Le mérite de l’Agence sénégalaise de promotion des exportations (Asepex), c’est d’avoir compris la vision du chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade, d’un Sénégal émergent, ouvert à l’extérieur, grâce au dynamisme de son économie. Aujourd’hui, dans le cadre de la Stratégie de croissance accélérée, le choix a été fait sur des secteurs à forte valeur ajoutée pour booster la croissance économique afin d’éliminer la pauvreté. Fort heureusement, l’Asepex est en phase avec cette nouvelle dynamique, parce que se trouvant au cœur de la problématique de la croissance accélérée. Mieux, grâce au label de qualité ’’Origine Sénégal’’, les produits sénégalais gagnent de plus en plus des parts de marchés importants. A terme, il est question de mener une forte offensive commerciale sénégalaise afin d’imposer ce label aux consommateurs des quatre coins du monde.
Mme le Directeur général, l’un des organes les plus importants de l’Asepex est le Fonds de promotion des exportations. Alors, quel est le mode d’intervention de ce Fonds ?
Le fonds de promotion des exportations est un organe de l’Asepex. Mieux, elle sera une direction au sein de l’Agence. On est parti des constations antérieures parce que toute la mise en place de l’Asepex a été faite sur la base d’un préalable. Nous avons fait un travail analytique et un diagnostic sur les différents services offerts aux exportateurs. Aujourd’hui, ce que nous pouvons apporter aux exportateurs, c’est une prime ; une sorte de subvention partielle. C’est-à-dire que nous allons donner une incitation financière afin de soutenir des actions pour le développement de leurs exportations.
Cela constitue une innovation dans le dispositif sénégalais que comprennent nullement les banques. Car, ces dernières n’ont pas pour vocation d’inciter les exportations. Au contraire, elles offrent des services, des crédits. Elles ne peuvent être que des partenaires des institutions exportatrices pour le financement de leurs opérations d’exportations. Dans la phase d’exportation, l’entreprise a besoin des services de la banque. A cet effet, elle doit exécuter les activités éligibles dans le cadre de ce fonds. Quant au Fonds de promotion économique (Fpe), il n’est pas en concurrence avec leurs interventions. Au contraire, c’est une synergie parce qu’il vient parachever un dispositif qui manquait de cet instrument dont la matière c’est l’exportation. Les activités à soutenir, sont des activités à vocation exportatrice. Ainsi donc, il s’agit d’une première dans l’environnement sénégalais, à côté d’outils techniques pour donner une incitation complète comme le font d’autres pays à travers le monde.
Relativement au Fonds de promotion des exportations, est-ce qu’il y un benchmarking qui a été fait, pour dessiner les contours du modèle sénégalais ?
A la faveur de la mise en place de l’Agence sénégalaise pour la promotion des exportations, il y a un travail de faisabilité qui a été mené. Une analyse et une comparaison internationale ont été faites. Car, nous n’avons pas voulu nous contenter du modèle des pays développés ou des pays émergents. Egalement, nous avons regardé aussi ce que font les pays développés. Car, le commerce est une compétition internationale. Et, tous les pays cherchent aujourd’hui à commercer, en mettant en place des mécanismes d’incitation. C’est la raison pour laquelle, nous avons analysé ces différents modèles. Mieux, nous avons regardé de manière approfondie le modèle tunisien qui s’articule autour d’une vision sur les véritables enjeux du soutien à l’exportation. Aussi, un pays comme la Côte d’Ivoire a été analysé ; au même titre que les exemples français et belge. C’est sur cette base que nous avons défini le modèle sénégalais. C’est-à-dire le Fonds de promotion de l’exportation qui a pour vocation de faire de l’appui direct aux entreprises, de financer certaines actions pour l’amélioration des exportations. Cette activité n’est pas intégrée dans le modèle tunisien. Car, la Tunisie à deux instruments : le Fonds d’accès aux marchés d’exportations, et le Fonds de promotion de développement des exportations. Au Sénégal, nous n’avons pas besoin de deux outils. Car, il faut une synergie pour générer les économies. Aujourd’hui, nous sommes en train de parachever le modèle sénégalais pour pouvoir lancer le fonds en 2007.
Quelle est la place du secteur privé dans la promotion des exportations sénégalaises, eu égard à la multiplicité des instruments existants dans ce domaine, porteur de croissance ?
