête indépendante ne dispose pas de preuves formelles permettant de les désigner. Elle a cependant relevé des contradictions et des incohérences dans les auditions d’un certain nombre de personnes suspectées en relation avec leur emploi du temps du 13 décembre 1998, notamment le soldat Christophe Kombaceré, le soldat Ousséini Yaro, le caporal Wampasba Nacoulma, le sergent Banagoulo Yaro, le sergent Edmond Koama et l’adjudant Marcel Kafando du régiment de sécurité présidentielle (R.S.P.). Cela n’en fait pas des coupables mais de sérieux suspects. »
Le 21 mai 1999 le dossier, était confié à un juge instructeur en la personne de Wenceslas H. Ilboudo. Le 02 février 2001 il était porté à la connaissance de l’opinion nationale et internationale l’inculpation de Marcel Kafando. Lors des vœux de la presse au Chef de l’Etat en janvier 2005, l’ensemble des organisations des médias s’est préoccupé du silence de la justice sur l’affaire Norbert Zongo. A maintes occasions, les professionnels des médias, les acteurs de la société civile, les formations politiques se sont inquiétés de l’état d’avancement de ce dossier.
Le 19 juillet 2006, dans un point de presse, le Procureur du Faso, Adama Sagnon et le Procureur Général Abdoulaye Barry informaient le peuple burkinabé qu’une ordonnance de non lieu avait été prise par le juge d’instruction Wenceslas Ilboudo dans l’affaire Norbert Zongo. Selon les Procureurs, l’ordonnance de non lieu a été prise sur le fondement d’un principe de droit pénal qui veut que « le doute profite toujours à l’accusé ». L’instruction s’était appuyée sur le seul témoignage de monsieur Jean Racine Yaméogo, or ce dernier se serai rétracté le 31 mai dernier.
Doit-on croire que le dossier Norbert Zongo est enterré, comme l’a titré le quotidien l’Observateur Paalga dans sa rubrique « Regard sur l’actualité » du jeudi 2O juillet 2006 ? Non, semble répondre le Procureur Général en affirmant que « personne ne veut s’asseoir sur ce dossier ».
Et pourtant, après sept (07) ans d’instruction, le juge Wenceslas H. Ilboudo dans son ordonnance de non lieu, tout en soulignant que les éléments constitutifs de l’assassinat sont constitués et qu’il est donc certain que Norbert Zongo et ses compagnons ont bel et bien été assassinés le 13 décembre 1998 aboutit à la conclusion qu’il n’y a pas lieu à suivre contre Marcel Kafando et X pour assassinats et destructions de biens mobiliers. En d’autres termes l’affaire est classée en attendant qu’elle soit définitivement prescrite.
Sous réserve de la suite qui sera donnée à l’appel fait par les avocats de la partie civile, pour nos organisations, la décision du juge d’instruction en date du 18 juillet 2006 s’apparente à un véritable tsunami judiciaire qui accorde une prime à l’impunité. En effet, l’impunité résulte des faiblesses et des carences d’un système juridique peu disposé ou impuissant à prendre les mesures nécessaires pour enquêter sur les violations des droits de l’homme, y compris les violations au droit de la vie, et à en poursuivre les auteurs véritables.
Cette décision, choqués et outrés nous en prenons acte. pour les raisons invoquées ; cependant, nous continuerons inlassablement, encore et toujours à exiger la justice sur ce crime. C’est un devoir, une obligation citoyenne. Nous en appelons à toutes les femmes et aux hommes de médias, aux partenaires des médias, aux défenseurs de la liberté d’expression et de la liberté de presse à se mobiliser et à persévérer avec obstination et audace pour que justice soit rendue à notre confrère Norbert Zongo.
Seydou M. Sy |