Il a beaucoup plu ces derniers jours à Dakar. Si pour certains leurs affaires marchent bien pendant cette période, pour d’autres, par contre, c’est le stress et le calvaire qui dominent. La pluie n’est pas la bienvenue pour tous.
Après la pluie, c’est le beau temps, a-t-on, l’habitude de dire. Mais pour certains Dakarois, après la pluie, c’est le sale temps. Que l’on soit commerçant, vendeur, piéton, chauffeur, etc., les centres d’intérêt sont différents. Les avis partagés. De la route de Hann en passant par Front de Terre, le Rond-point Liberté V, Dieuppeul et Derklé, les piétons marchent sur la pointe des pieds pour ne pas se salir. Avec les flaques d’eau par-ci, les ordures par-là, c’est le calvaire pour les piétons. S’y ajoute l’occupation illégale de la voie publique par les marchands ambulants.
Nous sommes à la Cité Marine 1, sur la route qui mène à Grand Yoff-Bourguiba. Ici, avec l’état très mauvais de la route et une canalisation défectueuse, les populations vivent une psychose indescriptible due à l’installation de la pluie dans la capitale sénégalaise. La pluie a rendu impraticables certaines artères dans cette zone. Les eaux usées en provenance d’une grille d’égout bouchée se confondent avec l’eau de pluie. Une odeur nauséabonde accueille le passant, à quelques mètres de la route qui sépare la Cité Marine 1 et Castors. La puanteur est extrême. Il faut se boucher les narines.
Selon Moctar Sarr, qui tient une auto-école dans ce quartier, même en dehors de l’hivernage, la situation se présente toujours ainsi. M. Sarr reconnaît que les risques de maladies sont élevés, notamment avec la saison des pluies. « Les risques de contamination de maladies guettent les populations de cette zone », indique-t-il avec amertume. A l’en croire, même le délégué du quartier est au courant, mais il est impuissant. « Il semble dépassé par les évènements », déclare-t-il.
Les jeunes du quartier, d’après Moctar Sarr, avaient, une fois, barré la route pour protester, mais cela n’avait rien donné, la situation est restée inchangée. M. Sarr aujourd’hui devait aller superviser un cours de conduite, mais avec la pluie et l’état de la route, il n’a pas pu le faire.
« Nous sommes fatigués. C’est toujours la même chose quand il pleut. La situation va de mal en pis. Car, nous recevons presque toutes les eaux usées de Dakar quand il pleut », s’indigne Ndèye Khady Diop, qui tient son commerce à l’angle. Interpellée sur la proximité du commerce avec cette saleté, elle rétorque : « Je vendais le petit-déjeuner, mais j’ai arrêté. Maintenant, comme vous le voyez, je vends des fruits ».
De bonnes affaires
A quelques mètres de là, c’est le marché Castors. Les vendeurs de chausseurs en plastique et de sandales ne se plaignent pas. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. « Quand il pleut, notre chiffre d’affaires augmente », affirme Khassimou Diallo. Quelques minutes après notre entretien, il a déjà vendu deux paires de chaussures. Selon ce dernier, ces genres de chaussures sont plus pratiques pendant l’hivernage.
Au marché Castors, la saleté et la pluie ont fait apparaître de nouveaux types de chaussures : les sachets remplacent les bas. Beaucoup de commerçants les portent pour se protéger contre les ordures. Ici, le « potto potto » (boue) est partout. La prudence est de mise. Donc, il faut marcher doucement en fixant les yeux sur terre. Sinon vous risquez de glisser, voire tomber. Vendeurs et clients retroussent tous pagnes et pantalons.
Les chauffeurs de taxi se frottent également les mains en cette période d’hivernage. « Quand il pleut, on augmente les tarifs, parce que c’est notre heure supplémentaire », déclare Ibrahima Ba, sourire aux lèvres. Selon lui, pendant la saison des pluies, les clients n’ont pas de choix. Et les taximen, à leur tour, augmentent considérablement les tarifs et fixent les destinations qu’ils choisissent au détriment d’autres difficiles d’accès à cause de la pluie. Ainsi, refusent-ils de prendre les clients qui habitent dans les quartiers inondés comme Colobane, Parcelles assainies où la circulation devient difficile pendant l’hivernage.
Par contre, sur la route du Front de Terre jusqu’à Liberté V, la circulation est un peu fluide. Ici, il n’a pas beaucoup plu. « S’il avait beaucoup plu, ce serait inimaginable, personne ne pourrait passer », a constaté un chauffeur particulier rencontré à Castors. Par rapport à l’embouteillage constaté au Rond-point Castors, il a indiqué que cela est dû aux heures de pointe.
Souleymane Diam SY et François MENDY (Stagiaire) |