Au cours d’une conférence qu’il animait ce samedi au cyber espace Sinkou de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) sur « Quelle place pour l’enseignement supérieur dans les stratégies pour l’émergence du Sénégal », le Pr. Oumar Sock, ancien directeur de l’Ecole supérieure polytechnique (Esp) de Dakar, a souligné la corrélation qui existe entre les résultats économiques d’un pays et la qualité de son enseignement supérieur. Aussi a-t-il plaidé pour l’augmentation du budget alloué à ce sous-secteur au Sénégal.
L’Inde, la Corée du Sud, la Tunisie et le Maroc peuvent être d’intéressants exemples pour le Sénégal. Il y a environ 40 ans, ces pays, pour accélérer leur processus de développement, avaient misé sur l’enseignement supérieur en lui consacrant des investissements massifs.
Résultat de cette politique volontariste : en 2008, la Tunisie occupe la première place des pays émergents en Afrique et est devenue, grâce à une abondante main d’œuvre qualifiée et bien formée, très compétitive sur le plan mondial. Il en va de même pour l’Inde et la Corée du Sud dont les résultats économiques, ces dernières années, sont sans précédent.
De l’avis du Pr. Sock, le Sénégal peut bel et bien s’inspirer des pays maghrébin et asiatique pour enclencher son développement. Car, dit-il, ce ne sont pas les atouts qui manquent au Sénégal. « Le pays dispose d’un réseau de télécommunications performant, d’un environnement des affaires attractif et d’une population à majorité jeune », argue le conférencier. Cependant, ajoute-t-il, « le Sénégal doit définir une stratégie d’émergence adaptée, cibler des domaines et mettre en place une politique de formation ».
Augmenter les ressources
Pour l’ancien directeur de l’Esp de Dakar, il n’y a pas de secret : pour réussir son plan d’émergence, le Sénégal doit constituer un capital humain de haut niveau à même d’être compétitif sur le plan international. « Plus un pays dispose de ressources humaines de qualité, plus il attire les investisseurs », avance-t-il, s’interrogeant sur la politique économique du Sénégal. « Voilà un pays, dit-il, où c’est dans les secteurs considérés comme les leviers de l’économie (agriculture, tourisme, pêche) qu’on trouve moins d’offres de formation ». Fort de ce constat, il plaide « une augmentation et une meilleure utilisation des ressources consacrées à l’éducation en général, à l’Enseignement supérieur et la recherche en particulier ». De l’avis de ce professeur titulaire de classe exceptionnelle, c’est plus qu’une simple vision politique, mais un enjeu de taille pour le Sénégal.
« Il y a quelques décennies, les ressources naturelles et le capital ont joué un rôle déterminant dans le développement des pays. Aujourd’hui, ce sont la matière grise, la capacité d’innovation et la volonté d’entreprendre qui constituent les principaux leviers de la croissance économique et du développement durable », explique le M. Sock qui partage cette vision avec le recteur de l’Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis.
Dans son rôle de modérateur, le recteur Mary Teuw Niane, à l’image des étudiants et autres professeurs venus massivement participer à cette conférence, a insisté sur la nécessité et l’urgence pour le Sénégal de repenser son enseignement supérieur. Ce qui, selon lui, passera inéluctablement par « la professionnalisation des enseignements et la promotion des filières scientifiques ».
Abdoulaye DIALLO |