Au-delà de la volonté publique de promouvoir les exportations dans le cadre d’une structure qui a une gestion autonome et une flexibilité, le secteur privé a la latitude de développer ses actions de promotion comme la Chambre de commerce et les organisations patronales et professionnelles. En ce qui concerne le Cices, il faut rappeler que lors de la mise en place de l’Asepex, une revue institutionnelle a été faite dans le cadre de l’étude de faisabilité. Toutes les structures existantes ont été passées en revue pour voir si l’Asepex se justifiait. Aujourd’hui, l’Agence se veut une plate-forme intégrée de services à l’exportation. Ainsi, nous voulons concentrer un maximum de services spécifiques pour aller vers un Guichet unique.
Par ailleurs, il existe des complémentarités de fonctions entre les différentes institutions qui existent. Car, lors de la revue institutionnelle, nous avons choisi d’inverser la démarche en s’interrogeant sur les fonctions d’appui dont le secteur privé a réellement besoin. Il s’agit, entre du partenariat public-privé, la promotion des investissements, la promotion des exportations, le financement, la qualité et la normalisation qui constitue un devoir essentiel surtout en matière d’exportation. De même que l’encadrement des entreprises, devenu beaucoup plus généralisé.
Une fois ces fonctions validées de façon consensuelle, les institutions ont pu donner le contenu et les services à associer. C’est ainsi que l’Asepex est née avec la déclinaison que le chef de l’Etat a bien voulu lui donner, lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 2000. C’est dans ce contexte qu’est née l’Adepme, que l’Association Sénégalaise de Normalisation est en train de connaître une nouvelle impulsion. Il en est de même de la réflexion sur la mutation institutionnelle du Fonds de promotion économique. Dès lors, la naissance de l’Asepex vient parachever un dispositif institutionnel dédié au secteur privé et articulé autour de fonction complémentaire.
Quelles sont les différentes passerelles qui ont été développées entre ces structures pour mener à bien leur mission ?
Au niveau de l’Asepex, notre démarche s’inscrit autour du partenariat bilatéral avec les différentes structures existantes. Nous espérons finaliser notre base de données communes de prestataires de services et d’information. Nous avons un agrément avec la Douane sénégalaise pour accéder à leurs bases de données. Actuellement, nous sommes en train de trouver une passerelle intelligente avec des institutions publiques et privées pour compléter les avantages comparatifs de telle ou telle structure.
Relativement à l’Agoa, quel peut être le rôle de l’Asepex pour booster nos exportations sur le marché américain ?
L’Agoa est une institution qui a été mise en place par les Etats-Unis pour faciliter l’accès de nos produits au marché américain. Il est vrai que le Sénégal ne semble pas performeur dans la saisine de cette opportunité. Car, cette dernière intègre un degré de complexité qui ne facilite à nos produits l’accès au marché américain. Seulement, il y a les contraintes intrinsèques de l’offre sénégalaise. C’est-à-dire les caractéristiques de l’offre d’exportation de nos produits. Aujourd’hui, est-ce que, le Sénégal est capable, sur des marchés aussi importants, de produire en volume ? Il ne faut pas oublier que les donneurs d’ordres internationaux définissent des normes privées à côté des normes publiques. Il s’agit des normes sanitaires, des délais de production, des délais de livraison, entre autres. Alors, est-ce que nos entreprises d’exportations sont capables de répondre à toutes ces exigences ? Telle est la question ? C’est pourquoi, dans le cadre de sa mission, l’Asepex veut stimuler la génération de l’offres acceptables pour dépasser nos niveaux actuels. Car, l’enjeu de l’exportation, c’est l’enjeu de la production. On ne peut pas promouvoir un produit qui n’existe pas. C’est la raison pour laquelle, dans l’analyse que nous faisons pour transformer notre pays en une véritable opportunité pour notre pays, tous ces questionnements sont un enjeu. Peut-être que nous sommes mal préparé ou que l’enjeu est très important, toujours est-il que les conditions d’accès au marché américain méritent d’être davantage allégées afin que nos opérateurs puissent véritablement se positionner.
Véritablement, comment faire pour se positionner sur le marché américain et profiter des opportunités offertes par l’Agoa ?
