Du 28 au 30 mai 2008, le Japon va accueillir pour la quatrième fois, la Conférence Internationale de Tokyo sur le Développement de l’Afrique (TICAD). En prélude à cette rencontre, les autorités nippones ont invité les journalistes à revisiter la coopération entre ce pays et l’Afrique et à proposer de nouvelles pistes de coopération.
Initiative de partenariat pour le développement de l’Afrique lancée en 1993 par le Gouvernement du Japon en relation avec les Nations Unies, le PNUD, la Coalition Mondiale et la Banque Mondiale, la TICAD est devenue un évènement majeur dans l’agenda de la coopération internationale. Cadre privilégié de coopération entre le Japon et les pays africains, et au-delà, entre les continents asiatique et africain, la TICAD a pour objectif de promouvoir un dialogue de haut niveau entre les dirigeants africains et leurs partenaires du monde, notamment japonais et d’assurer la mobilisation et le renforcement de l’appui aux efforts entrepris par l’Afrique en faveur de son développement.
Si cette année les autorités japonaises, en relation avec la presse japonaise et l’Agence japonaise de Coopération Internationale (JICA), ont pris l’initiative d’inviter les journalistes dans le processus préparatoire, c’est justement pour jeter un regard critique sur la TICAD en général et la coopération japonaise en particulier.
C’est ainsi que trois journalistes africains ont été choisis dans trois régions géographiques : un Tanzanien pour l’Afrique de l’Est, un Zambien pour l’Afrique Australe et un Sénégalais pour l’Afrique de l’Ouest, en l’occurrence Mamadou Kassé, ancien Rédacteur en chef du Soleil et Conseiller technique au Ministère de l’Information, pour, d’une part, revisiter les axes de la coopération avec l’Afrique et d’autre part, analyser les perspectives et les nouvelles pistes de coopération devenues prioritaires du fait de la mondialisation et des multiples bouleversements qu’elle induit.
Un forum de discussion organisé le 3 mars 2008 à Tokyo et animé par une journaliste de la chaîne de télévision japonaise (NHK), Aiko Doden, a permis de partager les préoccupations et les attentes de l’Afrique avec les autorités du Ministère japonais des Affaires Etrangères, de la JICA, les ambassadeurs accrédités à Tokyo, les responsables du secteur privé, de la presse et les journalistes japonais et africains invités pour la circonstance.
C’est ainsi que des questions aussi importantes que les infrastructures, l’agriculture, la promotion du partenariat privé, la cogestion dans la préservation de l’environnement et la co-responsabilité dans les changements climatiques, la promotion des femmes, l’intégration sous toutes ses formes et la mise en œuvre des conditions d’une stabilité institutionnelle, politique et économique pour renforcer la confiance des investisseurs ont été débattues.
« Vers une Afrique qui gagne : un continent de l’Espoir et de l’Opportunité »
La TICAD IV, qui se tiendra cette année, du 28 au 30 Mai à Yokohama, à une cinquantaine de kilomètres de Tokyo, sera en effet l’occasion pour les chefs d’Etat africains et les autorités japonaises, de se pencher sur le thème : « Vers une Afrique qui gagne : un continent de l’Espoir et de l’Opportunité ». Il s’agit, par cette approche novatrice, de mobiliser les connaissances et les ressources de la communauté internationale afin d’accélérer la croissance économique, d’assurer les conditions d’une sécurité humaine par la consolidation de la paix et de veiller à une bonne gestion de l’environnement en relation avec la problématique des changements climatiques.
Prélude au Sommet du G8 en juillet 2008
De l’avis des autorités nipponnes, le choix de ce thème se justifie par le fait qu’il faut désormais compter avec le continent africain qui dispose non seulement de richesses naturelles considérables mais aussi d’un potentiel humain sur lequel il faudra désormais compter.
« Vers une Afrique qui gagne : un continent de l’espoir » est donc un concept qui traduit à la fois une volonté et une ambition, à savoir renforcer le soutien à l’Afrique afin d’accélérer la croissance en mettant davantage l’accent sur le commerce, les investissements productifs générateurs d’emplois et de croissance, les infrastructures et l’agriculture : des secteurs clés du développement.
C’est pourquoi, la priorité est accordée à la sécurité humaine sous toutes ses formes, avec en ligne de mire l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement, la consolidation de la paix et le renforcement de la démocratie.
C’est dire que l’Afrique a tout à gagner dans une telle rencontre qui se déroule à un moment particulièrement favorable du fait des multiples efforts entrepris dans la consolidation de la paix et de la sécurité, de promotion de la démocratie et des droits de l’homme, mais aussi de la bonne Gouvernance économique. Des paramètres qui sont d’une importance capitale dans le renforcement de la crédibilité de l’Afrique qui, jusque-là, traînait le lourd handicap d’être un continent à risques où les retours sur investissement n’étaient pas toujours garantis. De quoi inciter les partenaires privés à investir dans cette région sans courir le risque des contrecoups des situations d’instabilité politique ou de décisions économiques en porte à faux avec les dispositions internationales.
Mais force est de reconnaître que ces signes encourageants, ne peuvent pas encore masquer les contraintes structurelles liées à la pauvreté, à la malnutrition aux maladies comme le VIH/SIDA, la tuberculose, le paludisme pour ne citer que celles-là. Des contraintes auxquelles s’ajoute la problématique de la gestion de l’environnement dans ses interactions avec les changements climatiques et de l’emploi des jeunes.
Des défis qui sont susceptibles d’influer sur la stabilité des Etats et remettre en question les acquis en matière de démocratie, de promotion des droits de l’homme et de bonne Gouvernance si des initiatives volontaristes ne sont pas prises tant au niveau national que dans le cadre d’une coalition mondiale pour l’éradication de ces critères de pauvreté.
Des défis que les Japonais ont décidé de relever aux côtés des Africains, convaincus que malgré l’éloignement des deux continents, leurs destins sont étroitement liés par la mondialisation, l’économie mais aussi l’environnement. C’est pourquoi les autorités japonaises se sont engagées à porter les conclusions de la TICAD IV et ainsi à se joindre au pool des avocats de l’Afrique au prochain Sommet du G8 qui aura lieu à Touyako, à Hokkaïdo en juillet 2008.
Mamadou Kassé |