L’opposition zimbabwéenne a dénoncé hier une justice à deux vitesses au moment où une trentaine de ses partisans comparaissaient devant la justice à Harare, tandis que le gouvernement niait s’être lancé dans une vague de répression après les élections du 29 mars.
Harare - Les opposants, arrêtés la semaine dernière lors d’une grève générale pour exiger le résultat de l’élection présidentielle, étaient déférés devant le tribunal de Harare pour des chefs d’accusation allant de "violences publiques" à "obstruction de la circulation".
Parmi eux se trouvait un journaliste zimbabwéen indépendant, Frank Chikowore. Pendant la grève générale, qui a été très peu suivie, quelques barrages avaient été érigés sur les routes de la capitale et deux autobus incendiés. L’avocat des opposants, Me Alec Muchadehama, a réclamé en début d’audience le report du procès, le temps pour la défense d’avoir accès aux dossiers.
Un responsable du parti d’opposition Mouvement pour le changement démocratique (Mdc), Innocent Gonese, a quant à lui dénoncé "l’application sélective de la loi par le régime".
"Nous avons rapporté de nombreuses attaques contre nos partisans et la Police ne fait rien. Et pendant ce temps, nos partisans sont arrêtés pour des motifs dérisoires", a déclaré M. Gonese.
Le Mdc affirme que 10 de ses membres ont été tués depuis le 29 mars par des milices pro-gouvernementales et accuse le régime du président Robert Mugabe d’avoir déclenché "une guerre" contre ses opposants après le choc de sa première défaite électorale en 28 années de pouvoir. Des accusations étayées par des Ong et des diplomates occidentaux, qui ont fait état de violences politiques et de campagne de représailles, notamment dans les zones rurales du pays.
Le gouvernement zimbabwéen a nié hier l’existence de milices. "Les milices armées existent dans la tête des médiats et dans celles de MM. Chamisa et Biti. Ce sont des milices imaginaires", a déclaré le ministre adjoint de l’Information Bright Matonga. Tendai Biti et Nelson Chamisa sont respectivement Secrétaire général et porte-parole du Mdc.
Plus de trois semaines après le scrutin, l’issue de la présidentielle, qui opposait notamment le président Robert Mugabe, 84 ans, au chef du Mdc Morgan Tsvangirai, 56 ans, restait inconnue. Un nouveau comptage était par ailleurs en cours dans 23 des 210 circonscriptions du pays, une opération contestée par l’opposition car elle pourrait remettre en cause sa victoire aux législatives, entérinée par de premiers résultats officiels. Entamées samedi, les opérations de décompte traînent en longueur et leur résultat pourrait ne pas être divulgué avant la fin de la semaine.
Une députée de l’opposition sud-africaine, dépêchée au Zimbabwe pour observer le début du comptage dans le cadre d’une mission régionale, a indiqué lundi à son retour avoir relevé des preuves de manipulations des urnes. "D’après ce que j’ai vu ces trois derniers jours au Zimbabwe, il est clair que le processus de nouveau comptage est intrinsèquement faussé", a déclaré Dianne Kohler-Barnard, de l’Alliance démocratique (DA), dans un communiqué, citant notamment des scellés cassés et des bulletins de vote manquants...
AFP |