en France, le musicologue sénégalais Nago Seck est une sorte d’icône, une référence pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la musique africaine. Dans le milieu médiatique de l’Hexagone, les journalistes le présentent comme la « mémoire des musiques africaines ». Il était de passage à Dakar il y a quelques jours. Nous en avons profité pour le « cuisiner » sur ses projets.
Le musicologue sénégalais Nago Seck a un projet qui lui tient à cœur : un espace dénommé « Saraba » qu’il a initié avec la journaliste Sylvie Clerfeuille et qui ouvrira ses portes à la fin du mois de décembre 2007. Ce vaste bâtiment (rez-de-chaussée et sous-sol) sera polyvalent avec un restaurant, une scène de concert, une galerie d’exposition d’œuvres d’arts, une salle de projection de films... « Nous voulons en faire un lieu de convergences, de rencontres multiculturelles, pour coller au concept de Saraba qui, dans la mythologie sénégalaise, désignait l’Eldorado, le pays idéal », explique-t-il.
La structure, ouverte à tous les artistes africains et de la diaspora, sera un outil de promotion des musiques world d’Afrique et d’Océan indien. « Nous allons également organiser des projections de films suivies de débats, des soirées littéraires et poétiques avec des écrivains comme le Congolais Alain Mabanckou, des contes pour enfants les après-midi, des ateliers de fabrication de jouets à partir du matériel de récupération... », poursuit Nago Seck.
Des professionnels y dispenseront des ateliers d’initiation à l’écriture et à la musique sans compter les autres rencontres sur d’autres disciplines artistiques. « Nous allons travailler sur le concept du commerce équitable », poursuit-il.
Cet espace abritera aussi un studio de télévision et un label musical dont le but est de donner l’opportunité à de jeunes artistes africains d’être enregistrés et produits dans d’excellentes conditions. Les premiers concerts à Saraba, en décembre, accueilleront des musiciens comme le Sénégalais El Hadj Ndiaye et le Malien Toumani Diabaté.
A plus de cinq ans, dont la moitié passée en France, Nago Seck aurait pu se la couler douce en se disant qu’il n’a plus rien à prouver dans ce domaine qu’est la musique. Mais cet homme hyper actif n’est pas du genre à prendre sa retraite. Né à Dakar, il est parti très tôt à Paris après son bac pour y apprendre l’électronique. Il a toujours eu une fibre culturelle. Déjà au lycée, il avait monté une troupe de théâtre et officiait comme disc-jockey lorsqu’il était jeune étudiant à Paris. En France, il est plus connu comme musicologue, une « bibliothèque vivante des musiques africaines » comme le décrivait récemment un confrère français.
Véritable touche-à-tout, il a également été journaliste car ayant collaboré pendant de nombreuses années avec des radios comme RFI et Africa N° 1. Il donne régulièrement des conférences à travers le monde sur le thème des musiques africaines. Avec la journaliste Sylvie Clerfeuille (qui a longtemps officié à l’agence Média France Intercontinents - MFI), il est l’auteur de plusieurs livres dont « Musiques africaines des années 80 », « Les Musiciens du beat africain » et « Grandes Figures de la musique africaine ». Pour rédiger ce dernier livre, il a parcouru le continent pendant deux ans afin de mener des enquêtes approfondies sur les multiples rythmes et mélodies africains.
A Paris, Nago Seck produit des émissions télévisuelles sur La locale TV, une chaîne disponible sur le bouquet TPS et sur Free Box. Dans ses émissions, il parle naturellement de musique africaine avec la même passion que lorsqu’il débutait. « J’ai été le dernier journaliste à avoir interviewé Ali Farka Touré avant son décès.
C’est quand il avait remporté le Grammy Awards avec le joueur de kora malien Toumani Diabaté », rappelle-t-il. Dans son site Internet (www.afrisson.com) en construction, il va mettre en ligne ses archives visuelles, sonores et écrites, fruit d’une longue quête anthropologique. Il est également le directeur artistique du restaurant Moussa l’Africain situé à la Porte de la Villette (19ème) et fondé par Alexandre Bella Olla, un comédien camerounais de théâtre devenu chef cuisinier.
On peut y déguster du yassa sénégalais, du ndolé ou du poulet DG camerounais, de l’atiéké ivoirien, du mafé malien, tout en écoutant des musiciens de la nouvelle vague comme Ismaël Wonder de la Côte d’Ivoire, Mikidache des Comores ou Pape Seydou Diop dit Zé du Sénégal, tous sélectionnés par Nago Seck himself. Des artistes, et tant d’autres encore, qui feront sans doute le bonheur de tous ceux qui feront un tour au Saraba dans les mois à venir.
MODOU MAMOUNE FAYE |