Nous réfléchissons à la mise en place de sociétés internationales. Leur spécialité, ce sera la vente des produits nationaux à l’étranger. Il s’agira de sociétés articulées autour de réseaux, avec une base de données des acheteurs internationaux. Ces sociétés auront le mérite de connaître les conditions des acheteurs privés. A cet effet, l’Asepex est en train de nouer un partenariat avec les organisations en les responsabilisant dans ce domaine. Car, l’Asepex n’a pas vocation à court terme. Au contraire, il appartient aux privés de prendre à bras le corps cette démarche de mutualisation pour la commercialisation de leurs produits afin d’atteindre des volumes qui puissent leur permettre de se positionner convenablement et de renforcer le créneau de négociation. Dans la mesure où, lorsqu’on est capable de produire certaines volumes, on peut créer une certaine forme de dépendance. Car, toute relation d’affaires est avant tout, une relation de rapport de force. C’est la raison pour laquelle, en matière de commercialisation de nos produits, nous sommes en train de réfléchir pour susciter la création de sociétés de commerce international afin de leur donner un statut juridique au Sénégal.
Le secteur informel occupe une place importante dans le tissu économique sénégalais. Quelle est l’approche mise en œuvre par l’Asepex pour accompagner ce secteur dans la conquête de nouveaux marchés. Mais aussi et surtout pour se formaliser, étant entendu que l’exportation est un métier ?
Relativement au secteur informel, il faut comprendre que l’Asepex a une vocation transversale. C’est-à-dire qu’elle peut travailler avec tout acteur économique sur une production légalement exportable. Car, toutes les entreprises légalement constituées sont éligibles à l’Asepex. Certes, il faut définir les règles du jeu. En conséquence, nous avons pensé qu’il faut approcher ce secteur de manière flexible, en tenant en compte sa dynamique et sa propre logique. Ainsi, nous avons développé un partenariat avec l’Agence de promotion et de développement de l’artisanat. Mieux, nous sommes en train de voir quelles sont les passerelles à mettre en place afin que l’Asepex puisse intervenir au profit de l’informel. Car, dans le cadre de notre Fonds de promotion à l’exportation, nous pensons aider les entreprises qui sont à niveau pour leur permettre d’exporter. Cependant, il est important d’avoir une griffe, parce qu’elle est créatrice d’une image. Ainsi, il faut que cela puisse susciter quelque chose dans la tête des donneurs d’ordres internationaux. A cet effet, nous sommes en train de développer un site Internet. A cet effet, nous allons dresser la liste des entreprises sénégalaises et une banque d’images pour donner du visuel à l’exportation de nos produits. C’est-à-dire les produits qui sont fabriqués au Sénégal. Cela aura le mérite de donner une meilleure visibilité au label ’’Origine Sénégal’’. Aujourd’hui, il faut que l’exportation soit un véritable métier. Dès lors, il ne faut pas que le comportement d’une catégorie d’exportateurs ne vienne compromettre tous nos efforts. Il suffit qu’un produit ne respecte pas les normes d’exportation pour qu’il compromette tous les efforts fournis par l’ensemble des exportateurs.
En matière d’exportation, le label est déterminant. Aujourd’hui, on parle de ’’Origine Sénégal’’ comme label de qualité. Alors, comment comptez-faire afin que ce label puisse s’exporter vers les marchés extérieurs ?
La définition d’un label doit répondre à des critères. Et ce label ne doit être apposé que sur les produits qui ont satisfait au cahier des charges régissant les règles de commercialisation. Certes, on parle de ’’Origine Sénégal’’, mais il y a un label formellement établi. Ainsi, dans le cadre d’un programme soutenu par la coopération canadienne, l’Asepex est en train de travailler sur le label qualité. A cet effet, les exportateurs sont tenus de respecter les normes édictées, parce qu’il s’agit-là d’un outil de communication et de marketing. Car, il suffit d’une défaillance d’un produit pour compromettre la confiance que les marchés de destination peuvent avoir de ce label.
Que dire alors de l’origine ?
L’origine est une chose, la conformité en est une autre. L’origine indique qu’un tel produit est fabriqué sur un site géographique donné. C’est dans ce cadre que l’Asepex aura pour vocation de délivrer le certificat d’origine. Car, jusqu’ici, c’était la Direction du commerce extérieur qui délivrait les certificats d’origine. Maintenant qu’il s’agit de conformité, c’est là où les normes entrent en jeu. Et ce sont les pays qui l’exigent. Le respect de la norme commence au niveau de la plate-forme de production, de son organisation, des intrants, des aspects relatifs à l’hygiène, entre autres. C’est la raison pour laquelle, il y a tout un travail qu’il faudra consolider dans le cadre du Fonds de promotion de l’exportation pour insérer les exportateurs dans une dynamique de professionnalisation.
