Tout dans les propos du président de la République française, Nicolas Sarkozy, concourt à perpétuer un pont multiforme entre le Sénégal et la France. La charpente la plus solide de ces relations de partenariat s’enracine dans un « long passé ». Mais, les nouveaux rapports, pour reprendre l’expression du nouveau locataire du Palais de l’Elysée, doivent, résolument, se tourner vers le futur. Là, l’exigence majeure est de s’adapter au nouveau contexte international. La paix et la sécurité sont au cœur de telles mutations. Dans un environnement africain marqué par des crises provoquées et entretenues sur de réels trésors énergétiques, miniers et minéraliers, une telle préoccupation est loin d’être anecdotique. Elle rencontre l’engagement du président de la République, Me Abdoulaye Wade, déterminé à prêcher la parole de paix au-delà des frontières du Sénégal. Sous son impulsion, la diplomatie sénégalaise a toujours préconisé la prévention et la résolution des conflits à la place d’une indifférence fatale à l’équilibre sur le continent.
Toutes ces actions ont été menées de concert avec l’Union africaine, et sans complexe liées au préjugé d’incapacité des Africains à trouver des solutions à leurs propres équations. Avec hauteur.
C’est pour cela que le président Wade et le Sénégal seront à l’aise à la table où les convie le président de la République française : « des relations amicales, constructives et décomplexées. » Le président Sarkozy reconnaît à son hôte la qualité qu’il s’approprie lui-même : « Je suis comme le président Wade : franc. » Au-delà des dirigeants, c’est tout à l’honneur de la France de ne pas chercher à laisser fleurir les initiatives de ses partenaires africains. Ces nouveaux rapports « décomplexés » et « constructifs » font la part belle à l’initiative des uns et des autres. Ils installent la France et le Sénégal, non pas dans l’horizon figé d’un pré carré ou d’un paternalisme, mais dans la perspective plus large d’échanges basés sur la vérité des indicateurs économiques et du bulletin de santé démocratique. A ce rendez-vous, notre pays n’ira pas les mains nues. Il a des atouts, selon le président Sarkozy : le dynamisme et la compétence de sa population et une tradition de tolérance, d’ouverture et de paix. Une telle réalité écarte tout hasard dans le statut de premier partenaire économique de la France en Afrique subsaharienne.
Le continent africain, selon le successeur du président Jacques Chirac, se trouve à une séquence historique de son cheminement vers l’unité. Une voie obligée « pour venir à bout des conflits » et « répondre aux menaces économiques, environnementales ou sanitaires sur le continent ». Une telle foi en un futur africain rayonnant a habité le président Wade dans sa longue marche vers la magistrature suprême. Installé de la manière la plus démocratique au palais de l’Avenue Senghor, ce panafricaniste convaincu n’a pas renié ses convictions. Celles-ci arment même son action d’une très grande générosité à l’endroit du reste du continent. Comme le président Sarkozy, le président Wade pense que cette Afrique doit être construite par ses fils. Le ton franc sur l’émigration et le démenti de toute volonté de pillage des élites africaines par la France sont, à ce sujet, rassurants. De même, l’annonce d’une volonté d’ouverture aux migrants, sans vendre l’hypothèse démagogique d’accueillir tout le monde, ouvre une porte aux candidats à la mobilité transnationale. En clair, avec l’appui de ses partenaires économiques, l’Afrique doit offrir à ses enfants des raisons de vivre leur rêve, loin des sentiers de la fatalité, mais aussi loin des marécages de l’impunité. Ce dernier mot est prononcé dans le cadre de l’appui promis par la France pour la tenue du procès du l’ancien président tchadien, Hissène Habré. L’Afrique, selon le président Wade, a fait confiance au système judiciaire sénégalais ; une confiance que notre pays mérite au vu des compétences qu’il recèle en la matière, nonobstant l’équation financière que la France promet d’aider à résoudre.
Voilà ce qui s’est passé ces dernières vingt-quatre heures dans un pays célébré pour la qualité de ses ressources humaines et ses valeurs de tolérance, d’ouverture et de paix. C’est un crédit à préserver à tout prix. Ce défi interpelle tous les acteurs, qu’ils évoluent dans le champ politique ou qu’ils s’activent dans d’autres secteurs porteurs de croissance et de progrès. Voilà le Sénégal, pays où des opposants, entre deux avis « durs » sur la gestion des questions nationales, trouvent un moment pour compatir à la douleur qui a frappé la famille Wade avec le décès d’El Hadj Moustapha Wade. Et, pour autant, ils ne s’éloignent guère de leurs convictions. Voilà un pays où le président, démocratiquement réélu, accepte la main tendue d’anciens alliés devenus ses challengers à la veille de deux campagnes électorales (présidentielle et législatives). Nous parlons bien d’Aj/Pads. Voilà, enfin, un pays où le chef de l’Etat s’emploie, au plus fort des supputations sur des fractures irréparables, à ramener ses enfants à la raison, après moult aventures politiques au détriment de la maison qu’il a lui-même construite. Aujourd’hui, il est clair que la contradiction fondamentale n’est pas à chercher dans les querelles de fractions politiques. Cette contradiction est plutôt dans la capacité de tous et de chacun à hisser le Sénégal vers les sommets sur les plans institutionnel, politique, économique, social, sportif, etc. Mais, il ne faut guère oublier que dans tout jeu codifié, il existe des règles et un maître dont les pouvoirs sont l’émanation de ces normes. Même s’il s’emploie toujours, avec une hauteur républicaine, à conjurer l’exercice solitaire du pouvoir. Histoire de prendre de la hauteur. N’est-ce pas une victoire qu’à la suite du travail d’authentiques fils de ce pays, l’état de santé de la démocratie sénégalaise ait été certifié par un témoin franc nommé Sarkozy ?
PAR MAMADOU SÈYE |