Mme Savané, quels sont les produits sénégalais qui sont les mieux exportés ?
Sur la liste des exportations du Sénégal, arrivent en tête les produits de la mer qui nous rapportent 133 milliards F Cfa par an. L’enjeu, ce n’est pas seulement d’exporter des produits, il faut que le secteur, par son dynamisme, puisse renforcer le volume de produits transformés. Il y a aussi les produits chimiques avec toute la production des ICS ; le phosphate, les engrais qui sont un produit d’exportation naturelle, parce que la demande est là. Mieux, notre plus gros partenaire l’Inde est actionnaire des ICS. Nous avons aussi les produits arachidiers avec l’huile d’arachide qui a connu une embellie depuis les problèmes de la vache folle. Aujourd’hui, on revient à des pratiques plus agraires, plus traditionnelles. L’arachide de bouche constitue une niche à renforcer pour générer des revenus. Il y a aussi les produits pétroliers, avec l’existence d’une raffinerie au Sénégal. Notre pays importe du pétrole, le transforme et le réexporte. A ce titre, le Mali est la première destination.
Aujourd’hui, les exportations sénégalaises sont caractérisées par une concentration. Mieux, depuis les années 60, l’exportation sénégalaise n’a pas varié dans les produits. Dès lors, l’enjeu, c’est la diversification pour ne pas dépendre des aléas. Il y a plusieurs produits qui font l’objet d’un programme de soutien pour donner de la visibilité au volume de production. Alors, il faut inciter les agriculteurs à produire, car le marché existe. Les industries agro-alimentaires sont demandeurs de ces produits ; de même que les industries pharmaceutiques.
Qui parle de produits d’exportation, parle d’emballage ?
On ne peut pas vendre n’importe quoi, car les donneurs d’ordre ont leurs cahiers de charge en matière de déclinaison de l’emballage avec les informations réglementaires sur le produit. Si on pose un label ’’Origine Sénégal’’ sur les produits, il faut que l’ensemble des acteurs puisse comprendre le cahier de charges. Car, ce n’est pas un cadeau que nous leur offrons dans l’absolu. C’est un cadeau qui se mérite. Surtout, pour les produits alimentaires qui sont les plus sensibles. Il faut que l’exportateur sache qu’il a pris un engagement économique ; un engagement commercial.
Quelle est l’appréciation que nos partenaires font des produits sénégalais ?
Nous avons rencontré les partenaires pour discuter de la création de l’Ases. Il y a des partenaires internationaux comme le Fonds pour le commerce International basé à Genève et qui est une émanation de l’Omc. Nous avons organisé un séminaire de formation de conseillers en compétitivité pour leur permettre d’assurer la fonction conseil au profit des entreprises. Nos partenaires ont été sensibles à la structure des exportations. Car, nous avons les mêmes préoccupations : une concentration des produits et une évolution erratique des exportations. Dès lors, ce qui importe, c’est de donner une visibilité à l’offre de produits exportables, pour le court et le long terme.
Les conditions de conservation et la chaîne de froid constituent deux aspects importants pour mieux exporter nos produits. Quelle est l’approche Asepex dans ce domaine ?
Toute la problématique des exportations, ce sont les conditions de conservation. Heureusement que pour les produits agricoles, une usine de conditionnement existe à Sangalkam. C’est une expérience bien réussie. Bien entendu, il faut augmenter les infrastructures post-production afin que les produits de récolte et les produits de la mer puissent préserver leur qualité intrinsèque.
Quelle est le rôle et la place des exportations dans la Stratégie de croissance accélérée qui ambitionne de booster la croissance économique du Sénégal ?
Dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie de croissance accélérée, cinq grappes ont été identifiées par les autorités. Il s’agit de grappes tournées vers l’exportation. Récemment, j’ai accompagné le Premier ministre en France. C’est la preuve que je suis dans cette dynamique de Stratégie de croissance accélérée. Dans cette phase de formulation de stratégies et autres plans d’actions, l’Asepex est une institution qui est partie prenante de la mise en œuvre. Ainsi, une fois les propositions validées par les autorités, il est de notre vocation d’accompagner la mise en œuvre, en développant toutes les synergies et autres complémentarités entre les institutions chargées de l’exécution des différents aspects de la Stratégie de croissance accélérée.
Propos receuillis par la rédaction |